jeudi 26 avril 2018

Cas concret de questionnement sur l'action pertinente en milieu féministe

Petit exemple de réflexion qui me trotte dans la tête, pour savoir quel conduite tenir en milieu que je suppose féministe.

Une autrice que j'apprécie particulièrement à fait une conférence, puis dédicasse, dans la librairie féministe indépendante parisienne[1]. Chose exceptionnelle pour moi, je suis dans un milieu où, à première vue, les hommes sont en minorité.

Le début de la conférence consiste en un échange entre la libraire et l'autrice. Puis une lecture d'un extrait de l'œuvre. Enfin, vient le moment des questions du public. Il y eu quelques petites questions, puis s'en vint un grand moment de silence. La libraire nous pousse à parler. Après tout, l'autrice est venu à Paris pour cet échange. Avoir peu de question, c'est assez courant dans les conférences scientifiques. À ma connaissance, c'est bien plus rare quand un groupe de fan se déplace. Et je doute que des gens soient monté à l'étage de la librairie par hasard, donc nous devions bien être plusieurs dizaines de fans sur place. La libraire demande alors si, en tout cas, on avait des remarques, des choses auxquels nous ont fait penser les textes qu'on a déjà lu d'elle.

J'ai bien une remarque qui me vient en tête. Qui me semble un peu drôle, sans forcément être l'anecdote du siècle. Mais qui donne un exemple de comment ce texte se relie à une expérience que j'ai vécue. Je songe à la partager, parce que parler, ça peut pousser d'autres à parler, des gens qui auraient eu peur de briser le silence. Et parce que j'imaginais que, si je me déplaçais dans une autre ville dans un événement qui m'est consacré, je prendrai assez mal que personne n'intéragisse. Bref, qu'il valait mieux cette anecdote plutôt que rien du tout. Au moins pour l'autrice et l'organisatrice.

D'un autre côté, j'avais déjà posé la première question. Et j'avais aucun doute sur le fait que, si la personne demandant le plus la parole est un des rares hommes présents, ça ne pourrait pas manquer d'être remarqué comme un exemple du fait qu'on monopolise la parole. Indépendament de mon genre, j'ai tendance à parler beaucoup, donc c'est quelque chose auquel je dois faire attention. Qui plus est, dans une librairie féministe, je m'attend à ce que certaines personnes prennent mal le fait que, malgré qu'ils soient en minorité, les rares hommes prennent une part importante de la parole. C'est déjà ce qu'il y a partout ailleurs, ça serait agaçant de le voir dans ce lieu qui serait théoriquement plus safe.

Ou peut-être que personne ne se disait ça, et que je projetais sur ces fans des discours que j'ai entendu dans des milieux plus militants. Finalement, j'ai donné mon anecdote. Ça a relancé la discussion un peu. Personne ne m'a fait de remarque. Puis l'autrice est passé aux dédicaces. J'ignore si c'est bien fait, ou une erreur, ou autre. Non pas que ça soit bien important. Je doute qu'à part moi, grand monde s'en souvienne, et j'irai pas faire perdre du temps à l'autrice pour lui demander.

Note

[1] J'aime pas donner des noms, mais franchement, ici, ça va pas être dure de trouver de qui je parle.

samedi 6 janvier 2018

Ancien gay et draguer une femme

Quand je me retrouve à vouloir donner mon orientation sexuelle, je me décris plus comme bi que comme gay. Cependant, j'ai dragué en immense majorité des hommes, ainsi que quelques personnes non-binaires, mais jamais de femmes. Je m'interroge sur le pourquoi dans ce billet. Je n'ai pas la réponse. Mais elle m'intéresserait beaucoup, parce que, comme me le répète parfois une relation de longue date: «si je ne l'avais pas pris pour un homme quand on s'est rencontré, on n'aurait pas été ensemble ces dernières années». Trouvant cette hypothèse triste, je préfère éviter; au moins pour les potentielles relations futures.

Quelques précisions de vocabulaires d'abord. Draguer est un terme très vague. Dans ce terme, j'indique toute action qui permet de montrer à l'autre un intérêt pour une proximité physique. Que ça soit un compliment sur son physique, ou la proposition d'une interaction physique qui n'est pas habituellement du domaine de l’amitié (par exemple, se serrer dans les bras/se tenir la main). Donc draguer, de mon point de vue, est un jeu, et dont je ne m'attend pas à ce que ça change ma relation à l'autre. Sauf en cas de bonne surprise, ce qui a une faible probabilité.

Quand je parle du genre d'une personne, je parle du genre que je suppose que cette personne a au moment où je la drague. En effet, dans mon processus de décision pour draguer quelqu'un, je ne peux pas tenir compte du futur. Il y a probablement une variable caché[1] qui explique qu'une part importante des gens que j'ai dragué ces dernières années font leur coming-out trans/non-binaire. Mais la recherche de ces variables n'est pas le propos de ce billet.

Qui je fréquente.

La première explication qui me vient en tête, c'est que, lorsque je sors de chez moi, je suis dans des milieux principalement masculin. Quand j'étais étudiant, je fréquentais majoritairement mes camarades de classe, et allait peu vers les autres départements, je participai peu aux activités extra scolaire. J'étais étudiant en informatique, domaine où il y a bien plus d'hommes que de femmes. Donc bien plus d'hommes que de femmes qui puisse m'intéresser.

Pire, avant bac, j'étais dans un lycée privé catholique qui était en grande majorité féminin. Je ne regrette pas entièrement d'être allé dans ce lycée, puisque contrairement au collège où j'ai fait ma 6ème, je n'ai jamais eu à courir pour échapper à d'autres élèves après les cours. Cependant, je n'ai grosso modo pas de bon souvenir du lycée. Je pense donc que j'ai inconsciemment associé les filles à l'élève moyen de ce lycée privée, et les hommes aux milieux geeks[2] que j'apprécie.

Mais peut-être que je m'invente des raisons fausses. Après tout, c'est en première que j'ai commencé à ressentir de l'attraction physique pour des gens; uniquement des hommes; et je ne peux pas dire qu'ils étaient plus sympathiques que ces femmes. D'un autre côté, il est aussi possible que ce qui fait que je suis attiré par quelqu'un à 17 ans n'est pas la même chose que ce qui fait que je suis attiré par quelqu'un à 30 ans.

