mercredi 10 octobre 2018

Pourquoi certains insistent sur une méthode d'inclusion quand d'autre dit que ça les exclut

Il y a un processus de discussion/argumentation que je ne comprend pas, et je compte illustrer ce processus avec un exemple vaguement lié à la notion de genre/transidentité. Et même si je n'ai pas d'autre exemples en tête, je suis persuadé que le questionnement pourrait se généraliser

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mardi 20 juin 2017

Les coming-outs que l'on me fait

Beaucoup de gens m'ont fait des coming-out (CO), confidentiels, à ne pas répéter. Ce qui est flatteur, parce que c'est un signe de confiance. J'ai quand même une interrogation.

  • Il est assez cohérente que des gens m'aient dit se questionner sur polyamour, ou sur le couple libre, ou encore vouloir découvrir le shibari. Pour un-e habitué de ce blog, il n'est pas un secret que je m'intéresse et pratique cela.
  • Des gens m'ont aussi dit se questionner sur leurs genres - alors que je suis cis. Ou encore sur la manière d'agir avec un-e proche qui se questionne sur leur genre. Des femmes m'ont aussi fait des CO en tant que lesbiennes ou bis - en me demandant des conseils sur le fait de draguer des filles - alors qu'à l'époque je me disais gay ! Je peux vaguement comprendre, parce que je parle régulièrement des sujets LGBT, et semble m'y connaître un peu. De fait, j'ai pu les rediriger vers des gens plus à même de répondre à leurs questions. Mais c'est assez surprenant pour moi, parce que ça semble indiquer que ces gens, faisant leurs CO, n'avaient personne de concerné autour d'eux. À cause de mon entourage, rempli de gens concernés par ces questions, j'ai l'impression que des LGBT, il y en a partout. Et, dans tous les cas, comment un gay est sensé savoir comment une femme doit s'y prendre pour draguer une femme ?

Par contre, aucun homme ne m'a jamais fait de CO confidentiels homo ou bi. Il y a des mecs que je sais être homo, bi ou pan, mais ce n'est pas confidentiel, je le sais parce que c'est connu de tout le monde. Par exemple parce que tout le monde sait qui sont leurs conjoints ou leurs exs. Mais des gens qui doutent, qui se questionnent, qui veulent en discuter, ça n'est jamais arrivé.

  • Peut-être est-ce de la timidité, car ils auraient peur que je prenne ça pour de la drague.
  • Peut-être qu'ils ont peur que je les drague. Peur pas totalement injustifié par ailleurs, je me met assez facilement à draguer. Cependant, je trouverai que c'est de très mauvais goût dans ce cas là. Parce que ça serait profiter d'un moment de doute, d’interrogation, bref, de la confiance d'un autre. Après tout, s'il vient pour de l'aide, théoriquement, il est beaucoup plus sensible au suggestion qu'on peut lui faire.
  • Peut-être que plus aucun homme n'a besoin de discuter pour l'aider à avoir des réponses concernant son orientation sexuel/romantique. Ou alors tout simplement qu'ils ne savent pas se confier.

samedi 10 juin 2017

Comment vous réussissez à affirmer: «Ne faites pas ça»

Comment vous faites pour avoir des certitudes sur la façon correcte d'(inter)agir avec d'autres humains ? Qui plus est sur la façon dont les autres humains doivent interagir entre eux ?

En vrai, je ne sais pas qui me lit, qui a des certitudes. Mais je sais que plusieurs potes me lisent, et plusieurs potes ont des idées très tranchées sur ce qui est correct ou non. Un peu comme les manuels de savoir-vivre, mais adapté à une époque qui prônent la liberté et l'égalité. De ce que j'en comprend, l'étiquette, telle que décrite dans le manuel de savoir-vivre, sert à envoyer le message «je suis de votre monde». Une sorte de code, pas secret, mais qu'il faut avoir pratiqué et travaillé, afin de montrer qu'on est prêt à s'intégrer dans un monde dont on ne remet pas en cause les règles. Cette étiquette a un sens - je ne l'apprécie pas, mais le comprend. On dit «il faut faire ceci», et la règle se justifie elle-même.

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jeudi 8 juin 2017

Question sur le boycott pour des sujets polémiques

Une question que je me pose, à laquelle twitter ne m'a pas apporté de réponse.

Je ne m'y connais pas beaucoup en économie, mais il me semble qu'il est bénéfique pour les entreprises que les marchés soient séparés. Parce que cela donne, certes, un marché plus petit, mais sur lequel il y a moins de concurrence. Et donc la possibilité de vendre plus cher le même produit.

Dans ce cas, quel est l'intérêt du boycott quand deux idées s'opposent ? Boycotter une marque qui contribue à la déforestation, à la mort d'espèces protégée, qui abuse trop de ses employés, qui fait met son argent dans des paradis fiscaux, je comprend. Je ne connais personne qui est pour tout ça. Par contre, disons qu'une marque de gâteaux supporte la manif pour tous, et un autre supporte des associations LGBT. Et que chaque personne ayant des convictions politiques choisisse de boycotter les gâteaux politiquement opposés[1]. Alors, le marché sera divisé en deux, et au final, les deux boites y gagnent.

Donc, quel est l'intérêt on aurait à boycotter ces vendeurs de gateaux ? Il me semble que le seul truc auquel ça pousse les marques, c'est à se politiser, à se rependre pour couvrir tout le spectre politique. Ce qui n'avantage ni les droits LGBT, ni LMPT. Sauf à supposer que les entreprises ayant donnés aux assoces LGBT aient vraiment une politique d'inclusivité envers les personnes LGBT - ce qui serait cool, mais est un autre sujet.

Note

[1] Ce groupe nominal est très bizarre.

jeudi 23 mars 2017

Les définitions (ne) sont (pas) importantes

Le point qui m'est le plus contre-intuitif le plus régulièrement dans les textes sur les questions de société, c'est les questions relatives aux mots et à leurs définitions. Et j'arrive à être surpris par les gens qui n'ont pas de définition unique et par les gens qui ont une définition absolue et indiscutable.

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samedi 4 février 2017

De la comparaison de groupe d'humains

Je crois que je vais de méta en méta. D'abord je parle de trucs qui ne m'intéressent pas. Maintenant je vais parler de la manière de parler de ces trucs qui ne m'intéressent pas. Plus spécifiquement, de l'usage correcte des comparaisons dans une argumentation. Pas correcte au sens où la comparaison compare des trucs comparable. Correcte dans le sens que la comparaison ne fasse pas de dégâts. Qu'elle amène le débat dans le sens voulu par celui qui l'utilise. Ce n'est pas une réflexion finie, je serai donc particulièrement avide d'avis en commentaire, venant de gens ayant réfléchi à ces question; la comparaison a l'air très dangereux comme outil, et que je ne le maîtrise pas vraiment. Mes exemples ici vont être des comparaison de discrimination. Et comme je ne suis pas concerné par beaucoup de discrimination, je prendre des groupes auxquels je n'appartiens pas en exemple, j'espère néanmoins le faire de manière correcte et ne rien mettre de vexant pour les groupes mentionnés. Sinon, au minimum, j'aurai montré par l'exemple pourquoi l'outil est dangereux.

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vendredi 27 janvier 2017

Fais pas ci, mais pas pour moi

Je me suis longtemps demandé pourquoi est-ce que je ne vois grosso modo jamais de représentation où une figure d'autorité dit «ne fait pas X. Mais ce n'est ni pour moi, ni pour toi que je le demande. C'est à cause de cette maudite société !»

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jeudi 29 décembre 2016

Ne pas critiquer ceux qui agissent.

Vous pourriez pensez que le billet qui suit a été causé par un événement précis. Ce n'est pas le cas. J'ai même voulu éviter de donner cette impression en laissant passer du temps entre un événement auquel ce billet s'applique et la publication de ce billet. Malheureusement, j'ai l'impression qu'il ne se passe jamais deux semaines sans que ce billet résonne avec une petite actualité. Et à un moment, il faut bien qu'il sorte.

Un autre[1] principe que j'ai depuis un moment, c'est de ne pas reprocher aux gens leurs manières d'agir pour une cause. Soit je suis en désaccord avec le but, et dans ce cas c'est pas la méthode choisit qui me semble pertinente à critiquer. Soit je suis en accord avec le but, mais dans ce cas, je préfère un petit progrès vers celui-ci que pas de progrès du tout. Bien sûr, si on agit ensemble, on peut discuter, débattre, de ce qui est le plus pertinent. Mais dans ce billet, je veux parler d'actions concrètes auxquels je ne participe pas.

Note

[1] Autre, parce que je parlais déjà d'un principe dans «Pourquoi avoir comme principe d'écouter les concernés»et «Vie privée des autres».

