dimanche 11 novembre 2018

Ce que représent(ait) ma bibliothèque

Disclaimer: j'ai écrit ce billet l'été 2017. Mon avis à un peu changé. Je publie ce billet pour pouvoir le lié dans un billet plus récent qui arrivera plus tard.

Au moment du déménagement, la question de la pertinence de garder ses livres est lourde de sens. Je me souviens avoir lu, sur twitter, quelqu'un qui regrettait qu'avec les liseuses, les gens ne peuvent plus regarder notre bibliothèque. Quelqu'un lui répond que, comme ça, les livres servent à être lu, et pas de marqueurs social. Ça m'a vraiment questionné.

Voici donc ce que représente ma bibliothèque pour moi. Déjà, c'est une partie importante de mon identitée. J'ai toujours un livre sur moi. Même si ce livre est maintenant sur mon téléphone, je suis souvent en train de lire[1]. Déjà, parce que j'avais pas d'amis à l'école, donc si je lisais pas à la recré je faisais rien. Aussi parce que j'ai toujours vu mes parents lire. Et puis parce que je suis extrémement curieux, et j'ai envie de savoir ce que ces livres ont à raconté. Qu'est-ce qu'ils vont me faire découvrir du monde, que ce soit le mien, celui de l'auteur, ou un monde imaginaire. Donc, cette bibliothèque est un fétiche représentant ma curiosité partiellement assouvie.

Quand quelqu'un vient chez moi, j'ai tendance à trouver très bon signe qu'il/elle regarde ma bibliothèque; moi-même, je serai incapable d'aller chez quelqu'un, dans une pièce avec une bibliothèque, et de ne pas tenter de lire tous les titres - ou au moins le style des livres. C'est, je pense, un des meilleurs moyens de se connaître qu'on ait. Bien plus que les descriptions de réseau sociaux ou site de rencontre, puisque on voit ce qui intéresse assez l'autre pour qu'il y mette des sous - et du temps (ou au moins, il compte y mettre du temps). Bien sûr, il est envisageable que quelqu'un achète ces livres juste pour faire bien, sachant que ça influera le jugement de ses invités. Après tout, il existe des libraires vendant du livre au mètre comme objet de décoration. Et j'ai déjà lu des commentaires sur le choix des livres qui apparaissent sur les photos officielles de certaines personnalités. Je doute fortement que ça soit le cas des gens chez qui je vais.

Mais, le plus important dans cette histoire, c'est que des livres se prêtent. Si quelqu'un vient chez moi, et que nous ayons un intérêt en commun, il est totalement crédible que je prête à cette personne mon livre. Ou que je note le titre pour l'acheter et le lire plus tard. Je crains vraiment que, si je me débarrassais des livres physique, c'est ce qui me manquerait le plus. Bien sûr, je pourrai dire à telle personne, «tiens, je te conseille ce livre» ou «tu me conseille quoi comme livre», mais ça ne me semble pas naturel à faire, ça nécessiterait une démarche active, choisir à qui demander, dire quel sujet nous intéresse. Alors que là, c'est une démarche passive, où on a rien besoin de planifier en avance. Comme quand on invite plusieurs amis, on invite tout un tas de monde, et on espère que chacun-e s'entendra au moins bien avec une personne et passera un bon moment. Les rencontres finales pouvant d'ailleurs êtres différentes des rencontres qu'on aurait prédites. En tout cas, c'est beaucoup plus simple à faire que de devoir planifier en avance et se dire «tiens, A devrait vraiment rencontrer B».

Hypocrisie

Et pourtant, maintenant que j'écris ce dernier paragraphe, je me rend compte de l'hypocrisie de la chose. Pour deux raisons. D'abord, je me fiche du prêt. Il n'est jamais arrivé que la valeur du livre prêté soit supérieur à ce que je suis prêt à faire pour procédé au prêt et à la récupération du livre. J'ai quelques amis, dans d'autres villes, qui ont des livres à moi. Si je tenais à avoir le livre dans la bibliothèque, je pense qu'il serait bien plus rentable pour nous que je le rachète - qu'importe qui le paye - plutôt que de le poster où faire un détour la prochaine fois que l'un-e d'entre nous est dans la ville de l'autre. Les livres que j'ai, que je prête, ont souvent une valeur financière que j'ai le privilège de pouvoir considérer comme négligeable, d'autant que j'achète presque uniquement d'occasion.

Ensuite, parce je n'ai pas vraiment de raison de supposer que la bibliothèque de mes potes, ou que ma bibliothèque, soit un lieu pertinant pour découvrir un livre tellement bon qu'il vaille la peine d'être le prochain livre à lire parmi tous les bons livre qui existent. Disons que je découvre un livre sur le processus de création de jeux vidéo - un sujet passionnant même si on ne compte pas en créer soit même - ce n'est pas parce que mon pote a lu et aimé ce livre que c'est forcément LE livre que je dois lire. Il y a peut-être de biens meilleurs livre sur le sujet, alors que lui n'en a lu qu'un. Si je décide de m'intéresser assez à ce sujet pour passer quelques heures à lire un livre à ce sujet, je peux bien passer quelques dizaines de minutes via des moteurs de recherche pour voir quel livre est conseillé à ce sujet, et lire les critiques de ce livre. Et optimiser ainsi les heures que je passerai à lire le livre sur ce sujet.

Bien sûr, refuser les conseils d'une personne unique pour lires des compilations de critiques pose trois problème. D'abord, concernant les romans, il y a un avantage considérable à avoir lu le même livre qu'un ami. Cela permet d'échanger sur le livre - mais c'est quelque chose qu'en pratique je fais très rarement, donc c'est pas trop un problème pour moi. Ensuite, ne pas demander de conseil exclut de la recherche les livres géniaux qui sont inconnus. Quand je fais confiance aux commentaires sur amazon, ça suppose que le livre soit assez connu pour que des gens aient commenté - sans que ça soit le pote de l'auteur. De même, ça exclut de ma recherche les livres trop neufs, qui n'ont pas encore d'avis en ligne. Mais c'est un risque que je suis prêt à prendre, parce que la probabilité que le dernier livre soit vraiment meilleur que tous les autres sur un sujet est faible[2].

Le dernier problème serait que j'échoue dans ma recherche sur internet. Par exemple, quand je cherche le meilleur livre sur la création de jeu vidéo, il y des centaines de livres, et des livres sur des sujets très spécifiques - par exemple des livres sur le sound design, d'autres sur la créations des personnages, d'autres sur le rendu graphique, d'autres sur le style graphique, etc... si bien qu'à la fin, je ne sais plus quoi lire. Finalement, avoir un choix bon mais non optimale aurait pu être un gain de temps

Prêt d'ebook

Notons que des services comme kindle ont un système de prêt. Mais ça force l'autre à lire le bouquin vite, puisque le prêt ne dure pas longtemps - comme à la bibliothèque. Le problème reste cependant que je n'envisage pas de dire à quelqu'un venant chez moi de regarder le contenu de mon kindle. Ne serait-ce que parce ça n'a pas de sens de lui proposer spécialement quand l'ami-e vient chez moi. Après tout, la liste des livres électroniques peut se montrer n'importe où, voir carrément s'envoyer par email.

Ce qui pose la question subsidiaire: comment rendre une liste de livre aussi simple à lire que quand on regarde les titres des couvertures de livre.

Cause de cette reflexion.

À la réflexion, vu toute la place que prennent les livres, par rapport au volume d'un studio, la question de garder ses livres est importante aussi. Je me suis rendu compte que c'était peut-être ridicule un jour précis. En 2014, j'ai quitté mon petit studio pour un plus grand studio. Dans celui ci, j'avais la place pour tous mes livres. Je les ai donc récupéré de la cave de mes parents. Et, la place gagné dans la cave a été immédiatement utilisé par mon père, qui y a rangé les livres que lui même avait laissé chez ses parents à lui. Cependant, s'il n'avait pas touché à ces livres pendant 3 décennies, il est possible qu'il ne soit pas nécessaire de les garder, peut-être qu'il n'y retouchera jamais[3]. Et peut-être que je fais la même erreur, de garder et déménager ces livres inutilement.

Notes

[1] Bon, en vrai, je suis surtout en train de faire du anki sur mon téléphone. Mais comme les cartes viennent de mes lectures, j'estime que ça compte.

[2] Ça veut dire que mon algorithme ne doit pas être universel, car ces livres ne seraient alors jamais commenté. Par chance, mon blog n'est pas influent, donc pas de risque que vous donner mon algorithme change quoi que ce soit à l'état des choses.

[3] Je le suppose car il n'a toujours pas ouvert les cartons de livres

mercredi 31 octobre 2018

Réponse à quelqu'un me questionnant sur l'infini

Un soir, avec un ami prof de math, on discutait avec des types pas du tout matheux - comme quoi on est ouvert d'esprit vous voyez. Et l'un de ces types nous questionne sur ce qu'on pense de l'infini. Je ne suis pas certain de comprendre sa question, et de pouvoir la reformuler honnêtement. Tel que je l'ai compris, il se demandait comment on pouvait se permettre de manipuler l'infini, si ça avait vraiment du sens.

J'ai trouvé assez intéressant que mon ami et moi ayons immédiatement pensé à des réponses extrèmement différentes. Ça me donne envie de lister des idées de pistes de réponses à ce sujets. Et surtout, de vous demandez ce que vous, vous auriez répondu.

Les cardinaux

Mon ami a d'abord dit - si ma mémoire est bonne - que tu as le nombre 0, puis pour chaque nombre, ce nombre as successeur. Et ce successeur n'est jamais un nombre que tu as déjà vu. Et hop, tu crées un nombre infini de trucs: l'ensemble des nombres naturels. À partir de là, il a expliqué la diagonale de Cantor - (aidé par une illustratition trouvé en ligne). Cette diagonale montre que - contrairement aux nombres entiers dont on a parlé avant - tu ne peux pas lister tous les nombres (avec une infinité de chiffre après la virgule) entre 0 et 1. Donc il y a plus de nombres entre 0 et 1 que de nombre entier. Les ensembles listables et ceux - plus gros - non listable[1].

Les nombres infinis, à partir du fini

De mon côté, j'avais envie de dire qu'au contraire, l'infini n'existe pas pour nous autre matheux. On se contente de le simuler, et des révolutions mathématiques ont eu lieu quand on a découvert comment faire «comme l'infini», mais en utilisant que des trucs finis. Par exemple, disons que t'as une suite de nombre. Tu as le droit de dire que cette suite tend vers l'infini. Mais en réalité, cette phrase n'a pas besoin du mot infini. Dire «Cette suite tend vers l'infini» revient à dire: quand tu va assez loin dans la suite, celle ci devient arbitrairement grande. Dès que t'as choisi un nombre, il y a un moment où la suite ne sera jamais en dessous de ce nombre. Et hope, t'as nouvelle définition n'utilise plus que des nombres fini. Pareillement, quand tu veux définir une somme infini, tu repasses au fini. Tu peux définir ta somme comme étant une suite de somme d'un nombre fini d'élément, et voir si ta suite tend vers quelque chose. Ou alors, tu peux définir que c'est le plus petit nombre plus grand que toutes les sommes finies (si tu fais une somme d'objet positif).

Et réciproquement, l'infiniment petit, tu ne l'utilise pas vraiment. Tu le simule à partir du «finiment petit», à partir de nombre très très petit, mais qui restent toujours des nombres usuels. Si tu dis qu'en 0, une fonction f tend vers 0, l'infini sert à justifier la notion «tend vers 0». Mais mathématiquement, tu dis juste: pour tout nombre aussi petit que tu veux - tu l'appelles epsilon en général - quand t'appliques f à un autre nombre assez petit, le résultat de f sera forcément plus petit que epsilon. Autrement dit, quand f est appliqué à un nombre assez petit, sa sortie sera assez petite aussi.

Formalisation logique

Je vais faire une comparaison hasardeuse avec la physique. Les mathématiciens ont différentes équations, différentes théories, qui modèlisent des parties différentes de la physique. Les équations de la mécanique quantique, et sur la mécanique d'un robot, sont différentes. C'est toujours de la mécanique, des trucs qui bougent avec le temps. Mais on accepte d'utiliser pas exactement les mêmes outils mathématique en fonction de ce qu'on cherche à comprendre. Les logiciens travaillent avec l'infini comme avec des mondes physiques. On a plusieurs théories concernant l'infini, et chaque théorie va tenter de modéliser une intuition qu'on a de l'infini. Ces théories interagissent parfois, une théorie peut donner des idées pour voir une autre théorie. En tout cas, au lieu de dire «l'infini, c'est ÇA», puis donner une théorie de l'infini comme on théorie de la géométrie euclidienne, on pourra proposer différents systèmes. Mais ces systèmes mathématiques de modélisation de l'infini n'utilisent pas plus l'infini que les systèmes de modélisations de la mécanique n'utilise la mécanique. Ainsi, l'infini utilisé dans la première réponse, dans la diagonale de Cantor, ce n'est pas vraiment le même infini que quand on dit qu'une suite tend vers l'infini.

Déjà, quand on fait une preuve, on utilise une quantité finie de papier. Un nombre fini de lettre. Les mathématiciens ont créés une théorie de la preuve, afin d'étudier mathématiquement ce que c'est que cet objet «la preuve». Mais même sans cette théorie, on devrait être capable de voir que tout ce qu'on a dit sur l'infini n'a pas eu besoin de l'infini. Il reste simplement à se poser la question: est-ce que dans le nombre fini de raisonnement que j'ai fait, il y a eu une faute, ou non ? On peut considérer deux types de fautes. Une faute purement mathématique, c'est à dire une étape de raisonnement non valide. Ou bien une faute dans les hypothèses de bases: on a supposé un truc (choisi un axiome), avant de se rendre compte que cet axiome ne modèlise pas l'infini comme on aurait voulu.

Restons sur les axiomes un moment. Une théorie peut avoir une infinité d'axiome. Ainsi, en théorie des nombres, tu pourrais vouloir dire qu'il existe un nombre (appellons le 0). Puis qu'il existe un nombre plus grand que 0 (appelons le 1). Qu'il existe un nombre plus grand que 1, (appelons le 2) etc... Ce n'est pas la façon dont on procède habituellement, mais ça arrange mon exemple. Tu vas obtenir une infinité d'axiomes. On peut légitimement se demander si, tout ses axiomes pris ensemble, cette infinité, ça ne crééerait pas une contradiction. Quand on parle de contradiction, on veut dire qu'on a moyen de prouver qu'une chose est à la fois vraie et fausse, ce qui rend notre mathématique inutile. Il y a un théorème assez sympa, je trouve, qui te dit que si tu as une contradiction dans un nombre infini d'axiome, alors tu peux avoir la même contradiction en te limitant à un nombre fini d'axiome. C'est assez intuitif, si tu as une contradiction, c'est à dire si une propositions P est à la fois vrai et faux, t'as une preuve que P est vrai, et t'as une preuve que P est fausse. Ces deux preuves utilisent un nombre fini d'axiome. Tu peux donc te contenter de prendre le nombre fini d'axiomes venant de tes deux preuves, et tu as ta théorie avec sa contradiction. Dans le cas de mon exemple, si mon infinité d'axiome avait une contradiction, ce théorème implique qu'il y a une contradiction à partir d'un certain nombre de nombres que tu supposes existé. Autrement dit, si toutes nos hypothèse ensemble créent une contradiction, ça veut dire qu'on peut créer un ensemble de nombre 0, 1, 2, ..., n, tel qu'on ne peut pas créer de nombre plus grand que n.

Histoire de boucler la boucle: revenons un peu à nos questions de nombres infiniments grands. Si tu prend un nombre fixé n, tu peux avoir comme axiome que n est plus grand que 1, et qu'il est plus grand que 2, etc... La différence avec le cas précédent étant que cette fois ci, c'est le même nombre qu'on suppose plus grand que 1, que 2, etc... Puisque chaque ensemble fini d'axiome n'apporte pas de contradiction, cela veut dire que prendre tout ses axiomes ensemble n'apporte pas non plus de contradiction. Donc tu prouves que tu peux avoir une arithmétique avec des nombres «infinis», qui est aussi valide que l'arithmétique avec que des nombres finis. On l'appelle ça un modèle non-standard de l'arithmétique[2].

Notes

[1] Je reformule, il n'a pas dit ça comme ça.

[2] Et réciproquement, tu peux avoir des nombres plus petit que tous les rationnels, mais strictement positifs. Ces nombres te permettent de redéfinir des notions comme la continuité, et créent un domaine mathématique qui s'appelle l'analyse non-standard.

lundi 29 octobre 2018

Quelques questions sans réponse pour être un bon allié pour ses potes trans

J'ai récement écrit au sujet des règles que j'ai vu plusieurs personnes trans demander les concernant. Plus précisément, j'avais écrit au sujet des règles qui se contredisent d'une personne à l'autre. J'ai entendu tout un tas d'autres règles - qui devraient être évidentes - et qui semble universelle. Parmi ces exemples de règles, il y a: ne pas demander de photo de la personne avant la transition, ne pas demander son deadname, ni quoi que ce soit au sujet de ses parties génitales.

Il y a plusieurs autres sujet qui me turlupine, où je n'ai entendu aucune autre règle. Où je me dis qu'il manque un manuel de savoir vivre en milieur non cis-het, et où je le regrette. Encore une fois, je ne cherche pas à théoriser, juste à comprendre comment, en tant que cis fréquentant des personnes trans, je peux être un bon allié en pratique.

Collision de prénoms

Un problème qui s'est posé plusieurs fois à moi est le suivant. À un moment je m'adresse à une personne A, en l'appelant par son prénom. Et là, B, une personne trans, réagit alors que ce n'est pas son prénom. C'est relativement surprenant, et moi et d'autres personne le remarquent. Cela force un peu B à révéler que A est son deadname. Ma question est simple: en tant que cis sachant qu'il y a au moins un-e trans dans le groupe, y a t'il y a un moyen d'éviter ça ?

La 1ère fois que ça m'est arrivé, j'ignorai que le deadname de B était le prénom de A. Donc j'imagine que je suis vaguement excusable d'avoir prononcé ce deadname. Mais j'aurai pu comprendre plus rapidement, continuer sur ma phrase, et aider à ce que sa réaction maladroite passe inaperçue.

La seconde fois que c'est arrivé, je connaissais le deadname de B, mais j'ai pas spécialement réalisé qu'en appelant A par son prénom, je risquais de faire réagir B. Vaut-il mieux dans ce cas que je tente d'éviter d'appeler A par son prénom ? Ça risque d'être complexe en pratique, mais peut-être est-ce mieux. Encore que dans le cas présent, je faisais se rencontrer A et C, donc j'aurai eu du mal à pas utiliser les prénoms. À ne pas dire «A, je te présente C, C, je te présente A.» Encore que si A et C avaient eux-même donné leurs prénoms respectif, ça aurait moins fait réagir B. Après tout, entendre «je m'appelle A» et «je te présente A» provoquent des pensées très différentes.

J'ai eu un autre problème relativement similaire. C'était juste après que B[1] m'annonce qu'elle change de prénom. Quelques jours plus tard, je croise quelqu'un dont le prénom est A, le deadname de B. Je me met automatiquement à craindre d'appeler cette personne B au lieu de l'appeler A. Et logiquement, à force de me dire «ne fais pas cette bêtise», je finis par la faire. A et B se connaissent absolument pas, donc c'est probablement pas super grave, mais bon, je sais pas comment forcer mon cerveau à éviter ces gaffes.

Renseignement en commun

Il arrive que je parle de mes ami-e-s. Quand j'entend une anecdote intéressante, je la répète parfois. Si cet anecdote n'est pas un secret, n'oute personne, j'utilise le prénom de la personne a qui l'histoire est arrivé. En particulier parce que ça rend le discours plus simple, plutôt que répéter «cette personne» et autre périphrase. Or, je me suis rendu compte d'un truc, contrairement à moi, j'ai des proches qui ont une mémoire des prénoms.

Par exemple, il y a donc des gens capable de faire des inférences quand je parle d'une de mes relations, et que pour parler d'elle j'utilise un prénom que j'avais pas utilisé avant. J'imagine que je pourrai faire semblant d'avoir rompu et d'avoir une nouvelle relation, mais ça me semble assez étrange et je suis pas persuadé que la meilleur solution serait de mentir. Je suis pas non plus persuadé que la meilleure solution serait de jamais parler de ses ami-e-s.

Artiste

Il y a quelques artistes ouvertement non-cis. Mrs Yéyé et Océan ont fait leur coming-out relativement récemment, et se sont exprimé en publique dessus, donc je pense que ça ne pose aucun souci d'en parler. De même, Sony Chan a appelé son spectacle «Différent(e) comme vous et moi», entre ça et ses interviews, je ne révèle donc rien en disant que les étiquettes standard de genre ne s'appliquent pas à elle.

J'ai rencontré il y a deux ans un artiste que j'ai beaucoup apprécié. Celui-ci parlait sur scène de sa transidentité. C'est un humoriste débutant, et nous étions 10 personnes dans cette scène ouverte, en comptant les stand-uppeurs. Autrement dit, on peut pas exactement considérer que sa transidentité soit une donnée publique. Ce stand-upper a annoncé qu'il allait jouer une demi-heure de spectacle. J'ai donc voulu aller le voir, et faire venir des potes.

À ce moment là, il me manque une règle qui me dirait si j'ai le droit de dire à mes potes[2] «viens le voir, c'est un humoriste qui parle de sa transidentité de façon cool, je pense que tu vas adorer». Après tout, ledit humoriste peut très bien avoir décidé de ne plus faire ce sketch, voir même arrêter de révéler qu'il est trans. D'un autre côté, il est pas connu, ça serait dommage de le priver de public qui pourrait adorer ce qu'il fait. Et par ailleurs, dire qu'il est trans peut convaincre certains de mes potes de venir.

Dans le cas précis, l'artiste en question à arrêté son sketch sur sa transidentité, parce qu'il ne se dit plus trans, il dit qu'il en a rien à fiche du genre(c'est la raison pour laquelle j'utilise encore le masculin pour parler de cet artiste, même sans être un homme, il semble que ça lui va). Donc j'aurai simplement révélé que pendant un moment il avait été trans, mais qu'il se qualifie plus comme tel.

