JE D'EGO, le blog personnel d'Arthur Milchior

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mardi, juin 20 2017

Les coming-outs que l'on me fait

Je m’entraîne à refaire des billets courts.

Beaucoup de gens m'ont fait des coming-out (CO), confidentiels, à ne pas répéter. Ce qui est flatteur, parce que c'est un signe de confiance. J'ai quand même une interrogation.

  • Il est assez cohérente que des gens m'aient dit se questionner sur polyamour, ou sur le couple libre, ou encore vouloir découvrir le shibari. Pour un-e habitué de ce blog, il n'est pas un secret que je m'intéresse et pratique cela.
  • Des gens m'ont aussi dit se questionner sur leurs genres - alors que je suis cis. Ou encore sur la manière d'agir avec un-e proche qui se questionne sur leur genre. Des femmes m'ont aussi fait des CO en tant que lesbiennes ou bis - en me demandant des conseils sur le fait de draguer des filles - alors qu'à l'époque je me disais gay ! Je peux vaguement comprendre, parce que je parle régulièrement des sujets LGBT, et semble m'y connaître un peu. De fait, j'ai pu les rediriger vers des gens plus à même de répondre à leurs questions. Mais c'est assez surprenant pour moi, parce que ça semble indiquer que ces gens, faisant leurs CO, n'avaient personne de concerné autour d'eux. À cause de mon entourage, rempli de gens concernés par ces questions, j'ai l'impression que des LGBT, il y en a partout. Et, dans tous les cas, comment un gay est sensé savoir comment une femme doit s'y prendre pour draguer une femme ?

Par contre, aucun homme ne m'a jamais fait de CO confidentiels homo ou bi. Il y a des mecs que je sais être homo, bi ou pan, mais ce n'est pas confidentiel, je le sais parce que c'est connu de tout le monde. Par exemple parce que tout le monde sait qui sont leurs conjoints ou leurs exs. Mais des gens qui doutent, qui se questionnent, qui veulent en discuter, ça n'est jamais arrivé.

  • Peut-être est-ce de la timidité, car ils auraient peur que je prenne ça pour de la drague.
  • Peut-être qu'ils ont peur que je les drague. Peur pas totalement injustifié par ailleurs, je me met assez facilement à draguer. Cependant, je trouverai que c'est de très mauvais goût dans ce cas là. Parce que ça serait profiter d'un moment de doute, d’interrogation, bref, de la confiance d'un autre. Après tout, s'il vient pour de l'aide, théoriquement, il est beaucoup plus sensible au suggestion qu'on peut lui faire.
  • Peut-être que plus aucun homme n'a besoin de discuter pour l'aider à avoir des réponses concernant son orientation sexuel/romantique. Ou alors tout simplement qu'ils ne savent pas se confier.

samedi, juin 10 2017

Comment vous réussissez à affirmer: «Ne faites pas ça»

Comment vous faites pour avoir des certitudes sur la façon correcte d'(inter)agir avec d'autres humains ? Qui plus est sur la façon dont les autres humains doivent interagir entre eux ?

En vrai, je ne sais pas qui me lit, qui a des certitudes. Mais je sais que plusieurs potes me lisent, et plusieurs potes ont des idées très tranchées sur ce qui est correct ou non. Un peu comme les manuels de savoir-vivre, mais adapté à une époque qui prônent la liberté et l'égalité. De ce que j'en comprend, l'étiquette, telle que décrite dans le manuel de savoir-vivre, sert à envoyer le message «je suis de votre monde». Une sorte de code, pas secret, mais qu'il faut avoir pratiqué et travaillé, afin de montrer qu'on est prêt à s'intégrer dans un monde dont on ne remet pas en cause les règles. Cette étiquette a un sens - je ne l'apprécie pas, mais le comprend. On dit «il faut faire ceci», et la règle se justifie elle-même.

Mais, quand son but est de changer une partie du monde, parce que celui-ci nous ignore ou nous rejette, je ne comprend plus le sens de ces certitudes. J'ai énuméré récemments quelques certitudes avec lesquels j'étais en désaccords; plusieurs personnes me disaient que j'avais l'air énervé; je crois que «exasépéré» serait plus juste. Parce que, et c'est le sujet de ce billet, je ne comprend vraiment pas. J'ai lu des gens pour qui il était clair qu'il fallait (ne pas) ajouter certains groupes aux LGBT/queers, j'ai heureusement lu quelques avis plus modérés, dont le mien[1].

Enfin, j'ai lu que certains termes ne doivent pas être employés. C'est l'exemples dont je me servirai dans ce billet. Il ne faut pas utiliser le terme féministe si l'on est un homme, mais préféré proféministe. J'ai aussi lu qu'il fallait bannir le terme proféministe, et qu'on était féministe ou rien[2]. J'ai lu qu'il ne fallait pas employer les termes polygame, pédé, homosexuel, homoflexible, transexuel, xénogenre, nègre. Parfois, simplement accompagné de l'explication: c'est polyphobe, homophobe (deux fois), biphobe, transphobe (deux fois), raciste. Ce qui est un peu court comme explication. C'est suffisant pour faire comprendre à la personne ayant employé ce terme qu'iel ne sera plus le bienvenu si iel le réemploi, et qu'il risque d'y avoir des conséquences. Que ça soit une engueulade, l'expulsion du groupe, etc...