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vendredi 23 décembre 2016

Trois étapes de la déconstruction

«Être déconstruit» est un drôle de terme. Je ne suis pas sûr de l'apprécier. Mais je ne lui connaît pas de meilleur équivalent. «Être déconstruit» veut dire, si je comprend bien, chercher à se renseigner, à écouter les gens qui s'y connaissent sur un sujet (au lieu des experts qui parlent de ce sujet à la 3ème personne), et adapter son comportement de façon à moins exclure des gens. J'entends souvent «déconstruit» sans préciser à quel sujet. Et j'ai l'impression que ça sous-entend que la personne qui l'entend connaît un ou des sujets importants, et qu'il est clair et sous-entendu qu'on sera déconstruit sur ce sujet précis. Ainsi, les gens que je fréquente l'emploieront pour parler de sexisme, de genre, d'orientation sexuelle. Mais je n'ai vraiment pas l'impression que les questions de handicap physique, de situation économique, d'éducation ou de handicap physique étaient vraiment prises en comptes quand quelqu'un était dit être «déconstruit».

J'ai l'impression - basé sur rien d'autre que mon expérience personnelle - que la déconstruction passe par 3 étapes. Je me demande s'il y en a plus, et comment les découvrir. Je prend l'exemple du veganisme pour commencer, je tenterai de monter que ça marche pour d'autres sujets en conclusion.

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samedi 3 décembre 2016

Vie privée des autres

Un principe de base, sur internet comme AFK[1], c'est de ne pas poster d'informations sur les autres sans leurs consentements. Enfin, c'est la théorie, parce qu'il y a pleins d'exceptions. Le plus évident c'est quand ça relève de choses interdites et que vous voulez faire cesser, et qu'il n'y a pas de moyens plus respectueux de tout le monde que de partager l'information. Quand je me suis fait voler mon portefeuille, je n'aurai pas attendu la permission pour crier au voleurs[2]. Dans un cadre plus sympathique, je pense aussi aux compliments relatif à une action publique de la personne. Je ne vais pas demander la permission à Selkio et Ryku pour dire que leurs sagas mp3 sont géniales.

Notes

[1] Away From Keyboard, bref, en dehors d'internet.

[2] Mais les portes du métro ont ceci de sympathique qu'elles se referment et sont opaques. Donc même en sentant la main dans ma poche, impossible de voir qui me vole.

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lundi 21 novembre 2016

Vous pouvez probablement agir

Une de mes plus grandes fiertés en tant qu'intervenant, sans compter les interventions elle-même, c'est quand quelqu'un me dit que je l'ai poussé à agir. C'est arrivé plusieurs fois, dans mon association ou ailleurs. En particulier grâce au témoignage sur les IMS en audio, mais aussi parce que j'en parle régulièrement sur twitter. De plus, des gens me contactent plus régulièrement. Souvent des gens loin de Paris, donc j'ignore s'ielles se sont lancés. C'est une des raisons pour laquelle, depuis des années, je continue de communiquer autour des interventions en milieu scolaire et pour adultes.

Et si ce billet réussit aussi à convaincre quelqu'un d'agir, j'en serai ravi[1]. Je présente donc trois moyens d'agir.

Note

[1] Un ravissement mitigé si j'apprends que la personne s'engage dans une association NBphobe par exemple.

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mardi 25 octobre 2016

Mots de passes des conversations

Il y a un truc qui me parait surprenant. Qui est certainement évident pour beaucoup de gens comprenant comment les relations humaines fonctionnent. J'ai l'impression, depuis quelques temps, d'avoir découverts des mots de passes qui débloquent automatiquement des conversations que je n'avais jamais auparavant.

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samedi 15 octobre 2016

Pourquoi avoir comme principe d'écouter les concernés

Ce billet était un morceau d'un autre billet, que j'espère sortir avant mardi 18 octobre. Mais ce passage est devenu tellement gros que j'ai préféré en faire un billet à part. Et ça m'ennuie parce que j'ai l'impression de ne dire que des choses totalement basiques[1] et que ce billet sera peu intéressant.

Note

[1] Basiques mais qui ont pris du temps à écrire/trouver, ce n'est pas contradictoire. Après tout, j'aurai du mal à parler d'énormément de notions de L1 de philosophie. Je pourrai peut-être faire un billet sur certaines. Aussi difficile que ce soit à faire, il n'empêcherait pas que le sujet soit basique.

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samedi 9 juillet 2016

Ce que je n'écris ni ne partage

Il y a un mot-croisillon qui a beaucoup de succès en ce moment[1] [2]: #onVautMieuxQueÇa, Je suis bavard et pourtant je n'ai rien dit à ce sujet, ni ici, ni sur le site qui demande des témoignages. J'ai quelques petites contrariétés, comme le fait de devoir utiliser une partie des vacances d'été[3] pour préparer un cours[4] pour le 12 septembre. Mais franchement, rien de comparable à ce que je peux lire sur ce site. En fait, à part le fait que d'je ne sais jamais ce que je ferais en septembre avec plus de 3 mois d'avances, je trouve que j'ai un boulot vraiment génial !

Alors, certes, je ne parle pas de #onVautMieuxQueÇa. Mais ici, je parle parfois un peu d'activisme, des textes légèrement engagés sur des sujets très précis. En général, en rapport avec mes activités, ou avec ce que j'entend dans les milieux que je fréquente. Mais je n'aborde jamais la jungle de Calais, la loi travail, les attentats dans des pays qui ne font pas la une des journaux... Sur le blog, c'est pas vraiment surprenant, après tout, je n'ai rien à dire à ces sujets. Pas de réflexion personnelle. Je pourrai tout au plus répéter ce que je lis et m'indigner.

Mais sur les réseaux sociaux, je n'en parle pas non plus. Et non seulement je n'en parle pas, mais je ne partage rien, je retweet extrêmement rarement des choses non-drôles. Tout au plus je like sur facebook (sur twitter, mon like signifie juste que je veux garder le tweet avec un lien pour le lire plus tard). Parfois, je m'en sens un peu coupable, parce que si j'apprend tant de trucs en lisant ce que des amis[5] partagent, peut-être que mes amis seraient intéressé par des trucs que je trouvent intéressants.

Pour prendre juste un exemple, narrant des anecdotes d'intervention en milieu scolaire sur twitter, j'abordai la question des gay camp, ces colonies de vacances ou les parents mettent leurs enfants gays pour les faire redevenir hétéro. Numa Chassot, quelqu'un que je connais du monde de la saga mp3, et pour autant que je sache pas spécialement dans le milieu activiste LGBT, s'était étonné dans un tweet: «Wow. Y a pas beaucoup de gens qu'en parlent, c'est dommage. C'est pas normal que ça existe.» Donc j'ai probablement bien fait de partager un lien à ce sujet. Et je suppose que, cette remarque, marcherait pour tout un tas d'horreur que je lis, mais qui ne font pas la une des médias traditionnels. S'il n'existait qu'une dizaine d'horreur au monde, on pourrait déplorer que la 10ème soit ignorée. Mais vu le nombre d'injustices, il n'est juste pas possible de tout connaître. Et, pourvu qu'on ait envie d'agir, il est impossible d'agir pour toutes les causes.


Je ne sais pas pourquoi je ne partage jamais ces articles, ces témoignages, que je trouve captivant, et que j'aimerai que plus de monde connaisse afin que, le poid de la foule aidant, ces choses ne soient plus admise. Donc, je vais lister quelques raisons pour lesquelles je ne le fais pas. Sans savoir s'il y a une véritable raison dedans.

D'abord, il y a le fait que j'ai des doutes. J'ai toujours peur de partager un hoax. Je ne fais pas spécialement confiance aux journaux, ne serait-ce qu'à cause du nombre d'erreur que j'ai vu dans les rares articles où j'étais compétents. Et j'ai besoin d'une grande certitude, d'être vraiment totalement convaincu, avant de songer aller partager quelque chose. En particulier, quand il s'agit de témoignage d'une personne que je ne connais pas, car alors ma confiance repose sur la bonne foi d'un inconnu. Et même s'il y a plein d'inconnus de bonne foi, je soupçonne qu'il y a des tartufes. Il est bien trop simple de créer une histoire pour que personne ne s'en serve pour avancer leur agenda.

Et puis, j'ai un défaut, qui est horrible pour un prof. J'ai tendance à supposer que ce que je connais, tout le monde est déjà au courant depuis longtemps [6]. Après tout, les trucs important, je les vois passer et repasser, alors il n'y a pas de raison que la majorité des autres n'en aient jamais entendu parler.