Ou peut-être que la raison mentionné plus haut est vraie. Je crois que j'ai commencé à considéré être bi à peu près au moment où j'ai eu, pour la première fois, des discussions intéressantes avec des femmes. Ce qui finalement est arrivé assez tard, puisque je ne sortais pas de chez moi en dehors des cours, et que mes camarades d'université étaient principalement masculins.

Les lieux

Une autre explication, peut-être plus simple encore. J'utilise beaucoup les sites de rencontres. Ok Cupid est le seul site où je suis(j'étais) qui ne soit pas un site gay. J'ai aussi été dans des lieux destiné principalement à la drague entre homme. Étonnamment, je n'y ai pas dragué de femme.

Vu que je suis assez flemmard, et que découvrir quelque chose de neuf demande un effort assez considérable, je n'ai pas cherché à savoir s'il existait des équivalent hétéro. Ou plutôt, si j'en crois les innombrables histoires de dragues que je peux entendre - que ce soit des articles réalistes ou de la fiction - je réalise que ce type de drague à l'air immensément plus compliqué. De ce que j'entend, le nombre de messages que les femmes reçoivent, en moyenne, sur un site de rencontre, est tellement énorme qu'envoyer un "salut" en plus ne ferait que renforcer le bruit. Alors que mon expérience indique que sur les sites que je connais, c'est un moyen efficace de dire à l'autre «Eh, va voir mon profil. Si ça t'intéresse cool, voyons ce qu'on peut faire. Sinon bye».

Mon passé de gay

Les premières femmes que j'ai pu songer à draguer, je ne les ai pas dragué. Ça aurait été extrêmement bizarre. Tous les gens qui me connaissaient un peu savaient que j'étais gay[3]. Donc dire un simple «tu m'intéresse» m'aurait paru très étrange sans rajouter de précision. Et vu que je ne me dis pas vraiment bi non plus - après tout je suis en relation avec quelqu'un de non-binaire - mais que je me dis pas pan (je ne suis clairement pas indifférent au genre de la personne) l'explication est complexe et m'épuise avant même de la commencer[4].

Soit dit en passant, j'ai deux femmes en particulier qui me viennent en tête en écrivant ce dernier paragraphe. Et la première de ces deux femmes, je sais qu'elle en avait marre que des gens trouvent qu'elle soit «garçon manqué». Cette affirmation est sûrement corrélé au fait que je la trouvai attirante d'ailleurs. C'est aussi ce qui fait que je pense qu'elle n'aurait vraiment pas bien pris d'apprendre que je la trouvais attirante.

Remarquez que, de ce côté là, draguer une femme trans serait encore pire sur le message que ça risquerait d'envoyer.

En fait, les seules femmes à qui je me souviens d'avoir fait un compliment sur son apparence, c'est pour leur dire que je suis assez envieux, et aimerait bien savoir me créer une apparence aussi cool. En général, elles l'ont bien pris. Certaines m'ont proposé de me donner des conseils/de m'aider. Mais cela ne s'est jamais concrétisé. Et les questions de modes, de maquillage, ça a l'air super compliqué de trouver des avis qui ne soient pas influencé par des publicitaires et des marques, ce qui fait que chercher à me renseigner par moi même sur internet à ces sujets m'épuise systématiquement.

Les questions de sexisme

De ce que je comprend, beaucoup d'hommes insistent, lourdement, une fois qu'ils ont commencé à draguer quelqu'un, et ont du mal à prendre un refus. Suffisamment pour que la drague soit quelque chose de stressant pour un certain nombre de femmes. Je ne sais pas pour qui, d'ailleurs. Dans l'hypothèse où je souhaiterai draguer une femme, elle ne m'aurait pas forcément dit avant que la drague est pour elle un sujet épuisant. Et je me vois mal demander spécifiquement à quelqu'un si elle a un problème avec le fait d'être dragué avant de la draguer. Puisque cette question serait probablement déjà un début de drague.

Par contre, je sais qu'il y a pas mal d'hommes qui m'ont dit que j'étais le premier homme à les avoir draguer. Donc ce n'est - à priori - corrélé à rien de particulièrement négatif en général pour eux. Il s'ensuit que le comportement que je me permet d'avoir avec des hommes, je ne me sens pas de l'avoir avec des femmes.

La chaire

J'ai réussi à faire tout ce billet sans parler de ce qui vient après la drague. Mais il y a un moment où l'hypocrisie s'envole et il faut en parler aussi.

J'ai énormément de mal à distinguer l'amour de l'amitié. À part que je peu tenir la main, embrasser et câliner mes amoures sans que personne ne trouve ça bizarre. Mais il y aussi des choses que l'on ne fait pas en public. Et pour le coup, entre homme et femme cis, il y a une différence pas exactement négligeable.

Dans mon livre de recette idéal j'avais déjà expliqué à quelque point je me sens plus à l'aise à refaire quelque chose qui a fonctionné et que j'ai aimé. J'avais déjà dit que tenter de découvrir quelque chose de neuf, sans mode d'emploi - ou avec un mode d'emploi peu clair, c'est mentalement épuisant. Je retrouve exactement la même pensée ici. Tenter de découvrir quelque chose de neuf, de faire les choses correctement demanderait un temps d'apprentissage que je n'ai pas forcément envie de prendre quand je peux me permettre de refaire ce que je sais déjà faire.

Notes

[1] Le milieu poly parisien ?

[2] Je fréquentais aussi beaucoup d'humoriste, mais c'est aussi un milieu très masculin, donc je me limiterai au milieu geek dans ce billet, afin de ne pas me répéter.

[3] Enfin je pensais. Il y a au moins un type qui l'ignorait il faut croire: le prof du cours d'impro théâtrale où j'étais. Une règle disait qu'il était interdit de draguer quelqu'un du cours avant au moins 6 mois. Je n'avais pas compris que ça s'appliquait aussi aux improvisations. Je me suis fait engueuler parce que mon personnage dans une impro à drague une femme. Ce qui est assez comique, puisque je sais que j'avais dragué des hommes aussi, et il m'avait rien dit.

[4] Ou alors faudrait que la personne ait lu ce billet de blog, je suppose. Puisque l'explication y est faites.

dimanche 31 décembre 2017

Réflexions liées aux transitions d'amies

Une amie a écrit un texte, que je trouve fort intéressant, Votre deuil justifie ma transition[1], qui me questionne pas mal. En très gros résumé, tel que je comprend le texte, je lis «si vous faites votre deuil quand je vous annonce ma transition, c'est qu'une transition a effectivement lieu dans votre manière de me considérer.»