Mais quand vous dites ça sur twitter, à des gens qui ne font pas parti d'un groupe proche, que vous ne suivez pas... Quand vous dites ça sur un blog, sans savoir vraiment qui vous lit. Ça a quoi, comme sens, de juste dire «ne faites pas ça !» ? Quand je lis ces ordres, j'ai l'impression de voir comme une menace creuse ? Si vous dites, «ne faites pas ça, sinon vous allez poussez des gens au suicide», je comprend l'idée générale. Je peux être en désaccord, et pensez qu'on causera encore plus de problème si on respecte votre ordre que si on le suit pas. Je peux me dire que, en l'absence de certitude, il vaut mieux écouter ceux qui ont reflechi à la question. Mais si, en lisant un billet de blog, je repars avec la certitude que, l'unique raison pour laquelle j'écouterai son ordre, c'est de faire plaisir à l'auteur, ça ne me donne aucune envie de suivre son ordre. Et je suppose que ça sera le cas de la majorité des lecteur/rice-s.

Tout le monde est d'accord

Tout ces termes, des gens l'emploient. Parfois car ils ne connaissent pas d'autre, pas mieux. S'il y avait une unanimité, si tous les gens ayant réfléchi à la question refusent un terme, je comprendrai qu'on dise, sec, court: «n'emploie plus ce mot». Et qu'on donne l'ordre de le faire à ceux qui n'ont pas encore réfléchi, qui ne se sont pas renseigné. Après tout, ce sont des sujets qui n'intéressent pas grand monde, même pas moi. Par exemple, les mots «mariages gays» ou «théorie du genre» font partie du vocabulaire de la manif pour tous, tandis que «mariage pour tous» et «études de genre» feront parti du vocabulaire de leurs opposants. Employer tel ou tel terme indique dans quel camp on est. Ça peut aussi indiquer l'image qu'on met derrière ce terme. Le mariage étant le même pour les couples homos que pour les couples hétéro, on peut dire «pour tous»[3], si l'on pense que l'idée même de marier deux hommes ou deux femmes dénaturent le mariage, alors parler du mariage gay permet de préserver le «vrai» mariage, qui n'a pas besoin d'adjectif. Bref, le mot est important.

Les avis divergent

Mais parfois, des gens ayant réfléchi à ces questions emploient les mots que d'autres disent interdits. Et pas des gens à qui j'ai envie de m'opposer. Parce que les termes pédé, nègre et transsexuels ont une histoires, que des gens les ont utilisé pour se désigner eux même, pour désigner leurs groupes politiques, ou pour se réapproprier l'insulte. Et je ne vois pas de raison de leur dire de ne pas se qualifier ainsi. Bien sûr, on peut dire, «n'utilise pas ce mot, n'importe où, n'importe quand, sans savoir qui t'entoure». On peut préciser que ces mots peuvent mettre extrêmement mal à l'aise certaines personnes, parce que leur histoire n'est pas joyeuse, parce que ces mots sont, aujourd'hui, majoritairement utilisé par les ennemis de ces gens et que tu sembleras être un ennemi.

Mais, à force de répéter un simple «n'utilise jamais ce mot», des gens voulant bien faire, voulant montrer qu'ils sont avec nous, qu'ils appartiennent au groupe, répètent l'ordre «n'utilise jamais ce mot», et vont même le répéter à des gens qui l'emploient pour se désigner eux même. Si la personne n'est pas désigné par ce mot, si un hétéro dit à un pédé[4] de ne pas utiliser le mot «pédé», ça veut dire que des membres du groupes dominant vont dire au groupe dominé ce qu'il peut ou ne peut pas faire. Il me semble que ça s'oppose totalement au but initial de ces luttes. Si ce même hétéro le dit à quelqu'un qu'il ne connaît pas, peut-être le dira t-il à un pédé sans le savoir - et ça nous ramène au point considéré plus haut. Si un homo dit ça a un pédé ça me semblera toujours absurde, d'ailleurs, même si l'argument que je donne plus haut ne tiens plus.

Il suit de cet exemple que je n'ose qu’extrêmement rarement dire aux gens «ne fais pas ça», parce que j'ai toujours peur d'être cet homo qui dit «utilise jamais le terme pédé». J'ai peur d'être simplement extrêmement ignorant de tout un pan d'histoire et de réflexion, très pertinent mais peu connu. Je préfère souvent le questionnement: «y a t-il une raison pour laquelle tu utilises ce terme, même si argument contre ?». Même si, hélas, ce questionnement est parfois compris comme une manière poli de dire «tais toi», si l'interlocuteur/trice est de bonne foi, il lui arrive de réaliser que ça question est une vraie question.

Conclusions

Dans ce blog, je tente de donner mon opinion, et de rendre clair qu'il ne s'agit que d'une opinion personnelle. Si je change les idée des gens, cela me fait plaisir, mais pour autant que je sache, ça arrive extrêmement rarement. Je tente souvent de faire part de mes interrogations, de mes doutes, et en tout cas de ne pas faire ce que je suis en train de reprocher à d'autres.