À titre un peu méta, vous remarquerez que c'est le seul artiste dont je ne donne pas le nom dans cette section. Ce qui est vraiment dommage, vu que c'est celui que j'aurai le plus envie de mettre en avant. Mais que je veux pas l'outer.

Changement de genre mais pas de prénom

L'artiste dont je parle plus haut avait gardé son prénom de naissance. J'ai parlé de lui à un ami fan d'humour, en disant que c'était la meilleure découverte que j'avais fait dans les mois précédents. Il se trouve que ce type avait connu cet artiste avant qu'il ne commence sa transition sociale. Bref, mon ami connaissait cet artiste mais comme étant une femme. Je me suis donc retrouvé à outer cet artiste sans le savoir, sans le vouloir. Et je me demande s'il y a quoi que ce soit que j'aurai pu faire pour l'éviter. Et réciproquement d'ailleurs, ce type m'aurait outé que l'artiste est trans si je l'ignorai, puisqu'il n'a pas toujours eu le genre féminin.

Conclusion

Concernant plusieurs de ces questions, je pourrai «simplement» demander au cas par cas à la personne concernée ce qu'elle souhaite. Clairement, quand un-e ami-e m'annonce changer de genre/prénom, je suis forcé de lui demander auprès de quels ami-e-s en communs je dois utiliser le nouveau/l'ancien. Ce qui demande un petit exercice mental peu pratique pour savoir quel prénom/pronom utiliser en fonction des gens présent. Jusqu'au moment où je découvre que nos ami-e-s communs (à qui je devais pas parler de la transition), sont au courant de la transition, et s'étonnent que j'utilise le deadname de l'ami trans...

Demander leurs avis à chaque proche trans aurait beaucoup de sens, en réalité, puisque diverses personnes peuvent très bien avoir des réponses différentes. Je dois avoir au maximum une dizaine de proche/pote trans, je peux encore me souvenir des règles de celleux que je vois le plus souvent.

Simplement, j'imagine que si chaque personne leur pose toutes ces questions, ça doit être assez ennuyeux pour elleux. Ça doit être répétitif, et donc prendre un certain temps - voir de l'énergie mentale. IElles peuvent même pas se contenter de faire un post facebook/billet de blog résumant tout et espérer que tout le monde le lise - car c'est très difficile de toucher tous les gens qui devraient être touché par un texte. Ce qui fait que j'hésite à aller les déranger à chaque fois que je veux savoir ce qui est correct.

À titre d'exemple, concernant l'artiste dont je parlais plus haut, voici ma réflexion:
-Est-ce que je lui demande si je peux le nommer dans ce billet ?
-Ça serait cool de lui faire de la pub, il est pas connu, et il est doué, j'ai envie qu'il progresse et réussisse.
-D'un autre côté, il a peu de présence en ligne, peu de réseau sociaux, donc y a un risque que quand on cherche son prénom, on tombe rapidement sur mon blog, donc ça l'outerait à pas mal de monde. Et même s'il accepte, s'il décide plus tard qu'il n'est plus d'accord avec cet outing, il saura pas forcément aisément me contacter pour me dire de retirer son nom. Donc faut uqe je lui demande.
-D'un autre côté, je pense pas que mon blog ait beaucoup de lecteur, la pub que pourrait lui faire ce blog serait tellement minuscule que ça lui ferait perdre du temps pour rien de devoir lire ma question, me répondre, et peut-être même lire le billet pour se décider. En plus, la dernière fois que je lui ai parlé pour facebook, c'était déjà pour lui demander si je pouvais parler de sa transidentité pour faire venir des ami-e-s à son spectacle. J'ai pas envie d'être le type qui lui parle que de son ancienne transidentité, surtout maintenant que c'est du passé et qu'il en parle plus sur scène.
-D'ailleurs, je dois dire que je me souviens absolument pas de quoi il a parlé sur scène. À part un peu de sexisme - quoi que j'étais pas totalement d'accord avec son propos, donc ça serait bizarre de mettre ça en avant.

Notes

[1] une autre personne en fait, mais ça change rien à l'exemple

[2] en particulier un pote trans qui me disait qu'ils manquent de représentation artistique

dimanche 21 octobre 2018

Quitter la recherche

Ce blog ne prétend pas avoir un contenu original. Ce billet ne sera clairement pas original, je répète beaucoup de choses souvent entendues de la bouche d'ami-e-s et ex-collègues. Et comme le dit sur twitter ce charmant Typhon c'est un genre de texte assez à la mode.

Sécurité financière

En tout premier lieu, je me sens forcé de préciser que ce billet n'a de sens que parce que je suis dans une situation privilégiée. Si nécessaire, je sais que je peux retourner vivre chez mes parents, et qu'ils m'aideraient en cas de besoin. Par ailleurs, je crois que j'ai le droit au chômage en France, et j'ai un peu de sous de côté, pour que je puisse envisager de ne pas avoir de problème pendant quelques mois si le chômage n'arrivait pas de suite.

Encore que cette sécurité joue probablement plus dans l'idée de rester dans la recherche que dans l'idée de la quitter. Ainsi, de mes trois employeurs, mon employeur actuel est le seul qui ne me coûte pas d'argent. J'ai pris un train via Capitain Train, une secrétaire à mon avant-dernier travail à refusé leur facture, car ce n'était pas la SNCF, et je n'ai jamais été remboursé. J'ai été à Bern pour une conférence, j'ai logé en résidence étudiante, et j'ai découvert, le jour du départ, qu'il y avait 20 francs suisse de frais qui n'étaient mentionné dans aucun document anglophone. Puisque ces frais étaient dans une facture uniquement en Suisse Allemand, je n'ai jamais réussi à me les faire rembourser. J'imagine qu'en forçant beaucoup, j'aurai réussi à faire plier ces comptabilités, mais que le temps que ça m'aurait exigé - et potentiellement le coût en recommandé - dépasserait largement l'intérêt du remboursement. Toujours à Bern, j'ai pris un dîner à 40 francs suisse, soit environ 50 euros (qui était même pas bon). C'était le dîner de la conférence, et même s'il n'est pas officiellement obligatoire, les confs servent à rencontrer du monde, créer des relations, échanger, donc participer à ce dîner faisait très clairement parti du travail. Mais puisqu'il était plus cher que le prix maximum par repas, je n'ai pas pu me le faire rembourser. Quand bien même, par ailleurs, la totalité de mes autres repas était inférieur au montant maximal par repas. Enfin, mon dernier employeur français m'a fourni un ordinateur, sans les mot de passe admin, et je devais leur rendre dans l'état où j'ai trouvé. Ce qui signifiait garder windows, et ne pas pouvoir installer les compilateurs latex, ou des langages que je devais enseigner, ce qui est quand même assez honteux. Si ces exemples me viennent si facilement en tête, c'est déjà un indice comme quoi j'ai du mal avec l'université française.

Quoi que l'employeur actuel coûte aussi. Bien plus, même s'il est dur de le lui reprocher. Mon employeur actuel n'étant pas dans le même pays que les dernier employeurs, il m'a coûté de l'argent quand j'ai du déménager. Et il me coûte plus cher puisque pour aller voir famille, amours ou amies, je dois payer le train ou le bus pour rentrer à Paris. Encore que cet argent soit remboursé par la différence de prix du loyer.

Et surtout, si j'en crois les salaires que touche des ami-e-s développeur/euse-s, je pourrais me permettre de faire de la recherche car je n'avais pas besoin de me chercher un salaire optimale.

Lieu de vie.

Je vis, depuis Aout 2017 à Bruxelles. Et je n'aime pas cette ville. Je viens de Paris, et je trouve tout petit ici. Par exemple, la scène humoristique est pratiquement inexistante. À Paris, je pouvais monter sur scène et m'entraîner plusieurs fois par mois sans trop de difficulté, en un an, j'ai réussi à le faire 3 fois à Bruxelles; et encore, c'est parce qu'il y avait un concours d'humour où le premier tour n'était pas éliminatoire. Quand à regarder des spectacles, il y en a peu, et la majorité son bien plus cher qu'à Paris. J'ignore ce qu'est devenu le shibari à Paris depuis la fermeture de la Place des Cordes, mais des échos que j'ai, ça se porte bien. À Bruxelles, il y a parait il deux lieux dédiés, j'ai été à l'un d'entre eux deux fois, c'était pas mal vide, et en deux passage, j'ai réussi une unique fois à pratiquer. J'ai vu un petit nombre d'événements gay qui avaient l'air sympa, mais qui étaient en dehors de la ville, et en pratique inaccessible sans voiture (et je ne conduis pas), alors qu'à Paris, je n'ai jamais ressenti de problème lié au fait de ne pas conduire. Tout ça pour dire, j'ai envie d'un métier qui me laisse la possibilité de choisir la ville où je vis. Alors que mon contrat de chercheur m'impose l'obligation de résider à Bruxelles.

Le problème, selon moi, vient beaucoup du fait que mon contrat m'oblige à résider dans la ville de mon université. J'imagine que ça peut avoir du sens pour les chercheurs qui doivent faire des manipulations en laboratoire, où qui travaillent principalement en groupe. Personnellement, je travaille seul l'immense majorité du temps, je pense que j'interagis scientifiquement avec mes collègues environ un jour par mois, qu'on planifie en avance. Qu'il n'y a jamais plus d'un séminaire par semaine. Et surtout, je suis littéralement incapable de rédiger/coder dans le laboratoire. Je ne peux travailler que si je sais que personne ne viendra me parler, même pas pour me poser une question rapide. Donc quand je suis au laboratoire, je révise anki, je lis twitter, des billet de blog, parfois il peut m'arriver de lire des articles de recherche, mais je ne m'attaque jamais à écrire ma recherche.

Le pire, c'est que j'étais prévenu que je risquais de regretter ce déménagement. J'ai énormément d'ami-e-s qui ont arrêté la recherche pour revenir à Paris. Mais bon, je m'étais dit que comme je n'ai pas l'intention de fonder une famille/de vivre avec mes amoureux/se, ça me poserait moins de problème qu'à la plupart de mes ami-e-s en couple. De plus, Bruxelles est pas loin de Paris, donc je peux y revenir souvent et pour pas cher. Et puis c'est une ville francophone, donc j'aurai moins de mal à y rencontrer du monde que mes amis parti en postdoc en Allemagne, en république tchèque, etc.. Il y a un point que je n'avais pas réaliser, c'est que je n'ai pas vraiment envie de revenir dormir chez mes parents. Donc, rentrer à Paris ça dépendait de la disponibilité de mes ami-e-s/amours. Et ça rendrait plus compliqué la visite.

Je parle de rentrer à Paris. Pour être honnête, je peux envisager que d'autres villes me plaisent à peu près autant que Paris. J'ai adoré ma semaine passée à Berlin. De ce que j'entend de Berkley, ça a l'air cool aussi. Si je trouvais 5 villes où j'apprécierai vivre, ça augmenterai déjà la facilité à trouver un des rares postes de recherche en informatique qui existe. Le souci c'est que trouver 5 villes, ça a l'air super complexe. Berlin, j'ai testé une semaine très spéciale, il y avait Folsom et le week-end Less-wrong. Il est totalement possible que si j'y allais une semaine quelconque, ça me plairait moins. Et même si ça me plait, il est possible que sur la durée, ça me plaise moins, car les hébergement de courtes durées évitent des problèmes lié au fait de s'établir dans une ville (typiquement, le fait que l'interaction sécurité sociale/mutualité belge fait que pendant un an/DRH de mes anciens postes incompétent, je crois que pendant un an, je n'ai pas eu de couverture maladie. Ce qui m'a pas empêché, une fois la situation régularisé, de devoir payé un an de cotisation pour une année où j'étais pas couvert puisque pas inscrit.) Ou alors je peux attendre de voir qui est intéressé par me recruter, puis une fois que j'ai l'information, aller tester la ville. Mais je me sens mal de dire ensuite «désolé, non merci, mais ta ville est ennuyeuse.» Outre le fait que faire ceci suppose d'avoir assez de sous pour se payer des vacances, ce qui n'est clairement pas mon cas actuellement.

Enseignement

Un ami à fait un excellent billet en listant beaucoup de problème de l'université. J'ai quelques rajouts à faire. J'ai déjà dit toute la haine que j'ai pour les conférences. Je me contenait donc de mentionner une partie du travail universitaire qu'Antoine à laissé de côté: l'enseignement. J'ai déjà dit à quel point je trouve absurde qu'on ne spécialise pas l'enseignement, je ne reviendrai donc pas dessus.

Formation des formateurs

J'ai passé 6 ans à faire du bénévolat en collège et lycée. J'ai eu immensément plus de formations pour ce bénévolat que pour mes tâches d'enseignements. Ma première année à l'université, j'avais un unique sujet à donner, avec séance d'exercice papier, et sur ordinateur. Je venais de commencer le doctorat et n'avait reçu aucune formation. J'imagine donc deux possibilités: soit la fac s'attend à ce que je sois bon immédiatement, parce que j'ai suivi les TD, et donc je peux les donner. Soit ils se disent qu'il faut nous former sur le tas, et que c'est pas grave si les étudiants ont un enseignement de mauvaise qualité. Bon, il y a une troisième possibilité, qu'ils ne se disent rien, et que personne ne se pose la question. Bien sûr, former les nouveau chargé de TD en les faisant regarder le travail de chargé de TD plus expérimentés, ça aurait un coût, il faudrait payer deux personnes aux lieu d'une, donc j'imagine que ça ne se fera pas.

Bon, j'ai quand même eu quelques formations. Encore que je n'ai eu AUCUNE formation lié à l'enseignement de l'informatique en général, ni de la programmation en particulier. Je me suis renseigné, il parait que les formateurs de profs en informatique sont trop chers par rapport aux autres intervenant qui acceptent de former les doctorants. J'admet que je peux assez facilement imaginer que quelqu'un ayant des connaissance dans les bonne pratique pour l'enseignement de l'informatique peut trouver du travail rémunéré relativement correctement dans des écoles privés ou des entreprises, et demander un salaire élevé. Alors que la personne en charge du cours «enseigner l'histoire» n'a pas des tonnes d'employeur et donc acceptera le salaire proposé par la fac. Alors, à la place de cours sur l'enseignement de l'informatique, j'ai eu deux fois trois jours d'enseignement sur «enseigner avec aisance grâce au théâtre». Où l'on m'a demandé de marcher les yeux fermé, me laissant guider par un autre doctorant. Où l'on m'a demandé de faire des ba be bi bo bu. Certes, savoir s'exprimer, controller sa voix, peut être utile pour enseigner; mais je ne suis pas sûr que 6 jours aient été nécessaire. À noter par ailleurs que la formation était à Villetaneuse, et que personne ne prenait le trajet en charge. J'ai aussi eu un cours sur «intéresser les étudiants aujourd'hui», donné par un sociologue. Il nous expliquait qu'il fallait qu'on insiste auprès des étudiants, pour qu'ils comprennent qu'ils puissent dire le contraire du prof, et avoir raison, s'ils sont capable de justifier et argumenter leur réponse. Personnellement, je suis probablement bouché, mais si l'ordinateur refuse de compiler un programme[1], ou ne rend pas le résultat attendu, j'aurai tendance à dire que l'étudiant-e s'est trompé. Je suis là pour l'aider à corriger, si on est en examen, je peux regarder si l'idée générale est présente ou non. Mais je n'irai jamais dire qu'il a raison dans ce cas là.

Je ne ferai pas la liste de tous les autres formations que j'ai suivie, c'est à l'avenant.

Évaluation

Notations

J'ai déjà expliqué que surveiller un examen est absurde pour tout un tas de raison. J'ai aussi expliqué que je n'aimais pas noter mes étudiants. Je ne sais pas comment on peut s'attendre à ce que je note de manière «juste» et «impartial» si je connais les élèves. Et en cas d'anonymat sur les copies, il reste le problème que je serai celui détesté après les mauvaises notes, ce qui ne peut pas faire du bien à la transmission du savoir. Je rajoute maintenant d'autres exemples que je ne connaissais pas quand j'avais écrit ces billets.

Dans l'université où je travaille actuellement, une partie de l'examen est orale. Les étudiant-e-s n'ont pas de limite de temps à l'écrit, et quand ils ont fini, ils appellent le prof, et lui disent qu'ils sont près pour la question orales. Cette question, ils l'ont préparé, et doivent ensuite expliquer au prof', dans une autre salle, le résultat. En soit, je trouve cette technique intéressante, en particulier car elle s'assure que le prof' ait un moment seul à seul avec chaque étudiant-e et évalue mieux sa compréhension. Ou tout du moins, le prof' évalue la compréhension des étudiant-e-s qui ont suffisamment compris pour ne pas avoir abandonné (il est toujours très difficile de savoir ce qui a poussé quelqu'un à abandonné, et à éviter les abandons futurs). Puisque l'oral est après l'écrit, la dernière personne à finir l'écrit passe très tard; iel doit potentiellement attendre longtemps que tous les gens avant ellui aient fini l'oral. Puisqu'on est en examen, ils ne peuvent pas utiliser ordinateur ou téléphone, car ça pourrait leur permettre de regarder des solution au problème orale. Mais on pourrait leur dire de prendre un livre non informatique, une bédé, un jeu solitaire, etc... J'ignore pourquoi ce n'est pas fait. Je l'ai suggéré au prof, mais mon conseil n'a pas été suivi d'effet. De plus, puisque chaque question est indépendante, on pourrait dire aux étudiant-e-s de commencer par la question orale, comme ça les première/er-s à finir la question orale passeraient rapidement dans le bureau du prof', ce qui éviterait à la queue de se former en fin d'examen. Le prof' finirait sa journée plus tôt. Et accessoirement, le surveillant aussi, puisqu'il reste tant qu'il y a du monde dans la queue.

Je hais le fait que les étudiant-e-s aient l'obligation de composer sur papier. C'est l'unique moment où il faut écrire, si ce n'est peut-être quelques documents administratifs. Tout le reste peut se faire sur l'ordinateur. C'est pas forcément moins écologique, difficile de comparer en terme de papier gâché/électricité dépensée. C'est clairement plus lisible. Et même dans le cas où il faut des maths, il y a des éditeurs de textes qui permettent de faire ça.

Projets

Beaucoup de projets obligatoires imposés aux étudiant-e-s sont d'une absurdité sans borne. Peut-être sont-ils adaptés aux étudiant-e-s ayant besoin de temps, de progressivité. Je suis totalement d'accord avec le fait de commencer par des questions simple, de guider, de permettre de prendre son temps. Encore que mon expérience me montre que même des projets simples peuvent être réellement échoués. À ce sujet, j'explique aux étudiants, en soutenance de projet, que leur but est de me donner envie de leur donner des points. Puisque la soutenance a un temps limité, ils doivent me montrer ce dont ils sont le plus fier dans leur programme et dans leur code. J'ai souvenir d'une étudiante qui me disait que, ce dont elle est le plus fier, c'est d'avoir réutilisé le mécanisme de glisser-déplacer qu'on a vu en TD. Je ne pense pas avoir réussi à lui expliquer que ce qu'on a vu en TD (ici, créer un programme graphique, et pouvoir déplacer des objets dedans en cliquant dessus, déplaçant la sourie, puis relâchant le bouton de la sourie) était le minimum de ce qu'on attendait d'eux. Et qu'en projet ils étaient sensé aller plus loin à partir de ce minimum.

Je divague. On a des étudiants qui sont doués. J'ai déjà eu des étudiants qui faisaient du freelancing pour gagner de l'argent pour des études. Donc des étudiants qui savent se former eux même, qui sont considérablement meilleur que moi dans certains domaines de l'informatique. Et que l'université ignore totalement ! Les premières années, ils doivent se faire les même cours, à la même vitesse que les autres, avec les mêmes projets inintéressant. Et patienter et s'ennuyer des années avant de voir des sujets poussé où même eux découvriront des trucs qu'ils auraient pu apprendre plus tôt.

J'ai redivagué. Je voulais parler des projets. Les projets prennent du temps, ils sont fait pour. Ça leur demande souvent de réutiliser plusieurs briques de bases qu'ils ont vu en cours, les manipuler, et obtenir des choses plus complexes que ce qu'on peut voir dans des TP de 2 heures. Le projet me semble indispensable pour vérifier que nos étudiants ont saisi ce qu'on voulait enseigner. Autant on peut résoudre des exercices en tentant des trucs jusqu'à ce que ça marche - les exercices sont rarement gros - autant il est compliqué de réussir un projet sans comprendre ce qui est derrière. Mais je ne pense pas que les projets qu'on donne soient optimaux pour les étudiants qui sont déjà développeurs. J'aimerai qu'un étudiant puisse, s'iel le désire, avoir de la liberté dans son choix de projet. Les deux premières années, on vérifie surtout s'ils ont compris les bases de la programmation. Si quelqu'un participe à un logiciel libre, à créer un site web non trivial, il me semble honteux qu'il ne puisse pas s'en servir pour valider le cours, et qu'on lui fasse perdre du temps. Certes, faut vérifier qu'il a vraiment contribuer au code, donc, comme pour toute soutenance, lui demander de nous montrer un peu de son code, et l'expliquer. Pour certains étudiants, il y a même un risque légitime que ça soit moi qui ne m'y connaisse pas assez pour saisir la complexité de ce qu'il a fait. On m'a explique qu'on ne peut pas faire ça, car on ne peut plus appliquer le barème créé pour le projet, et ça nous demanderait plus de boulot. Cette réponse ne me satisfait pas. Je ne considère pas être là pour faire de l'administratif, mais pour les étudiants.

J'ai eu encore pire sur un cours de deuxième année. Une unité d'enseignement était juste un projet de 4 mois. J'ai demandé au prof' qu'on laisse le choix aux étudiant de choisir leur projet librement s'ils ont déjà une idée en tête. Ou bien leur proposer de collaborer sur un logiciel libre, histoire que leur code serve. Mais c'était hors de question.