En 140 caractère, ma question était «Je ne peux m'empêcher de me demander. Si j'ai jamais fait ce genre de deuil, est-ce un signe que je ne tiens pas compte de vos transitions ?».

C'est un billet assez compliqué à écrire[2]. Je n'aime pas trop parler d'une personne en particulier, écrire quelque chose de trop personnel. Je préfère coucher sur ce blog des questionnements assez généraux, qui pourraient s'appliquer à des situations reproductibles. Sauf qu'ici ça risque d'être peu reproductible. J'ai pas des dizaines de proches qui entament une transition tous les ans[3]. Si encore tout le monde transitionait pour les même raisons, alors réagir au texte mis en lien plus haut serait aussi une réaction aux transitions de mes autres ami-e-s. Mais il semble que les gens soient des individus distincts pouvant avoir des raisons très diverses de transitionner[4].

Bref, ce billet est tellement peu général qu'il serait presque plus pertinent que je discute simplement de la question avec cette amie, et quelques proches potentiellement concerné-e-s par ce genre de sujet. Il est pas clair qu'il soit pertinent que je partage la réflexion au reste des lecteur/trice-s. Sauf que je n'ai rien à demander à cette amie. De ce qu'elle m'a répondue, de ce que je peux deviner de nos interactions, il n'y a pas de problèmes qui me concernent, pas de demande que j'agisse autrement avec elle. Donc toute ma réaction à ce texte est une réflexion purement personnel qui n'a pas de raison de la concerner. Enfin si, ça peut la concerner uniquement en ce que son texte est la cause de la réflexion[5].

Rappel de la question

Contrairement aux gens mentionné dans le texte cité plus haut, je ne fais pas de deuil quand un-e proche me dit transitionner. Le seul effet que cette annonce à sur moi est le suivant. J'ai, pendant quelques temps, des nœuds dans le cerveau à essayer de ne pas me gourer quand je formule des phrases. Au point que, parfois, je réemploi l'ancien genre de la personne par accident. Ou bien je me met à accorder des adverbes, ou des adjectifs se référant à d'autres gens de la conversation. Et ensuite je présente mes excuses. Ces nœuds dans le cerveau, j'ai les mêmes quand je tente de me souvenir qu'il faut dire septante et nonante mais PAS huitante/octante[6]. Remarquez que je discute juste de l'effet dans mon esprit, je ne dis pas que être mégenrer est aussi peu grave qu'utiliser un mot d'un autre pays.

Vu que ces nœuds cérébraux ne sont clairement pas un deuil, qu'est-ce que je dois conclure du fait que je ne fasse pas ce deuil. Si j'en crois ce texte, ce deuil est signe qu'une action positive a lieu. L'action de «considérer la personne dans son genre». Il me semble donc que que ne pas faire ce deuil est mauvais signe. Mauvais signe ne signifie pas nécessairement que ça soit mauvais en soit, mais ça signifie au moins qu'il faut envisager que ça soit mauvais. D'où la réflexion entamée dans ce billet.


%

L'interprétation optimiste du fait que je ne fasse pas de deuil, c'est: je ne considère pas le genre des gens quand j'interagis avec eux/elles. Ou en tout cas je le considère de manière limitée.

Un premier exemple de considération que j'ai, qui dépend du genre d'une personne. Je sais que si quelqu'un a une apparence féminine, elle a plus de risque d'avoir été harcelée, agressée, de moins se sentir en sécurité dans la rue tard. Voir que, si elle se fait agresser dans la rue tard, il risque d'avoir des policiers qui rejettent la faute sur elle car elle aurait du savoir que c'était risqué. Bref, que je considère le genre en tant qu'il influe comment les autres vont considérer la personne.

Mais même en excluant les raisons liés à des tierces personnes, malheureusement, dire que je ne tiens pas compte du genre est faux. Pour deux raisons.

Drague

La drague est un cas où je reste très biaisé par le genre que je pense que la personne a. Je ne me souviens pas avoir dragué quelqu'un que je suppose être de genre féminin depuis que j'ai quitté l'école primaire[7](Non pas que j'utilisais ce vocabulaire à l'école primaire). Je peux imaginer tout un tas de cause à ça, mais ça serait listé dans un autre billet.

Bon, la drague, en général, c'est un effet à court terme, ça influe pas énormément ma manière d'être avec quelqu'un-e. À quelques très rares exceptions près, quand je signal à quelqu'un mon intérêt, celui-ci n'est pas réciproque. Donc l'interaction reprend comme avant. Mais dans les rares cas de dragues réussis, forcément, ça influence beaucoup l'interaction que j'ai avec cette personne. Prenons le cas d'une amoureuse que j'ai connu et dragué avant qu'elle commence une transition sociale. Le fait qu'on soit ensemble aujourd'hui est une conséquence directe du fait que j'ai cru qu'elle était un homme. Ceci indépendamment de la question de savoir si je la considère «vraiment» comme un homme ou comme une femme aujourd'hui.

Pour résumer, le genre que la personne semblait avoir à notre rencontre a une influence importante, en particulier dans le cas des gens qui me sont les plus proches aujourd'hui. Donc je ne peux pas dire sérieusement que le genre de quelqu'un n'a pas d'importance.

Certes, cette amoureuse, si je ne l'avais pas dragué, on serait peut-être devenu amis, à défaut d'amoureux/se. Après tout, je ne l'aime pas que pour son physique, aussi mignonne soit-elle. Je met même une probabilité assez forte à ce que ce soit devenu, dans tous les cas, quelqu'un que j'apprécie de revoir et avec qui j'apprécie de discuter. Donc on pourrait imaginer de façon naïve que, finalement, le genre que j'assignais à cette personne lors de notre rencontre ne change pas grand chose, à part des câlins. Malheureusement, c'est encore faux. Parce que je me sens beaucoup plus à l'aise d'inviter cette personne à venir passer un week-end chez moi, où à aller dormir chez elle, sous prétexte qu'on est pas que ami. Je me verrai proposer à «juste un-e ami-e» de venir passer du temps dans mon studio, en ma compagnie, sans rien de précis à faire, juste pour profiter de la présence de l'autre. Et forcément, par cercle vertueux, plus on passe de temps ensemble, plus la complicité naît, et plus la relation évolue. La relation que j'ai avec elle au bout d'un peu plus d'un an, la confiance que j'ose lui porter, ce n'est pas inédit. Il y a d'autres amis à qui je fais vraiment confiance[8], à qui je pense que je peux demander des choses importantes si besoin[9]. Mais ces amis, ça m'a pris des années d'arriver à leur faire confiance à ce point.