Bien sûr, je ne vous dirai pas de ne pas avoir de certitudes. Je n'écrirai pas «ne faites pas de phrases impératives exigeant des gens d'agir d'une manière précise». Ça serait contraire à tout le billet. N'empêche, si j'arrive à avoir une réponse de la part de gens ayant l'habitude de dire «faites ceci», «ne faites pas ça», ça me rassurerait. Surtout si cette réponse n'est PAS «je fais ça, parce qu'on m'a dit de faire ça, et ça montre à mes proches que mon blog est un blog bien».

Notes

[1] Oui, je me lis. Et je dirai même que j'aime bien ce que j'écris.

[2] J'avais déjà parlé de cette question.

[3] Même si c'est mensongé, car il y a toujours des restrictions qui empêchent le mariage: age, capacité intellectuelle, nationalité...

[4] Je suis pour l'auto-désignation, si quelqu'un se dit pédé, pour moi, il est pédé.

jeudi, juin 8 2017

Question sur le boycott pour des sujets polémiques

Une question que je me pose, à laquelle twitter ne m'a pas apporté de réponse.

Je ne m'y connais pas beaucoup en économie, mais il me semble qu'il est bénéfique pour les entreprises que les marchés soient séparés. Parce que cela donne, certes, un marché plus petit, mais sur lequel il y a moins de concurrence. Et donc la possibilité de vendre plus cher le même produit.

Dans ce cas, quel est l'intérêt du boycott quand deux idées s'opposent ? Boycotter une marque qui contribue à la déforestation, à la mort d'espèces protégée, qui abuse trop de ses employés, qui fait met son argent dans des paradis fiscaux, je comprend. Je ne connais personne qui est pour tout ça. Par contre, disons qu'une marque de gâteaux supporte la manif pour tous, et un autre supporte des associations LGBT. Et que chaque personne ayant des convictions politiques choisisse de boycotter les gâteaux politiquement opposés[1]. Alors, le marché sera divisé en deux, et au final, les deux boites y gagnent.

Donc, quel est l'intérêt on aurait à boycotter ces vendeurs de gateaux ? Il me semble que le seul truc auquel ça pousse les marques, c'est à se politiser, à se rependre pour couvrir tout le spectre politique. Ce qui n'avantage ni les droits LGBT, ni LMPT. Sauf à supposer que les entreprises ayant donnés aux assoces LGBT aient vraiment une politique d'inclusivité envers les personnes LGBT - ce qui serait cool, mais est un autre sujet.

Note

[1] Ce groupe nominal est très bizarre.

jeudi, mars 23 2017

Les définitions (ne) sont (pas) importantes

Le point qui m'est le plus contre-intuitif le plus régulièrement dans les textes sur les questions de société, c'est les questions relatives aux mots et à leurs définitions. Et j'arrive à être surpris par les gens qui n'ont pas de définition unique et par les gens qui ont une définition absolue et indiscutable.

Pas de définition unique

Quand j'ai participé à une étude d'un géographe sur le polyamour à Paris, j'ai été étonné que sa première question soit: «comment tu définis le polyamour ?» Il fait de la recherche à ce sujet, naïvement, je m'attende à ce qu'il sache ce qu'est le polyamour. Tout comme il ne me viendrait jamais à l'idée de demander à qui que ce soit: «comment tu définis un automate ?»[1].

Quand j'ai lu un texte d'introduction à la philosophie des sciences, je me souviens avoir eu énormément de mal à considérer sérieusement un texte qui dit «la causalité selon Tel auteur». Parce que, dans les maths que je connais, si un objet est central, il a en général une définition précise et universellement accepté. Ou alors, il a plusieurs définitions, qui sont équivalentes, et un des premiers résultat de chaque livre est de montrer que les définitions sont équivalentes. Ce qui fait qu'une fois qu'on connaît toutes les définitions, on n'a jamais besoin de préciser laquelle on utilise, puisque ça ne change absolument rien. Étant donné que la notion de causalité est indubitablement centrale en philo des sciences, je m'attendais à ce qu'il y ait UNE définition. Potentiellement d'autres définitions secondaires appartenant à l'histoire de la discipline, plus utilisé aujourd'hui. D'autres définitions anecdotiques, histoire de montrer le côté vivant, l'évolution qu'à eu le domaine autrefois. Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait des polémiques actuelles, puisque je ne compte pas travailler dans le sujet, je voulais une définition clef en main.

Bon, bien sûr, même les mathématiciens peuvent souvent considérer des variations sur une définition. Dans mon domaine, on a pleins de types d'automates. Mais en général, on dira automate de Büchi, de Muller, fini, à pile... Mais quand on dit automate de Büchi ou machine de Turing, c'est pas en opposition à une autre définition. C'est juste que, intuitivement, c'est similair à un automate, donc on garde le même nom de base pour aider l'intuition. Mais on rajoute un nom histoire d'indiquer qu'en aucun cas il ne faut confondre les deux, ce sont deux objets différents.

Pour continuer sur mon habitude de mathématicien, il arrive aussi qu'un même mot ait plein de sens différents. L'exemple classique est le mot «normal», qui aura un sens totalement différent s'il qualifie une distribution de probabilité ou un sous-groupe - par exemple. Mais comme c'est des objets totalement distinct, sans aucun rapport, il n'y a aucune ambiguïté possible. On n'a même plus besoin de préciser de quel définition on parle, puisqu'il est impossible[2] de parler d'un sous-groupe normal d'une probabilité.