Le dernier exemple que j'ai correspond à un cours que je n'ai pas donné moi même. Une unité d'enseignement où il fallait découvrir une notion informatique un peu poussé, et rédiger un papier dessus, suivi d'un exposé, afin de montrer que l'étudiant-e s'était approprié cette notion. J'ai proposé que ce papier, plutôt qu'être un PDF, soit rédigé en format wikipédia. Et que l'évaluateur suggère des corrections, puis propose de mettre en ligne si la qualité est suffisante. Wikipédia-francophone à un gros manque d'article en informatique, à part sur les sujets basiques, donc trouver des sujets à donner aux étudiants ne seraient pas compliqué. Je n'ai pas l'impression que ç'ait intéressé des gens. À noter que l'idée de base m'est inspiré par Pablo Rauzy, un ancien camarade de classe, devenu maître de conférence, pour qui j'ai pas mal d'admiration - ne serait-ce que pour l'effort qu'il met à tenter de faire changer les choses.

Cursus

À la base, je ne pensais pas parler de l'examen, mais avoir une vision plus globable.

Je hais le contrôle qu'a l'université sur le cursus des élèves. Je suis élitiste, ce n'est pas un secret. Je ne considère pas que l'éducation devrait être réservé à une élite. Je considère sans l'ombre d'un doute que la vitesse et le contenu de l'enseignement devrait s'adapter au niveau réel des étudiant-e-s. J'ignore comment quelqu'un, étant passé dans une école normale supérieure pourrait penser autre chose en prétendant être cohérent. Cette règle, s'adapter au niveau des étudiant-e-s, on l'applique en TD. Quand quelqu'un réussit bien, on lui donne des exercices supplémentaires. J'ai eu plaisir à le faire, une fois, avec des étudiants brillants. Mais ces exercices supplémentaires n'étaient pas pris en compte académiquement. Et quand ces exercices sont hors-programme, ça ne se traduit pas dans l'évaluation, dans le diplôme, les notes, et se traduit pas dans ce que les recruteurs pourront voir.

En particulier je connais personnellement des gens qui ont juste le bac. Qui seraient capable de réussir des examens de licence 3. La seule et unique raison pour laquelle leur capacité n'est pas reconnu, ce n'est pas l'absence de capacité dans les domaines enseigné, mais l'incapacité à se lever et venir tous les matins, durant trois ans, assister aux TD/TP obligatoires. Je comprend que dans les sciences expérimentales, il soit important d'évaluer la capacité à faire des manipulations, qui doivent être faites en laboratoire. Je comprend l'intérêt des stages, qui peuvent bien plus difficilement être compressé dans le temps. Mais c'est loin d'excuser tout ce qui est imposé aux étudiants. L'excuse classique est que, en sortant du lycée, les étudiants ne sont pas encore autonome, et il faut les forcer à bosser. Peut-être que c'est vrai pour certains. Mais je suis dégoûté par le fait que ça soit appliqué indistinctement à tous, même à ceux à qui cette règle nuit.

L'université peut aussi «certifier» des gens, regarder leur travail professionnel et valider qu'ils ont un niveau universitaire. J'ignore comment ça marche en détail. Mais puisque c'est pour du «travail», ça ne marche pas avec des projets open source. Et comme pour beaucoup de travaux, il faut déjà un diplôme, c'est loin d'être une solution satisfaisante.

L'université

Française

Tout d'abord, je ne pense pas manquer à l'université. Vu le nombre de demandeur de poste de prof' et maître de conf', ce n'est pas comme si mon absence laisserait un poste vide; je ne suis pas non plus persuadé que ceux qui restent soient moins bons que moi, quelque soit le critère pris en compte. D'autant que si on parle du nombre de publication, j'ai changé de domaine avec le post-doc, et le temps de découvrir le nouveau domaine, je n'ai publié qu'un seul papier, et encore, c'est surtout grâce à mes 4 co-auteurs. Bref', si je n'étais pas recrutable l'an dernier, je ne vois pas comment je le serai devenu cet année.

Et surtout, je pense pas qu'un poste de permanent en France me manquerait. J'ai déjà eu un poste d'enseignant «temps-plein», donc similaire à ce qu'on demande à un permanent. Je l'ai fait deux fois. La première fois pour finir mon doctorat, avec des cours que je connaissais; donc ça allait encore. La 2ème fois, avec des cours où je ne connaissais rien, et en donnant cours pour un prof qui fait parti des pires personnes que j'ai croisé professionnellement. Et cette année était atroce, je n'ai pas fait de recherche pendant 6 mois. Je sais par ailleurs que pleins de nouveaux profs'(maitre de confs' en fait) en France arrêtent la recherche aussitôt recruté à l'université. Parce qu'on leur demande bien trop d'enseignements et de tâche administrative et qu'ils n'ont littéralement plus le temps de chercher. À noter que l'heure supplémentaire (on dit complémentaire, en fait), est payé moins que l'heure normale, et d'après un calcul que j'ai vu, elle est peu au dessus du smic horaire. Autant dire que l'université est bien motivée à demander aux profs d'enseigner encore plus, et de chercher encore moins. Après tout, à court terme, il est dur de voir si le prof' fait de la recherche, tandis qu'il est simple de voir si l'obligation de fournir des profs' aux étudiant-e-s est respecté.

Les franciliens se plaignent des écoles qui partent de Paris pour aller vers Saclay. D'autant que le métro, qui a été promis pour relier le campus de Saclay à Paris, est encore reporté. On peut supposer que le métro sera reporté encore plein de fois. Ce qui fait que certains profs' décident de démissionner, parce que ce déménagement rend le travail considérablement plus pénible pour au moins une décennie. Je crois assez facilement que pousser les permanents à démissionner soit le but du gouvernement. Ça serait cohérent avec les profs' non remplacé, ou simplement les postes «ouverts mais non financé» (si j'ai bien compris, le ministère dit: on accepte que vous recrutiez un prof, mais débrouillez vous, on payera pas son salaire.) etc.

Je pourrai rajouter «ParcoursSup», qui a été un désastre du point de vue de tous les chercheurs que je connais. Dans le sens où, même les gens d'accord avec l'objet de la réforme (et qui ne sont pas au ministère, ou dans les comités concernés) semblent considérer qu'elle a été mené de manière catastrophique. Et je ne parle pas que des bugs d'interfaces graphique, les conseils contradictoires qui ont été donnés. Les mensonges du ministère.

Personellement, je ne me sens pas de me battre. En particulier, pas de me battre au niveau de l'université. Parce que rien ne me convainc que ça soit le niveau le plus efficace, et si je devais passer ma vie, ou au moins des années, pour une cause, ce n'est pas ce que je choisirai.

À l'étranger

Remarquer que je ne parle que de l'université française. J'ai passé 6 mois à Amherst, Massachusetts, coin encore plus paumé que Bruxelles. Et j'ai passé 6 mois à l'université de Montréal, en échange étudiant - mais là, je serai bien incapable de me faire une idée sur ce que vaut le statut de chercheur là-bas.

Bref, je peux envisager qu'un poste dans une université étrangère me plairait plus. Mais je sais que pleins d'endroits cools sont aussi très concurentiels, et je ne crois toujours pas avoir un dossier/CV qui me donne des chances, autrement dit, je suis à peu près persuadé que chercher à faire de la recherche dans ces conditions là serait juste une perte de temps.

Contribution au monde

J'aime la recherche. Comme énormément de chercheur en mathématiques, je trouve ça beau et amusant à faire. Et ça me suffisait pour vouloir faire ce métier. Encore que pour être honnête, de ce point de vue, je sois moins fan de mon travail depuis que je suis en Belgique, les objets sont plus compliqués, et me semblent moins naturels à manipuler. Quand bien même ils sont peut-être plus utile pour résoudre des problèmes concrets que quelques rares personnes se posent.

Un petit aparté pour expliquer cette histoire de beauté. Un des moyens de caractériser la beauté d'un objet mathématique, c'est de voir le nombre de moyen distinct qui permet de définir cet objet. Typiquement, un carré admet énormément de définition différentes. C'est un rectangle et un losange à la fois. C'est un parallélépipède avec un angle droit et deux côtés adjacent de même longueur. C'est un quadrilatère dont les diagonales se coupent à angle droit et ont une même longueur. Bref, un carré, c'est mathématiquement joli. Eh bien, dans le domaine où je suis, ont fait exactement l'inverse. Le même nom est utilisé pour désigner tout un tas de définition subtilement différentes. Et ces subtilité ont parfois des grandes conséquences qui change totalement ce qu'on peut faire avec l'objet. Personnellement, ça me rend l'objet extrêmement complexe à manipuler, après un an, j'ai toujours une image mentale flou de ce truc. À un moment, j'ai commencé une unification des différentes notions, mais je me suis rendu compte que ça serait un travail de longue haleine, et même pas un travail de recherche, puisqu'il serait surtout s'agit de reprendre des résultats déjà connus.

Je savais que je voulais faire de la recherche en mathématique avant le bac, il y a 12 ans. Depuis 12 ans, j'ai évolué. J'ai quitté le 16ème arrondissement de Paris, j'ai aussi plus assimilé qu'il n'y a qu'un nombre limité de chose que je peux faire dans le temps que j'ai. Je serai pas contre tenter la cryogénisation plutôt que de mourir, mais ça a l'air complexe en France, et je met une faible probabilité de succès - quoi que le Pari de Pascal m'empêcherait pas de tenter. Je suis absolument pas persuadé qu'utiliser mon temps à faire de la recherche soit le plus utile.

Pour être plus précis, je ne suis pas persuadé qu'utiliser mon temps sur la recherche que je fais soit le plus pertinent. Non pas que le temps pour la vulgarisation soit plus pertinent, ou la création d'article wikipédia mais je le fais pour m'amuser, et ça me gêne moins que des amusements soient peu importants. Je l'ai déjà dit, je n'étais même plus sûr que le temps pour les interventions en milieu scolaires contre les LGBTphobies soit pertinent.

En fait, ça serait même surprenant que ça soit ce qui me convienne le plus. Tout ça, je l'ai fait par inertie. Parce que le post-doc suit le doctorat (en France), qui suit le master ( à l'ENS), qui suit la licence, qui elle même suit le fait que les CPGE m'ont toutes refusées. Quant au choix du sujet de recherche, jusqu'au doctorat, c'était la même chose. J'ai aimé la logique et la complexité, j'ai donc choisi ce qui me permettait de relier les deux sujets. Encore que je me sois pas mal éloigné de la complexité depuis. J'ai appris à coder en 4ème, puis j'ai du arrêter quand j'ai redoublé la seconde, pour me concentrer sur le lycée. J'ai toujours extrêmement de mal à considérer que coder est une activité sérieuse et professionnelle, et j'ai toujours un sentiment de culpabilité quand je code, comme si je lisais au lit en cachette. Il faut dire que je code rarement pour le boulot. Toujours est-il que cette découverte en 4ème a clairement influer mon choix de licence. À 31 ans, j'imagine qu'il est pas trop tôt pour me demander si la voix que j'ai choisie est la bonne. Indépendamment de la définition de "bonne".

J'imagine que je resterai dans l'informatique, parce que même si je découvre qu'une voie aurait été plus pertinente il y a une décennie, étant donné ce que j'ai acquis depuis, c'est plus intéressant à exploiter ce que je sais déjà faire. Mais il reste plein de choix dans l'informatique.

Je n'ai pas l'impression de faire de la recherche utile

J'aime la recherche. C'est un jeu marrant. J'ai répondu à des énigmes auxquels personne n'avait répondu avant, voir que personne n'avait posé avant, voir qui n'intéresse environ personne. Pendant des années, ça m'allait totalement. Aujourd'hui, j'aimerai bien me dire que ce que je fais a un impact.

Résultats d'indécidabilités

La majorité de ma recherche - en terme de publication - a consisté à montrer mathématiquement que certains problèmes sont impossible à résoudre. Il est envisageable que des gens veuillent effectivement résoudre ces problèmes. Ou plutôt qu'ils aient envisagé de passer par ce problème comme étape intermédiaire pour résoudre le problème qui les intéresse vraiment. Mon papier pourra donc leur dire que cette voie n'est pas la bonne.

Sauf qu'il y a un énorme problème. Mon papier entier prend plusieurs dizaines de pages à montrer cette impossibilité. Alors que cette personne imaginaire aurait juste besoin de l'information «c'est impossible». Même formalisé, ça devrait prendre quelques lignes à dire, pas 20 pages. Autant dire que regarder un papier, lire les définitions exactes, trouver le résultat, est un investissement bien trop inutilement complexe par rapport à ce que ça devrait être.

Il existe un complexity zoo, un wiki de catégorie, un de théorie des groupes. Donc certains champs des mathématiques. Tout cela peut permettre de retrouver facilement les informations voulues, plutôt que chercher les papiers individuellement. Enfin, si quelqu'un maintient ça a jour. Et personne n'a cette responsabilité. Personne n'est même récompensé pour ce travail. Alors qu'il serait pas hallucinant, à l'échelle du monde, du nombre de chercheur, que chaque domaine dispose de wiki, avec des gens chargé de le maintenir à jour des résultats venant des dernières publications. Et se chargeant d'uniformiser les notations pour que, dans le wiki, il soit inutile de relire les définitions qui risquent d'être légèrement différentes d'un papier à l'autre. Le plus proche qu'on ait étant les textbooks, des gros livres résumant l'état de l'art d'un domaine, sortant irrégulièrement, et pour lequel l'auteur a en général peu de récompense (les livres universitaires rapportent rarement de l'argent, à part quelques livres de cours). J'imagine que faire ce métier là me plairait beaucoup, je n'ai aucune idée de comment créer ce métier là.

Ensembles réguliers

Mon travail un peu plus récent à consister à montrer qu'un problème est résoluble efficacement. Je peux envisager que savoir résoudre ce problème puisse intéresser des gens. Encore une fois, personne n'aura comme but finale de résoudre ce problème, ça peut juste être une étape d'un processus. Tout comme personne n'a, à ma connaissance, le but finale d'utiliser une pince plate. J'aime bien la métaphore de la pince plate; car pour beaucoup de petit bricolage, si on a pas de pince plate dans sa boîte à outil, on s'en passe relativement bien. Si tu dois tenir un truc en place et que t'as pas de pince plate, tu peux utiliser une pince coupante, un manche de ciseau, une manique, etc... T'arrêteras pas ton projet pour aller acheter une pince plate au magasin de bricolage. À moins que tu aies vraiment besoin de cette pince plate. Et le souci de mon travail, c'est que non seulement mon outil n'est pas vendu dans les boîtes à outils, mais que aucune usine n'en fabrique. J'ai créé, à la main, une sorte de pince plate. Cette pince fonctionne, et j'ai pu la montrer au jury de ma thèse. Si on lit ma thèse, on voit que je suis prêt à laisser tout le monde utiliser cette pince(bref, j'ai codé l'outil, il est libre et en ligne). Mais il faut savoir où aller le chercher. Et en plus, il est pas forcément super adapté pour interagir avec le reste des systèmes qui existent déjà. Dans les grands discours sur l'importance de l'université, on parle de brevet, d'aider les chercheurs à créer des starts-ups, à aller présenter leur travail aux industriels - sans toujours mettre les sous pour accompagner les promesses, mais c'est une autre question. Sauf qu'en pratique, ma pince plate, je peux pas faire tout ça. Je peux pas créer une start-up dans le but de promouvoir la pince plate, et dire à quel point elle s'interface bien avec les autres outils de la boîte à outil. Je peux pas faire des grands discours pour expliquer comment la pince plate va révolutionner le monde. Parce que ce travail n'a pas pour but de révolutionner le monde, juste de rendre quelques taches précisent légèrement plus simple/rapide.

Ce but, simplifier des processus, m'irait totalement, si les gens qui peuvent gagner du temps avec mes pinces plates métaphorique avaient une pince plate dans leur boîte à outil. Mais puisque je ne pense pas jamais convaincre quelqu'un de prendre le temps, et le coût en développeur, pour mettre ma création dans un programme qui existe déjà, qui est réellement utilisé par des gens, mon travail restera sûrement sans intérêt. À part comme curiosité pour d'autres chercheurs s'intéressant à un domaine proche du mien.

Logique temporelle

Un des soucis mentionné au paragraphe précédent provient du fait que j'étais dans un laboratoire d'informatique fondamentale. Nous n'avons pas l'habitude, ni la vocation, à créer des choses utile. Mais juste à comprendre ce qu'est réellement la notion de calcul.

Depuis un an, à Bruxelles, je suis dans une équipe légèrement plus appliqué. C'est à dire qu'on étudie des problèmes qu'on sait être très dur en théorie, et on cherche des moyens d'y répondre efficacement en pratique. Même si on ne saura pas résoudre toutes les questions possible lié à notre problèmes, si la plupart du temps on peut dire «oui» ou «non» rapidement, et de temps en temps on répond «je sais pas, en 10 minutes j'ai pas trouvé la solution, désolé», c'est déjà cool. C'est pas très joli mathématiquement, parce que souvent on ignore pourquoi ça marche rapidement, on se contente de tester et voir ce qui fonctionne ou non. Mais en plus, je dois admettre ignorer totalement par quel processus le résultat de mon travail finirait par descendre jusqu'à des utilisateurs. Et les exemples d'applications que j'ai pu voir donnent pas spécialement envie. Plus précisément, un exemple réel que j'ai lu dans un article expliquait que le genre de question qu'on traite à permis de s'assurer du bon fonctionnement du système d'aération d'une porcherie. Je laisserai mes positions quant à l'exploitation animale en dehors de ce raisonnement. Si j'imaginais que les éventuels gains du à un meilleur système permettait de diminuer le prix de cette viande, et de faire économiser quelques centimes à tous les gens qui mangeait de leur porcs, je serai pas fondamentalement contre. Je doute effectivement que, à la fin, à part les propriétaires de grandes exploitations y gagne. Donc je suis pas convaincu par l'intérêt de faire cette recherche, surtout à un salaire de chercheur. Mais même si je pensais que ça ferait gagner un peu d'argent à énormément de monde, ce gain est tellement faible, et tellement indirecte, qu'il n'est absolument pas motivant.

Je reconnais volontiers que prendre en compte cette notion de motivation est encore une preuve de privilège. Pour reprendre l'exemple de la pince, j'imagine qu'un-e ouvrièr-e d'une usine fabriquant des pinces a pas nécessairement une passion pour son travail, et s'il voit ses pinces en ventes dans un magasin de bricolage, la majorité des gens n'aura que peu d’enthousiaste à l'idée qu'il ait participé à leurs créations. Mais, ayant la chance de pouvoir chercher un travail plus motivant, ça me tente bien.

Example plus motivant

Quand j'étais plus jeune, je voulais être Géo Trouvetou. Quand quelqu'un a besoin d'un truc, pouvoir le créer, ça a l'air super cool. Récemment, je retrouve un peu ce principe avec Python, qui a tellement de librairie déjà disponible que je peux effectivement répondre en quelques heures/jours à plein de petits besoins que j'ai, ou parfois que j'ai vu des gens avoir. Quoi que je galère des que les problèmes sont un peu gros.

Comme beaucoup de gens, je suis assez impressionné par les gens qui ont créé alpha go, alpha go zéro. Quand Yudkowsky parle de sa recherche il a l'air assez motivant. Les images de robots faisant des taches complexes sont aussi passionnantes. Je peux aussi imaginer que j'aurai apprécié travailler, il y a des décennies, sur les structures de données, créer des briques de bases utilisées par tout les programmes (j'ignore ce qui se fait comme recherche aujourd'hui à ce sujet). Malheureusement, je peux difficilement reprendre tout mon parcours depuis mon stage de master 2, et aller vers des domaines plus motivants (quoi que moins joli), et se réorienter dans le monde de la recherche semble quasiment impossible (après tout, il y a déjà plein de très bon candidat déjà formé pour ces postes là.)

Note

[1] Sous l'hypothèse que l'étudiant-e ait pu tenter de compiler le programme. S'il rédige sur papier et fait une faute de syntaxe, c'est totalement acceptable.

mercredi 10 octobre 2018

Pourquoi certains insistent sur une méthode d'inclusion quand d'autre dit que ça les exclut

Une ex-amie m'a dit un jour que, comme je suis un homme cis, j'ai des excuses pour ne rien comprendre quand elle discute des questions de genre. Elle en discute beaucoup sur twitter; et logiquement, elle prend pas le temps de tout expliquer, puisqu'elle parle avec des gens ayant des connaissances en commun que je n'ai pas. Depuis, j'ai vu cette ex-amie participer/influer des harcèlement contre des personnes non-cis qui avaient des opinions différentes d'elles sur le genre, et c'est franchement le privilège cis le plus con que j'ai jamais eu. Ou alors elle m'épargne car j'ai plus souvent des questions que de certitudes. Que je trouve parfois que son point de vue me semble cohérent, même si je trouve aussi que le point de vue opposé me semble cohérent aussi. Tout ça pour dire, il y a un processus de discussion/argumentation que je ne comprend pas, et je compte illustrer ce processus avec un exemple vaguement lié à la notion de genre/transidentité. Et même si je n'ai pas d'autre exemples en tête, je suis persuadé que le questionnement pourrait se généraliser. Je note déjà qu'il est possible que je n'y comprenne simplement rien car, comme le disait cet ex-amie, je ne suis qu'un cis.

J'ai vu pas mal de personne répéter, sur twitter ou dans des associations, un certain nombre de truc tel que:

  • 1)Lorsque un document parle de ce qui est lié au système génital ou reproductif, il doit inclure explicitement les personne trans. Qu'il ne soit pas supposé que le pénis/vagin soit nécessairement un homme/une femme. Que donc le cancer du sein/de la prostate peut aussi toucher les hommes/femmes.
  • 2)Il est totalement impossible de connaître le genre d'une personne, et on ne doit pas supposer quoi que ce soit. I.e. seule la personne connaît son genre, et c'est à cette personne de le donner.
  • 3)Les bios twitter, et les présentations en personne se font en donnant prénom et pronom. L'important étant que tout le monde fasse cela, comme ça les gens dont le pronom n'est pas celui auquel on s'attend(i.e. personnes NB, personnes trans n'ayant pas transitionné physiquement) sont traité exactement comme les autres personnes.