Autrement dit, quand bien même je supposerai que le genre que j'assigne à la personne lors de notre rencontre n'influence pas ce que la relation va venir, ça influence au moins la vitesse à laquelle la relation évolue.

Biais

L'autre raison pour laquelle je ne crois pas qu'il soit vrai que je ne tienne pas compte du genre des gens que je vois est le suivant. la société est biaisée, j'ai grandi dedans. Il est incroyable que j'ai réussi à me débarrasser des biais. En particulier, j'estime qu'il est totalement impossible que je me sois débarrasser de mes biais sans même avoir du faire un effort pour obtenir ce résultat.

Le gros souci, pour moi, c'est que je ne connais pas mes biais personnels. Je n'ai donc pas d'idée de ce que je devrai corriger si je voulais faire l'effort d'effectivement corriger. Si j'en crois le texte qui m'inspire ce billet - ainsi que beaucoup d'autres témoignages de personnes trans - les biais de la société en général sont extrêmement clair quand on a été perçu des deux genres. Mais connaître un biais global donne peu d'information sur une personne biaisé en particulier[10]. Donc ça ne me dit pas comment me corriger pour ne pas être biaisé moi. Au mieux, ça m'indiquerait comment corriger pour être biaisé dans un sens opposé à celui de la société, pour faire une moyenne.

Et puis, pour être honnête, l'absence totale de biais, dans l'absolu, ne m'apparaît pas comme un but en soit. Mais plutôt comme un moyen. Un but pourrait être que les autre soit à l'aise dans notre interaction. Et dans les autres, j'inclue aussi bien les gens que je connais déjà que ceux que je pourrai connaître plus tard. Gens qui, de toute façon, ne pourraient pas me dire le biais qu'ils ressentent. Concernant les gens qui me sont proche, mon but sera que notre interaction plaise à l'autre. Et c'est un but qui semble être possible à atteindre sans avoir la certitude testé scientifiquement du fait que je ne sois pas biaisé de manière statiquement significative. Alors me poser plus de question me semblerait inutile[11].

Notes

[1] Copié avec la permission de l'autrice.

[2] En particulier parce que je n'avais plus de blog pendant quelques mois, et que c'est plus simple d'écrire si je m'attend à pouvoir partager après.

[3] Même si la fréquence des transitions autour de moi augmente pas mal depuis quelques années. Ce qui est pas compliqué vu qu'il y a 4 ans, elle était de 0 transitions par ans.

[4] Par oppositions aux raisons de ne pas transitionner, qui semblent majoritairement être: «mais pourquoi est-ce que je transitionnerai ?»

[5] Et que je lui ai demandé d'accepter que je publie ce texte, avant de le mettre en ligne, vu que quand même, ce texte la mentionne.

[6] À ce sujet, les belges sont BIEN plus tolérant de mes soixante-dix (j'ai faillé écrire «70») que les français ne le sont de mes septantes.

[7] À l'école primaire, j'embrassais des filles de forces. J'en suis pas fier. Et j'ai pas souvenir que des maitre-sse-s aient tenté de m'arrêter. En entrant au collège, je m'étais dis que j'étais grand, et donc que j'arrête d'embêter les filles. Selon le psy que j'ai vu au lycée, ça pouvait être ce qui m'a rendu gay.

[8] Ça fait des années que j'ai envie d'écrire un billet sur la confiance, mais je n'y arrive pas.

[9] Un exemple bête: confier à quelqu'un un double de ma clef. Comme ça, si je m'enferme dehors, je peux demander la clef à cet personne. Mais faut que je sois certain que la personne en profite pas pour me cambrioler.

[10] Pour prendre du vocabulaire rationnaliste, ça serait un ecological fallacy.

[11] Assez ironique comme phrase, vu la longueur du billet.

dimanche 16 octobre 2016

Décider comment militer pour un groupe auquel on appartient pas

Tiens. Encore un article compliqué à écrire[1]. Une sorte de réponse à Être quelqu'un de bien malgré les contradiction du milieu, avec un exemple de contradiction relativement important[2]. Et de comment je tente d'y répondre[3]. Et plus précisément d'y répondre avant mardi 18 octobre, puisque je reprend les interventions en collège ce jour là.

Petit exemple pour introduire le problème

Je commence avec un petit exemple. Problème: Le terme pan(sexuel/romantique). J'ignore quand ce terme est apparu, mais il est suffisamment récent pour ne pas avoir été inclus dans l'acronyme LGBT. Il y a de sérieux désaccord entre les gens qui se définissent pan pour savoir ce qu'il signifie exactement, et quel est la différence entre pan et bi.

Si j'ai bien compris et que je ne dis pas trop de bêtises, étymologiquement, le terme «pan» signifie «tout» alors que «bi» signifie «deux». Si l'on ne considère l'existence que de deux genre, il y a, a priori, pas de différence entre les pans et les bis. Ou alors la nuance n'est pas dans l'étymologie. Par exemples, certains[4] comprennent que se dire pan implique qu'on son attirance est indépendante du genre, alors qu'un-e bi-e pourrait préféré un genre ou préférer l'autre. Ou alors pourrait avoir des relations avec les deux genres, mais des rapports avec un seul. Ou le contraire.
Si maintenant on considère qu'il y a plus de deux genre, on pourrait naïvement penser que les bis aiment deux genre quand les pans les aiment tous. Mais certain-e-s bi-e-s aiment plus que deux genres et ont changé la définition en «aime son genre et les autres genres».

C'est un peu leur version de geek VS nerd. Quelque chose de fondamentale pour l'identité de certaines personnes. Et de totalement sans importance pour une grande partie de la population. Une nuance subtile et sans grand intérêt pour beaucoup de monde. Sauf qu'on voit parfois des gens trouver que ceux/celle qui qui utilisent une autre définition/un autre mot être (bi/trans/emby/pan/...)phobe.