Je crois que j'ai aussi peur des désaccord. Beaucoup des sujets que je pourrai partager sont polémiques. Et j'aurai énormément de mal à partager un article si je ne suis pas capable de le défendre contre des attaques construites. Pour prendre un premier exemple, j'ai récemment écrit un article sur la non-mixité, où je disais pourquoi ça m'avait semblé choquant, et pourquoi ça ne me le semblait plus. Mon propre article, j'ai eu du mal à le défendre, puisque la plupart des commentaires que j'ai reçu (sur facebook), n'abordaient pas l'article elle-même, mais la notion de non-mixité. Et pourtant, dans l'article, je ne prétend pas que la non-mixité soit une méthode efficace ou indispensable. Juste que ça me choquait moins qu'avant. Pour un autre exemple, un ami facebook partage régulièrement des articles du strass, le syndicat du travail sexuel. C'est typiquement un sujet à polémique. Et si, à priori, les opinions du strass me semblent en général assez argumenté pour me convaincre, et me dire qu'il y a des situations tellement choquantes qu'il est bon de les faire connaître. Je n'ai cependant pas cherché à me renseigner suffisamment sur les gens qui attaquent les idées du strass pour être certains de n'avoir pas laissé passer des failles importantes auxquels je ne pensais pas.

Un dernier point. J'aurai peur que, par ma faute, ces articles tristes tombent sous les yeux de gens pas prêt à lire ça. De rajouter une couche négative à quelqu'un qui ne va déjà pas bien. Dans l'absolu, je préfère que quelqu'un aille se renseigner par lui-même quand il est prêt à découvrir comment est une partie du monde; sauf que ce n'est pas possible de se renseigner partout. Ainsi, typiquement, moi-même, je sais que je n'avance dans le podcast cases rebelle que si je suis suffisamment en forme pour pouvoir encaisser les nouvelles horreurs que je vais forcément entendre.

Notes

[1] Ce qui vous donne une idée de combien de temps ce billet a été dans mes brouillons

[2] Je crois que j'insiste sur mes brouillons dans ces derniers billets, pour réaffirmer à un ami qu'il a tort quand il me dit que je ne me relis pas

[3] J'ai pas passé 3 jours sans écrire d'article/thèse depuis l'été 2014, autant dire que j'avais hâte d'avoir ses vacances

[4] le premier cours que je donne, la 1ère fois que je ne suis plus cantonné aux TD/TP

[5] au sens facebook, je ne le repréciserait pas ici. Et on peut dire que ce mot englobe les followers twitter.

[6] à part pour mes créations, que je suppose que personne ne connaît.

jeudi 30 juin 2016

Être quelqu'un de bien malgré les contradiction du milieu

Pour une raison que j'ignore, ces derniers temps, quand me vient une idée de billet, un sujet sur lequel j'ai envie de partager un avis que je ne vois pas souvent écrit[1], je tombe peu après[2] sur un article pour l'illustrer. Ici, ça viendra d'un article partagé récemment par un proche - auquel j'ai pas compris grand chose j'avoue, mais qui contient le passage suivant:
«Une personne d’un groupe opprimé auquel on n’appartient pas subit une agression liée à sa classe sous nos yeux. Deux possibilités se présentent : on peut réagir, au risque d’être accusé-e de paternalisme ou, ayant pris en compte ce risque, on peut ne pas réagir et être taxé-e de …iste ou …phobe. Alors que faire ??? Si vous avez une solution qui vous permet de garder la cote dans le milieu, je vous tire mon chapeau.»

Je n'ai pas de solution. Et je m'en fiche. Oui, quand j'essaye de faire les trucs bien (tm), il y a des fois où aucune solution ne sera homologuée «bien», par ceux qui se permettent d'homologuer, et c'est pas grave. Et ce n'est même pas parce que «Pour se sortir de toute situation délicate, on invoquera sans coup férir le droit d’avoir des contradictions et de les assumer ! C’est d’une simplicité enfantine, il fallait y penser[3] !» Dernière précision, au cas où. JE m'en fiche. Je ne dis pas qu'il faut s'en ficher, ou même que j'ai raison de m'en ficher. Je dis juste que je m'en fiche. Et puis je dis aussi pourquoi je m'en fiche, mais ça c'est en conclusion du billet.


D'abord, il faut que j'entende par ce que je dis «bien». J'ai mis des guillemet, des «tm», parlé d'homologation, je dois l'expliquer. Plus jeune et longtemps, je ne m'étais pas vraiment posé de question sur ce qui était «bien», et à priori, différencier ce qui est bien de ce quî est mal semble assez évident. Par exemple, imposer la non-mixité selon des genres, par exemple, me semblait clairement mauvais - à part pour des raisons d'intimité ou de sport. Maintenant, j'aurai tendance à penser que ce n'est plus «mal», mais sans avoir de certitude à ce sujet.

Mais, parler d'homologation du «bien», aussi étrange que soit la formulation, n'est pas une moquerie de ma part. Cela cache une idée sérieuse. Étant donné que je n'ai ni le temps, ni l'envie de me renseigner à fond sur chaque sujet, je ne le fais pas. Alors à la place, j'accord ma confiance à quelques personnes et quelques sites. Confiance que je peux reprendre si je suis convaincu que ces sources se mettent à dire de véritable grosses bêtises. Mais que je ne reprend pas forcément si j'ai l'impression que parfois, je ne suis pas d'accord avec eux, mais qu'ils sont tous d'accord sur des trucs qui m'échappent. Je pourrai bien sûr imaginer que c'est moi qui ait raison, et qu'ils soient d'accord entre eux uniquement par un effet de conformité de groupe. J'y crois peu vu le temps que ces gens passent à débattre sur des points de détails qui parfois me paraissent peu signifiants. Et comme justement je ne connais pas le détail de ces débats, de ces luttes, des conséquences contre intuitives qu'il peut y avoirs, je ne pars pas du principe que je ne suis pas[4] plus intelligents qu'eux et accepte de suivre leurs jugement.

C'est exactement la même démarche que celle qui fait que j'accepte la physique quantique, alors que je n'ai en réalité aucune idée de comment il a été démontré que ce n'est pas n'importe quoi. Ça semble globalement accepté par la communauté scientifique, et même si ça me parait étrange[5], je l'accepte parce que je fais confiance à certains en qui j'ai choisi de croire, à défaut de me plonger dans les vrais explications et expériences.


Simplement, parfois, les gens en qui j'accorde ma confiance ne sont pas d'accord entre eux. Et si j'écoute les conseils de l'un, je déplairai à l'autre, car les demandes sont fondamentalement incompatible. Je vous donne deux exemples, le premier me concerne un peu, le second plus général[6].

Il m'a été plusieurs fois reproché, en commentaire sur mon témoignage d'IMS, ou même par des élèves, qu'on ne parle pas assez de transidentité. Et il y aussi des gens qui disent que les cis ne devraient pas débattre[7](entre nous, ou avec eux) des questions trans. Puisque la plupart des intervenants sont cis[8], on prend la place des personnes concernées. Il est d'autant plus grave que nous parlions à la place de personne concernées que, statistiquement, il arrive qu'on parle à des élèves non-cis. Or là, on arrive avec notre position d'autorité, et on leur parle de ce qu'ils sont. Pour résoudre ces deux contraintes, il y a une solution évidente: intervenir systématiquement avec des non-cis. C'est «évident» dans la théorie, car dans la pratique, il y a peu de non-cis qui sont prêt à intervenir avec nous[9]. Donc soit, nous, les cis, on se tait, et on pourra encore plus nous reprocher de laisser un pan de LGBT sous silence. Soit on parle de ces sujets, et on peut nous dire qu'on parlent à la place des personnes concernées. [10].

Maintenant un second exemple, avec une problématique plus général, «féministe» vs «pro-féministe»[11]:
Certain-e-s féministes expliquent - en résumé - qu'un homme «pro-féministe», est quelqu'un qui refuse de s'engager en se disant «féministe», et qui veut simplement se donner une bonne apparence en disant qu'il soutient, sans s'engager lui même. En général, il semblerait qu'une part importantes de ces personnes sont accusées d'être là surtout pour draguer les femmes féministes[12] et endormir les soupçons. Ou alors, si ce n'est pour draguer, c'est pour se faire connaitre, et, aidé par les privilèges d'hommes, se retrouver en avant dans ces associations, se faire du réseau, avec tout ce que cela peut apporter comme conséquence positive personnelle.

D'autres féministes expliquent qu'une personne «féministe» n'est pas uniquement quelqu'un qui a des bonnes intentions, c'est surtout quelqu'un qui mène des actions effective pour faire avancer la société dans le sens voulu par le mouvement. Et par ailleurs, les actions doivent êtres menées par les principales concernées, ici les femmes/non-hommes, et que pour ne pas voler la parole, un homme ne peut pas être féministe au sens fort du terme. À la place, il nous est proposé le terme «pro-féministe», pour dire «je vous soutiens, je suis avec vous, mais je reconnais que ce combat est le votre et je vous laisse la place».