J'ai vu d'autres personnes trans s'opposer fermement à ces demandes. Parmis les explications, j'ai lu:

  • 1')certaines personnes ont déjà une dysphorie, rappeler que des hommes peuvent avoir leur règle, porter un enfant, etc... c'est leur imposer cette dysphorie, et donc leur faire encore plus de mal sous prétexte de bonnes intentions. D'autant que, dans beaucoup de cas, le message n'est pas vraiment adapté aux personnes trans. Typiquement, on pourrait envisager qu'une transition modifie le risque de cancer de la prostate, mais tant qu'aucune étude de mesure effectivement ce chiffre, rajouter un message pour les femmes trans ne leur apporte aucune information spécifique.
  • 2') et 3')Imaginons quelqu'un qui a transitionné et qui a réussi à obtenir une apparence qui lui plaît. En particulier, que le genre assigné aujourd'hui est effectivement le genre de la personne. Alors il y a deux types de personne qui vont lui dire «malgré ton apparence, on ne peut pas être sûr que tu sois bien une femme/un homme». D'une part les transphobe qui renverront cette personne à son genre assigné à la naissance, et penseront donc que son apparence ne correspond pas à son «vrai» genre, mais est un mensonge. Et puis les lieux où l'on défend la thèse qu'«on ne peut jamais connaître le genre d'une personne». En résumé, des personnes et associations se voulant inclusive se mettent à ressembler étrangement aux transphobe, et donc sont désagréables[1].

J'espère n'avoir pas trop déformé les différents points de vues que j'ai pu lire. Et qu'il est clair, par mon résumé, que tout ces points de vues me semblent totalement sensé, défendable. Je ne suis pas certains qu'il y ait la moindre solution qui convienne à tous, à moins de séparer les associations en deux parties distinctes selon le point de vue que tu veux défendre. En effet, imaginons que les gens pour qui le pronom n'est pas «évident» donne leur pronom. Afin qu'ils ne soient pas seuls, sans forcer les trans qui ne veulent pas, il faut demander aux cis de donner le pronom. Mais dans ce cas, ça force les trans à choisir entre dire qu'ils sont trans et dire le pronom, deux solutions négatives.

Personellement, mon pronom est dans ma bio twitter. Il m'arrive souvent dans les milieux non professionnel, de me présenter en disant «Arthur, Il»; mais je n'exige de personne de me donner son pronom.

Ce que je suis pour l'instant toujours incapable de comprendre, après tout ce temps, c'est pourquoi les positions n'ont pas évolués pour prendre l'autre point de vue en compte. Pourquoi, par exemple:

  • les gens qui exigent que tout le monde donne son pronom, quand ils expliquent la raison de cette règle (et il faut la réexpliquer souvent, au minimum, à chaque fois qu'il y a de nouveau cis qui arrivent, dans la présentation écrite des événement appliquant cette règle), ne rajoutent pas dans cette explication un mot, sinon une adaptation de la règle, pour les personnes non-cis que ça pourrait gêner.
  • Et réciproquement, pourquoi, à chaque fois que je vois dire 1'), ils semblent dire qu'il faut absolument arrêter cette pratique néfaste, sans chercher à répondre au besoin d'autres personne trans disant 1).

Note

[1] Je tiens à noter que j'ai expliqué à une amie trans que des trans ont ce point de vue. C'était assez perturbant.

samedi 29 septembre 2018

Programmation et ligne de commande avec anki

Concernant la programmation, j'ai entendu le conseil suivant. Quand tu as besoin de regarder quelque chose sur internet, tu rajoutes immédiatement ce que tu as trouvé dans anki, comme ça tu n'auras jamais besoin de chercher quelque chose deux fois. Ça serait une super bonne idée si ajouter quelque chose à anki était effectivement super rapide. Personellement, ça me demande probablement une minute, réouvrir anki, trouver le bon deck, rentrer toutes les informations. Ça me couperait trop dans ce que je développe, et surtout, trop souvent. Donc, comme pour tout le reste, je rentre beaucoup d'information à la fois.

Quand des pages contiennent toutes les informations de manière à peu près ordonné, comme la référence du CSS, c'est très pratique. Je peux rapidement obtenir un fichier CSV à partir de ça, puis importer toutes ces informations dans anki. Malheureusement, pour les pages man, même si la mise en forme et souvent la même, il semble qu'il n'existe aucune base de donnée où je peux trouver, pour chaque ligne de commande, la liste de ses options/abbréviation. Et pour l'instant, je ne connais pas assez le format de rédaction des pages man pour tenter de créer un extraicteur moi-même.

Voici les informations que contiennent mes cartes propre aux langages de programmations. Les autres champs étant donné ici.

Les champs

Tout d'abord, j'ai «instruction», qui est le texte qui doit être écrit dans le code. Puis j'ai «abbreviation», pour les cas où il existe deux manières distinctes d'écrire le même code, dont l'une est un raccourci de l'autre. C'est souvent le cas en ligne de commande, où il existe une version longue et une version courte des arguments.

Ensuite, j'ai les champs «effet» et «valeur». La plupart du temps, je ne remplis qu'un des deux champs. Ainsi, «print(n)», à pour effet «affiche la valeur de n.», et n'a pas de valeur. Réciproquement, «i+1» n'a pas d'effet[1]. Par contre, i++ a un effet et une valeur, donc j'indique les deux. De même, en C, c'est utile de se souvenir que «i=n» a une valeur, égale à la valeur de «n».

J'ai aussi un champ «type», dont le sens est assez évident, et souvent redondant avec «value». Mais, par exemple, pour les jeux de pointeurs en C, mettre le type explicite peut être assez utile.

J'ai un champ «défaut», qui me sert à indiquer la valeur par défaut des variables. Ainsi j'ai l'information que le baud rate par défaut d'arduino est 9600.

J'ai un champ «nom», particulièrement utile en base de donnée, ou chaque operation à un nom, et une notation, qui n'est pas nécessairement exactement identique à l'instruction utilisé.

J'ai deux champs «temps» et «espace». C'est surtout utile pour les instructions correspondant à des structures de données, quand le langage de programmation indique si un tri est en place ou pas, si un accès est garanti en temps constant/logarithmique, c'est utile de l'indiquer.

J'avais prévu un champ invariant, aussi pour les structures de données. Mais en pratique je constate que je ne l'ai jamais utilisé. J'imaginais, pour une fonction de tri, par exemple, indiquer si le tri était stable. J'ai aussi «potentiel ou crédit». Mais ça semble être des questions pertinentes pour les notes «structures de données» et pas pour les langages de programmations.

Note

[1] à part potentiellement celui d'évaluer i

Clôture d'un ensemble dans anki

Il y a un type de note dans Anki qui me pose particulièrement problème, que je ne sais vraiment pas comment régler: indiquer les opérations admises par une structure précise.

En mathématique, si tu as un ensemble E de trucs, et que quand tu applique une opération f à certains de ces trucs, tu obtiens encore un élément de E, alors tu dis que E est clos par f. Par exemple, l'ensemble des rectangles est clos par symétries, par étirement, par rotation. Alors que l'ensemble des carrées ne sera pas clos par étirement. L'ensemble des langages reconnaissable est clos par miroir, union finie, intersection finie, quotient par un langage, shuffle, infiltration, prendre l'ensemble des suffixe, préfix, facteurs, sous-mots, étoile de Kleene, complémentation. Et contient tous les langages finis. Par contre, ce n'est pas clos par union infinie. Ça fait beaucoup de chose dont je veux me souvenir.

Pour l'instant, c'est le seul cas où j'utilise des texte à trou. Ainsi, je demande «les langages reconnaissable sont clos par union », et la réponse est «finie», mais pour être aussi dénombrable, arbitraire, ou aucune. Pour les carrés, j'indique que c'est « par étirement», où la réponse est «pas clos». Et je demande aussi «pas clos par ???», et donc je dois trouver une transformation qui ne respecte pas les carrés, et qui n'est pas déjà dans la liste affichée.

Une carte anki standard

Ce billet contient la liste des champs présent dans presque toutes mes notes. Je commence par les champs qui ne sont qu'une information pour aider, mais ne correspondant à aucune question. Une règle extremement importante, tout ces champs doivent systématiquement avoir la même place dans la liste des champs. Chez moi, page est toujours le premier champ, partout. Comme ça, quand je change le type de note, si l'information page est déjà rentré, elle sera toujours présente au bon endroit.

Champs sans question

Méta information

Tous les champs de cette section ne sont affichés que dans la réponse. En effet, ils aident à vérifier une information, par contre ils donneraient des indices peu pertinent le reste du temps.

Page, section et chapitre, sont trois champs qui m'aident à retrouver la source d'une information. La page peut être une URL, ou un numéro de page. Normalement, ces informations sont un peu redondante, mais puisqu'il m'arrive d'oublier dans changer une; ou bien que la numérotation de page soit différente selon l'impression, alors cette redondance est utile. Un 4ème champ pourrait être utile: livre. Mais en général, chaque deck correspond à un seul livre, donc le champs serait inutilement redondant.

J'ai aussi des champs «genre» et «index», pour indiquer que quelques chose vient du Lemme 3, par exemple.

Information générale

J'ai un champ contexte, affiché tout le temps, dans la question et la réponse. Ça me permet de savoir dans quel cadre la question est posé. Des mots pouvant avoir des sens fort différent dans plusieurs domaines.

J'ai un champ «variable», parfois appelé «paramètre», qui indique toutes le type de toutes les variables utilisé dans d'autres champs. Ainsi, ça peut indiquer que n est un entier, et f une fonction. Ou bien que o est un objet avec une masse.

Extra est un champs qui contient n'importe quel autre information, qui sera affiché sur la réponse. Je peux m'en servir pour prendre des notes pour expliquer pourquoi je crois qu'il y a une erreur, et vérifier plus tard. Pour mettre un dessin qui aide à comprendre la réponse, sans faire partie d'une question.

Champs à question

«Supposition» permet de mettre les hypothèse dont il faut se souvenir afin que le reste de la note ait du sens. Typiquement, si une division doit avoir lieu, je dois supposer que le dénominateur est non-nul.

Beaucoup de notes contiennent des champs «nom», «notation» et «example». Parfois «nom français» et «abréviation». Parce que presque tout peut avoir un nom, que ça soit un théorème, un objet, une relation mathématique. Et parfois, il y a une manière standard de le noter qui n'est pas son nom. Et parfois, ce nom est abrégé de façon standardisé.

mardi 25 septembre 2018

Apprendre des définitions avec Anki

Apprendre une définition avec Anki est un processus qui peut être tellement complexes qu'il mérite un billet à elles toutes seuls. D'autant que c'est un sujet des plus importants. Plus d'un tiers de mes notes, et près de la moitié de mes cartes sont des définitions. Je tenterai d'utiliser des exemples vraiment basiques, mais certains problèmes n'arrivent que dans des cas complexes. Je vous prie de m'excuser si certains exemples ne sont pas compréhensibles.

Définitions

Intuitivement, une définition peut être simplement une note avec deux champs, le nom du truc défini, et la définition. C'est parfait si tu veux apprendre, par exemple, qu'un carré, c'est un rectangle qui est aussi un losange.

Plusieurs définitions équivalentes

Le problème commence déjà à apparaître. Après tout, un carré c'est aussi un rectangle avec deux côtés adjacents de même longueur. Cette définition est tout aussi valide mathématiquement, et elle est parfois plus utile. Après tout, au lieu de vérifier que ta figure géométrique est vraiment un losange, c'est à dire qu'elle a 4 côtés de même longueur, tu vérifie seulement l'égalité de deux côtés. Et puis, un carré, c'est aussi un losange avec un angle droit.

Bien sûr, tu peux faire 3 notes, une note par définition. Mais alors, quand on te demande «qu'est-ce qu'un carré», tu ne sauras pas forcément quel définition anki attend de toi. Tu pourrais mettre toutes les définitions ensemble, mais ça ferait un champ avec beaucoup de contenu, ce qui est très déconseillé. Et puis, tu peux vouloir qu'anki t'aide à voir quels définitions sont dures pour toi, et lesquels sont faciles. Qu'il te fasse réviser les définitions dures plus souvent. Pour répondre à ce problème, mon type «Définition» contient 7 champs «définition», «définition2», etc... Anki me donne le nom et toutes les définitions sauf une, et me demande de me souvenir de celle qui manque. Et une fois que j'ai vu toutes les définitions, il me demande de me souvenir d'au moins une définition.

Définition longue

Prenons un autre exemple, disons que je veuille apprendre le système SI. C'est à dire: mètre, seconde, ampère, kelvin, mole, candela. Ou similairement, que je veuille apprendre ou, et, donc, or, ni, car. Alors je peux réutiliser exactement mon type définition, mais au lieu d'indiquer que c'est plusieurs définition «équivalente», je dis que c'est «la liste:». Donc j'ai un champ en plus dans mon type définition, qui indique comment considérer les éléments listés.

Ce genre de définition est aussi utile, mathématiquement, pour des définitions qui sont longues sans être des listes. Par exemple, des définitions qui quantifient plusieurs variables et qui alternent les quantifications. Je peux mettre chaque quantification dans un champ différent. L'exemple canonique que j'ai est la définition de R(r,k,m), du théorème de Ramsay. «C'est un nombre minimal tel que pour tout ensemble fini E avec au moins R(r,k,m) éléments, pour chaque coloriage avec m couleurs des sous-ensembles à r éléments de E, il exists un sous-ensemble S de E à k éléments tel que tous les r-sous-ensembles de S ont la même couleurs.» Ici, la définition n'est pas une liste, mais apprendre comme une liste est pertinent.

Des équivalences et une liste

Utiliser le même système pour les listes et pour les définitions équivalentes n'est pas exactement parfait. Il arrive qu'un objet ait plusieurs définitions, dont l'un est une liste. Par exemple, un groupe est défini, de façon équivalente, comme un monoïde avec des inverses à gauche et à droite. Ou bien comme une structure avec une multiplication, en une constante 1, tel que 1*x=x, tout élément admette un inverse, et * est associatif. Je suis forcé de mettre toute la liste de propriété dans un seul champ.

Définition, sous certaines hypothèses.

Certaines définitions ne sont vraies que sous certainse hypothèses. Ainsi, dans les définitions d'un triangle, je pourrai mettre «polygone dont la somme des angles vaut 180°C». Sauf que cette définition n'est vrai qu'en géométrie Euclidienne. Donc si je veux faire des maths assez avancée pour considérer plusieurs géométrie, je me rajoute à côté de cette définition (géométrie euclidienne seulement).

J'ai l'impression que cette technique est bien plus simple que de créer une carte «triangle» dont le contexte est «géométrie euclidienne», et une carte «triangle» dont le contexte serait «géométrie absolue» (i.e. euclidienne ou autre). Cependant, ça reste vrai principalement parce que la majorité de la géométrie que j'apprend est Euclidienne. Si par hasard je devais voir une définition équivalente des triangles, mais qui ne serait valide qu'en géométrie hyperbolique, alors je ne sais pas si crééerai une nouvelle carte ou si je rajouterai cette définition à la carte «triangle».

Exemple des langages formels.

Le problème s'est sérieusement posé à moi quand j'ai fait de la théorie des langages formels. Un langage est un ensemble de mot. Un mot est une suite de lettres. On ne fait aucune hypothèse sur le fait que les mots aient un sens, c'est vraiment un jeu formel. Certains langages ont des propriétés particulières. Par exemples, ils peuvent être «rationnels», c'est à dire décrit par une expression régulières. Ils peuvent être reconnaissable, c'est à dire qu'ils sont reconnu par un automate fini. Un théorème fondamentale du domaine dit qu'un langage est reconnaissable si et seulement si il est rationnel. D'où la question suivante: est-ce qu'il faut mettre «rationnel» et «reconnaissable» comme deux noms différents définissant la même chose, et lister ces deux définitions ? D'un côté, mélanger les deux définitions est raisonnable puisqu'elles sont équivalentes. D'un autre côté, l'équivalence est loin d'être trivial, et chaque point de vue permet de développer une théorie très distinctes. Donc utiliser un seul type de carte serait génant quand on voudra étendre les notions de régulier/reconnaissable au dela des ensembles de mots.

Noms, notations, représentation...

Comme je l'ai laissé entendre dans l'exemple précédent, une même notion peut avoir plusieurs noms différents. Par exemple, j'ai une carte comprenant les noms Tylenol, doliprane, efferalgan, dafalgan, paracétamol. Et comme définition: antalgique qui n'est PAS antiagrégant (Ce qui était important pour moi, en faisant cette carte, était de me souvenir du quel était antiagrégant; et donc finir par me souvenir de ce que je pouvais prendre avant/après un piercing.) Pour prendre un exemple mathématique, j'ai une carte ayant 3 noms: pullback, fiber(ed) product, cartesian square. Parce qu'ils semble que les mathématiciens ne se soient pas mis d'accord quand il s'agissait de nomme un objet, et plusieurs gens ont eu des idées de noms différentes, qui sont toutes restées dans l'usage courant.

Tout ça pour dire, il peut être pertinent d'avoir plusieurs noms, et donc un champ par nom. Personellement, j'utilise 4 champs noms.

Tout comme pour les définitions, anki me donne tous les noms sauf un, puis me demande le nom manquant. Puis, il me donne les définitions et me demande le/les noms.

Notations

En mathématique, un objet n'ai pas seulement un nom, il peut aussi avoir une notation. Un exemple tout bête, «la somme de x et y» sera noté «x+y». Ça peut être bon de le savoir. J'ai donc aussi 4 champs notations.

J'ai aussi un champ «denoté par». Histoire de me souvenir qu'un nombre entier est souvent dénoté par n,m, un complexe par z, et un réel par x. Encore une fois, c'est exemple peuvent semble basique, mais c'est vraiment utile quand on arrive dans des domaines nouveaux, pour se faire une intuition. Quand je lis un papier dans mon domaine de recherche, et que je vois un v, j'aime bien pouvoir me rappeler rapidement que c'est probablement une valuation.

J'ai aussi un champ «représenté par», pour indiquer comment on représente un objet. Ainsi, dans un automate, l'état initial est représenté par une flèche entrante. Un graphe est représenté par des ronds et des flèches/lignes reliant ces ronds.

J'ai un champ «abréviation». Indiquer que l’abréviation de «plus grand commun dénominateur» est «pgcd» n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'intérêt. Mais ça permet à anki de me demander «de quoi PGCD est l’abréviation» ?

Les question pour tout ces sujets sont similaires aux questions pour les noms.

La majorité de mes cartes sont en anglais. J'ai aussi un champ pour le nom français des choses; car c'est souvent pratique de connaître les deux noms quand la traduction n'est pas trivial. Par exemple, je sais qu'une Power series, c'est une Série entière. Fundamental theorem of Algebra, est le théorème d'Alembert-Gauss en Français. Etc... Dans ce cas, basiquement, étant donné le nom anglais/français, anki me demande l'autre nom.

Examples et contre-example.

C'est une trivialité, mais il est bien plus simple d'apprendre des concepts si l'on a des exemples. Ainsi, quand je peux, je marque jusqu'à 4 examples. Et 4 contre-exemples.

Un exemple d'exemple: concernant le «halo effect», les politiques beaux ont plus de chances d'êtres élus, quand bien même les élécteurs ont pas l'impression de prendre ce critère en compte.

Le souci, c'est pour les définitions de fonctions. Ainsi, disons que je définisse une fonction qui, à un polygone, associe son nombre de côté. J'ai envie que Anki me dise «voici un carré, quel est son nombre de côté». Et non pas simplement «donne un exemple de nombre de côté d'un polygone.». Donc pour l'instant, ce genre d'exemple se trouve à part, dans des cartes questions. Peut-être que je devrai faire deux champs exemple, un pour la question, un pour la réponse. Mais comme chaque champ ralentit anki, pour l'instant, je n'ai pas osé le faire.

Variables

Reprenons l'exemple des fonctions ci-dessus. Disons que je veux définir la fonction PGCD. Alors j'ai un champ variable, où j'indique «n,m\in\mathbb N» (c'est à dire «n et m sont des nombres entiers»). Ma notation sera PGCD(n,m) et ma définition simplement «le plus grand entier divisant n et m».

Fonctions, ensembles, et autres structures

Plus haut, j'ai un peu simplifié le cas des fonctions. L'exemple que je donne convient totalement si la seule chose qui m'intéresse c'est le PGCD de deux nombres. Ça marche si la fonction peut être défini directement à partir de son argument. Disons que je veux définir la fonction exponentielle. Une des définitions est: l'inverse de ln. Une autre définition est: la fonction égale à sa dérivée, et qui vaut 1 en 0. Pourvu que l'on comprenne ses définitions, il semble clair qu'il ne soit pas possible de définir «exponentielle de x» sans définir «exponentielle»[1]. Savoir si je définis la fonction en un point ou bien la fonction globalement est donc un choix que je dois faire régulièrement, et je suis rarement sûr de mon choix.

Un problème similaire se pose quand certains objets sont définis comme étant les éléments d'un ensemble. Je prendrai un exemple, les mots bien parenthésés. «()» est bien parenthésé. Par contre «(« car une parenthèse fermante ne correspond à aucune parenthèse ouvrante. Je peux définir un mot parenthésé comme étant soit une concaténation de mot bien parenthésé, soit un mot bien parenthésé dans une paire de parenthèse. Le souci avec cette définition, c'est qu'elle est récursive, elle fait appel à la notion de «mot bien parenthésé». Et si la définition contient le mot défini, la question «quel est le nom de ce qui est défini ci-dessous» n'a plus d'intérêt. Ça me pousse à définir l'ensemble des mots bien parenthésé, appellé langage de dyck. Et ensuite, je défini un mot bien parenthésé comme étant un élément du langage de dyck [2]. Je me retrouve donc avec deux cartes, alors que c'est essentiellement une seule notion, je trouve donc ça assez étrange et peu satisfaisant.