Tout ça pour dire, si: superficiellement, on est habitué à avoir plusieurs définitions pour un mot. En réalité, la définition est toujours unique.

LA définition indiscutable

Bon, supposons maintenant qu'on soit dans un des rares cas mathématiques où il y a une ambiguïté. Où un même mot pourrait avoir légitimement deux sens différents. Je ne connais aucun-e mathématicien-ne qui refusera de remplacer le mot par sa définition. En Coq, ça s’appelle la delta-reduction[3]. Si le mot disparaît, plus d’ambiguïté. Il ne faut pas faire disparaître plein de mots, et en particulier pas faire disparaitre des mots qui sont apparus lors d'une autre disparition, sans ça, le texte deviendra incompréhensible. Mais une seule étape de remplacement, ça reste acceptable, n'encombre pas trop la lisibilité et permet d'éviter toute ambiguïté.

Yudkowsky prend un exemple, qui m'a définitivement convaincu de ne pas argumenter sur les définitions. «Est-ce que un arbre qui tombe dans une forêt, isolé, et loin de tout humain, fait du bruit ?» Exemple classique de paradoxe, de problème sur lequel on peut se disputer longtemps. Si on remplace bruit par «onde se propageant dans l'air» alors il ne fait aucun doute que oui[4]. Si on définit bruit comme «quelque chose d'entendu par un humain» alors la réponse est non par hypothèse. Le problème disparaît. Ou alors on se réduit au problème de «quel est la bonne définition du mot "bruit" ?», mais au moins on a définit clairement le problème. Et ça me ramène au sujet de mon billet, les définitions.

Il est assez énervant, pour moi, que la même règle ne soit pas autorisé en dehors de sciences non humaines[5]. Pour prendre un exemple, le mot «homophobe» est extrêmement vague. Il est à peu près certains que frapper des homos, c'est homophobe. Est-ce que refuser aux couples de personnes de même genre (selon la société) de se marier est homophobe ? Selon Act-Up, oui. Selon la cour d'appel de Paris, non. Est-ce que demander à un garçon «t'as une copine» sans rajouter «ou un copain» est homophobe ? Je connais peu de gens qui défendrait cette affirmation. Mais certain-e-s arguerait que le simple fait de supposer l'hétérosexualité par défaut suffit à rentrer dans le cadre de l'homophobie.

Il me semble qu'on a clairement à faire à tout un tas de gens ayant des définitions différentes du mot «homophobe». Alors que si on remplaçait, un coup par «personne voulant un traitement différent selon le genre des membres du couple», un coup par «personne frappant les homos, ou voulant leur interdire de faire état de leur couple en public», alors le procès n'aurait pas eu de raison d'être.


Bien sûr, rationnellement, je comprend que «les mots sont importants». Par exemple, parce qu'un mot à un poid émotionnel, des connotations. Pire, tout ce qui entoure le mot est attaché au mot lui même - au signifiant[6] - et pas à sa définition - le signifié. Autrement dit, l'important publiquement, aujourd'hui, c'est «ne pas être homophobe», la définition de «homophobe» n'ayant aucune importance. Et réciproquement, il peut-être efficace pour faire évoluer la société que «homophobe» inclus «être contre le mariage des couples de même genre», puisque ça amalgamera ceux qui s'opposent à ces mariages et ceux qui commentent des actes violent. Et donc, rendra le refus du mariage inacceptable.

Bien sûr le dernier paragraphe caricature. Je ne connais personne ayant écrit explicitement une telle refléxion. Personne qui dit «je veux changer la définition du mot homophobie pour que la manif pour tous ne puisse même plus être en mesure de parlerq». En général, j'entend simplement «Ce que je donne est LA définition, et dire le contraire est homophobe». Il s'ensuit que le MOT est important en lui même. Changer le MOT aurait un coup élevé. Et pas uniquement parce que ça compliquerait le dialogue, au moins le temps qu'un ou deux nouveau mots s'imposent.

Pire, je suis forcé d'admettre que les mots sont importants pour des raisons légales et administratives. SOS homophobie, après tout, a pour but de lutter contre l'homophobie[7]. Tant qu'on est dans les actions de préventions, d'écoute, la définition exacte de l'homophobie n'est pas très importantes. Mais on peut imaginer que dans un procès, la définition de l'homophobie sera indispensable pour savoir si SOS homophobie -ou d'autres associations- est légitime à se porter partie civile ou non.

Remplacer la définition par les conséquences.