Dans ces deux exemples, je sais que quoi que je fasses, il y aura des gens pour me reprocher. Ou en tout cas, que je lirai que ce que choisi n'est pas bien. Et souvent, ces gens auront des arguments raisonnable avec lesquels je suis globalement d'accord, pour m'expliquer que je me goure[13]. Et comme je dis dans l'intro de ce billet: je m'en fiche.
Oui, on me fait des reproches quoi que je fasse... et c'est tout. Je m'en fiche, car en vrai, ça n'a aucune conséquence. Ni sur moi, ni sur les autres d'ailleurs. Je prétend que ces actions sont faites dans un but, par exemple, celui de tenter de contribuer à baisser le tôt de mal-être, voir même de suicide, chez les (jeunes) LGBT+. Je prétend que ces actions ne sont pas faites juste pour avoir l'air «bien». D'autant plus que, concernant ces questions de ce qui est «bien» et «mal», je suis finalement mon seul juge[14], personne ne me donne de cookies ou de médailles, et personne ne peut donc me les retirer. Je pourrai me faire virer de mes associations, mais faudrait que je fasse de vrais grosses bêtises; ou alors que par miracle on se retrouve avec trop de bénévole pour le travail qu'on a a effectuer, et ça, je ne crois pas que ça soit possible.

Et enfin, quand bien même je considérerai que me faire reprendre et critiquer serait une conséquence négative en soit, quand bien même je serai dans une situation inextricable ou, quelque soit l'issue choisie, je suis critiquée... Et bien du haut de mes privilèges, je pourrai toujours dire que ça me donne un infinitésimal exemple de ceux que subissent les gens qui, pour cause de tel ou tel stigmate, se prennent à longueur de temps des exigences contradictoires, qui parfois leurs pourrissent sérieusement et considérablement la vie. Tout en gardant le privilège immense que je peux quitter cette situation à tout moment, puisque je suis le seul à m'imposer de tenter d'être quelqu'un de bien(tm).

Notes

[1] et j'envisage le fait que ça s'explique par le fait que cet avis soit simplement idiot

[2] sûrement parce qu'avant la soutenance de la thèse, les articles pouvaient rester plusieurs mois dans mon dossier brouillon

[3] toujours la même source.

[4] Avant relecture, j'avais oublié la négation. Concluez-en ce que vous voulez.

[5] It's human intuitions that are "strange" or "weird"; physics itself is perfectly normal.

[6] J'aurai bien eu un troisième exemple avec «les non-binaires» vs «Les gens qui considère qu'il faut supprimer le genre et donc détestent les non-binaires qui en rajoutent», mais ce débat serait beaucoup trop complexe pour être résumé dans ce billet. Outre le fait que j'ai un parti pris évident envers les non-binaires.

[7] ici le «débat» consiste principalement à leur expliquer qu'un homme trans, il faut lui dire monsieur. C'est loin des exemples donné par Melunaka dans son tweet. Mais c'est déjà un débat compliqué avec les classes.

[8] C'est moins vrai récemment

[9] Il serait intéressant de savoir pourquoi, mais ce n'est pas le sujet de ce billet

[10] C'est ce deuxième choix qu'on fait, parler à la place des personnes concernées, puisqu'on rapporte les témoignages de trans et qu'on répéte des informations qu'une associations trans nous ont communiqué et ont jugé intéressant qu'on passe aux élèves. Et donc parfois, sans le savoir,, on parle aux élèves de ceux qu'ils sont. Et on leur en parler parfois avant que eux-même sachent explicitement ce qu'ils sont. Avant qu'ils n'aient trouvé les mots à mettre dessus et avant qu'ils ne sachent que d'autres personnes partagent ce vécu.

[11] Moi j'ai choisi mon camp, je suis aucun des deux

[12] Si se dire «pro-féministe» servait uniquement à draguer, il me reste à comprendre pourquoi cette personne tiendrait à draguer des féministes, mais je suis trop loin de ces milieu là pour pouvoir saisir toutes les implications.

[13] et je me dirais «oui, tu as raison, mais», et je me trouve une excuse après le mais pour dire que ce que je fais est bien. Par exemple, je ne débat pas des questions trans. Ou plutôt, je n'en débat pas avec des trans. Je n'en débat pas pour décider pour les trans. Je n'en débat pas pour informer un public large (médias, conférence, chaîne youtube (et encore, là, je vais dire un «MAIS», j'ai parlé de ce sujet à la première nuit originale, mais pour ma défense, c'était pas prévu, et j'avais peur que personne de concerné ne soit présent et donne l'information qui me semblait indispensable d'être donnée)). Mais je ne refuse pas d'en débattre avec d'autres cis quand ma partie du débat consiste à donner des informations qui viennent elles-même d'associations trans, et qu'en plus ces information ne outent personne.

[14] Et de ce point de vue là, je suis envieux des croyants. J'ai l'impression que ça serait rassurant de se dire qu'il y a un vrai juge impartial à la fin.

lundi 9 mai 2016

Non-mixité

Si tu ne sais pas ce qu'est la non-mixité, ou si tu ne comprend pas pourquoi c'est nécessaire, va lire la non mixité pour les nuls et les autres avant de lire mon billet stp. Je ne connais pas la non-mixité en pratique, puisqu'en tant qu'homme blanc valide et cis, il y a peu d'endroit officiellement non-mixité qui me concernent. Il serait donc absurde que je tente de faire une introduction à ce concept, et je partirai du principe que tu as une idée de ce que quels sont ces avantages[1].

J'ai vu passer, sur twitter, facebook, beaucoup de gens se moquant de certains «fachos» qui disent du mal de la non-mixité. Qui disent que la non-mixité est illégitime, raciste/sexiste, illégale[2]. J'ai vu retweeter[3], un phrase du style : C'est totalement inconcevable pour les blancs de ne pas être partout ? Alors, j'ai envie de répondre: oui et non. Oui, ça a été inconcevable pour moi. Non, ça ne l'est plus. Mais j'ai envie d'expliquer pourquoi ça l'a été - sans me faire l'avocat du diable, juste en expliquant quel était le raisonnement que je faisais à l'époque. Et aussi un peu de dire pourquoi ce n'est plus inconcevable, ce qui a changé.

C'est un exercice dangereux, car, bien sûr, je risque de dire des bêtises sans m'en rendre compte. Et je ne peux prétendre représenter «les blancs», juste représenté mon moi passé. Il est aussi possible que je ne dise que des évidences pour tout le monde et que je réponde à une question purement rhétorique. Mais je suppose qu'il était possible que, pour certains, les réunions non-mixtes soient une telle évidence qu'ils ne comprennent sincèrement pas pourquoi des gens pourraient s'en offusquer. Et si ces gens sont un peu comme moi, et apprécient de lire un point de vue opposé au leur quand il est expliqué, alors je pense que ce billet peut être intéressant.


Dans la théorie - un lieu merveilleux, la théorie, en théorie tout fonctionne bien - tout le monde peut aller partout. Enfin, aller partout dans les pays auxquels on a accès, et si on a l'argent se payer le voyage ou l'entrée du lieu qui nous intéresse. Mais si je ne peux pas m'installer en Russie ou au Canada sans demander certaines autorisations aux consulats, ce n'est ni une question de genre ni de race, juste une question de symétrie, la même qui fait qu'un russe ou un canadien ne peut pas s'installer en France sans les autorisations requise par notre pays.

Bon, il y a d'autres exceptions, je ne pouvais pas aller dans un autre collège que celui où la carte scolaire me mettait, mais c'était pareil pour les gens dépendant d'autres collèges, qui ne pouvaient pas venir dans le mien. C'était symétrique, et c'était une nécessité liée à un souci pratique de gérer je ne sais les 10 millions d'élèves de France. De même, je ne peux pas entrer dans les vestiaires des femmes, mais elles ne peuvent pas non plus entrer dans notre vestiaires. C'était encore symétrique et c'était aussi rendu indispensable par le besoin d'intimité[4]. Bref, l'important, c'est la symétrie.

Cette symétrie, c'est ce sur quoi la loi insiste de par la formulation des textes concernant les discriminations. Il n'est pas dit qu'il est interdit de discriminer envers les homos[5], il est juste dit, envers l'orientation sexuelle, réelle ou supposée. Il n'est pas dit qu'il est interdit de discriminer les femmes, mais en fonctions du sexe. Si un jour la discrimination se renversait et que les hommes ou les hétéros étaient les plus discriminés, ces groupes seraient aussi protégés par la loi. Et s'il y a des règles non symétrique, comme celles concernant le handicap, c'est qu'il y a de très fortes raisons intrinsèque qui laissent penser que cette discrimination ne peut pas se renverser.