Contexte.

Certains mots ont une définition entièrement différente selon le contexte. Par exemple l'induction d'une plaque à induction n'a rien à voir avec l'induction mathématique. Dans ce cas, j'ai un champ contexte, qui est affiché en permanence, et qui contient le contexte de la carte. Grâce à ce contexte, je suis sensé pouvoir savoir quel définition donner quand anki me demande la définition du mot induction.

Autres champs.

Chacun des champs suivant correspend à une question d'anki. Anki me donne le nom, la définition, la notation, etc... et me demande de répondre à cette question.

Suppositions

Disons que je définisse la notion de définition, que, pour deux nombres a et b, je veuille définir a/b. À ce moment là, je mettrai dans un champ «supposition» la phrase suivante "b est différent de 0". Bref, j'y met les hypothèses qui permettent à la définition d'avoir du sens.

En algèbre linéaire, certaines définitions n'ont du sens où de l'intérêt que si on s'intéresse à des espaces vectoriels de dimension finis (par exemple, le déterminant). Ou encore que si l'on s'intéresse à un espace vectoriel complexe. C'est aussi le champ où je précise ce genre de restrictions.

Dans certaines définitions liées à la logique, je marque des axiomes dans ce champs. Ainsi, en théorie des ensembles, pour la définition du produit cartésien, ce champ contient les axiomes de ZF permettant de s'assurer que le produit cartésien existe vraiment.

Type

Le type de l'objet défini. Ainsi, ça peut être utile de noter quelque part que la multiplication est une fonction binaire. C'est utile de savoir que l'élasticité d'un marché s'exprime en pourcentage. Ou encore en typographie que l'Italique est un «typestyle».

Ce champ et le suivant justifie la différence entre la définition d'une fonction f, et de la définition de «f(x)». Ainsi, la fonction sinus est impaire. La propriété «être impaire» ne peut pas s'appliquer à sinus(x), pour x un complexe.

Propriété

Parfois, il est bon de connaître une propriété qui découle de la définition. Ainsi, il existe un unique carré, à rotation et aggrandissement prês. Alors qu'il existe plusieurs losanges, et plusieurs rectangles. Donc c'est intéressant de mettre cette propriété dans carré.

Valeur standard/par défaut

Le seuil de la douleur, en son, est le volume maximale à partir duquel l'écoute devient douloureuse. C'est une définition, mais connaître une approximation de la valeur habituel est bien aussi. J'ai donc un champ pour indiquer 120dB.

J'utilise principalement la «valeur par défaut» en informatique. Quand je cherche à apprendre les différentes options d'un programme, c'est intéressant non seulement de savoir la signification d'une option, mais aussi de savoir quel sera la valeur de cette option, quand on lance le programme, qu'on ne configure rien.

Intuition

Un champ contient l'intuition lié à la définition. Souvent, en mathématique, une définition est données de façon très formelle. C'est pourtant souvent utile de savoir d'où vient la définition. Ainsi, l'espérence en probabilité, c'est grosso modo une moyenne, mais pondéré par la probabilité qu'on accorde à chaque événement. Dans le plan complexe, l'intuition de la fonction inverse c'est: une symmétrie par rapport à l'axe horizontale, et une symétrie par rapport au cercle unité.

Construction

Quand plusieurs définitions sont équivalentes, ça me permet d'indiquer comment on passe d'une définition à l'autre.

Quand il n'est pas claire que la définition a du sens (parce que celle ci est complexe, par exemple), ce champ me permet d'indiquer pourquoi il existe vraiment un objet tel que celui que j'ai défini.

Étymologie

Ce champ n'a probablement pas besoin d'explication.

Notes

[1] En fait si, puisque exp(x) égal la somme pour n entier non-négatif des x^n/n!

[2] ou bien un mot dont tous les préfix ont au moins autant de parenthèses ouvrantes que de parenthèses fermantes.

vendredi 14 septembre 2018

Témoignage: dojo rationaliste

Le week-end dernier, j'ai été au less-wrong community week-end. J'ai commencé à écrire un billet le résumant, puis je l'ai perdu. Comme j'ai la flemme de réécrire tout de suite, je vais plutot parler du lundi. Où j'ai revu des gens du week-end.

Lundi soir, les gens encore à Berlin étaient invité à participer au «rationalist dojo»[1]. Je ne sais pas comment ça se passe exactement d'habitude, mais il semble qu'on était exceptionnellement nombreux. Ce soir là, l’hôte proposait une activité précise qui occuperait la majorité du temps. J'ai cru comprendre que ce n'était pas tout le temps le cas, mais que les activités habituel étaient moins intéressante si on ne venait qu'une fois.

Voici ce que j'en ai vu et compris. Comme c'était assez chronométré en terme de temps, de façon à ce que ça tienne en deux heures pile, j'ai pas pu poser de question quand je comprenai pas, et mon anglais n'est pas assez bon pour tout comprendre. Je vais commencer par les activités hebdomadaire, et finir par l'activité principale du jour.

Activité hebdomadaire

Ça a commencé par 10 minutes de méditation. N'ayant aucune idée de ce qu'est la médititation[2], j'ai juste passé 10 minutes à me reposer.

Si ces 10 minutes ont apporté une idée, quelque chose qui peut se régler rapidement, les gens avaient 5 minutes pour régler, noter l'idée sur un papier/téléphone/ordi... J'ai partagé ma 4G à quelqu'un, car il y avait pas de wifi sur place. L'abonnement sosh français 50GO+la directive européenne sur le roaming, c'est vraiment fantastique ! Après une pause, un autre temps de 5 minute était proposé pour faire la meme chose, mais relativement à une autre idée.

Il y a eu 5 minutes de «bragging», où l'on peut partager des choses dont on est fier cette semaine. Beaucoup de bragging était liés au week-end less wrong. En ce qui me concerne, c'est vaincre ma flemme et etre venu en pays étranger (après tout, quand mon réveil à sonné à 5h30 du matin à Bruxelles, j'ai sincèrement hésité à abandonné mon billet et l'hotel tellement tout ce que j'avais prévu me semblait épuisant). Pour d'autre, ça a été d'avoir organisé le week-end.

Il y a eu un tour concernant les engagements de la semaine passées. Les habitué s'engagent auprès des autres à faire un certain nombre de truc, créer tous les jours (avec 2 jokers), par exemple. Ou bien aller courrir 3 fois dans la semaine, etc... Et certains, en plus, pour se forcer, s'engagent à donner une certaine somme à une association s'ils n'ont pas tenu leur engagement. Cette réunion permettant de faire le point de façon hebdomadaire. D'autres engagement de ce type sont ensuite pris en fin de séance - uniquement pour ceux qui seront là la semaine suivante.

Activité principale

L'activité se nomme Time Travel. Elle était organisé par son créateur. Elle est basée sur ce que nous faisions, 5 ans en arrière, jour pour jour. Donc le 10 septembre 2013. Personnellement, j'étais en 2ème année de thèse, j'avais commencé à co-écrire un scénario, et j'étais encore en très bon terme avec mon co-auteur. Je me préparais à aller parler à la conférence Highlight. Je pensais avoir fini d'écrire mon théorème sur les automates et FO(<,mod). Je n'avais pas accès à mes email de cette époque, puisque j'avais pas pris mon disque de back-up, donc j'ai du faire confiance à twitter et facebook pour me souvenir. Ça m'a permis de bien rire, parce que j'avais totalement oublié les blagues que j'ai écrite il y a 5 ans, et j'aime bien mon humour. Comme des gens ont oublié de faire cet exercice préparatoire, ils ont eu 5 minutes pour relire leurs logs de 2013.

Premiers conseils

Le tout début m'avait l'air assez classique. Il consiste à prendre 10 minutes pour faire une lettre à ton toi de 2013, lui donner des conseils. Certains conseils ont pu etre partagé au groupe, quand ils étaient très généraux, du style: achète des bitcoins, c'est un excellent investissement(Je suis pas entièrement convaincu d'etre capable de ne pas avoir perdu mes clefs privées entre 2013 et 2018 si j'avais acheté des bitcoins, donc je pense que se contenter d'acheter des actions qui ont le plus augmenté en valeur en 5 ans serait plus sur.). D'autres conseils étaient de faire plus attention à sa santé. Personnellement, si j'avais pu envoyer n'importe quel texte, je me serai envoyé la totalité de ce que j'ai écrit depuis 2013, ça m'aurait évité de le réécrire.

Mon souci, c'est que je suis incapable de savoir, aujourd'hui, quels conseils donner sur certains points. En effet, cet été, une productrice m'a signé un contrat pour pouvoir produire un texte que j'ai co-écrit avec mon co-auteur; peut-etre que finalement ça n'aura pas été une perte de temps; dans ce cas, 5 ans ne me permettent pas de juger du résultat de mon action. Par ailleurs, cette co-écriture fut quand meme instructive. Au plus, j'indiquerai de ne pas préter le moindre centime à ce type, mais j'étais pret à accepter de perdre l'argent préter si on devait en arriver là, donc l'un dans l'autre, ça peut valoir le coup.

Un autre souci, auquel j'aurai du penser, signalé par quelqu'un d'autre, c'est l'effet papillon. J'ai déjà indiqué à quel point un événement important dans ma vie avait dépendu de 44 événements, qui auraient tous facilement pu ne pas avoir lieu. Il est donc probable que me proposer un changement aurait supposé ne pas rencontrer certaines personnes que j'aime !

Généraliser

La seconde partie m'a plus intéressé. Il s'agissait de trouver des motifs récurrent dans les conseils qu'on s'est donné, et abstraire les conseils. Un pattern que je retrouve super souvent, c'est le manque d'agency. En effet, après le lycée, j'ai voulu faire une prépa (et j'ai échoué), car tel que présenté par mon école, c'était l'unique voix - à part peut-etre pour ceux qui veulent faire médecine. J'ai été à Montréal car on me l'a proposé. J'ai été à l'ENS de Paris car il y avait un lien sur le site de département de math de l'UPMC suggérant de faire ça. J'ai été en doctorat car c'est ce qui vient après le master, puis en post-doc car c'est ce qui vient après le doctorat. De meme, j'ai fait des Intervention en Milieu Scolaire parce que on nous avait proposé ça à la réunion de rentrée de l'association LGBT de normal sup'. Puis j'ai été à SOS homophobie car c'est, en gros, le mag, mais pour les moins jeunes. Meme le blog, par exemple, je sais pas si ça me viendrait à l'idée d'ouvrir un blog aujourd'hui; mais il y a 10 ans, je voyais plein de blog intéressant, et j'ai voulu imiter (non pas que ce que j'écrivis il y a 10 ans soit intéressant).

Appliquer ces conseils aujourd'hui

Retrouve t-on les meme motifs qu'il y a 5 ans ? Si oui, comment pourrai-je appliquer aujourd'hui le conseil que l'on s'est envoyé il y a 5 ans.

Ça m'a conforté dans une décision, qui attendra encore quelques mois pour etre rendue publique. Qui attendra aussi que je lise quelques autres textes qui me confirmeront ou m'infirmeront des idées que j'ai en tete depuis cet été.

Futur

Nous arrivons maintenant en 2023. Le but était alors d'écrire une lettre à notre nous de 2018. Tout comme nous, en 2018, avions écris en 2013.

Je crains manquer d'imagination, cet exercice m'a bloqué. Il faut dire aussi que j'avais compris qu'on écrirait une lettre au nous de 2023, donc que dès le départ, je n'aurai pas fait le bon exercice.

Petit groupe

Nous nous mettions ensuite en groupe de 4 ou 5, afin d'échanger nos idées sur cet exercice. Vu que j'ai commenté plus haut, je ne vais pas réécrire ici les idées que j'ai donné au groupe.

Gros groupe

Enfin, nous nous remettions tous en cercle. Et nous partagions aux autres les idées qu'on a entendu dans le petit groupe et trouvé intéressante (et qui ne sont pas notre idée). J'aime beaucoup ce concept d'avoir deux tailles de groupe. Si je ne suis pas capable de savoir ce qui est intéressant à partager, alors je le partage en petit groupe. Et c'est quelqu'un d'autre qui partagera au grand groupe s'il a trouvé mon idée pertinente. Si aucun membre du petit groupe ne veut partager mon idée, alors ce n'est pas la peine de l'envoyer au grand groupe.

Notes

[1] Je préfère le terme aspirant rationaliste. Car, meme si j'aimerai trouver comment améliorer mes méthodes de réflexion, je trouve le terme «rationaliste» bien trop prétentieux pour oser me l'appliquer à moi meme.

[2] À part les clichets de gens, assis en tailleurs et lévitant.

mercredi 12 septembre 2018

Se souvenir des gens à l'aide d'Anki

Anki a changé beaucoup de chose à ma vie. La principale étant que maintenant, je suis capable de retenir le nom et le visage des gens !

Par exemple, en septembre 2017, j'ai commencé un nouveau travail. En aout, j'ai été sur le site de mon nouveau laboratoire et j'ai commencé à regarder les pages personnelles de mes futurs collègues. Ceux qui avaient une photo, j'ai ajouté dans Anki leur nom, prénom et photo. En septembre, en commençant mon travail, je connaissais déjà leur nom[1]. La différence est d'autant plus visible pour moi que je peux comparer entre les gens ayant une photo et ceux n'en ayant pas. Ainsi, les secrétaires n'ont pas de pages pro, ni de photo d'elle. J'ai donc eu bien plus de mal à me souvenir du nom des secrétaires. D'autant que je ne me sentais pas de leur demander si je pouvais prendre une photo d'elles. Quand j'ai une photo, la question ressemble à 2018-09-12-180255_580x653_scrot.png et la réponse à 2018-09-12-180045_587x644_scrot.png

Il y a tout de même un effet de bord étrange. J'apprends la photo des gens, et pas leur visage. Donc en voyant quelqu'un je dois me demander à quel photo ils ressemblent avant de pouvoir retrouver le nom.

Plus tard, je me suis mis à ajouter des indications supplémentaire, les sujets de recherche d'une personne, où je l'ai rencontré, ses ouvrages, la raison de sa notoriété. Ce qui sera utile pour ajouter des notes dans anki relatifs à des stars, des auteurs, des pontes du domaine, etc...

Le souci, c'est que je rencontre des gens souvent. Et ce n'est pas toujours évident de penser à noter les noms, pour chercher des photos plus tard. Certaines conférences ont des listes de participants, donc c'est pratique. Mais, disons que j'aille à un événement lié au shibari (bondage japonais); il est assez crédible que les gens n'apprécient pas qu'une base de donnée contiennent l’information qu'ils s'y sont rendu. Quand bien même cette base de donnée est privée, elle passe par internet pour être synchronisé entre mon téléphone est mon ordi.

Célébrités

J'ai aussi beaucoup de mal avec les noms des célébrités. En général, je peux vaguement dire pourquoi quelqu'un est connu, mais sans pouvoir le dire précisément. Ainsi, je sais que Dider Leribon et Didier Lestrande ont écrit sur l'homosexualité. Mais je ne sais plus qui a écris quel livre. Je sais aussi que Eric S Raymond et Paul Graham ont écrit des textes célèbres sur la culture hacker, et que le nom de leur ouvrage contient deux mots. Mais je ne sais plus qui a écrit Hacker et Paintre, et qui a écrite la Cathédrale et le Bazar. Donc je tente d'utiliser Anki pour apprendre ce genre de chose. Et s'il devait arriver - ce qui ne me semble pas impossible - que je les croise, au moins, je saurai les reconnaître. J'imagine que j'updaterai ce billet, plus tard, avec le résultat de cette expérience.

Wikipédia a des listes de gens important en informatique. Cependant, ces listes contiennent Euclide, Turing, Torvalds, Knuth, Jobs... j'ai tenté de les ajouter en ordre chronologique; les premières cartes étaient simples. Euclide, Al-Khwarizmi, etc... Ils sont réellement célèbres. Mais maintenant, je réalise que même si je sais que Frances E. Allen est une pionnière de l'informatique, ma note à son sujet ne me dit pas vraiment pourquoi. Si je devais la rencontrer, je connaîtrait peut-être son nom. Je saurai qu'elle a été la 1ère femme à avoir le prix Turing. Mais ça ne me dirait pas réellement ce qu'elle a fait pour le mériter. Certes, je sais qu'elle a travailler sur les compilateurs, mais sans savoir ce qu'elle a apporté à ce domaine. Pire, puisque son travail a fondé la discipline, ses résultats sont probablement tellement standards que je n'imagine pas que quelqu'un a du les inventer. Que j'aurai du mal à imaginer à quel point, à son époque, ça a été révolutionnaire.

J'utilise anki pour les personnes réelles, mais aussi pour les gens imaginaire. Ainsi, ça me paraît pratique d'ajouter le noms des personnages du disque-monde, ils sont nombreux, et c'est plus pratique quand je (re)lis les livre de Pratchett, de me souvenir de quel membre du guet à quel particularité. Je suis en train de faire de même pour Tau Zéro, mais je crains que je ne finisse d'écouter le roman avant d'avoir fini d'apprendre la liste des personnages. J'ai songé à faire de même pour La terre du milieu, de Tolkien, avant de réaliser que ça serait une super mauvaise idée.

Oubli

Les visages me posent un souci que je n'ai habituellement pas avec Anki. J'oublie bien plus rapidement les visages que les autres cartes. En effet, l'écart entre deux révisions augmente à chaque révision successive(sauf en cas d'oubli). C'est le principe de base des systèmes de mémorisation par répétition. Si j'ai réussi à me souvenir du nom de quelqu'un après 4 jours, 16 jours, 2 mois, théoriquement, je devrai pouvoir attendre 8 mois avant de revoir cette information. En pratique, cette théorie fonctionne bien quand les différents savoir sont reliés entre eux. Même si je passe 1 an sans voir la définition de groupe, en pratique, j'aurai tellement réutilisé les groupes durant cette année que je n'aurai jamais vraiment pu oublier cette définition. Alors qu'il est totalement possible que je passe 1 an sans voir la personne, donc sans utiliser son nom. Et je finis par l'oublier.

Note

[1] En fait, c'était même bizarre. En effet, comme théoriquement, on ne se connaissait pas, quand ils se présentait à moi, je devai éviter de les appeller par leurs noms.

mercredi 5 septembre 2018

Using anki to learn names and people

Anki changed my life in a lot of way. But the most obvious one is that now, I do recall people's name[1] !

I'm really bad at remembering faces and names. With anki, it did change a lot. I started a new job in september. In august, I went on the website of the laboratory I was joining, and I red the list of my future colleagues. I then created a card with their picture, first-name, last name. If the picture were not on their professionnal webpage, I did try to find them on the web and in social media. In september, when I started my job, I already knew their name[2]. I see the difference very strongly, because the people whose name I forget are the ones without pictures on internet. In particular, the administrative staff are not listed on the web pages, and it was harder for me to learn their names (And I didn't want to ask them if I could take a picture to add in my database, I believe it would have sound strange).

One problem with this is that I do have new colleagues, people I meet in conferences, etc.. so I should do new cards often, and I don't necessarily think about it immediatly, and finally I never do them.

Similarly, outside of works, when I meet friend of friend, I can't necessarily ask to take a picture of them. And if I met them at a queer event, a polyamory event, or a bdsm event, I think adding this information in a database would be a bad idea, even if its only a private database.

Using anki to learn name has a strange side-effect. When I see the face of a colleague, I need to recall to which picture of anki he looks like, and then I can recall his[3] name. So, it's still a costly process in my head, since using anki created an unusual indirection.

Famous people

Another thing which confused me a lot is the name of famous people. Usually, I can tell more or less why they are famous. For example, I do know Didier Leribon and Didier Lestrade wrote about homosexuality. I do know that Eric S Raymond and Paul Graham wrote texts which are considered to be important in hacker's culture, and the name of their texts use two words (Hacker and Painter, Bazar and Cathedral), while I never remembered which one is which one. So I currently try to use anki to learn the name, figure and achievement of a few great name of computer science. I may write a day about the result of this experience. Right now, my biggest problem is that I do not know who I must add.

Wikipedia has list of person important in computer science. However, this list contains Euclide, Turing, Torvalds, Knuth, Jobs... I tried to add them in chronological order. The first cards were easy, I already knew about Euclide, Al-Khwarizmi, etc... they are famous. But now I do realize that even if Frances E. Allen is a pionner in CS, the note I have about her does not really help me in any way. Ok, nowaday, if I meet her, I may recall her name. But I would not really know why she is famous. Well, I'd know she is famous for being the first woman to have a Turing prize, but it would not tell me what she did to deserve it. Or more exactly, I may know she worked on compiler, but I don't know what she did about them. Worse, I believe that the early work is CS is now so basic that it would not be clear to me that it was an important work in her time.

Note that I don't only consider real people. I'm currently also using anki to learn the name and principal description of characters of long books. I usually get lost in Discworld, for example. I now have a discworld deck with the name of the most important characters, and a short description of things which happenned to them. I did the same thing with Atlas Shrugged's character. I also thought about doing the same thing with Tolkien's mythology, I then realized it would probably be far too much work. Especially since I don't yet know how successfull this kind of deck will be.

Forgetting

I have a trouble with faces and names I do not usually have with anki. I forgot quicker than usual. Anki waits more and more before two successive occurence of the same question. The main idea of anki is that, if you did remember successfully after 4 days, 16 days, 2 months, then you can wait 8 months before the next time anki ask you to recall this information. This is certainly true when knowledges are interrelated. For example, imagine I have just seen a mathematical concept. Imagine that anki tells me that I won't see it again for a full year. It's not really a problem, because I'll still use my knowledge to learn and work with more complicated concepts.

However, if I did not see the face of a colleague of my old laboratory during 6 months, I may totally have forgotten the name of this colleague. I never had any occasion to remember his name. It follows that I often fail the cards asking me the name of people I do not see anymore.

Notes

[1] Actually, it's still a little bit complicated because of my trans friend who change their first name. But appart from this case, I actually do remember names now.

[2] In fact, it wast strange. Because, when I was introduced to them, they told me their name. I wanted to answer that I already knew. I didn't answer this, however, since I feared it would seems strange, and it was my first day at my new job.