Quand j'interviens en classe, il arrive qu'on me demande si quelque chose est homophobie. Par exemple, est-ce que «ne pas vouloir qu'un ami soit homo» est homophobe. Je ne répond jamais oui ou non. «Oui» légitimerait cette volonté; ce n'est pas mon intention. «Non» fermerait le dialogue, puisque celui/celle qui me pose la question, en général, va entendre «oui, je considère que tu es homophobe» et se sentir vexé. Remplacer le mot homophobe par une définition quelconque n'aurait pas le moindre intérêt. Si je dis à l'élève qu'il «veut faire une différence en fonction de l'orientation des gens», je ne lui dis rien qu'il ne sait déjà. À la place, la vraie question importante, sera la question des conséquences. «Si un de vos amis se mettait à avoir la moitié de vos amis qui refuse de lui parler, vous pensez qu'il se sentirait comment ? Vous imaginez si la moitié des gens qui vous entourent décidaient tout d'un coup de s'éloigner de vous ? »

Notes

[1] Je précise que la majorité de mes résultats de recherches portent sur la théorie des automates

[2] Je suppose que on peut construire artificiellement des contres exemples, si on étend la définition de normal aux monoïdes, et qu'on considère le monoïde des distribution de probabilité, muni du produit cartésien. Je ne peux même pas imaginer pourquoi quelqu'un aurait besoin de faire ça.

[3] Et probablement plus généralement en lambda calcul, voir en théorie des langages, mais google semble vraiment pas clair.

[4] À moins que vous ne supposiez que les lois de la physique changent lors qu’aucun humain ne les observe. Ce qui est rarement défendu.

[5] inhumaine ?

[6] J'espère bien avoir compris la définition(sans commentaire) de ce mot... , vu que je sais avoir un linguiste dans mes lecteurs réguliers. J'espère qu'il ne verra pas trop de bêtise dans ce billet.

[7] Les LGBTphobies en vrai.

samedi, février 4 2017

De la comparaison de groupe d'humains

Je crois que je vais de méta en méta. D'abord je parle de trucs qui ne m'intéressent pas. Maintenant je vais parler de la manière de parler de ces trucs qui ne m'intéressent pas. Plus spécifiquement, de l'usage correcte des comparaisons dans une argumentation. Pas correcte au sens où la comparaison compare des trucs comparable. Correcte dans le sens que la comparaison ne fasse pas de dégâts. Qu'elle amène le débat dans le sens voulu par celui qui l'utilise. Ce n'est pas une réflexion finie, je serai donc particulièrement avide d'avis en commentaire, venant de gens ayant réfléchi à ces question; la comparaison a l'air très dangereux comme outil, et que je ne le maîtrise pas vraiment. Mes exemples ici vont être des comparaison de discrimination. Et comme je ne suis pas concerné par beaucoup de discrimination, je prendre des groupes auxquels je n'appartiens pas en exemple, j'espère néanmoins le faire de manière correcte et ne rien mettre de vexant pour les groupes mentionnés. Sinon, au minimum, j'aurai montré par l'exemple pourquoi l'outil est dangereux.

Comparer deux groupes dont on voit une similarité

L'exemple que je vois le plus souvent de comparaison dangereuse consiste à attaquer la consommation de viande pour des raisons éthiques. Plus précisément, comparer les éleveurs aux propriétaires d'esclaves[1]. Le souci c'est qu'une comparaison, ça se file, et la suite logique est de comparer les populations victimes de l'esclavagisme aux animaux. Et vous savez qui comparait les esclaves aux animaux ? Les esclavagistes.
Certes, dire qu'un esclavagiste a fait dit quelque chose ne rend pas la chose mauvaise. Peut-être que des esclavagistes ont dit à leurs enfants de se brosser les dents après les repas après tout. N'empêche, tenir un discours similaire[2] à celui des esclavagiste, à priori, ça ne semble pas être une bonne idée. Pour dire ça autrement, les animaux étant considéré en général comme inférieur à l'homme, la comparaison est néfaste pour ceux comparés aux animaux. On pourrait comparer ça à la loi de conservation du mouvement, si ça monte le groupe le moins bien considéré, ça descend le groupe le mieux considéré.

Cependant, ce n'est pas toujours aussi simple que ça d'argumenter contre cette comparaison. Elle est parfois faites par des anti-spécistes, qui disent ne pas faire de différence entre les animaux non-humains et les humains. Et dans ce cas l'argument précédent ne marche plus tel quel. En supposant l'anti-spéciste de bonne foi, alors dans sa tête, cet argument n'a pas vraiment de raison de poser problème. Ce à quoi ma réponse serait que, s'il cherche à convaincre, alors l'auditeur n'est pas déjà convaincu. Donc l'auditeur entendra quand même une comparaison avec un groupe que l'auditeur pense inférieur. Et une fois que l'orateur sait que l'auditeur entend ça, ça peut commencer à avoir l'air d'être une très mauvaise idée.

Pour dire ça autrement, pour un anti-spéciste convaincu, accepter l'idée que la comparaison soit problématique suppose de se mettre à la place de son interlocuteur pas encore convaincu. Ce qui ne se fait pas toujours naturellement. Ce qui peut être dur à faire quand l'autre a une opinion qui nous est totalement incompréhensible. Et de toute façon, une fois l'interlocuteur convaincu, que toute la terre sera convaincu, l'argument ne devrai plus être problématique... Par contraposée, et c'est là que le problème arrive, si l'orateur accepte que cette comparaison est problématique. S'il accepte que cette comparaison restera problématique. Il accepte implicitement que l'interlocuteur ne sera peut-être pas convaincu.