J'ai un souvenir très précis qu'on m'ait expliqué qu'il était important de respecter les lois car ce sont les règles du jeu. Sinon, c'est comme si on essayait de changer les règles du jeu en cours de route, c'est pas juste pour les joueurs qui ne trichent pas. Ça fait longtemps que je réalise que l'héritage/l'argent familial est injuste[6], mais ces problèmes étaient indépendants de la couleur de peau ou du genre. S'il y a des restaurants dont le prix fait que seul des gens très riches peuvent se permettre d'y manger, il serait inconcevable qu'ils refusent de donner une table à quelqu'un à cause de sa couleur de peau ou de son genre, pourvu qu'il soit assez riche pour se payer le repas.

Mais justement, la symétrie que je réclamais plus haut n'est plus réclamée pour les questions de richesses. C'est tout le principe des impôts progressif et ISF qui font que les plus riches vont payer, non seulement plus en absolu, mais aussi en proportion. Le principe des bourses, des aides diverses, des cantines à taux variables, qui font qu'un coup de main sera donné aux moins riches - encore une fois, indépendamment des questions de genre ou de couleur de peau.

Dans cette logique là, déplorer que les chefs d'entreprise et les politiques soient majoritairement des hommes blancs me semblait aussi gênant que, par symétrie toujours, ceux qui dénonçait qu'il y aurait plus de voleurs chez les compléter avec la couleur de peau de votre choix. J'avais lu que la variable importante c'est qu'il y a plus de voleurs chez les pauvres, i.e. chez ceux qui ont besoin de voler pour (sur)vivre, que chez ceux qui ont déjà de l'argent. Et par symétrie, le problème concernant les patrons serait le fait qu'ils soient en majorité enfants de patrons.


Certes, je savais bien qu'il y avait quelques grands vilains racistes/sexistes, qui haïssaient et méprisaient les gens «différents», qui faisaient des cris de singe dans des stades de foot, qui battent leurs femmes. Mais, en quoi ça me concerne ? Moi même, je n'étais pas racistes. Qu'est-ce que je pourrai faire de plus ? À la limite, dire à quelqu'un que ce n'est pas correct d'utiliser une insulte raciste ou sexiste si jamais j'en ai le courage et que je l'entend dire devant moi.

À partir de ce moment là, où le monde est divisé entre raciste et non-raciste, j'aurais pu comprendre la non-mixité entre non-raciste. Ou entre non-sexiste. Mais rien ne permet de comprendre la nécessité de la non-mixité femme ou la non-mixité racisé. Ça n'aurait pas été inconcevable qu'il ait des réunions féministes[7] qui se retrouvaient sans homme, parce qu'aucun homme n'a eu l'envie d'y aller. Je ne pensais pas que les femmes soient moins objective, moins quoi que ce soit, et qu'elles aient besoin des hommes. Ce qui à l'époque m'aurait semblé inconcevable, c'est qu'il y ait interdiction à nous, hommes[8], d'y aller. De même qu'il m'était inadmissible de ne pas pouvoir me marier, même si je n'ai pas l'intention de le faire. Pour reprendre l'exemple des réunions de patrons, majoritairement homme blanc, ils sont peut-être non mixte de fait, mais si une femme racisée réussit aussi à devenir patron d'une grande boite, je n'imaginais pas de raison qu'elle ne puisse pas se joindre à ce groupe.


Ce dernier paragraphe est très manichéen, y a deux parties bien définis, en théorie. Et c'est lié une autre raison qui me faisait croire que la non-mixité était absurde. J'ai toujours connu les débats avec deux camps bien établi. Y a la gauche et la droite. Il y a les gens pour l'avortement et ceux contre l'avortement. On a fait des débats en Éducation Civique, Juridique et Sociale, et la classe se répartissait en deux camps. Je n'imaginais pas qu'il existe d'autres types de débats. Débattre entre gens d'accord, c'est refuser les idées des autres et se contenter d'entendre en boucle son opinion répété. Quelle est alors l'intérêt d'une discussion où tout le monde est d'accord ?


Ce billet a beaucoup utilisé le passé. Parce que je ne suis plus en accord avec les opinions que j'avais. Ce qui a changé depuis, c'est que j'ai la réponse à certaines questions que j'ai posé plus haut. Même si je suis sûr qu'il y a des tas d'autres arguments auxquels je n'ai pas pensé, mais le but de ce billet n'est pas de convaincre que la non-mixité c'est bien.

Qu'est-ce que je pourrai faire de plus ? Faire attention à ceux qui m'entourent, me dire que, statistiquement, si dans mon milieu professionnel, amical, associatif... il y a une grande proportion de gens similaires, ce n'est probablement pas un hasard. À titre personnel, accepter l'idée que le subconscient existe et qu'il peut être raciste/sexiste, car il a été dans une telle société, et que la bonne intention ne suffit pas à retirer tous les préjugés que la télé donne en montrant certaines personnes dans certains rôles.

Pour être un peu plus précis et reprendre la comparaison avec les jeux ci-dessus. Un jeu, c'est plus drôle de gagner quand on part à égalité. Or, des PNJ embêtent mes adversaires et pas moi. Je ne peux pas forcer les PNJ à m'embêter. Donc, si je veux un jeu équilibré, il faut une méthode pour contrebalancer l'action des PNJ. Forcément, ladite méthode aura un coût, et par équité, ça serait aux gens privilégiés de s'en acquitter.

En quoi ça me concerne ? Ça me concerne car il est probable que être blanc m'a aidé sur des tas de trucs sans que je m'en rende compte. Un exemple basique: je ne me prends pas d'insulte raciste. À la limite, j'ai eu UNE insulte xénophobe, quand j'étais au États-Unis et que des jeunes me reprochaient que Chirac ait posé son véto contre la guerre d'Irak. Mais rien que le fait que je sois capable d'avoir une anecdote sur cet événement marquant montre que ce n'est pas quelque chose qui m'arrive souvent.

De manière proche, si je porte la barbe[9], que je ne bois pas d'alcool, personne ne semble jamais avoir supposé que c'était pour des raisons religieuses. Donc ça me concerne car je n'ai pas à perdre de l'énergie à justifier mes choix.

Sinon, j'ai trouvé très rapidement une location à Paris, alors que j'ai entendu plusieurs propriétaires expliquer qu'ils refusent de louer à des gens de tel ou tel origine à cause de l'état où un locataire de cet origine a laissé l'appartement/parce qu'ils sont partis sans payer... Alors ça me concerne parce que le nombre de logement étant limité, j'ai augmenté la difficulté que les autres auront à avoir un logement.

Un exemple encore plus flagrant: je n'ai été contrôle qu'une fois par la police. Alors que je faisais un truc illégal[10], et je n'ai même pas eu d'amende. Et au vu des témoignages lus sur le contrôle au faciès, je doute qu'on ait tous une interaction aussi simple avec la police. Et donc en cas de problème je n'ai pas peur de porter plainte[11] ou de passer dire que j'ai perdu ma carte d'identité.

Quel est alors l'intérêt d'une discussion ou tout le monde est d'accord ? Tout n'est pas binaire. On peut être d'accord sur des grands principes, mais en désaccord sur des points qui ont l'air d'être des détails, mais qui sont néanmoins importants en pratique. Et puis, discuter entre gens ayant des bases communes permet d'aller plus loin, sans devoir ré-expliquer ces bases. Tout comme je fais mes conférences mathématiques pour des gens qui savent ce qu'est un raisonnement mathématique et pas pour les gens qui viennent dire «moi j'étais nul en math à l'école, ça sert à rien.»

Il y a bien sûr d'autres intérêts, mais ça reviendrait à expliquer les réunions non-mixte, ce que j'ai dit que je ne voulais pas faire, donc je ne vais pas m'amuser à répéter et déformer ce que j'ai lu ailleurs.


P.S. Je ne m'attende pas à ce que ce billet ait fait évoluer qui que ce soit sur la question de la non-mixité. Mais, j'avais lu sur un autre compte Twitter: Je n'écris pas pour faire changer les gens d'avis mais pour faire savoir à ceux qui pensent comme moi qu'ils ne sont pas seuls à le penser. Et cette phrase a été pour moi une Épiphanie, me faisant enfin comprendre pourquoi des articles féministes ne s'adressaient pas à un lectorat machistes.

Notes

[1] Pour le dire en langage militant, je vais tenter autant que possible d'éviter de prendre la parole des personnes concernées.

[2] Je suppose que ce dernier point reste défendable. Après tout, on peut arguer que la loi est mal faite et non pas que la non-mixité est injuste

[3] mais je n'ai pas noté le tweet à l'époque et je ne le retrouve pas

[4] qui perd du sens dans une monde non hétéro-centré, et qui est une horreur dès qu'on considère les non-binaires, voir les trans, mais à l'époque, je ne le voyais pas.