[3] I have a single female colleague, whose name is Mary. Let's say that, in her case, I do not have any trouble recalling her name

Anki and learning which require practice (origami, knot, instrument...)

I use anki to learn things which require practice. Origami, drawing, music, rope (nodes and shibari). Music will be considered in another text.

I consider two kinds of practical knowledge, the one requiring making choices (like drawing, or music) and the one requiring knowing by earth some technics you'll repeat many time (ropes, music, origami). I don' have any idea how to deal with the first kind of knowledge, thus I'll only consider the second kind.

I don't know what is the best way to learn either one practical thing I must repeat. I use different techniques for knots and for origami. I'm not yet sure which one works best.

A single field with the informations

For knot, I have 4 fields. The french name, the english name, the purpose of the knot, and the actual way to do the knot. A card show the knot and ask its/their name. Another card show the names and ask for the knot. Then I have to actually do the knot on some ropes. If I suceed, I click on "good", otherwise on "again". This mean I need to have ropes with me when I see those cards. Thus, they are separated from my main set of cards. This allows me to see all of those cards together when I have a rope, and I know anki does not ask any knot while I'm in the subway, for example.

I first tried to answer "good" if I kind of remember the knot, without actually doing it. Most knots seems easy, so I thought it was okay. Until I realized that actually it's quite harder, and I failed when I actually wanted to tie the knot. Thus I add to start from zero and learn the knot while actually doing them.

A list of fields

For shibari, origami, and music pieces, my note have 16 fields. I never use all of them. In each field, I enter a step of the process/piece. Anki will aski me the first part of the process. Then the second on another card, and so on. Finally, it will ask me to recall the whole process. I only practice when anki asks me to recall the whole process. It seems that recalling a single step of the process is too easy, I never really «forget» a step. So it makes no sens to practice it. Furthermore, the 3rd step can't be practiced without doing the 2 first steps[1], so practicing step 3 would take too much time.

I can't tell right now whether it works better using a single question, as for rope, or using one question by step, as with origami. Mostly because I've not see a lot of complicated things, so I use anki to remember things I have known for years, or easy things, and not to learn new things. This will change when I'll be further in the origami/shibari book.

Note

[1] Try to start an origami omitting the creation of its base. Try closing a knot you did not tie.

How I failed learning lyrics with anki

I tried to learn lyrics of song I love[1] using anki. This is one of my biggest failure.

I begin by explaining the technical reason of the failure, then the human one. And finally, the problem that is specific to learning songs.

Technical failure

Problems related to the set of cards to see one day

Let me consider a song wich 60 verses, for my example. A length which is not unusual (e.g. Every body knows, of L. Cohen). Then a note in anki (a set of information, i.e., a song), will generate at least 60 cards. One by verse. May be more, if you also decide to see every pair of verses. And/or every distique.

By default, in anki, if you see one card (i.e. when anki ask you to recall one verse), every other cards (verses) are buried. It means that you will not see any other verse the same day. If for some reason, the planning software believe there are 4 verses you should be seeing today, then you'll see a single verse. The other one will be seen, in the best case, the three following days. This delay is a really bad things and defeat the purpose of spaced repetition software.

This get even worse. May be anki will believe that there is also some other card you should see tomorrow. It will also be delayed for at least 4 days. And so on. Cards to see get more and more delayed, which ruin anki's purpose. I.e. you'll recall those card badly.

Of course, you can choose not to bury cards. In this case, what happens is that anki will ask you to recall a verse. A few minutes after, it will asks for the preceding verse. You will recall this preceding verse, but only because you just saw it, not because you really know it.

Note type

Another problem, which I have not yet solved, is: what kind of cards you should create. I first created cloze deletion cards. That means that card number n asks for verse number n and shows every other verses. Showing the verses after the current is a nonsens, but that's the easiest thing to do with anki. The manual of Space repetition software's state that the best way to learn a list is overlap. You ask verses n and n+1, and on another card, you ask verses n+1 and n+2. This is hard to do in anki, because cloze can not overlap. It means that you have two remaining choices: either you have note type with at least 60 fields (let's say a hundred, to be safe.) or you have one note by verse.

One note by verse is a very bad idea, for at least two reasons. I can tell you, I tried it, using an add-on doing exactly this. First, imagine that one made a typo, let's say on verse 40. Then you'd need to correct the typo on the 20 last cards. If it's a small typo, a search/replace may work. If it concerns a newline, you are screwed. Secondly, because it means that you do not have anymore the notion of «related cards». When you see question about one song, you may see another question about the same song the same day. As I explained above, it is a bad idea.

Doing a note type with a hundred fields is not such a good idea. Anki is not made for this, and it may makes anki really slow when adding a new note (I know, I alrdeady have a note with a hundred fields). This problem is due to the implementation of anki. I think I could solve it and create a more efficient implementation. I also know that the lead developper would not accept this, so I don't want to waste time doing it.

One thing is sure, it becomes impossible to enter a song by hand. At least not if you want to have one verse by field. Thus, the import process should be done using an add-on. I may want to give a try one-day, but right now, I don't know how to create a graphical interface. At least, I don't know how to do more than just adding a field in a menu, or a ok/cancel popup. Which is not enough to deal with songs. So, right now, I'm not trying to do it.

Human failure

The main problem is that, as soon as I want to add some lyrics in anki, I want to add hundreds of songs from dozens of artists I love. This takes time, deciding what to add, finding the lyrics on the web, or sometime typing them if the song's lyric is not already online(Which happens quite often when you love singers which are not famous). But mostly, it take a lot of time reviewing them.

Another problem comes from the fact that (I think) I already know most of the lyrics of the songs I add in anki.I'll want to see the hundred of songs immediatly. I can do it if I have a free hour. The trouble is that, a few day later, it will create a hundred of new card to review. Which led to the technical problem of having a lot of verses to review simultaneously.

On the other hand, if, in a day, I see only 10 new verses, it will be frustrating that I don't consider the hundred of other song I want to learn. Furthermore, I'll always see the same songs, which means that the last songs, either by alphabetical order, or by order in which I add them, will not be seen before monthes. Which is frustrating, because if I just added a song, it means I would love to see it right now.

Failure related to songs

One last problem is that song may be very repetitive. When a few verses repeat themselves multiple times in the song, e.g. in a chorus, you need a lot of context to know which is the next verses which is missing. You can't just read the 3 last lines. You need to know whether its the first, second, third chorus...

Furthermore, the cards created to learn the second chorus are a waste of time, since you already knew the first chorus.

In fact, when the repetition is only a chorus, it's kind of ok. You may write {chorus} instead of rewriting the chorus. It will save you time, since {chorus} is shorter.

The problem mostly is when the chorus change a little bit each occurrence. I don't have english example, but in French, it's quite usual to have chorus were one or two words are sometime changed. Either you write {Chorus (the current change)} to state that this time, the chorus has (the current change) (which is really strange to read when you learn your card), or you write the chorus entirely, and then you have the same problem as above.

This means that, essentially, what you really want to know is to learn which part of the song comes after which part, to see the big picture. This would let you know what goes after each chorus, since you'd essentially ignore the chorus. But doing the «big picture» seems to be complicated, how can you tell Anki how to process it ?

Note

[1] Sometime song I hate too. At least song with which I have a love-hate relation.

dimanche 22 juillet 2018

Atlas Shrugged, mon avis, que je n'ai lu nul part ailleurs

Atlas Shrugged.

Ce billet divulgâche allégrement Atlas Shrugged, en VF: La Grève.

“If you saw Atlas, the giant who holds the world on his shoulders, if you saw that he stood, blood running down his chest, his knees buckling, his arms trembling but still trying to hold the world aloft with the last of his strength, and the greater his effort the heavier the world bore down upon his shoulders - What would you tell him?" I…don't know. What…could he do? What would you tell him?" To shrug.”

“John Galt is Prometheus who changed his mind. After centuries of being torn by vultures in payment for having brought to men the fire of the gods, he broke his chains—and he withdrew his fire—until the day when men withdraw their vultures.”

Personnellement, Atlas Shrugged m'évoque énormément des noms historiques. Mais pas spécialement celle d'Atlas, peut-être que je le connais trop peu. Je pense d'abord au procès de Kafka. Mais un procès où tu verrais les deux côtés. Où l'individu poursuivi n'a pas plus de chance de gagner son procès que chez Kafka, mais où au moins, on connaît la motivation des juges. Je pense aussi à Cassandre. Mais une Cassandre qui aurait décidé de tenir compte du fait que personne ne l'écoute, et de fuir de Troie, seule. Si personne ne l'écoute, j'aurai du mal à la condamner si elle décide de garder ses pouvoirs pour elles-mêmes. Enfin, un résumé extrème d'Atlas Shrugged - de ce que moi j'ai tiré d'Atlas Shrugged, en tout cas - pourrait se trouver dans ce célèbre sketch sur l'expert en traits verts, à qui l'on demande de dessiner 7 traits tous perpendiculaires les uns aux autres. Enfin, Atlas Shrugged m'évoque une notice technique. Qui, de temps en temps, va regarder des détails techniques, l'agencement de ces détails, et comment un grain de sable fini par faire dérouiller tout une mécanique. Je fais parti de ces gens qui aiment les modes d'emplois, je passe parfois des heures entières à les lire la documentations de programme, de langages de programmations, et prendre des notes des points importants dans Anki. Donc pour moi, cette comparaison n'est pas un mauvais signe. Mais je conçois que ce livre n'est pas pour tout le monde, ne serait-ce que parce qu'il est parfois très aride. Dernier paradoxe, si ce livre me fait penser à un activiste de la vie réelle, je penserai à Richard M Stallman. Aux textes où il explique les dérives qui pourraient arriver quand on ne peut pas analyser et modifier le code, dérive qui souvent se produisent, et dont on peut parfois voir des conséquences[1].

Écrire sur Atlas Shrugged est très complexe. Peut-être car je ne sais pas trop pourquoi j'ai envie d'en parler. Et aussi parce que tous mes proches qui connaissent Atlas Shrugged le détestent. Ou plutôt, ils détestent la fan base d'Atlas Shrugged, et imaginent donc qu'il est étrange que j'en fasse parti. Je me sens donc forcer de me distancier très fort de cette fanbase avant d'oser dire quoi que ce soit de bien sur Atlas Shrugged, et ça rend les discussions très longues. Je vais donc commencer par expliquer pourquoi je tiens à me distancier de la fanbase.

En commentaire d'un récent billet le créateur fou m'a passé le lien d'une très longue critique d'Atlas Shrugged. Critique qui détaille le livre, chapitre par chapitre, en prenant bien du temps à expliquer tout ce qui ne va pas. Je suis attiré par cette critique, car je la trouve passionnante, mais j'ai l'impression que l'auteur de la critique et moi avons lu des livres différents[2]. Je reviendrai de temps en temps sur la critique ou sur le film, mais ce n'est pas mon intérêt principal ici. Mon plus gros problème avec cette critique, c'est qu'il répond au roman comme s'il parlait de la vraie vie. Si le même critique devait commenter superman, j'imagine qu'il signalerait que, dans la vraie vie, hurler «au secours, Superman» n'aide pas. Qu'en plus, Superman n'aurait pas le temps de répondre à tous les crimes de la terre, même sans prendre de pause. Et qu'au pire, il suffirait que les bandits s'organisent pour commettre leurs crimes au même moment sur toute la terre pour l'empêcher d'être efficace. Tout ça serait vrai, mais serait absolument non pertinent pour analyser une œuvre de fiction.

Le souci, c'est que ni l'auteur, ni sa fan base, ne considèrent Atlas Shrugged comme une œuvre de fiction. Pour reprendre un unique exemple, un patron d'une boîte de notre vrai monde est même temps ouvertement un grand fan du livre et appelle à autoriser le travail des enfants. Forcément, ce n'est pas le genre de personnes à qui j'ai envie d'être associé. Et ce n'est pas incohérent avec l'œuvre, puisque tous les héros ont, volontairement, commencé à travailler enfant, quitte à le cacher à leur parent, juste pour le plaisir d'être productif. J'imagine qu'il est donc pertinent que des blogueurs, comme le critique que je citais plus haut, prennent du temps à expliquer en quoi Atlas Shrugged ne doit pas être appliquée. Qu'ils expliquent en quoi suivre la philosophie d'Ayn Rand, l'auteure, serait désastreux. Je crains aussi que la tâche de ce critique ne soit vaine, car je ne m'attend pas à ce que des fans lisent une critique aussi dévastatrice de l'œuvre phare de Rand. D'autant que, cette critique passe parfois à côté de point important - et si moi, - qui suit d'accord sur le fond avec la critique, les voit, j'imagine que les fans inconditionnels de Rands seront totalement bloqués par ces détails.

Toute proportion gardée, j'ai apprécié mes stages de secondes (j'en ai fait deux, car j'ai redoublé). J'ai eu la chance d'avoir le droit à autre chose que des «stages-photocopies». J'ai pu toucher au site web de la première boîte où j'ai fait mon stage (qui n'avait pas de back-up, et a du faire refaire le site web après mon passage, tellement je l'avais cassé.) Et j'étais chez un «consultant en informatique» (i.e. réparateur, mais qui avait plus de prestigue.) Le boss de la première boîte est un ami de ma mère, le second a eu un contrat pour de nouveaux ordinateurs là où mon père travail. Autant dire que, aujourd'hui, je réalise que les stages intéressant ne sont pas du que à la chance où à mes qualités (et dans le second cas, que les 100€/semaine+le déjeuner que j'avais reçu était investissement largement rentable pour mon encadrant). N'empêche que ça me permet, légèrement, de m'identifier aux héros. De comprendre l'envie, dès l'adolescence, de créer des choses, d'aider des gens, et de montrer qu'on est capable d'autre chose que de s'asseoir dans une salle de classe. Cependant, entre apprécier un mois de stage en seconde, et vouloir rétablir le travail des enfants, il y a un pas que je ne sauterai pas. À 15 ans, j'aimais voir les adultes ébahis que je sache ouvrir un ordinateur et changer des pièces. Mais ça a duré un mois, je me serai probablement ennuyé à la longue. Je peux donc imaginer que les héros puisse aimer travailler sur des chemins de fers, permettre à des gens de se rendre où ils le désirent, et être récompensé pour cela. Mais si j'accepte d'ignorer les problèmes de sécurités ou de pollutions dans un roman, je trouverai ça monstrueux dans la vraie vie(Je vous avais dit, je ne peux pas m'empêcher de signaler que je suis différent des fans qui prennent Rand au premier degré !). Certes, en bon égoiste, les héros devrait se ficher de la raison pour laquelle le train roule, tant qu'ils sont payés. Pourtant, on voit souvent les héros penser à la raison pour laquelle les trains doivent rouler. Pour que les récoltes aillent des fermes aux villes, pour que les matières premières aillent des puits/mines aux usines où ils seront transformés. Et c'est l'une des choses que je trouve beau dans ce roman, quand l'auteure montre les causes de tant de petites étapes. L'exemple canonique, pour moi, étant une suite d'incidents menant à ce que des boutiques n'aient plus de grille-pains à vendre. On dirait qu'il n'y a aucun rapport entre faire rouler des trains, et acheter un grille pain neuf. Pourtant, il y a énormément d'étapes entre le moment où les différents matérieux sont extraits de la nature, et celui où l'on peut faire griller son pain. Aucune de ses étapes ne fait vraiment rêver; si quelqu'un me dit qu'il construit des grilles-pains, je ne m'imaginerai pas qu'il a une grande influence sur la marche du monde. Mais pourtant, il aidera énormément de gens, qui n'auront jamais entendu parler de lui, et qui ne penseront même pas à lui tellement il est naturel d'avoir un grille-pain. Plus précisément, tellement il est naturel d'avoir un grille pain en échange d'un peu d'argent, qui lui-même s'obtient avec un effort bien moindre que l'effort demandé pour créer soit même son propre grille-pain à partir de morceaux de méteaux et de résistances. Bien sûr, dans la vraie vie, il y a la pollution, qui est lié au transport, qui est lié à l'extraction de matière premières. Et la pollution a un coût humain énorme. Donc ce côté béat de «l'industrialisation rend service à énormément de gens qui ne le voient pas» n'est pas réaliste[3]. Accessoirement, étant chercheur, et un peu développeur, j'ai encore du mal avec l'idée des tâches répétitives. Une fois que le code est écrit, tout le monde peut l'executer. Une fois que le grille pain est fini, il faut en faire un autre, c'est étrange pour moi. Je dois à ce roman de me faire réaliser cette idée.

Les héros ne se sont pas contenté d'aller être faire du travail manuel dès leurs 12 ans. Dans le bon rêve américain, ils se sont élevé jusqu'à la tête de leur propre boîtes. Dans le cas d'Hank Rearden, être le patron de ses multiples compagnies. Il est décrit comme travaillant 18 heures par jours, tous les jours, et ne s'intéressant à rien d'autre qu'au métal. Il a acheté ses mines pour superviser l'extractions, il a ses propres fonderies, et ses forges. Mais surtout, il a réussit à créer un nouveau métal, le «Rearden Metal». Ce métal est plus légèr, plus résistant et donc moins cher, que l'acier. Créer ce métal lui a pris 10 ans de sa vie. Les méchants du livre (Catégoriser en gentil et méchant ne sera pas insultant pour Rand) prennent alors deux positions quand ils parlent de ce métal. D'une part, les méchants profiteurs (looter) voudront s'accaparer le métal pour se faire plein de sous sans devoir payer Rearden pour son travail. D'autres parts, les proches de Rearden trouvent ridicule de s’enthousiasmer autant, ce n'est qu'un nouveau métal, ça va changer un peu la productions de ceux qui créent des rails, des tanks, des camions, mais si on ne travaille pas soi-même le métal, ça n'a aucune importance. Tout du moins, c'est ce qu'ils croient, puisque dans une période de pénurie de matière première, pouvoir faire refondre les vieux rails, pour obtenir des rails plus longs et plus solide, c'est la différence entre avoir des trains qui roulent, et ne pas en avoir. Donc, la différence entre avoir des grilles pains ou non. Sauf que, forcément, la personne voyant qu'elle ne peut se procurer un grille-pain, ou un jus de grenade, ne verra pas toute la chaîne de causalité qui a ammené à cette pénurie. Seul le narrateur, et peut-être quelques personnages haut placés, voient tout le schéma.

La première choses qu'Hank Rearden fait, avec ce nouveau métal, c'est un bracelet pour sa femme Lilian. Sa femme ne l'apprécie pas. Elle aurait préféré un collier de diamant, plutôt que de porter un morceau de chemin de fer. C'est là où le critique d'Atlas Shrugged cité plus haut, et moi-même, différons entièrement. Le critique ne comprend pas comment l'auteur peut espérer que le lecteur sympathise avec Hank Rearder. Personnellement, j'ai du mal à sympathiser avec Lilian. Il s'agit là d'une journée exceptionnel, du résultat de 10 ans de travails. Je peux comprendre qu'elle ne partage pas sa passion, je ne peux pas comprendre qu'elle la rabaisse. Plus généralement, être excité par un travail intellectuel, et n'avoir personne avec qui partager sa passion est un sentiment que je comprend entièrement. Par chance, je n'ai plus tellement ressenti ça depuis 2008, les départements d'informatiques de l'Université de Montréal, puis de l'École normale supérieure. Mais je pense qu'énormément de geek, et de passionnés en général, pourront se voir dans Hank. Demander à Hank de laisser un peu c'est fourneau me fait penser à cet amoureux, qui demandait à Barbara (Lily Passion) d'abandonner son piano. Un amour qui demande d'abandonner une part de sa vie, je suis incapable de comprendre.

La comparaison entre l'art et la science est assez textuellement dans le livre. Un compositeur et un romancier rejoignent la grève lancé par les héros. La grève de ceux qui produisent. Le compositeur a mis plusieurs décennies à être reconnus. Il a fini par être apprécié de son vivant, et à voir la gloire qu'usuellement on ne réserve qu'aux défunts. Il aurait accepté des excuses du public, qu'ils expliquent qu'ils n'étaient pas prêt à accepter sa musique. À la place, tous les médias parlant de lui expliquent que si ses concertos sont tellement poignants, c'est parce que l'auteur a vécu 20 ans de souffrances, mais que cette souffrance est justifié puisqu'elle permet au public de recevoir cet extraordinaire talent ! Cette explication est bien montré comme étant hypocrite, son succès est arrivé quand son opéra de jeunesse a été rejoué, 20 ans après la première prestation, celle que les critiques avaient jugé désastreuses. Ce passage me parait particulièrement réaliste. Que l'artiste doive travailler beaucoup pour s'améliorer et développer un talent particulier, c'est une chose. Qu'il doive souffrir pour le plaisir du public en est une autre[4]. Je trouve la grève de ce compositeur belle, même si elle est aussi bête, puisque personne n'est au courant de la raison de sa grève (qui n'est donc pas une grève, mais une démission)[5]. Remarquez que ce n'est pas la première fois que je parle du rapport entre les passions pour l'art et pour la science. C'est le premier exemple que j'ai où l'on voit la différence fondamentale, où le discours tenu sur la science ne se transposerait pas à l'art.

Je disais que Lilian ne s'intéressait pas à la passion de son mari. À sa décharge de Lilian, il faut dire qu'Hank ne s'intéresse absolument pas à sa vie non plus. La situation est symmétrique, et elle n'est pas plus coupable que lui. La différence étant qu'elle refuse de divorcer, car sa position de femme d'Hank lui donne du prestige et une place dans la société. Et selon moi, c'est la principale faute morale d'Hank[6], ne pas prévoir en avance la séparation si le couple devait ne plus pouvoir durer. N'avoir pas prévu que l'amour ne durerait pas toujours, et agi comme s'il pensait que ça serait le cas. En dehors de l'argent pour vivre, la seule chose que Lilian exige de son mari, c'est qu'il l'accompagne, rarement, à des soirées. On en voit deux sur plusieurs années de mariages, et la première étant l'anniversaire des 10 ans de mariages. Soirée où Hank s’ennuie prodigieusement, où il est incapable de trouver des gens avec qui parler. J'ignore si ça fera de moi un égoïste, mais s'il y a bien un point sur lequel Atlas Shrugged m'aura changé, c'est celui là. J'ai refusé d'aller à un événement, où je m'attendai à m'ennuyer comme pas possible, malgré que ça soit théoriquement une obligation familiale. Réalisant que ça ne m'apportait absolument rien (et que je ne m'attend pas à ce ma présence apporte grand chose à la personne célébrée.)