Question: Que fait-on de tout ça quand on tente de faire des formations et interventions auprès d'un public qui a jamais entendu parler de tout ça ?

Réponse: Selon le choix de l'intervenant-e, on se limite au terme bi. Ou alors on dit qu'il existe plusieurs termes à peu près synonyme. Et si l'intervenant-e s'en sent capable, et sent l'auditoire compréhensif peut tenter de donner quelques explications telles que celles que je propose plus haut[5]. L'idée qui semble importante à passer étant: une personne peut être attiré par plusieurs genre. Merci de ne pas conclure qu'une personne est homo/hétéro si iel est en couple avec une personne du même genre/du genre opposé. Et soyez pas étonné si après être tombé amoureux-se d'un mec, vous tombez amoureux-se d'une fille: ça arrive.

Example de vrai problème.

Et maintenant, introduisons un gros exemple. Donnons le problème, la raison pour laquelle j'ai besoin de trancher cette question, et la réponse que je lui apporte[6]. On fera aussi des apartés, parce que voilà !

Le problème

En ce qui concerne le genre, certains disent que seul le genre de naissance est valide. Je me permettrai dans la suite de ce billet d'ignorer ces gens là. D'autres disent qu'on peut aussi bien être homme que femme, indépendamment du genre assigné à la naissance. D'autres enfin disent que «chacun-e a le genre qu'il/elle veut, et pas forcément limité à homme ou femme».

Et puis, il y a des gens de la 2ème catégorie qui disent que ceux de la troisième catégories ont «une vision taré du genre»[7]. Au pire qu'ielles sont des trolls transphobes qui cherchent à décrédibiliser les luttes trans. Au mieux que ce sont des gens n'ayant aucune conscience politique, aucune connaissance historique, et qui vivent au pays des bisounours, ignorant et occultant les vrais problèmes.

Et il y a aussi des nuances, par exemple celleux qui pensent qu'il n'y a pas à se moquer et insulter, mais qu'effectivement les gens qui se disent non-binaires n'ont rien compris et devrait être totalement ignorés. Qu'ielles croient peut-être être ni homme ni femme, mais qu'il y a bien des gens qui se disent enlevés par des extraterrestre, et ce n'est pas une raison pour les écouter[8]. On peut rajouter par dessus tout ça une question de savoir si les non-binaires ont le droit/sont légitime à utiliser le terme trans. Et quel est la limite entre trans/non-trans.

Par principe, je préfère laisser ce genre de discussion aux gens concernés. Donc, je pourrai me dire que je laisse tomber. Je peux suivre de loin car je connais et apprécie des gens défendant les deux points de vues. Et je sais juste que si j'invite des gens défendant que les non-binaire existe, il faudra peut-être que j'évite d'inviter en même temps des amies qui trouvent que revendiquer le fait d'avoir un genre - à part pour lutter contre la société patriarcale - est sexiste.

La question naturelle est donc: pourquoi est-ce que je cause de tout ça, au point que cette introduction est plus longue que certains de mes billets ?

Pourquoi cette question m'importe.

Le souci, c'est que je prétend parler de LGBTphobie à des gens. Et même pire, je prétend le faire lors d'intervention, au nom d'une association, et dans un espace et un temps réservé à cet effet. Et comme il n'y a pas assez de trans dans nos associations pour participer à toutes les interventions, les questions trans doivent être soit ignoré, soit abordé par des cis. Et si c'est ignoré, on est encore plus certains qu'on se prendra le reproche d'être encore des associations LGBT qui ignorent les T. Donc on est des cis qui parlent des questions trans. Et pour le coup, une fois devant les élèves/gens qu'on doit former, c'est les intervenants qui vont en dernier ressort décider de quoi nous parlons. Donc je[9] décide si je prend ou non du temps pour parler des non-binaires, ou si j'accorde ce temps à d'autres sujets.

Une personne trans[10] m'a dit que savoir que je fais des interventions tout en défendant les non-binaires l'inquiète autant que si on faisait une formation médicale en ventant les bienfaits de l'homéopathie[11]. Bien que seul deux personnes ont abordée la question avec moi, j'ai pu vérifier que leurs point de vue n'est pas isolé. Donc c'est un point de vue partagé par des gens concernés par les questions trans, et mes principes me disent de les écouter. Si ils/elles ont réfléchis aux questions de transphobie, je ne peux clairement pas ignorer leurs remarques[12]. Suite à la lecture de leurs propos, je modifierait certainement des choses quand je parlerai des sujets non-binaires et ils/elles m'ont déjà convaincues que j'avais tort sur certains points.

Vu le désaccord viscérale entre différent groupes de personnes trans, je ne peux me réfugier derrière la règle «les concernés décident entre eux, et je répète». Pour la première fois de ma carrière d'intervenant, je découvre que j'ai la responsabilité morale de trancher entre deux camps.

Mon opinion

Avant de donner la réponses que j'y apporte, je fais un petit aparté. Comme me l'a signalé une personne avec qui j'étais en désaccord, j'ai beau déclaré vouloir prendre l'avis des concernés sur les questions de transidentité, j'ai déjà un avis.

Je prend un exemple: quelqu'un, sur twitter, a dit qu'elle ne savait pas ce qu'était xénogenre. J'ai donné en réponse le lien vers Les genres non-binaires qu’on trouve absurdes sont légitimes (aussi) de Troll de Jardin. En ayant donné ce lien, je choisi un point de vue. Si j'avais donné un article du style Comment je suis devenu problématique, ça aurait défendu un autre point de vue[13][14]. Donc la réponse que je pensais assez neutre: renvoyer vers la définition donné par quelqu'un de xénogenre, n'était pas si neutre que ça.

Ce qui amène à la question de savoir: comment je sais ce que je sais ? Ici: comment je sais que je dois écouter un groupe plutôt que l'autre ? Par défaut, j'étais du côté des gens défendant les non-binaires. Mais cette position vient du fait que, jusqu'à récemment, je ne savais pas qu'il existait des gens qui ne sont pas transphobes[15], mais qui excluent les non-binaires. Et comme je pars du principe que j'écoute les concernés, je n'avais pas de raison de remettre la légitimité des non-binaires en question.