[5] La formulation «discriminer» est mauvaise. Après tout, selon la définition, en préférant un groupe de population, on discrimine ce groupe. Je ne sais pas comment dire «discriminer négativement» sans avoir une formulation lourde.

[6] Sans en tirer de conséquence pratique sur ma vie.

[7] Il semble que les comparaisons entre non-mixité racisée et la non-mixité femme pose problème. Néanmoins, je continuerai de la faire ici, car dans l'optique de ce billet, il n'y a pas de différence.

[8] Dire «nous» pour parler des hommes sera l'objet d'un prochain billet

[9] En vrai, j'ai perdu mon rasoir à Prague en octobre. J'ai jugé qu'il était trop cher de retourner le chercher, alors j'ai arrêté de me raser

[10] J'urinai contre un arbre dans la rue.

[11] Ce qui n'empêche pas de me prendre du victim-shaming et un refus d'enregistrer ma plainte - pour une infraction prescrite depuis, donc pas la peine de me dire qu'ils n'ont pas le droit de refuser.

samedi 15 août 2015

Ça ne m'intéresse pas

J'aimerai dissiper un malentendu que ce blog risque de donner.

Ce n'est pas parce que je parle de quelque chose ici que ça m'intéresse. Même si j'en parle souvent. Je vais dire la contraposé de cette phrase: je parle de choses qui ne m'intéressent pas. Et je fais pareil dans la vie de tous les jours.

Il y a des choses qui m'intéressent: le cirque, les cordes, faire des câlins, les mathématiques, la science-fiction, faire rire des gens, la saga mp3... et j'en parle autant que je peux. Ceci dit, je n'ai pas forcément grand chose à dire sur la moitié de ces sujets. Soit qu'il me semble que c'est évident, par exemple pour les câlins: on aime prendre quelqu'un dans ses bras, ou on aime pas, dans les deux cas, y a pas grand chose à dire de plus à ma connaissance. Soit je ne sais pas comment l'exprimer. C'est le cas des mathématiques, je n'ai pas d'idée de comment parler du côté passionnant de cet art.


Mais j'ai aussi énormément parlé de polyamour, d'homosexualité, de LGBTphobie, de genres... Alors, je vais être clair: ça ne m'intéresse vraiment pas. Le souci, c'est que même si ça m'intéresse pas, je m'y trouve confronté. Dans Le mot et l'ami, je parlais d'un vrai problème qui s'est posé à moi. Un problème lié à un sujet que je ne trouve pas intéressant, mais c'est pas parce qu'il ne m'intéresse pas que je peux ignorer le problème. J'essaye régulièrement avec la poussière, ça m'intéresse pas de faire la poussière, mais au bout d'un moment, j'ai pas le choix.

Bien sûr, je ne suis pas forcé de blogger. Mais mine de rien, ça m'aide de coucher mes idées par écrit. Et aussi de pouvoir derrière en discuter avec quelques proches à qui j'ai passé le billet. Donc je ne parle pas de ces sujets car ça m'intéresse, mais parce que c'est une étappe vers la résolution du problème mentionné. Ou au moins j'en ai l'espoir.a

Pareillement, l'homosexualité en tant que concept ne m'intéresse pas. Pas plus que de lire des ouvrages sur le cirque. Ce qui m'intéresse est de pouvoir pratiquer. Je ne m'y intéreses en fait que pour une seule raison: aider à s'accepter homo. D'abord, moi. Avoir lu Fur-Piled m'a aidé à accepter ça. Puis aider les autres, d'où la traduction de cette bd, car je ne connais pas d'équivalent en Français.

Encore une fois, traduire, à la base, ça ne m'intéresse pas. Mais ça m'intéresse que ça soit traduit, donc je m'y met. C'est comme passer le balais, ça m'intéresse pas, mais marcher sans avoir les pieds sales si. Et je sais bien que la plupart du temps, personne le fera à sa place[1].

Ensuite viennent plusieurs soucis. C'est quand même plus simple d'aider les gens à s'accepter s'il y a moins d'homophobie, donc lutter contre l'homophobie est l'étape d'après. Mais pour le faire efficacement, pouvoir répondre aux questions, je me trouve «forcé» à lire des ouvrages sur ce sujet, à me renseigner, et à fréquenter d'autres gens ayant ce but. Parce qu'en intervenant, on constate rapidement que son propre témoignage ne suffit pas.

Donc on rencontre d'autres gens, des gens parfois intéressé par ce sujet, car j'ai cru comprendre que pour les sociologues, l'humain est intéressant en soit. Mais plus j'en apprend, plus je réalise que y a pleins de nuances, partant parfois loin de ce sur quoi je voulais lutter au départ. Ce qu'on appelle l'intersectionnalité. Ainsi, j'en arrive naturellement à la biphobie, puis à ceux qui aiment au delà de deux genres, ou qui n'ont pas toujours eu le genre de naissance. Aussi au fait que l'homophobie ne se traduira pas de la même manière selon les milieux et les cultures, selon les genres ou les professions. Et qui si je veux répondre de manière correcte aux élèves sur ces sujets, je dois donc me renseigner un minimum sur le sexisme, la transphobie, la non binarité, le racisme, etc... un cercle sans fin.

Et puis, par ailleurs, ça ne m'intéresse pas, mais c'est une chance, il faut bien le dire, que ça puisse ne pas m'intéresser. Je parlais de sexisme; et bien pour un cas concret, le «harcélement de rue» m'intéresse pas[2]. Mais j'ai de la chance de ne jamais avoir à écrire dessus, car j'ai la chance de ne jamais y avoir été confronté. C'est pas 3 ou 4 compliment par des gens bourrés qui croient que cheveux long=femme, qui vont me faire dire que je connais directement ce sujet.

Donc c'est une chance de pouvoir ne pas être intéressé. Ça veut dire que je peux choisir ce que je vais décider d'attaquer comme problème, car aucun problème ne s'impose à moi. de même qu'à force de diminuer ma quantité de viande, je pourrai probablement devenir végétarien[3], et me mettre à militer dans une association végétarienne si ça m'amusait plus.


J'avais tenté de faire du bénévolat avec Talens, un programme à l'ens de tutorat de lycéen. Sauf qu'en regardant le programme, je comprenais rien à la physique de l'option math-physique. Ils semblaient partir du principe que tous les tuters scientifiques on fait de la physique après la terminale, (i.e. ont fait une prépa scientifique), donc j'ai abandonné dès la journée de présentation de Talens. C'est dommage car ça aurait pu être passionnant d'aider à faire avancer en maths des élèves intéressé, et faire découvrir l'informatique.

Eh bien, si j'avais pu faire le bénévolat avec eux, j'aurai pas fait d'intervention en milieu scolaire, et ce blog serait TRÈS différent.

Notes

[1] Toi qui te reconnaitras, tu me manques. Et pas que parce que tu as passé l'aspirateur quand je t'avais laissé seul chez moi.

[2] C'est très étrange à écrire, comme phrase.

[3] Le truc qui me retient vraiment, c'est quand je suis invité à manger, faire choisir un restau qui sert des plats végétariens/ou demander à l'hôte un plat spécial. Mais ça fait des mois que je n'ai pas cuisiné un plat de viande chez moi.

samedi 4 juillet 2015

Accepter ou pas.

J'ai écrit deux billets dont le fond me semble contradictoire: Le mag n'est pas un lieu safe. Et c'est tant mieux et Stonewall et celui qui donne une mauvaise image.

Dans le premier, je disais que c'est une bonne chose que des gens puissent être accepté même si intolérant - au sens où ils ne tolèrent pas certaines idées qui devrait pourtant être accepté dans le milieu où ils décident d'aller. En l'occurrence, qu'ils ne tolèrent pas ce qui donne une mauvaise image, et sortent de norme. Dans le second, je regrette que des gens se plaignent de ceux qui sortent de la norme. Ça peut sembler êtrange que je parle de norme quand je parle d'homo, qui par définition ne sont pas dans la norme hétérocentré. N'empêche que comme le disait Yagg récemment, même des conservateurs peuvent vouloir du mariage pour tous, car ça permet un retour à la norme qu'est le mariage.


Et c'est pour moi une grande question à laquelle je n'ai pas de réponse. Question que j'ai mis longtemps à formuler, parce que j'ai mis longtemps à voir les deux points de vue et à réaliser que j'aurai vraiment pas apprécié le jeune que j'ai été. Je m'explique.

J'ai découvert l'homosexualité... bon, d'abord, vient un film téléchargé sur kazaa, qui n'avait rien à voir avec le film que je voulais voir.