La raison qui fait qu'Hank et moi-même détestons ces soirées, c'est qu'il nous semblent que rien n'y est dit. Je n'ai pas vraiment de souvenir d'échange d'idée, à part des banalités. À la limites, certaines personnes balancent des convictions, mais elles sont rarement assez étayée pour être convaincantes. À noter que je suis souvent coupable de ça aussi, j'ai des convictions, mais connaît rarement assez de chiffres et de faits pour convaincre quelqu'un de rationnel qui pense que je me trompe. C'est bien pour ça que je préfère souvent lire que discuter. C'est aussi pour ça que j'adore mon métier de chercheur, quand bien même mon domaine me permet de parler concrètement que d'un nombre très limité de sujets. Selon moi, cette possibilité de discuter concrètement est ce qui différencie les héros des méchants. Même si Atlas Shrugged est décrit comme une guerre entre les bons capitalistes et les méchants profiteurs, personnellement, j'y lis surtout une guerre entre ceux qui pensent qu'il est possible de savoir quelque chose, et ceux qui pensent que le monde est ce qu'il est par hasard. Il y a deux illustrations fortes dans le roman. Rearden Metal, fruit de 10 ans de recherche par Rearden, est renommé «métal miraculeux» par l'administration. Il est traité comme une nouvelle ressource naturelle, et tout le monde refusent d'accepter le fait qu'Hank Rearden ait sa part dans son arrivée sur le monde. Personellement, je suis loin d'apprécier le système de brevet actuel, mais je continue de penser qu'il est juste que, pour sa création, il soit récompensé, et non puni. Encore que tous les chercheurs, chimistes, métallurgistes, qui ont créé les outils et concepts dont il se sert devraient avoir leurs parts de récompense aussi. Le second exemple, négatif cette fois, c'est les «cas de forces majeures». Tout accident est traité comme «an act of god», au désespoir de ceux qui savaient que les rails étaient usés, que les machines étaient en fin de vie, et qu'il fallait remplacer tout ça, sans ça l'accident deviendrait inévitable. Mais puisque tout accident est «an act of god», personne ne peut être blamé, et il n'y a donc aucune raison d'entretenir quoi que ce soit. Pire, comme les retards sont punis, il vaut mieux avoir un accident que d'être en retard.

S'il y a bien un passage que les fans de Rand devraient appliquer, selon moi (à part se mettre en grève s'ils sont assez naïf pour penser que le roman doit être suivi à la lettre), c'est d'ailleurs la façon dont elle traite les accidents. Les cheminots étaient responsable de la sécurité du train. Ils pouvait arriver qu'ils doivent mettre leurs vies en jeux pour assurer la sécurité des passagers, si quelque chose se passait très mal. Mais en échange, la compagnie de chemin de faire avait l'obligation de faire tout son possible pour éviter les accidents. Une des méthodes pour éviter les accident, c'était d'engager des gens qui savent ce qui font, et leur faire confiance. Rearden a déclaré deux choses à ce sujet: il refuse de payer un homme plus que ce que cet homme lui rapporte. Et il a décidé de payer ces hommes bien plus le salaire payé par ses concurrents, pour avoir le loisir d'engager les employés les plus compétents. Hank Rearden a aussi déclaré qu'il ne demandait jamais à quelqu'un de prendre un risque qu'il n'était pas prêt à prendre lui même. Et, vu qu'il a monté la totalité de l'échelle, dans son cas, c'est vrai. Quand un train a roulé pour la première fois sur des rails et un pont en Rearden Métal, il était à bord, afin de prouver du mieux qu'il puisse sa confiance qu'il avait en son métal. Que quand il demandait à des ingénieurs de conduire ce train, il savait ne pas leur faire prendre de risque, puisqu'il savait que lui même en sortirait vivant. Un journaliste a demandé aux héros comment ils savaient que ce nouveau pont ne s'effondrerait pas, alors que l'opinion majoritaire disait que ce pont était un grand risque. Il explique alors qu'il a mené des test, fait des calculs, et tiré ses conclusions à partir d'expériences. Le journaliste répond donc que, ses conclusions, ça ne reste que son opinion propre, ça n'explique pas pourquoi il ose s'opposer à l'opinion du reste du public. J'ai trouvé cette discussion bien trop réaliste. Ça me rappelle beaucoup trop des discussions que j'ai eu, sur le sujet de la science, avec des gens n'en ayant jamais fait[7].

Un des passages les plus marquant du livre, pour moi, concerne ses questions de sécurités. Si un employé refuse de suivre un ordre car cela mettrait son train en danger, il avait le droit de désobéir et savait qu'il pourrait s'expliquer honnêtement, et ne serait pas blamé pour le retard. Enfin, ça, c'était dans le passé, à l'époque où les voie de chemins de fers avaient été construites, et non pas aujourd'hui, en temps de crise. Aujourd'hui, où les politiciens se mirent à remplacer les gens compétent à la tête de la compagnie, chaque personne savait qu'elle pourrait être blamé si cela sauvait son patron. Donc les accident augmentèrent. En particulier, le passage le plus poignant pour moi, c'était exactement ça. Un passager du train était un homme politique important. La locomotive a déraillé et est devenu inutilisable. L'homme politique n'en ayant rien à faire, il a ordonné au voyage de continuer. On leur dit que la seule locomotive disponible dans l'état fonctionne au charbon. Le mécano a prétendu qu'il ne pouvait pas passer dans le long tunnel avec (la ventilation n'était pas adapté a la fumée du charbon). Le politicien réplique que, même si c'est ilégal, il a tous les pouvoir pour rendre ce trajet légal, pour donner des ordres et être obéit. Il s'ensuit des pages et des pages de description. On suit toutes la chaînes hiérarchiques, depuis le politique qui téléphone au patron de la compagnie, puis de subalternes en subalternes, jusqu'au mécano. Tout le monde, sauf l'homme politique, sait qu'il est impossible d'obéir à cet ordre. Le haut de la hiérarchie refuse toute responsabilité, prétend qu'ils sont partis en vacances, et n'ont jamais reçu ce coup de fil. Tous refusent de donner des ordres écrit, jusqu'à un type en milieu de hiérarchie, qui exige un ordre écrit. Comme on lui refuse cet ordre, mais qu'on exige qu'il fasse passer l'ordre plus bas dans la hiérarchie, ce type démissionne - ce qui, dans cette crise, signifie, la garantie de ne jamais réavoir de travail légal, au mieux de vivre dans l'illégalité, au pire de mourir de faim. On voit un autre employé finir par envoyer des ordres écrits. Deux ordres, le premier de faire venir la locomotive à charbon là où le train à déraillé. Le second ordre étant de faire parvenir ce train jusqu'à la prochaine gare, de l'autre côté du tunnel. De façon a pouvoir prétendre qu'il n'a jamais ordonné de faire passer le train sous le tunnel avec la locomotive à charbon, et que ces ordres sont mal compris. Finalement, on voit le dilemme du machino. S'il refuse, il n'a aucun doute qu'il se fera virer, pour insubordination. S'il y va, il mourra. S'il déserte son poste, on s'en prendra à sa famille. Sa seule solution égoïste, pour ne pas être puni, et de lancer le train, tuer ses 300 passagers, sauter une fois que le train est en marche, et feindre sa propre mort. D'ailleurs, s'il prévient les passagers qu'ils feraient mieux de quitter le train, certains pourront témoigner qu'il a conduit des gens à leurs morts. Avec un peu de chance, le train ira assez vite pour sortir du tunnel et ne pas étouffer tous les passager, mais c'est loin d'être certain. [8] Cet homme, autrefois, était pres à risquer sa vie pour les passagers, tant qu'il savait que le chemin de fer était assez sûr pour qu'il soit presque impossible que sa vie soit risqué. Il n'était plus près à risquer sa vie pour sauver ses supérieurs d'une décision d'un politicien capricieux. J'ignore si je résume bien[9], mais Rand à réussit à peindre une situation réaliste, où je comprend pourquoi un type a accepté de condamner a mort 300 personnes, et où je ne suis pas sûr de le considérer comme coupable. Pour moi, ça fait de Rand une grande auteur. Mais pour faire ça, il lui a fallu des dizaines de pages, et des suites d'actions s'enchaînant les unes les autres, dans une partie tellement technique que, pour moi, ça relevait autant de la notice technique que du roman. Comme tout long passage, le film a résumé ces dizaines de pages à quelques minutes. Et je hais le film pour ça. Dans le film, personne ne sait qu'il condamne les passagers à la mort, et tout le personnel fait son possible pour que le train arrive réellement à destination. Retirant tout ce passage précédant, où Rand montre que l’égoïsme peut justifier de tuer ces 300 personnes !

Selon moi, la phrase qui résume le mieux l'idée dont je suis en train de parler, centrale dans le livre, c'est: «When a man declares: ‘Who am I to know?’- he is declaring: ‘Who am I to live?”»[10]. Je ne pense pas que ça soit de la grande philosophie, une vérité profonde révélée au monde par Rand. Mais c'en est une illustration poignante. Et pour une fois, je suppose que le concept s'applique à notre monde réel. Je donnerai un unique exemple: les vaccins (où les traitement de n'importe quel maladie), c'est finalement ta propre vie qui est en jeux. Si tu dois choisir de ne pas faire confiance à l'état, d'être convaincu que l'on tente de t'empoisonner, alors tu sauves ta vie. Sinon, tu contribues à augmenter les risques de ta mort. À augmenter les risques des gens que tu peux contaminer aussi, ainsi que celle de tes enfants, donc tu ne demandes pas seulement qui tu es pour vivre toi, tu engages les autres avec toi, et cette raison, selon moi, justifie à elle seule les obligations imposées par l'état aux parents (ce qui serait insupportable à Rand). Mais je suppose que ça justifie aussi la lutte des anti-vaccins contre l'état, s'ils sont persuadé qu'on tente d’empoisonner leurs enfants. Je pense que cet œuvre est la meilleure illustration que j'ai jamais vu de l'idée qu'il est d'une extrême importance de savoir distinguer le vrai du faux, de savoir se faire un avis par soit même, et d'être dans une position où l'on peut collaborer en confiance avec d'autres gens. J'ai connu quelques œuvres qui montrait comment la science a amélioré le monde, je trouve bien plus parlant de voir ce que l'abandon de la science au profit de la sagesse populaire et de l'intuition peut faire comme mal au monde.

Je pense que je ne peux pas le dire assez, la grande différence entre la majorité des fans d'Atlas Shrugged, et moi, c'est qu'ils voient les héros comme des hommes d'affaires, et je les vois comme des scientifiques ou des ingénieurs. Dans le monde de Rand, ce sont les même gens - ce qui en fait un monde très différent de celui dans lequel je vis. Peut-être parce qu'aucun de ces gens n'a de syndrome de l'imposteur. Seule l'héroïne n'a rien inventée, elle se contente de deux qualités: être extrémement compétente à son travail de direction éxécutive, et être la fille de l'ancien patron. J'ai vu plusieurs gens reprocher à Rand de choisir comme héros des héritiers. Montrant ainsi que l’ascension au mérite ne marche pas, même dans son monde imaginaire. Je trouve cette critique raté, puisqu'elle décrit un monde en déliquescence, et pas un monde selon son idéal. Si l'on croit Atlas Shrugged, le monde s'arrête car les gens compétents partent en grèves. Mais il n'y a pas que les patrons qui partent en grève. Pour être crédible, elle a du aussi décider que des ingénieurs, des techniciens, et même des gens compétents pour un travail totalement moins qualifié, aient aussi décidé de partir en grève. On remarque plus le départ des grands patrons, parce qu'ils sont capable de créer plus de remous. Mais tous les patrons ne partent pas en gréve. Les patrons incapables, qui survivaient car ils avaient des amis à Washington, des connaissance qui pouvaient leur faire obtenir des prêts de l'état, qui pouvait obtenir des exceptions évitant d'appliquer à leur entreprise des décrets pénalisant leurs concurrents. D'ailleurs, ceux-là étaient ceux qui gagnaient le plus d'argent (quoi qu'ils pouvaient de moins en moins acheter avec cet argent, puisqu'avec la crise, peu était produit, et ça se vendait très cher.) Et je pense que les patrons adorant Rand se rangent plutôt dans cette deuxième catégorie, j'ignore s'ils s'en rendent compte.

Finalement, le paradis de Rand, c'est un lieu peuplé de Sheldon Cooper (le héros super intelligent, de Big Bang Theory. Et totalement inadapté aux conventions humaines). Mais c'est un lieu rempli de Sheldon Cooper qui réussit mystérieusement à survivre. Et quelque part, c'est un lieu qui me fait un peu envie. Pour la même raison que celle pour laquelle j'étais fan de The Big Bang theory. Je déteste beaucoup d'obligations sociales (d'ailleurs, je ne sais pas qui les aiment.) Je déteste l'obligation d'être hypocrite. L'idée qu'il soit possible de dire honnêtement ce qu'on pense, de dire «vous dites des conneries même pas cohérentes, et vos actions ne font qu'empirer des choses», ça a un côté extrêmement attirant. D'ailleurs, ces questions d'apparences m'ont énormément surpris dans le film. Puisque les héros sont sensé être jugé uniquement sur leurs compétences, je me demande pourquoi tous portaient un costume-cravate, et pas un vêtement plus confortable. Après tout, ils n'ont rien à prouver, et ils se fichent des gens qui jugent sur autre chose que du concret. Les tests fait sur le nouveau métal sont concrets, la cravate du métallurgiste non. D'ailleurs, cette différence semble avoir échappé au critique cité plus haut. L'héroïne déclare que ce nouveau métal est bon, car elle a vu les tests et expériences fait dessus, donc demande à son frère et patron de la croire quand elle dit qu'elle utilisera ce métal pour ses chemins de fers. Ce frère et patron déclare avoir beaucoup investit dans une mine car il avait toute confiance en Dan Cognio, qui est un type sûr. Le critique ne voit pas pourquoi, selon Rand, le frère devrait croire la sœur et pas l'inverse. Personnellement, ça me parait assez évident, croire un homme et croire des expériences, c'est différent.

Je suis un chercheur, donc un scientifique. Je ne créé rien de concret, mes résultats pourront servir à d'autres à implémenter des programmes qui eux même pourraient servir à des gens ayant des buts plus concrets, et encore, c'est pas certain. Donc je suis loin d'être un héros Randien. Dans son monde, je serai un méchant de la State Science Institute, je ne me méprend pas à ce sujet[11]. Mais, paradoxalement, il y a un point que j'adore dans mon métier, qui n'est absolument pas concret, et que Rand montre bien. La science a des limites. En informatique, on peut prouver certaines limites mathématiques. En physique, il y a des lois fondamentales limitant ce qui est possible. Ayn Rand montre aussi des limites, même s'il s'agit de limite économiques, et que je suis moins certains que ces limites soient réelles. Elle montre un système économique poussé à la limite. Les méchants ne croient pas les gentils qui alarment que la limite approche, parce que jusqu'à présent, la limite n'avait jamais réellement été atteinte. Certes, il n'y avait plus de grilles-pains neufs, et il devenait difficile de se chauffer en hiver. Mais si on avait assez de sous, ça allait encore. Mais Rand ne tombe pas dans le cliché de «quand on veut, on peut», de «il suffira de travailler plus fort». Ce dont les profiteurs sont persuadés que c'est possible, que les héros n'ont qu'à travailler un peu plus pour continuer de produire plus. D'ailleurs, ils avaient raison de le croire, puisque plus ils exigeiant, plus ils obtenaient (tant que la limite n'était pas atteinte, je veux dire). Selon Rand, c'était la grande erreur de son héroïne; elle aussi avait envie de croire qu'elle pourrait tenir le système à elle seule[12]. Je donne un unique exemple. Taggaert Transcontinental était la plus grosse compagnie de train, avec des voie partout dans l'amérique. Un concurrent est venu, et a principalement une voie. Suite à une série d'accident, cette unique voie est la dernière disponible pour relier les deux océans. Dans le cadre de l'état d'urgence, il a été décidé que l'état recevrait tous les profits des compagnies de chemins de fers, et les reverseraient proportionnellement au nombre de kilomètres de voies possédé par chaque entreprise. Il se trouve qu'un des lobbyiste influent de cette loi est le patron de Taggaert Transcontinental. Sa sœur, l'héroine, dit donc à haute voix à quel point il est un profiteur, que ce n'est pas un hasard si ça lui rapportera énormément d'argent. Qu'il sera payé pour toute ses voie à l'abandon, plus utilisé par aucun train. Et que ça ruinera son principal concurrent, qui a une seule voie, qui est énormément utilisé, et nécessite donc un entretien important et couteux. Elle signale aussi que, une fois que le concurrent sera ruiné, ce morceau de voie indispensable ne sera plus utilisable, et puisqu'avec la crise, ils ne pourront pas le reconstruire eux-même, Taggaert ne sera plus transcontinental. Ça me parait assez cohérent d'imaginer que si, plus tu as du succès, plus tu perds d'argent, le système est intenable. (À noter que, contrairement aux fan d'Ayn Rand, je n'en tire pas comme conclusion que les impots ne doivent pas augmenter en pourcentage. Simplement que le pourcentage ne doit pas dépasser 100%.) Cette idée que la science à des limites était d'ailleurs assez bien illustré dès le début, par le fait qu'une révolution importante était une amélioration de métal. En 10 ans de travail, le héros, qui est sensé être un des grands génie, a juste créé un métal plus solide et plus léger. On est loin de la SF où l'on a des vaisseaux spatiaux, de la téléportation, ou des moyens d'échanger des images instanténement avec des amis.

Bref, pour moi, Atlas Shrugged est le plus bel hommage aux gens compétents que j'ai lu. Et ça le reste, même si l'auteur confond les mots compétent et capitaliste. Je finirai par un dernier point, il y a une chose où les détracteur anticapitaliste d'Atlas Shrugged devrait quand même être d'accord avec les fans. Les capitalistes qui pensent que toute action du gouvernement est une atteinte à la liberté, qui croient qu'Atlas Shrugged doit être suivi au premier degré, devraient se mettre en gréve. Peut-être que les fans et les détracteur espèrent et prédisent des conséquence différentes à cette grève potentielle, mais je ne pense pas qu'aucun des deux camps n'imagine que la gréve ne lui soit pas bénéfique.

Notes

[1] doute sur les machines à voter, objets connectés non patchable, impossibilité de savoir quel données sont volées par les programmes.

[2] Par contre, je partage à 100% son avis sur le film. Il est d'une nullité prodigieuse. Comme s'ils avaient voulu retirer tout ce qui est bien du livre, et ne garder que les incohérences.

[3] Vraiment, c'est dur pour moi. Je n'ose pas supprimer cette phrase où j'explique que je sais que la réalité est différente de l'œuvre !

[4] À part si on est dans une performance dans un cadre SM, mais auquel cas la souffrance ne porte pas sur toute la vie, juste sur le temps de la prestation, dans une ambiance précise. Et vu la description des relations entre l'héroïne et ses amants, parler de SM n'est même pas déplacé - à part que dans le SM, il y a une notion de consentement, qui semble absente dans le roman.

[5] À noter que le film est encore pire, puisqu'aucune explication n'est donnée du tout.

[6] Il semble que ça soit aussi un problème de beaucoup de gens qui se marient

[7] Ce qui ne veut pas dire que les tests d'Hank Rearden permettait vraiment d'obtenir les conclusions qu'il annonce. Mais puisque Rand ne décrit pas les expériences menés sur le métal, je m'abstiens de me prononcer à ce sujet. Contrairement au critique cité plus haut.

[8] Il faut rajouter deux autre problème quand bien même ça aurait pu réussir, il se trouve qu'un passager a tirer le bouton d'urgence, pour stopper le train au milieu du tunnel. Rendant la mort certaine. Et pour couronner le tout, un train transportant des explosifs pour l'armée allait sur les mêmes rails, à contre sens (le tunnel n'a qu'une seul voie). Ce qui a entraîné l'exlposion du tunnel.

[9] Sinon, essayez ici, puis .

[10] «Quand un homme déclare: "Qui suis-je pour savoir", il déclare "Qui suis-je pour vivre ?"»

[11] Une autre preuve de ce fait, si l'on me menaçait de me torturer, je suis sûr que je serai prêt à dire du bien des instruments de tortures, plutôt que me sacrifier au profit de la vérité.

[12] devenant par là même une dictatrice éclairée, choisissant quel industries était assez indispensable pour autorisé qu'on leur envoie les quelques trains qui reste, et quel industries elle laissait périr. Ce que je trouve assez ironique.

samedi 21 juillet 2018

Que peut bien gagner quelqu'un sans pouvoir à m'insulter ?

Dès fois, je me demande un truc tout bête. J'essaye de comprendre l'insulte.

Une personne de mon entourage m'a traité de cafard, rat, cancrelat, m'a souhaité de mourir rapidement et douloureusement, expliquer que je ne m'intéresse qu'à l'argent, que je l'ai volé et que je contribue à l'extermination des juifs en général. Et ce n'est pas une exagération. Je crois aussi qu'elle a déclaré que je n'ai aucune morale. Comme quelqu'un m'a pertinemment fait remarquer, l'avantage si nous mourrons rapidement, c'est qu'on ne souffrira pas longtemps.

Je me pose alors la question suivante: et alors ?

Pour l'expérience de pensée, admettons que tout cela soit vrai[1]. Déjà, il faudra admettre que je suis un imbécile, car s'intéresser qu'à l'argent, et être chercheur dans une université, c'est pas bien malin. Mais je ne tenterai pas de raisonner avec cette personne. Je doute qu'il soit possible de la faire changer d'avis. N'empêche, n'ayant aucune morale, je suppose qu'elle ne s'attend pas à ce que j'ai honte simplement car elle vient de découvrir la vérité. Surtout que, selon elle, le vol est déjà commis, sa réalisation arrive trop tard.