Pour résumer user de la métaphore entre deux groupes opprimés[3], si un des groupes considère que l'autre lui est inférieur - Ou juste considère que les oppresseurs pense que l'autre groupe est inférieur - alors la comparaison fera des dommages[4]. Et donc, la seule solution pour pouvoir faire cette comparaison, c'est d'accepter de faire que les personnes qui ne partagent pas ton avis - ici l'anti-spéciste - soient insultées.

Réfuter une comparaison avec un groupe qu'on n'aime pas

Le problème du paragraphe différent, qui dit de ne pas comparer, c'est que cet argument va à double sens. Si un groupe refuse d'être comparé à un autre, ça montre justement qu'un groupe considère que l'autre lui est inférieur. Ainsi, il y a bien des années, j'avais été choqué quand j'ai vu que GayLib, ex-cercle de réflexion LGBT[5] de l'ex-UMP, expliquait tout ce que l'UMP faisait pour, les homos, ... les handicapé, .... À l'époque, je trouvais ça intolérable, car je comprenais qu'ils disent qu'être homo et être handicapé c'est la même chose ! Aujourd'hui, je réalise que, d'une part, ça peut effectivement être un handicap pour certaines carrière - mais ce n'est pas dans ce sens qu'ils employant ce mot. D'autre part que cette réaction montre que j'avais internalisé que, être handicapé, c'est quelque chose d'honteux. Si ce n'était pas honteux, je ne devrai pas avoir de problème à ce qu'ils fassent cette comparaison. Je pourrai avoir des problèmes à croire à la véracité de l'affirmation de Gay Lib, mais ce n'est pas vraiment le problème que j'avais à l'époque.

Aujourd'hui, où je ne crois plus qu'il y ait quoi que ce soit d'honteux à être handicapés, je n'apprécie pas ce que j'ai pensé à l'époque. J'en conclue donc qu'il est aussi dangereux de vouloir faire des comparaisons que de les refuser.

Comparaison et intersection

Une autre raison pour laquelle les comparaisons semblent évitée en milieu militant, c'est que les discriminations se mélangent. Le principe de l'intersectionalité, c'est de dire que le sexisme/racisme/homophobie/handiphobie/polyphobie... ne sont pas vécue indépendamment les uns des autres. Les remarques polyphobes ne seront pas les mêmes pour un homme - le tombeur - que pour une femme - la salope, mot que se sont justement rapproprié les auteures de la salope éthique. Ça ne sera pas vécu pareil pour un homo - infidèles par nature - que pour un hétéro - un fantasme classique. Ou encore pas les même pour un blanc - le fameux ménage à trois français - que pour un noir ou arabe[6] - qui n'aura pas su s'intégrer. Or, en général, la comparaison nécessite de s'intéresser à deux groupes totalement distincts. En effet, comment comparer quelque chose qui se trouve dans l'intersection des groupes, faudrait-il le considérer en tant que membre d'un groupe, ou de l'autre ?

Pire: les phrases du style «X est le nouvel Y» ! Ça indique que la discrimination envers Y a disparu. Or, c'est pas le cas[7]. Et, c'est une chose de dire qu'une cause nouvelle est importante, c'est une chose beaucoup plus égoïste d'essayer, pour ça, de prendre la place d'une autre cause, qui est déjà reconnu, même si elle ne nous intéresse pas.

De manière générale, une remarque que j'ai régulièrement lu, c'est de ne pas prioritariser. On peut choisir de s'engager pour une cause que pour une autre, ça ne signifie pas que l'autre cause est moins importante. Il me semble que c'est du bon sens. Et même si ça n'en était pas, ça évite qu'on nous dise que notre cause n'est pas importante, et donc qu'on se mette les bâtons dans les roue les uns des autres. Il y a déjà assez de monde qui nous en met comme ça éviter les guerres intestines aux activistes[8].


Un gros souci que je vois, lié au fait qu'ils soit mal vu de comparer des groupes opprimés, c'est que parfois, ça interdit de questionner pourquoi, dans des situations similaires, des groupes sont traités différemment. Il peut y avoir des raisons totalement légitimes, venant de détails tellement infime qu'il n'est, en général, pas pertinent de les mentionner.

L'exemple le plus flagrant que j'ai, c'est Rachel Dolezal, une femme blanche qui s'est fait passé pour noire et a eu une position importante dans une association de défense des gens de couleurs. Durant 9 ans, elle s'est fait passer pour noir, il ne s'agit donc à priori pas d'une passade, c'est pas exactement un black face de halloween. C'était, si je comprend bien, sa manière de se présenter en société. Selon les sites avec lesquels je suis en général en accord, il est totalement inadmissible de comparer la situation de Mme Dolezal avec celle d'une femme trans. Ainsi, dans Why Rachel Dolezal’s Fake ‘Transracial’ Identity Is Nothing Like Being Transgender – Take It From a Black Trans Woman Who Knows, Mme Dolezal se fait traiter de menteuse, et l'auteur, une femme trans noire, écrit: «As a trans woman, I don’t like being compared to someone who’s a liar. I am not being dishonest by being who I am today.» Dans l'article attaquant[9] Dolezal, si les mots races sont remplacé par les mots genre, on obtient les attaques transphobe les plus classiques. L'auteur en est consciente[10], mais ne répond pas vraiment à cette remarque, puisque, encore une fois, en remplaçant race par genre dans sa réponse, on retombe sur une attaque transphobe classique.