L'amitié est même dangereuse dans cette reflexion. J'ai assez de gens partageant mon point de vue pour pouvoir n'avoir aucun souci en n'en changeant pas. J'ai même eu envie de me «vanter», en me disant que si j'étais traité de transphobe par quelqu'un disant la même chose de Troll de Jardon, Mx Cordélia et de Pouhiou[16], c'était plutôt flatteur.

Mais si l'amitié peut justifier que j'emploie les pronoms/alternance de pronom/absence de pronom qu'ielles me demandent d'employer, ça justifie difficilement le fait que l'intervenant parle de tout ça à des classes. Si des trans disent «parler de non-binaires fais reculer la cause trans», l'amitié ne suffit pas à ce que je ne change pas de propos. Je peux ne pas changer de propos, mais pour cela, il me faut des arguments plus forts.

Et malheureusement, contrairement à la plupart des gens intéressé par ces questions, je ne sais pas ce qu'est le genre. Comme je l'ai déjà écrit, je ne comprend pas ce que c'est que de ressentir un genre. Face à des lycéens, qui ont en général peu réflechi à ces questions, je peux dire «vous savez probablement que vous êtes un garçon/une fille. Les trans aussi. Simplement, ils savent que ils sont un garçon alors que tout le monde leur a dit qu'ils sont une filles.» Mais face à quelqu'un qui a réfléchi à la notion de genre et qui en a une définition, je n'ai plus cette réponse toute faite. Et je n'ai pas d'autres réponses, car je prend le genre comme une boite noire, on me dit que ça existe, alors j'y crois, et c'est tout.

Ma réponse

Et maintenant, la réponse que j'ai choisi. En fonction de toutes les entrées données plus haut. Réponse qui sera sûrement amenée à évoluer, qui ne prétend pas être la bonne ou une règle à suivre. Juste la moins pire que j'ai trouvé pour l'instant.

Pour trouver la réponse, il me faut revenir aux raisons originelles de ces interventions. À ce qu'on souhaite obtenir. C'est quelque chose de très désagréable, parce que c'est des arguments à utiliser en dernier recours.

À la base, quand le ministère à autorisé les associations à parler de LGBTphobie dans les écoles, c'est pour lutter contre un taux de suicide bien trop élevé chez les jeunes LGBT. J'aimerai bien qu'on soit là pour des sujets plus joyeux[17]. Par exemple, dire aux homos qu'ils pourront eux aussi être en couple, ce qui n'est pas forcément évident quand on connaît peu d'homo autour de soit. Dire à celle/ceux qui veulent transitionner qu'ils/elles le pourront(en remplissant des tas de conditions vexatoire, intrusives, arbitraire, chères, et parfois mutilatoires). Et même dire à tous et toutes qu'ils pourront avoir un couple avec enfants s'ils le souhaitent, et ceux quel que soit le genre et le sexe de leur conjoint-e (mais si ce n'est pas un couple bien classique cis-het, il faudra que le juge autorise l'adoption par le parent non biologique, ou qu'une personne pouvant porter l'enfant aille dans un autre pays pour l'insémination médicale, ou qu'ils trouvent un enfant, ou en retirant les droits d'un des parents biologiques...).

Mais non, ici, la question la plus urgentes c'est: qu'est-ce qui semble avoir le plus de chance de faire baisser la mortalité. Bon, déjà, dire aux gens d'arrêter d'insulter d'autres gens. Mais même si on arrive à faire prendre conscience à certains que c'est pas juste une demande pour être sympathique, mais une nécessité, c'est malheureusement pas encore gagné. Donc en attendant d'avoir cet état idéal ou il n'y ait plus aucune insulte[18], on essaye de parler aussi aux gens concernés par le risque de suicide.

Par exemple, on fait ça en tentant de briser leurs isolements. En leur apportant un discours qu'ils n'entendent peut-être ni à la maison, ni à l'école, ni dans les émissions qu'ils regardent: le discours qu'ils ne sont pas anormaux, ni exceptionnels, mais qu'il y en a d'autres comme eux. Et que s'ils veulent arrêter d'être mal considéré, il y a des endroits ou certains respecteront ce qu'ils/elles sont, et partageront une partie de leurs vécus. Et pourront même, plus tard, les conseiller pour aller plus loin.

Et ici, «comme eux», ça peut aussi vouloir dire: il y a des gens qui ne se ressentent ni comme homme, ni comme femme. Des gens à qui aucun (des deux) genres ne convient. Parce qu'il y aussi des gens ayant l'impression que c'est trop restrictif.

Conclusion

Pour l'instant, je continuerai de parler de Non-binaires et de genre vraiment loin de homme et femme. Et pour toucher des gens qui s'y reconnaitraient. Et pour que mes interlocuteurs/trices ne soient pas surpris quand ielles rencontrent ces personnes. Et pour aborder le sexisme le plus fort, en disant qu'il y a des gens qui ne se reconnaissent tellement pas dans les rôles masculins/féminins qu'ils demandent à être nommé autrement.

Ce qui n'empêchera pas, je le préciserai aussi, certain-e-s d'être victime du sexisme, vu que dans beaucoup de cas, la société se fichera de savoir comment la personne se représente ielle-même. Et d'autres de bénéficier de certains privilège par des gens les pensant, à tort, être homme.

J'en profite pour finir par un aparté, tant qu'on y est. Un des arguments que j'ai lu plusieurs fois - que j'ai moi-même soulevé sans y prêter d'importance - contre les non-binaires, c'est que quand certains expliquent «je ne me sentais ni totalement homme, ni totalement femme»[19], ça sous-entendrait que nous autres, les non non-binaires, nous sentirions totalement homme ou totalement femme. Alors que cela fait longtemps que les féministes disent que le genre n'est pas quelque chose d'absolu, et qu'il n'y a pas de gens totalement homme comme dans les clichés les plus virilistes. Ni de gens totalement femme comme dans les couvertures des magasines dits féminins. De toute façon, les normes sont tellement contradictoires qu'une personne qui serait vraiment totalement homme/femme ne peux physiquement pas exister.

Donc, même si c'est effectivement ce qui vous a fait vous rendre compte que vous êtes non-binaires, ça pourrait être agréable, pour nous, les binaires, d'entendre une explication différente. Histoire d'être sûr que vous ne partez pas du principe que nous, les hommes[20], pensons accepter toute la masculinités. D'ailleurs, je pense que c'est au moins un point sur lequel je reviendrai en intervention, après avoir parlé de non-binaire. Dire, ce qui devrait sembler une évidence, que ce n'est pas parce qu'on est binaire qu'on est tout au bout du spectre du genre. C'est juste une question d'auto-définition, ça indique avec quel terme on est à l'aise.