Supposons maintenant qu'elle ait tort. Je ne vous cacherai pas que c'est l'hypothèse qui m'arrange le plus. Supposons, par exemple, que j'ai une morale. Par exemple, même si aujourd'hui je regrette de lui avoir passé un mouchoir lorsqu'on descendait le cercueil de son père sous terre, j'ai assez de morale pour réaliser que ce regret est gratuitement méchant. Est-ce qu'elle pense que j'en ai quoi que ce soit à fiche de son avis ?

Je comprend qu'elle ait tenté de me donner une baffe. Au pire, elle me fait un peu mal. Au mieux, je répond à sa baffe, et s'il y a des traces c'est moi qui ait des complications, puisque je ne pouvais pas prétendre à la légitime défense vu la disprortion entre nos physiques (qu'elle ne peut pas manquer d'avoir remarqué, vu les remarques qu'elle a faite dessus.) Mais dans tous les cas, les accusations semblaient ne pas pouvoir être dans son intérêt. Ce qui me laisse perplexe.

Si encore c'était ma supérieure hiérarchique, et que ma carrière dépende d'elle, ou bien si elle m'hébergeait, alors son avis m'importe, et je sais que je risque gros.


Dans certaines œuvres, pour comprendre l'intérêt d'un personnage, il faut voir le but obtenu. Ici, le but obtenu est que je tente à comprendre, et que de temps en temps, cette question me trotte en tête. Puisqu'elle a admis en face qu'elle avait pour but de nous pourrir la vie, ça serait même relativement cohérent. Et dans ce cas, je suis forcé d'admettre que je l'admire quand même un peu.

Cependant, l'intérêt de l'insulte n'est pas totalement résolu pour moi. Car cet intérêt: pousser quelqu'un à se questionner, ça ne marche pas 10 fois non plus. Au bout d'un moment, c'est trop répétitif, le coût mental diminue.

Note

[1] Je précise: c'est une expérience de pensée uniquement. Mon fursonna est un hamster, qui n'était pas dans la liste d’animaux cité. Et la seule chose que j'ai volé, ce sont des barquettes de lu. Je me suis fait totalement avoir par Endemol, en 2006. Ils m'ont fait poireauté une journée dans les coulisses de 1 contre 100. J'étais le candidat 102, j'étais là en remplacement si quelqu'un devait quitter le plateau durant l'enregistrement. Et finalement, ils m'ont dit que je ne participerai pas à leur jeu télé. En guise de revanche, à un moment, je me suis servi sur le plateau de catering, qui n'était pas sensé être celui des candidats. Puisque c'est prescrit depuis, je peux le dire dans ces notes de bas de pages.

jeudi 12 juillet 2018

Merci de ne pas m'offrir de thé comme cadeau

En général, je partage entièrement l'avis de Ruxor concernant ce que doit être un cadeau. Mais j'ai envie de compléter plus particulièrement ce que je pense de ceux qui, pour me faire un cadeau, m'apportent du thé aujourd'hui[1].

Je bois souvent du thé. En général, deux fois par jour. Et je fais ré-infuser. Cela peut donner l'impression à ceux qui me fréquente que j'en consomme encore plus que ce que je consomme actuellement en matière de théine. Par ailleurs, j'ai chez moi un assortiment de thé bien plus grand que la majorité des gens. Quand je vivais dans un studio, c'était relativement voyant, puisque j'avais plusieurs dizaines de boites en métal empilée les unes sur les autres contre un mur. J'ai aussi un plus petit assortiment de mes thés préférés chez mes parents, pour quand je rentre chez eux. Tout ça pour dire, je pense que la majorité des gens qui me fréquentent savent assez rapidement que je suis un buveur de thé. Et ceux qui sont venus chez moi savent que j'ai beaucoup trop de thés qui s'accumulent, ce qui est une première raison pour ne pas rajouter du thé au tas.

Il est dur de savoir quoi offrir comme cadeau. On peut se donner l'idée d'offrir un cadeau lié à une passion du récipiendaire. Personnellement, je suis mathématicien, mais offrir un livre de mathématique au hasard est assez compliqué. Même d'un matheux à l'autre, on ne sait pas toujours quel prérequis le récipiendaire a, ou n'a pas. Je comprend bien qu'offrir du thé est une solution simple, et en plus, un buveur de thé aura surement un usage à faire de ce thé. Ce n'est pas comme si on m'offrait un livre de photo, qui fera joli dans ma bibliothèque puis sera plus jamais touché.

Je peux imaginer deux raisons d'offrir un aliment. Soit remplir une obligation sociale. Par exemple apporter un gateau, ou une bouteille de vin, quand on est invité à manger quelque part. Autre exemple: apporter des chips à un pic-nic/pot. Je n'ai jamais vu quelqu'un apporter du thé pour remplir ces obligations[2]. Si on est chez quelqu'un, cette personne a déjà du thé sur place. Et si c'est un buffet institutionnel, il y a parfois des sachets de lipton fourni avec le grand thermos de café et les bouteilles d'eau. Mais le thé n'a pas spécialement été apporté.


Un cadeau pour faire plaisir. Je vais me limiter à la seconde raison que je peux imaginer pour apporter un aliment. Avoir envie de faire plaisir au récipiendaire.

Si je veux vraiment faire plaisir à quelqu'un, je n'apporterai pas un paquet de chocolat milka ou une bouteille de vin trouvé au hasard dans un super marché. Quand je reçois un «thé vert», ou un «Darjeeling» sans nom de jardin, ni de récolte, c'est exactement la même chose. Quoi que le thé est un cadeau encore pire que mes exemples. Un sachet de thé fais environ 100 grammes en général, et il y a environ 5 grammes par tasses. Donc un paquet de thé, c'est une vingtaine de tasse. Vous me laissez donc le choix entre 20 tasses (i.e. 10 jours) de thés sans intérêt, au lieu d'apprécier quelque chose qui me plait vraiment. Ou alors offrir votre thé à quelqu'un d'autre (ce que je ne ferai pas, si j'offre du thé, j'en offrirai un que je sais être bon). Ou bien jeter ce thé, ce qui est du gâchis.

Les deux dernières personnes à m'avoir offert du thé revenaient d'Indes. Leurs cadeaux avait quand même l'avantage d'être un produit local, en rapport avec leurs parcours[3]. Mais ma comparaison reste valide. Personnellement, si je reviens de Belgique, et que je veux faire plaisir à quelqu'un, en lui apportant un cadeau d'anniversaire, par exemple. Je ne lui rapporterait pas une tablette de chocolat côte d'or, ni un pack de Jupyler. Non pas que ça soit mauvais, mais ce n'est pas quelque chose digne d'être un cadeau. Quand bien même je l'ai acheté en Belgique, et que c'est une denrée pour laquelle la Belgique est célèbre, ce n'est pas réellement ce qu'on a envie d'appeler «de la bière/du chocolat Belge».

Bon, les thés qu'on m'a offert récemment ont un gros avantage sur le pack de jupyler. Ils avaient un bel emballage. Un truc bien joli, vendu dans les coins à touriste, je suppose. Et j'admet que j'ai pu faire pareil. Je suis déjà rentré à Paris, en prenant avec moi des boites de chocolat, toutes faites, trouvé à la gare de Bruxelles. Pour les avoir goûte, ils sont bons, sans avoir d'intérêt particulier. Mais j'imagine que ça peut faire plaisir à quelques personnes qui ont reçus mes cadeaux. Simplement, je n'aurai pas fait ce cadeau à quelqu'un que je sais être amateur de chocolat. À quelqu'un qui, chez lui, m'aurait proposé de me faire découvrir des «bons» chocolats. Ou plutôt, puisque «bon» est mal défini, je n'aurai pas fait ce cadeau à quelqu'un qui choisit son chocolat avec attention. Parce que cette personne sait déjà ce qu'elle achète, et avec mon ignorance, je n'ai aucune raison de penser pouvoir faire mieux. Ou alors, si je veux faire mieux, soit je me renseigne auprès d'une personne de confiance (i.e. pas un vendeur), pour savoir quel sont les vrais chocolatiers belges d'exception. Ou bien je demande au récipiendaire ce qui lui fait plaisir. Et même si la surprise disparaît, celui-ci pourra recevoir un cadeau qui a le double avantage d'être: bon, et où mon aide était effectivement utile[4].


La découverte Le titre de ce billet est mensonger. En réalité, je ne veux pas que le thé soit un cadeau. Mais je veux bien qu'on m'offre du thé. Si je vais chez un-e ami-e et qu'iel m'offre un bon thé, j'en serai ravi. Mais dans ce cas, ce que j'ai, c'est une tasse ou deux. On partage une théière. Ce qui est un contexte extrêmement différent de celui que j'évoque plus haut. Il arrive que je prenne note du nom du thé, et de la boutique, pour me le procurer moi même. C'est ce que j'ai fait récemment avec de l'hojicha cookie, par exemple.

En généralisant, si vous avez un thé, que vous savez être bon, alors je peux imaginer que ça me ferait plaisir d'en recevoir. Pour l'instant, cette situation n'est jamais arrivée. Et je ne souhaite pas spécialement qu'elle arrive, puisque, comme je l'ai dit plus haut, j'ai déjà trop de thé chez moi.

D'ailleurs, pour l'instant, j'ai déjà tous les thés que j'ai envie d'avoir, à part certains qui sont vraiment hors de prix. Je pense en particulier à un thé blanc fumé, qui sentait vraiment bon, et que j'ai découvert à San Pancras. Mais qui valait 200 livres les 100 grammes[5]. Et même dans ce cas là, je ne souhaite pas que vous m'en offriez. Parce que, si vous êtes prêt à mettre une telle somme pour moi, je suis certain qu'il y a plein de truc à ce prix qui me feraient immensément plus plaisir. Après tout, si rien ne pouvait me faire plus plaisir pour 100 livres, alors j'aurai eu les moyens de m'acheter ce thé moi-même. Je possède plus de 100 livres d'économies sur mon compte en banque.

Notes

[1] Je précise la date car ce billet ne s'appliquent absolument pas aux cadeaux que j'ai pu recevoir quand j'étais béotien, et que j'avais tout à découvrir.

[2] À part moi, qui me déplace parfois avec un thermos de thé. Et encore, il est rare qu'on m'en prenne.

[3] Avec en prime, le fait qu'on évite tous les contrôles sanitaires exigé par l'Union Européenne. Ou encore les contrôles que des boutiques comme le Palais des Thés disent faire régulièrement pour vérifier l'absence de travail des enfants dans les plantations partenaires. (Bon, je n'ai rien qui me permette de vérifier que Palais des Thés vérifie sérieusement ce qu'ils avancent. Mais le fait qu'il s'y engagent est déjà légèrement plus rassurant qu'un thé pour touriste vendu dans un aéroport)

[4] Si des parisiens que je fréquente me lisent, hésitez pas à me demander des chocolats bruxellois que vous aimeriez.

[5] Mon cerveau avait rajouté une virgule. J'avais lu 2,00 livres les 100 grammes, tellement le prix était incroyable. Ce qui faisait vraiment pas cher pour du thé blanc. C'est quand le vendeur m'a demandé de confirmer que j'en voulais 100 grammes que la virgule à disparu de mon imagination.

lundi 28 mai 2018

Cheminement de pensée: Personne introvertie et pas toujours certains des bienséances

Situation

Je suis mentalement épuisé après avoir parlé à des tas de dizaines d'inconnus, plusieurs jours d'affilés.

Une amie A me propose de venir la voir chez elle. Pas plus de 2 heures longtemps, car elle a un rdv après avec B et qu'elle voudra être seul avec son autre rdv. A me propose du thé, ainsi qu'à C, un autre ami à elle, qui était sur place.

B arrive plus tôt que prévu. Alors que le thé infuse mais n'est pas servi. On nous présente, et A demande à l'autre invitée si elle veut une tasse. A précise qu'on se retrouvera avec des tasses moins remplies. Mais c'est pas grave.

Panique

J'ai alors un petit moment de panique intérieur. Dois-je partir où non ? Plusieurs arguments se déroulent en même temps. Il serait probablement malpolie de montrer à l'autre invité qu'elle nous chasse, surtout si elle savait pas qu'on serait là et qu'elle venait ignorant cette conséquence. D'un autre côté, si elles veulent être seul, je la gênera à être là.

C aussi empêcherait la solitude. Et pourtant il ne semble pas chercher à partir. Même si A rappelle plusieurs fois à C que celui-ci avait déclaré devoir partir. Il me semble que A est assez directe normalement, et que si elle voulait être seule, elle l'aurait directement dit à C. Mais peut-être que son comportement avec C est différent de son comportement avec moi, pour des raisons que j'ignore.

Donc peut-être que A tente de faire partir C, qui ne remarque pas ces encouragement au départ. Et, puisque je suis pas forcément plus à l'aise socialement que C, il y a peut-être des encouragement à ce que je parte que moi non plus je ne remarque pas.

Par exemple, quand A déclare que les tasses de thés seraient moins remplis, peut-être que cela m'indique que cela rendrait la situation moins confortable pour nous tous. Mais je doute que A me fasse ça, il me semble qu'elle est plus franche que ça. Ou au moins qu'elle l'est quand on est que tous les deux.

D'un autre côté, si A dit que j'aurai une tasse plus petite, c'est probablement qu'elle me propose toujours du thé. Donc qu'elle veut encore bien que je sois présent. Et dans ce cas, partir après avoir fait infusé du thé pour moi serait un gâchis, ça serait malpoli. Puis-je réalise que cette pensée est bête, si B prend mon thé, finalement, ça serait pas gâché. Ce qui ne retire rien à l'impolitesse.

À la limite, si j'étais avec A seul, je pourrai lui demander directement tout ça. Mais, ne connaissant ni B ni C, je ne suis pas capable de savoir comment ils prendraient les questionnements que j'évoque plus haut. Et je voudrais pas insulter les invités de A. Ce qui implique donc que je ne sais pas si je peux demander à lui parler en privé, à lui parler sans que B écoute. Je pourrai à la limite envoyer un texto à A. Mais si A demande à haute voix pourquoi je lui envoie un texto, je reviens au problème précédent.

Je reste

Finalement, je reste. Je bois le thé, qui est d'ailleurs excellent (de l'hojicha cookie). Et là je réalise que, dans l'état de fatigue où je suis, rencontrer deux nouvelles personnes, c'est bien trop épuisant pour moi. D'ailleurs, un moment, je le dis explicitement que l'arrivée de B ne m'aide pas à me reposer. Je ne doute pas que A comprend la différence entre «rencontrer quelqu'un me fatigue et je suis déjà crevé» et «j'en veux à B d'être là.» Sauf que un problème similaire au précédent ce repose, je ne connais pas B, et ignore donc si la nuance est claire pour elle.

Il y avait une raison pour laquelle je parlais de mon incapacité à me reposer. J'ai dit à A que la présence de B et C me fatiguait pour expliquer pourquoi j'allais partir alors que ça ne faisait même pas une heure que j'étais chez elle. Après avoir dit que B et C me fatiguaient, je réalise que je serai en train de littéralement dire à B: je pars à cause de toi. Finalement, je décide de rester un peu. Quand bien même B comprendrait que j'ai dit ça, il serait moins évident de me le reprocher.

Je reste encore

Je trouve que je suis un peu ridicule. Après tout:

B est l'ami de A. Je doute donc que ça soit une personne qui attendent de voir des gens tenant à respecter les conventions sociales.

Si A et B voulaient être seul, elles ont moins pu profiter de leur solitude si je reste.

Et je pouvais dire que, finalement, j'étais fatigué, sans avoir à justifier la cause de ma fatigue. Quand bien même je trouve contre-intuitif d'imaginer que cette fatigue arrive sans que je puisse l'anticiper.

Je pars donc.

Conclusion

J'ai envoyé un texto pour m'excuser de mon comportement à A. Elle a déclaré que, à part avoir parlé fort, je n'ai rien fait de mal. Le plus ridicule dans cet histoire, c'est que toutes ses pensées ci-dessus étaient finalement entièrement inutile. Sauf qu'il m'était impossible de le savoir, par manque de connaissance sur B.

jeudi 26 avril 2018

Cas concret de questionnement sur l'action pertinente en milieu féministe

Petit exemple de réflexion qui me trotte dans la tête, pour savoir quel conduite tenir en milieu que je suppose féministe.

Une autrice que j'apprécie particulièrement à fait une conférence, puis dédicasse, dans la librairie féministe indépendante parisienne[1]. Chose exceptionnelle pour moi, je suis dans un milieu où, à première vue, les hommes sont en minorité.

Le début de la conférence consiste en un échange entre la libraire et l'autrice. Puis une lecture d'un extrait de l'œuvre. Enfin, vient le moment des questions du public. Il y eu quelques petites questions, puis s'en vint un grand moment de silence. La libraire nous pousse à parler. Après tout, l'autrice est venu à Paris pour cet échange. Avoir peu de question, c'est assez courant dans les conférences scientifiques. À ma connaissance, c'est bien plus rare quand un groupe de fan se déplace. Et je doute que des gens soient monté à l'étage de la librairie par hasard, donc nous devions bien être plusieurs dizaines de fans sur place. La libraire demande alors si, en tout cas, on avait des remarques, des choses auxquels nous ont fait penser les textes qu'on a déjà lu d'elle.

J'ai bien une remarque qui me vient en tête. Qui me semble un peu drôle, sans forcément être l'anecdote du siècle. Mais qui donne un exemple de comment ce texte se relie à une expérience que j'ai vécue. Je songe à la partager, parce que parler, ça peut pousser d'autres à parler, des gens qui auraient eu peur de briser le silence. Et parce que j'imaginais que, si je me déplaçais dans une autre ville dans un événement qui m'est consacré, je prendrai assez mal que personne n'intéragisse. Bref, qu'il valait mieux cette anecdote plutôt que rien du tout. Au moins pour l'autrice et l'organisatrice.

D'un autre côté, j'avais déjà posé la première question. Et j'avais aucun doute sur le fait que, si la personne demandant le plus la parole est un des rares hommes présents, ça ne pourrait pas manquer d'être remarqué comme un exemple du fait qu'on monopolise la parole. Indépendament de mon genre, j'ai tendance à parler beaucoup, donc c'est quelque chose auquel je dois faire attention. Qui plus est, dans une librairie féministe, je m'attend à ce que certaines personnes prennent mal le fait que, malgré qu'ils soient en minorité, les rares hommes prennent une part importante de la parole. C'est déjà ce qu'il y a partout ailleurs, ça serait agaçant de le voir dans ce lieu qui serait théoriquement plus safe.

Ou peut-être que personne ne se disait ça, et que je projetais sur ces fans des discours que j'ai entendu dans des milieux plus militants. Finalement, j'ai donné mon anecdote. Ça a relancé la discussion un peu. Personne ne m'a fait de remarque. Puis l'autrice est passé aux dédicaces. J'ignore si c'est bien fait, ou une erreur, ou autre. Non pas que ça soit bien important. Je doute qu'à part moi, grand monde s'en souvienne, et j'irai pas faire perdre du temps à l'autrice pour lui demander.

Note

[1] J'aime pas donner des noms, mais franchement, ici, ça va pas être dure de trouver de qui je parle.

mercredi 4 avril 2018

Ma plus grande fierté récente: je n'ai pas rit

Voici ma plus grande fiertée récente. Je me suis retenu de rire. Et ceux qui connaissent mon rire savent que ce n'est pas rien.

Récemment, j'ai été à un enterrement religieux, avec prêche par un rabbin. Je ne suis moi-même pas croyant, ni très intéressé par les cérémonies. Mais ça faisait plaisir à une personne vivante que je sois là, et j'étais prêt à faire un effort pour faire plaisir à cette personne en deuil.

Pour une raison que je n'explique pas exactement, j'ai un peu d'affection pour les officiants qui font un effort pour parler aux gens ne partageant pas sa religion. J'ai déjà eu l'occasion d'en voir un aux mariage d'un couple d'ami. Je crois que j'apprécie quelqu'un qui a un pouvoir et ne l'exploite pas. Il a été chargé par les organisateurs d'animer une partie de la cérémonie. La cérémonie est importante aux yeux des organisateurs. Je n'ai rien contre les cérémonies. L'officiant pourrait en profiter pour tenter de convertir/culpabiliser les non-croyants présent dans l'assistance captives, qui sont justement rarement là. Où alors décidé de les ignorer, puisque ni lui, ni ses confrères n'ont grand chose à gagner ou a perdre de nous avoir plu ou non.

Il se trouve que le rabbin a beaucoup chanté - il chantait admirablement bien d'ailleurs - en hébreu. Puis, en français, il a commencé une phrase par «il y a une vérité avec laquelle nous serons tous d'accord, quelque soit nos croyances». Le «quelque soit nos croyances» m'a un peu rassuré, je n'aurai pas à subir je ne sais combien de dizaines de minutes de trucs sans rien comprendre, ni même pouvoir signaler quand je ne comprend pas[1] comme j'aurai pu faire dans un cours ou une conférence. Puis il a continué sa phrase avec «une fois que la lumière de l'âme s'est allumée, elle brillera pour toujours au pied de Dieu.» Et là j'ai eu envie d'éclater de rire. Je trouve la blague hilarante - à part que ce n'est probablement pas une blague. La tension est forte en ce lieu, ce qui exacerbe les émotions. La prémisse est crédible: faire un discours pour tous. La chute n'en est que plus génial, sortir une des phrases les plus clichés possible sur la religion. Le tout dans un contexte totalement sérieux où il n'était absolument pas attendu qu'il y ait d'humour.

J'ai failli éclater de rire. Je ne l'ai pas fait. Je suis fier de moi.

Note

[1] En fait, je suppose que j'aurai pu répondre. Un invité a signalé au rabbin qu'il ne faisait pas la prière de la bonne façon.

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