Puis plus tard via un site nommé «monchoix.net» (et non pas C'est mon choix... ). J'avais rédigé un témoignage, avec comme premier souci que: je n'ai pas choisi le titre. Et le titre qu'ils ont mis est un contre sens par rapport au texte du message. Là où je veux en venir, c'est que, j'ai été sur le forum. Et j'étais très mal à l'aise. Par des gens jouant à fond dans les clichés homo. En particulier un admin nommé «tante .... ».

Plus tard, j'ai découvert le mag. Je parle de 2005, donc rien à voir avec le mag que je connais maintenant. Où j'ai été acceuilli par quelqu'un d'éffeminé. Et je comprenais juste pas qu'on puisse le laisser acceuiller, car on devrait se douter que ça met mal à l'aise un jeune, quelqu'un qui au contraire aurait aimé voir qu'il y a autre chose que les clichés. Mais, ouf, heureusement, dans l'association, il y avait des gens non clichés, simplement, pas dans l'équipe qui gérait le mag.

Et là, j'aimerai bien croire au fait qu'on ne soit pas la même personne toute sa vie, car j'assume pas le paragraphe du dessus. Que ça soit moi qui l'ait pensé - et l'excuse de: c'était il y a 10 ans, ça ne me convient pas. Je trouve ce paragraphe horrible. Car quand je me met à la place de cet accueillant ben... ils vont pas lui dire «Désolé, tu vas pas accueillir, on est une assoce homo, mais faut être dans la norme. Si tu veux être bénévole, tu peux te contenter de nettoyer le mag quand il est fermé.»

Et ça se répète, encore et encore. Ce désir d'équilibriste de trouver une norme mais pas exactement la norme apprise par les disney, mais juste celle qui me fait. Le lieu safe pour moi. Mais comme disait Typhon en commentaire, «Sinon, comme disait Scott Alexander :
«One important feature of safe spaces is that they can’t always be safe for two groups at the same time. »


Toute honte bue, je maintiens que j'ai pensé ça. Je maintiens aussi que d'autres ont pensé ça. C'est même pour ça que certains regrettent que les seuls homos vu à la télé sont pratiquement que des clichés. En tout cas si on va dans les série/film/télé-réalité. Pas qu'il n'en faut pas, mais il faut aussi autre chose. Mais j'ai déjà écrit sur les représentations. J'ai beau tenté en IMS de dire «Ceci dit, il y a pas de problème à ne pas être «comme tout le monde», chacun est comme il veut. Normalement, y a aucun problème à ce qu'il y ait un ou deux efféminés dans le couple, y a rien de mal ! On dit juste que c'est pas une obligation. C'est pas vrai en général.», j'aurai probablement pas compris si on m'avait dit ça à 18 ans.

Il faut le dire, car il faut que des gens qui ne sont pas dans la norme d'expression du genre entendent qu'il n'y a pas de problème. Mais cette pétition de principe ne convaincra aucune personne qui n'est pas déjà convaincu. Et c'est ma question: qu'est-ce qu'on aurait pu/du dire à celui que j'étais il y a 10 ans. Existe-t'il un moyen d'être agréable pour ces deux groupes ? Parce que, si je suis pas capable de faire pour les gens comme mon moi du passé ce que je fais pour les jeunes homophobes, alors j'ai peur que mes IMS soient très hypocrite.

Et j'ai pas de solution.

vendredi 3 juillet 2015

Stonewall et celui qui donne une mauvaise image

Je commence à voir des tweets sur Stonewall, le film. Sur la réécriture de l'histoire.

Je suis pas historien, j'ai donc pas moyen de vérifier qui a raison. Pas vraiment de documents, de sources, pas moyen de vérifier la fiabilité des sources qu'on me montre. J'ai donc beaucoup de mal à discuter d'autre chose que du présent quand je parle avec des gens qui s'intéresse à ces sujets.

Pourtant, j'ai du mal quand je lis "vous n'avez pas de mémoire", pour justifier de refuser à un parti politique ou un syndicat d'aller à une gay pride/marche des fiertés. Car historiquement, on peut toujours remonter à un moment ou tel parti/syndicat ne voulait pas parler des questions LGBT, ou alors pour les criminaliser. J'avais vu sur le panneau de l'hômonerie un vieux tract syndicaliste regrettant la présence d'homosexuel dans le syndicats, qui sont des gens égoïste qui pensent qu'à leur plaisir, donc forcément bourgeois, au lieu de penser à repeupler la France après la guerre. Bref, si on avait vraiment de la mémoire, seul les groupes récents auraient le droit de marcher.

Ce qui ne veut pas dire qu'il faut accepter tout le monde. Il peut y avoir d'excellente raison de refuser un parti raciste - en fait, c'est une excellente raison en soit - mais la raison historique me semble être un argument fallacieux.


J'ai discuter récemment avec quelques personnes. L'une d'elle avait peur d'être un mauvais exemple pour les polyamoureux, car il tomberait dans plein de clichés (bi, kinky,...) et donnerait une mauvaise image. Ce à quoi, sans vouloir lui dire quoi faire, j'ai dit qu'historiquement, ça a été grâce à des gens donnant une mauvaise image que les droits des homos on pu avancer.

Les premiers militants, ceux et celles à l'origine de la gay pride - entre autre - , n'étaient pas les gens respectables, mais des gens qui étaient dans un bar, à priori pour passer un bon moment, s'amuser - ce à quoi sert un bar - c'était des trans, des drag-queens, des butchs... aussi des gens racisé, mal vue par la société raciste, des gens qui étaient déjà visible, ceux dont certains disent aujourd'hui[1] qu'il nous donnent une mauvaise image. Des gens, qui, quelque part, n'avaient pratiquement pas le choix, car déjà visible. Donc, si je transpose au contexte actuel, c'est pas grave de "donner une mauvaise image" des polys, ça empêche pas d'avancer sur ces sujets, et au moins, ça sera une première représentation, qui pourra aider ceux qui se reconnaissent plus dans ce genre de relation que dans les relations plus traditionnelles. Plus tard, d'autres images pourront être données.

Une autre personne de la discussion a répondu, pour longuement expliquer[2] que, non, la marche des fiertés, c'est pas un lieu pour drag-queens et pour s'amuser, c'est une manifestations et qu'elle se bat contre cette image qui empêche que la marche soit prise au sérieux.


Et ça m'énerve, car, factuellement, à part ma bonne foi, j'ai rien pour argumenter du fait que je dis pas de bêtise. J'ai pas de document historique ou d'article à lui faire lire en pleine discussion. Et ça m'attriste qu'elle rejette le problème sur ces gens "non respectable" au lieu de l'attribuer aux LGBTphobes.

Parce que, de toute façon, si c'était pas "eux" qui étaient les plus extravagants, ben... ça finirait par être "nous" les plus extravagants, et qu'on se prendrait les remarques que "ils" se prennent, parce que les intolérants seront toujours là et que ils vont pas "nous" dire "Ok, c'est bon, vous êtes un peu marginaux, mais vous, ça va". Or aujourd'hui "nous" pouvons aussi entendre "Eux, je les aime pas, mais toi, ça va, t'es pas comme eux". Ce qui fait que, paradoxalement, ces "eux" nous protègent, ils font paratonnerre, c'est parce qu'ils sont là que les intolérants ne déversent pas toutes leur haine contre "nous".

Je met des guillemets, car c'est pas clair qui sont "eux" et qui sont "nous". Par exemple, si je parle d'homosexualité, alors "eux", c'est les gays efféminé, maniéré... mais vu que dans la rue on me dit parfois "madame" depuis que j'ai les cheveux long, je ne sais pas définir est "nous". Mais pour donner l'exemple du jour où ça m'a marqué. J'étais allé au cirque, habillé plus bizarrement que d'habitude; j'avais décidé de mettre un sarouel[3], une chemise "médiévale" (qui ressemble au costume de Link, fermé par des lanières), et un tout petit chapeau de quelques centimètres de diamètre, avec une voile, acheté à geekopolis. J'étais avant passé chez mes parents; et ma mère dit que ce qui la gène, c'est le voile du chapeau. Or, honnêtement, même si c'est le voile le plus visible, je ne crois pas une seule seconde que s'il n'était pas là, elle n'aurait pas critiqué ce chapeau (qui est inutile, même si je le trouve joli), ou refait la critique qu'elle avait déjà sorti sur le sarouel. Encore une fois, c'est illusoire de penser qu'il suffit de faire comprendre aux plus visible d'arrêter d'être visible, puisqu'il y aura toujours un "plus visible", et que si le plus visible actuel disparaît, ça veut juste dire que ça sera son tour.


Et ce qui est dommage, avec ce film Stonewall; tout comme avec le film sur Harvey Milk avant, c'est que ça va donner une vision si parcellaire[4], voir déformé, que ça complexifiera encore la tâche de ceux qui ne veulent pas être "respectable" et qui continueront de se faire critiquer par ceux qui obtiennent des droits grâce à eux. En effet, ça donnera un argument à cette femme, qui m'a longtemps expliqué que je n'avais rien compris, puisqu'elle pourra naturellement me dire de voir ce film.