P.S. Je précise que je n'emploie que des comparaisons que j'ai lues et que je répète. Tout ce billet part de discussions tweeter. Et je ne citerai plus les tweets dont je parle; la dernière fois que je l'ai fait, des gens ont fini par se joindre à la discussion et insulter mes interlocutrices. Et malgré un désaccord profond, je suis dégoutté de voir que des gens qui partagent plutôt mon point de vue répondent par des insultes[21]. Déjà que j'ai du mal avec ceux/celles qui insultent des gens proche de positions dominantes - typiquement les sénateurs ayant récemment voté une loi transphobe - je trouve insupportable que des trans se fassent insulter à cause de la discussion.

Notes

[1] J'ai l'impression que, plus ça va, plus les billets de blogs sont difficiles à écrire. Et sont des choses qu'il me semble importantes à dire.

[2] C'est à dire, très important pour des gens que ça intéresse. Et dont on peut très bien ne jamais avoir entendu parler sinon.

[3] Il est trop tard pour y répondre sans me faire insulter par des gens dont je respecte l'avis. Mais au moins, je peux tenter d'y répondre avec une réponse qui me convaint.

[4] Je suis content de ne pas être sur wikipédia, et de ne pas avoir à sourcer ce genre d'affirmation. Je voyais déjà un (selon qui) apparaître au-dessus de ce texte.

[5] Sauf la partie où on s'accuse les uns les autres d'être un truc en phobe.

[6] Je crois que je suis très influencé par mon écriture d'article professionnel. Je viens d'annoncer un semblant de plan.

[7] En première version, j'ai écrit «qui sont taré». Puis-je me suis rendu compte que je déformais les propos que j'avais lu. Dans tous les cas, l'utilisation du mot taré est une insulte, mais ce n'est pas une raison pour que je prétende que l'insulte vise la personne et non son idée.

[8] Et ici, je voulais placer un long apparté qui est devenu le billet d'hier: Pourquoi avoir comme principe d'écouter les concernés

[9] En vrai «nous» vu que dans l'idéal on intervient à deux

[10] Si j'ai bien compris

[11] Je vous remercie par avance d'éviter les débats sur l'homéopathie en commentaire. Que tu saches que l'homoépathie a de l'effet, ou que tu saches qu'il n'est est pas, je pense que sa comparaison reste compréhensible et sensé, et c'est tout ce qui importe ici il me semble.

[12] Même si j'avoue que les insultes envers moi ou envers des proches me donnent parfois envie de les ignorer.

[13] Même si j'ai surtout l'impression que ce billet montre surtout qu'il y a des non-binaires qui sont «problématique» pour réemployer le champ lexical que cet article dénonce. Mais le contraire serait surprenant, que tous les non-binaires soient parfait.

[14] Et en passant, ça aurait montré des dons de divinations très impressionnants, car cet article a été écrit après la question posée par la personne à qui je répondais

[15] Dans ce raisonnement, je partirai du principe qu'en général, les trans ne sont pas transphobe. Ce n'est pas une règle absolu, mais ça me semble acceptable ici.

[16] Ainsi que d'un certains nombre de gens sur twitter, n'ayant pas une notoriété suffisante pour que je veuille les citer dans un billet

[17] Je dis ça, mais si c'était le cas, je ne jugerai plus forcément que parler de ces sujets vaille que j'y consacre mon temps.

[18] À part dans un cadre consenti.

[19] On peut remarquer cependant qu'il y a des témoignages de trans hommes/femmes qui disent eux/elles-même que, tout petit déjà, ils ne supportaient pas/voulaient absolument porter des robes. Donc ce genre d'argument n'est pas l'apanage des non binaire.

[20] C'est très perturbant d'écrire «nous, les hommes». Ce qui est d'autant plus étrange que ça ne m'a pas pertubé d'écrire «nous, les binaires»

[21] il faut dire que les interventions/formations ne m'y ont pas habitué. Puisque en général mon/ma co-intervenant-e est aussi quelqu'un qui sait se contenir, au moins durant la discussion

mardi 31 mai 2016

Pourquoi je suis un homme

Un blog aujourd'hui disparu et pour qui j'avais énormément d'affection a écrit:

Une question récurrente que les personnes cisgenres posent c’est « pourquoi est-tu trans ? ... D’abord, cette question ne devrait pas se poser que pour les personnes trans. En effet, pourquoi une femme cis est femme, pourquoi un homme cis est homme.

Cette citation me permet donc d'expliquer[1] la question de «pourquoi je suis un homme/cis». D'autant qu'un-e amyi me demande régulièrement[2] pourquoi je ne suis pas non-binaire.

La meilleure réponse que j'ai trouvé jusqu'à présent est: parce que j'ai 28 années d'expériences à être un homme. Ça donne une sacrée force d'inertie à ce fait.

En fait, c'est la meilleure réponse que je trouve, car c'est à peu près la seule aussi. S'il n'y avait pas de notion de genre, ou qu'elle soit facultative et pas présupposé, ça m'irait aussi très bien. Quand je suis rasé, on me dit régulièrement madame[3], je ne reprend jamais. Mais je ne ressens pas non plus quoi que ce soit qui me fasse dire que je suis non-binaire, ou agenre ou quoi que ce soit... J'ai pas de disphorie, pas de problème avec le fait d'être traité comme un garçon. Donc, même si je ne ressens rien qui me fasse spécifiquement dire que je suis un garçon, je ne ressens rien qui me fasse dire que je suis quoi que ce soit d'autre en terme de genre. Or, de ce que j'ai lu et entendu, il semble que beaucoup de non-binaire ressentent le fait qu'ils soient non binaire, avant de mettre des mots dessus.

J'écris au dessus que je ne me pense pas homme. Geek est un point qui fait bien plus parti de mon identité que mon genre, de mon point de vue. Tout comme je mettrais mathématicien bien avant ma couleur de peau dans ce qui fait parti de mon identité. Mais il me semble que, ce que la comparaison entre ces deux exemples montre, c'est pas que je suis non-binaire. C'est que je suis dans une société où les hommes sont - en moyenne - privilégié, où mon genre est le genre par défaut, celui qui permet les histoires «universel»[4], que je ne vis pas un certain nombre de problème sexiste dont des tas de femmes peuvent témoigner. Et j'ai beau ne pas tenir à mon genre, c'est quand même pratique de n'avoir jamais de doute sur ce que je peux me permettre de cocher sur les formulaires administratifs, donc je profite du fait d'être cis.