Je tiens à répéter, je ne dis pas que Dolezal avait raison de faire ce qu'elle a fait, que c'est acceptable etc... je dis juste que j'aimerai comprendre pourquoi ça ne l'est pas, à partir de raisonnement qui ne sont pas auto-référentiel. Et de préférence qui ne soient pas non plus des référence à l'appropriation culturelle - qui est l'autre défense que j'ai vu - et qui, en filant la comparaison, seraient comme faire référence aux privilèges masculin d'une femme trans.

Comparaison et opposé

Le dernier type de comparaison qui me pose problème, est la comparaison entre un groupe et son «opposé». Entre un couple hétéro et un couple homo. Entre une relation mono ou une relation poly.

Par exemple, j'ai parfois entendu parler de la complémentarité du couple hétéro. On m'a demandé si ça ne me manquait pas quand j'étais avec un homme. Plus récemment, au café poly, quelqu'un a dit qu'après des années de vies commune les couples atteignaient une complicité. En se dispersant, en pouvant accorder considérablement moins de temps aux relations puisqu'il y en a plusieurs, est-ce que, par comparaison, on ne regrette pas cette complicité. En général, la question est de la forme «Ne regrettes tu pas tel avantage qu'à le groupe majoritaire». Et j'ai du mal car j'ai l'impression que, la question sous-entendu est: pourquoi ne rejoints-tu pas le groupe majoritaire ?[11]$

Supposons que mon interprétation soit, au moins en partie, valide. Dans ce cas, ce que me gène, c'est que ça sous-entend qu'on a le choix. Le choix d'être homo ou pas. D'être poly ou pas. On a des choix, on peut choisir de l'assumer, de le dire, de le vivre, ou de le cacher, de l'ignorer, etc... mais il semble assez couramment admis qu'on ne choisit pas de qui on tombe amoureux, qui nous attire. Et même si certains se posent explicitement la question, je ne crois pas avoir entendu de gens dire qu'ils ont choisis le fait de vouloir être mono. En tout cas, je peux affirmer que je n'ai pas choisi d'être poly. C'était simplement, soit ça, soit être aromantique.

De mon point de vue, dans tous les cas, la réponse correcte aux questions «tu es Y, ne regrettes tu pas d'être Y parce que ça implique P, qui est une chose regrettable», n'est pas de nier en bloc la pertinence de la question. Même si, par simplicité, pour se rassurer entre nous, on peut se dire que c'est plus simple d'ignorer la question, qu'elle est absurde et qu'il ne sait pas de quoi il parle[12]. Je doute qu'il y ait en vrai UNE complémentarité, je doute encore plus qu'il y ait statistiquement plus de complicité chez les monos que chez les polys. Mais je ne sais pas. Je me prétend scientifique, je n'ai pas envie de dire que quelque chose est faux car ça ne me plaît pas, sans avoir sérieusement réfléchi à la question. Et, outre que le travail de sociologie est ardu, je ne peux pas tester moi même 20 ans de couple mono puis 20 ans de polygamie pour comparer scientifiquement.

Bref, pour moi, la seule réponse que je conçois, c'est: quand bien même ces différences seraient vrai, elles ne sont pas importantes. J'accepte temporairement l'hypothèse que être uniquement en relation avec A pourrait encore augmenter notre complicité. Mais même sous cette hypothèse, rompre avec B, C et autre me parait un prix beaucoup trop grand à payer pour gagner cette complicité. Parce que si je suis honnête, c'est quand même le mode de fonctionnement qui me va le mieux, et que me prétendre mono serait autant mentir que me prétendre hétéro.

Et, ensuite, seulement ensuite, je pourrai rajouter un détail sur sa question. J'ai encore plus de mal à croire à l'existence d'une potentielle complicité basé sur un mensonge. Pourtant, se renier, refuser d'accepter et de vivre ce qui nous convient pour ressembler à la norme, j'appelle ça un mensonge. On continue d'admettre l'hypothèse qu'il y aurait en moyenne moins de complicité chez les poly que chez les monos[13]. Il n'empêche que je ne suis pas une population générale. À titre personnelle, je pense que j'aurai beaucoup plus de complicité dans une relation poly que dans une mono.

Notes

[1] Cf, par exemple, Making a 3ème spectacle, épisode 3, de l'humoriste Dan Gagnon.

[2] C'est curieux le hasard, je suis justement en train de faire une comparaison.

[3] je dis bien deux groupes, et pas un. Car implicitement, l'orateur prend le parti que «l'esclavage, c'est mal».

[4] C'est ce que je tentais d'expliquer dans Trois étapes de la déconstruction. Quand on pense une chose peu courante, même si notre interlocuteur le pense aussi, il faut réaliser qu'il pensera probablement qu'on ne le pense pas.

[5] Gay=LGBT c'est bien connu. Bon, je peux rien dire, je suis membre de SOS Homophobie

[6] j'ai jamais vu de témoignage de gens d'autres couleurs à ce sujet, donc j'éviterai d'inventer ce qu'ils entendent

[7] Pendant des années, pour Y=gaucher, j'avais cru que c'était le cas. J'ai malheureusement désenchanté.