Notes

[1] J'ai écrit "certain", troisième personne, car moi je le disais hier. Désolay.

[2] Elle explique longuement. J'ai quand même eu le droit à 5 minutes d'explication de la part de cette personne, qui est prof, et qui tenait à me dire ce qu'était une intervention en milieu scolaire, car elle en a vu une, et que, eux, c'est des bénévoles !

[3] mauvaise idée pour les acrobaties, je l'ai appris ce jour là.

[4] sans vouloir remettre en cause l'oeuvre de Milk, d'autres activistes mériteraient un film et un intérêt comparable à celui qu'il a eu. Un film mainstream et pas réservé aux cinéclub et aux festivaux militants.

jeudi 2 juillet 2015

Reprendre des gens

J'ai, ces derniers temps, un problème que j'ai pas vraiment vu traiter dans les blogs de gens bénévoles/militant que je suis. Comme montré par sinfest, quand on commence à voir des discriminations, on les voit un peu partout, dans des trucs invisible à la majorité des gens. Et donc, que faire dans ce cas là ? C'est une question suffisamment problématique pour que ce billet ait traîné plusieurs mois dans mes brouillons avant que j'en sois satisfait.

Que faire quand quelqu'un a un propos problématique. Les deux extrémités sont:

  • Rien. C'est d'autant plus simple que j'ai quand même une situation ou elles ne s'appliquent pas à moi. Mais dans ce cas, pas d'IMS.
  • Signaler tout le temps et sans arrêt dès que je le vois. Mais c'est épuisant, pas forcément efficace, et surtout risque d'énerver tout mon entourage.

Alors voici ce que, à titre personnel, j'ai choisi comme compromis:


D'abord, ça devrait être évident, ne pas reprendre les gens concernés. Par exemple, ne pas expliquer ce qu'est la biphobie à quelqu'un de bi, d'autant que je suis principalement monosexuel[1]... sauf que, il y a des exceptions:
Parce que, après avoir été formé, je peux connaitre des chiffres ou des anecdotes que la personne bi n'a pas vécu, donc je peux lui donner des informations générales, tant que ça ne concerne pas son vécu à lui/elle. Lui dire comment ça se passe pour d'autre.
Un exemple tout bête, une fille rencontré récemment était lesbienne et est devenue bie. Elle s'est plain de la bisexualitéphobie, car 90% de ses potes lesbiennes on arrêté de lui parler. Je me suis permis d'être surpris par ce mot, car je ne connaissais que «biphobie» comme terme.

Et puis parfois, on ne sait pas que la personne est concerné. J'ai fait des avances à un garçon sympa et mignon. Il m'a dit, «désolé, je suis pas intéressé, je suis pas gay.», ce à quoi j'ai répliqué qu'il pourrait très bien être bi, c'est dommage de les oublier. Bah, en fait, il a juste voulu m'éconduire poliment, car il est bi.

Bref, j'ai expliqué la biphobie à des bis.


Dans le même style d'idée. En milieu safe il est souvent dit que l'on ne peut pas savoir ce qui relève de telle discrimination si on ne la vit pas. Typiquement, le harcèlement de rue, un homme n'a pas à dire «tu te fais des idées, t'es trop succeptible», car il ne se rend pas compte ce que c'est de le vivre[2]. Sauf qu'en pratique, c'est dur d'accepter aveuglément. Je m'en vais vous narrer deux anecdotes.

Quand j'ai découvert l'hômonerie, association LGBT de l'École normale supérieure, à la réunion de rentrée salle des actes, une belle salle de réception, un élève trans s'est mis à fumer. Un autre lui a demandé de sortir pour fumer. Il parait que c'est transphobe. Je vous explique le raisonnement: il fume pour se détendre, il est tendu à cause de la transphobie. Et là, des gens tente de faire partir un trans de la réunion LGBT. Ergo, c'est transphobe. Pour tout vous dire, je ne suis pas convaincu.

J'ai croisé dans la rue un homme noir et une femme blanche qui se criait dessus: «Arrêtez vos remarques sexiste
-C'est vous qui êtes raciste.
-Je ne vous permet pas de dire que je suis pas raciste, vous me dites ça car je suis une femme»,
etc... Ben, en vrai, j'ai aucune idée de qui était quoi, ni de la cause de l'incident. Mais je suis pas convaincu non plus que ça soit forcément ces questions là qui étaient en jeu.


Un cas où je signale systématiquement les problème, c'est quand je suis relecteur. Je ne sais pas pourquoi je relis, 3 fois sur 4, les gens tentent de m'expliquer ce que je n'ai pas compris et me disent que j'ai tort. Me demandent ce que je pense honnêtement et sont vexé quand je dis que je ne suis pas emballé.

Récemment, j'ai relu un texte qui parlait d'une belle femme «qui ferait tourner la tête à n'importe quel homme». Je me suis permis de signaler le côté hétérocentriste du truc. Ça me gène pas forcément, c'est une œuvre de fiction, ça a pas vocation à être parfaitement safe, c'est cohérent avec l'univers, l'intrigue et le style restent bon. Et, attention vous allez rire, ça m'empêche pas de lui corriger des fautes d'orthographe. D'abord, l'auteur m'a dit «n'importe quel homme hétéro ou femme lesbienne»[3] serait lourd. Et personne ne connait le mot «gynosexuel». Ceci dit, je crois qu'il a finit par reformuler.

Quelques mois plus tôt, un copain qui fait des vidéo youtube[4] en a écrit une sur le thème des LGBT. Qui j'espère sortira un jour, car elle est cool et que j'aime bien ce qu'il fait. Je lui fais quelques petites remarques, par exemple concernant les pans «comme le capitaine Jack Harkness». J'étais dubitatif, car certains disent que le capitaine est «omnisexuel», c'est donc pas évident. Et en plus, utiliser l'attirance envers les extraterrestre donne une image étrange des «pans» aux gens qui n'avaient jamais entendu ce terme avant. Mais c'est un détail.
Mais surtout, il parle de sexualité au lieu de parler d'orientation sexuelle. Or la sexualité réfère à la pratique, alors que l'orientation réfère à l'attirance. Et c'est un souci régulier, quand on pense aux LGB, les gens ayant des clichés pensent à ce qu'ils font au lit et pas à leurs amours, et le terme «sexualité» entretient la confusion. Son argument est qu'il est contre l'utilisation de nouveau terme, que ça stigmatise encore plus, et... j'ai pas tout compris. Quant à Jack, il y a des sources qui le disent «pan».
Bref, je sais pas pourquoi il m'a demandé de relire.


Enfin, il y a des cadres un peu limite, où je reprend plus épisodiquement. Par exemple, les gens qui emploient comme insulte des mots tels que «enculé» ou «elle est blonde». En général, je réagis pas, je fais juste un soupir... pour pas être lourd et énervant, ne pas tomber dans ce clichés des militants avec qui on ne peut rien dire. Sauf dans deux cas:

  • si on est dans un lieu qui a vocation à être safe. Par exemple, une personne qui nous formait pour les IMS utilisait «putain» pour se reprendre quand elle bafouillait. Je lui ai signalé que ça me surprenait. Quoi qu'on pense de la prostitution par ailleurs, qu'on soit pour sa légalisation, son abolition ou sans opinion, il me semble que à peu près tout les militants sont d'accord pour dire qu'il n'y a pas de raison d'insulter ces gens. «Macro» ou «trader» serait plus cohérent, comme interjection, au vu des convictions de la personne. Et que si on dit de ne pas utiliser «pédé» comme insulte je ne vois pas comment on peut accepter «putain». Dans les deux cas, déjà, il peut y avoir des gens concernés qui nous écoutent, c'est pas forcément visible. Et puis il peut y avoir des gens ayant comme proche quelqu'un qui fait ou a fait cette activité.
  • Si je suis avec quelqu'un qui tente d'être ouvert d'esprit et de ne blesser personne. Donc quelqu'un qui, je pense, va accepter et apprécier cette remarque pour ce qu'elle est, une manière de réfléchir sur ses pratiques et de s'améliorer, et pas un acte de censure. Bref, pour moi, reprendre quelqu'un, c'est lui faire implicitement un compliment, car je pense que c'est une personne ayant des valeurs que j'apprécie.

Notes

[1] attiré par un seul genre

[2] homme à cheveux long, rasé et androgyne, on peut avoir un début d'idée

[3] Et les bis ?

[4] C'est marrant de connaitre des youtubeurs. Ça relativise tout de suite ma joie quand je dis «l'ims a fait 2000 vues !»

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