Tout ça pour dire, je n'ai jamais eu autant besoin de réflechir à ce qu'impliquait le fait d'être un homme, comme j'ai pu avoir besoin de reflechir à ce qu'implique d'être non-hétéro et poly.

Enfin, en supposant que le fait que je ne ressente pas spécifiquement le fait d'être un homme pourrait potentiellement me pousser à me dire non-binaire, il reste un point. De deux choses l'une: soit ça n'a aucun effet sur le reste de la vie, sur les interactions avec les gens... dans ce cas, j'ai un peu l'impression que ça n'est pas plus pertinant pour moi de discuter de ça que de discuter de savoir si je suis un zombi philosophique. Ou alors ça a des effets, et dans ce cas, ça a quand même l'air super compliqué, parce qu'il faut reexpliquer sans arrêt ce que c'est à des gens qui pensent que c'est n'importe quoi, que ça n'existe pas, qui ne comprennent pas comment s'adresser correctement à la personne[5], etc... Certes, ces explications, je les fais parfois, mais dans un cadre temporel et géographique délimitié, ça serait très différent si ça devenait être quelque chose à faire en permanence. Et franchement, de mon petit point de vue personnel, pour moi, ça ne vaut pas le coup.

Notes

[1] avec beaucoup de mauvaise foi. L'article de Troll date du 19 mai, et j'évoquais déjà le billet que vous êtes en train de lire dans mon billet du 9 mai.

[2] en rigolant, histoire d'inverser les questions qu'iel reçoivent régulièrement,

[3] et quand je suis rasé aussi, mais uniqumenet au téléphone.

[4] vu qu'une histoire avec une héroïne est souvent faite uniquement à destination des filles, etc...

[5] Et parfois je me goure aussi sur la manière de s'adresser à quelqu'un. À ma décharge, j'ai déjà du mal à retenir les noms des gens. Au bout d'un moment, je commence à avoir du mal à retenir les genre.

dimanche 7 juin 2015

Mon approche positiviste du genre.

J'ai adopté une méthode, récemment, que je m'en vais vous livrer. Je l'appelle l'approche positiviste du genre.

J'y ai repensé hier, durant une discussion avec la personne assise à côté de moi, au concert le Laurent Viel: D'Éon dit... Le chevalier. Spectacle que je vous conseille très fortement d'ailleurs, ne serait-ce que parce que c'est une histoire captivante sur de belles musique. Et que ce personnage historique ramène à des sujets bien contemporains.


Je parlais donc de mon approche positiviste du genre. En vrai, je ne suis pas sûr d'avoir vraiment bien compris ce qu'est le positivisme. Mais je suis sûr de ne toujours pas comprendre ce qu'est le genre. En même temps, je n'ai jamais participé à un cours d'étude du genre, donc c'est un peu comme si un étudiant en langue après un bac L me disait ne pas bien comprendre les mathématiques... C'est pas vraiment étonnant.

La différence, par contre, c'est que je rencontre peu de personnes qui sont des objets mathématiques dans la vie de tous les jours, alors que je rencontre beaucoup de gens, de tout un tas de genre.

Bon, tout un tas, c'est exagéré. Je connais des hommes, des femmes, (trans et cis), genderfluid, genderqueer, agenre, bi/trigenre, et j'ai fait le tour... Même si j'y comprend rien. J'ai bien lu à ce sujet, j'ai discuté avec ces gens.

J'ai d'ailleurs discuté de tout un tas de sujets. Ce qui m'intéresse quand je parle avec quelqu'un, c'est pas tant de savoir le genre de la personne, que de savoir s'il/elle/... aime les maths[1]. Et, étonnament, c'est pas car quelqu'un est agenre, par exemple, que la notion de genre l'intéresse... Au contraire, je connais quelqu'un d'agenre que la notion de genre désintéresse totalement, et, de son point de vue, c'est tous les autres qui s'y intéressent, et qui se font fort de lui rappeler sans arrêt que, pour eux, iel a le genre masculin.

J'ai employé des tas de mots, plus hauts, genderfluid, genderqueer, agenre, bi/trigenre. J'aurai aussi pu rajouter genderfucker[2], pangenre...

Ben, en vrai, je vais vous dire, j'y comprend rien. Je sais pas ce que ça veut dire. Ce à quoi ça correspond pour une telle personne. Je comprend l'intérêt que ces idées peuvent avoir pour une démarche militante féministe, pour casser les codes, pour remettre des choses injustes en causes. Mais ici, ce n'est pas un combat, c'est une identité. Et comme j'ai la chance d'être un mec cis (option facile du jeu de lavie), ben, j'ai pas eu à me poser tant de question sur mon identité. Tout ça, ça ne me parle pas.

Pas plus qu'un neutron, un proton ou un éléctron. J'y comprend pas grand chose, j'ai pas d'intuition... mais ça m'a pas empêché de suivre les cours de physique du lycée et de répondre aux exercices en appliquant les méthodes qu'on nous a donné. Et, si, j'ai bien compris, ça empêche pas les chercheur de faire des raisonnement, car il se trouve que, en pratique, quand on mesure, ça marche de supposer que l'univers est fait avec ces objets...

Alors, finalement, je fais pareil. J'ai pas compris. Mais j'applique les méthodes qu'on m'a donné. Quelqu'un-e veut que je mette des tirets, que j'alterne entre l'accord au masculin et au féminin, que j'évite tout mot à l'oral qui indique un genre... Pourquoi pas. Si ça leur fait plaisir. En fait, c'est même amusant comme jeu, un peu oulipien.

J'y comprend pas grand chose, je sais pas si ce que j'ai compris est correcte, mais ça marche. Ça me permet d'avoir des amis proches non binaires, et visiblement, je ne pense pas trop m'avancer en disant que ces gens sont biens avec moi aussi. Donc, sans comprendre, ça me suffit. :D

Notes

[1] j'exagère... un peu

[2] Oups, je m'ai gourré, ça s'est le spectacle de Florence Foresti, MotherFucker