[8] Sauf bien sûr si les militants sont en oppositions fondamentale, comme celle qu'il y a entre les défenseurs du mariage pour tous et de la PMA, et les membres de la manif contre tous, qui sont, après tout, eux aussi des activistes.

[9] Je parle d'attaque, parce que mentionner une procédure contre Dolezal dans ce billet semble être totalement hors sujet, et ne je vois pas ce à quoi ça peut servir pour appuyer le propos de l'auteur, à part en affaiblissant le parti de Dolezal.

[10] To be honest, this accusation really doesn’t surprise me, because a lot of people seem to think, that trans people transition to fool the people around them.

[11] Remarquez qu'il y a un test simple qui infirmerait mon hypothèse. Si la question est posé aux gens ayant un handicap physique visible, alors j'interprète mal. Car j'imagine mal quelqu'un suggérant à une personne qu'elle devrait abandonner son handicap vu que ça semble physiquement impossible. Remarquez la précision «physique visible», précision malheureusement rendu nécessaire par ceux qui accusent les gens ayant des handicaps invisible ou mentaux d'exagérer, de bluffer, de profiter...

[12] ce qui est pourtant le cas, il faut bien le reconnaître.

[13] Comment on mesure ça ?

vendredi, janvier 27 2017

Fais pas ci, mais pas pour moi

Je me suis longtemps demandé pourquoi est-ce que je ne vois grosso modo jamais de représentation où une figure d'autorité dit «ne fait pas X. Mais ce n'est ni pour moi, ni pour toi que je le demande. C'est à cause de cette maudite société !»

Léger spoiler de Khaos Komix jusqu'à la fin du paragraphe. Dans Khaos Komix, une mère interdit à sa fille de dire qu'elle est lesbienne à l'école. Elle dit que ce n'est pas par homophobie, mais qu'elle pense au bien de sa fille. Cette fille risque d'avoir des problèmes avec ses camarades des classes. Et contrairement au personnage gay de l'histoire, elle n'est pas une sportive qui peut se défendre facilement elle même. Dans ce cas là, pourquoi ne pas dire explicitement qu'elle est consciente que c'est une demande qui ne devrait pas être faite, qui est regrettable. Et ensuite dire que, dans le but de garantir sa sécurité[1], il faut qu'elle se cache. Voir, dans l'idéal, permettre à la fille de faire elle même le choix entre sécurité et ouverture, en précisant qu'en cas de problème, elle soutiendra dans toutes les démarches, auprès de l'école ou de la police, contre les agresseurs.

Prenons des exemples plus réalistes. Il y a un tumblr, nommé «paye ta fac», recensant des propos sexistes entendu à l'université. Je suis peut-être naïf, mais j'ai l'impression qu'il y a quelques propos qui sont là plus à cause de la formulation qu'à cause de l'idée sous-jacente. Prenons “J'ai mis un texte sur les cosmétiques pour vous les filles, parce que c'est très important pour être jolie.” Si c'était formulé comme: Aujourd'hui, les études montrent que, chez les femmes, l'apparence physique compte entre x et y pour-cents du salaire. C'est dégueulasse, mais comme je ne sais pas comment changer le monde, je tiens à vous prévenir: si votre but est d'avoir le meilleur salaire possible, c'est une compétence qui pourra malheureusement être utile. Et espérons qu'elle ne le soit plus le plus rapidement possible. Et précisons tout de suite que ce que je viens de dire n'est en aucun cas une justification pour attaquer celle qui se maquille de quoi que ce soit. Et encore moins dans un monde avec une telle inégalité salariale entre les genres ! Je ne dis pas que cette formulation est parfaite, loin de là. Mais dans les deux cas, passe le message que le maquillage aidera. Sauf que dans un cas, ça passe aussi le message que ce n'est pas quelque chose qu'on valide, que ce n'est pas quelque chose qu'on apprécie.


On m'avait conseillé de lire Stigmate, de Goffman. J'ai souvent le même problème, quand l'auteur dit que la personne stigmatisée doit faire celle ceci ou cela. Sans préciser «doit faire ceci, POUR éviter telle conséquence». En effet, il me semble que préciser la conséquence permet d'éviter de présenter cela comme une vérité absolue donné par l'autorité. Et remplace le tout par un choix que la personne fait. Un choix extrêmement regrettable, mais qui relaisse un minimum de liberté. Ceci dit, si j'ai bien compris, il ne donne pas d'ordre ou de conseil, en fait, il sous-entendu «j'ai constaté que la personne stigmatisée se retrouve à devoir faire ceci.» Donc, encore une fois, j'ai plus de souci avec la formulation qu'avec le fond.

Exemple personnel

Je me posais ces questions en théorie. Et puis j'ai eu à y être confronté. En tant qu'enseignant, je suis une figure d'autorité[2]. Un étudiant a nommé une variable MonCul dans un programme qu'il m'a rendu et que j'ai noté. Le programme était relativement correct par ailleurs. L'étudiant a prétendu que c'était en rapport avec la ville. Manque de pot pour lui, la dernière lettre de la ville prend un q. À titre personnel, j'en ai rien à fiche. Ça insulte personne. Ça renvoie vaguement l'image que le cul est un truc drôle et tabou, et pas une partie du corps comme les autres. J'aime pas cet image, mais c'est totalement hors de propos dans le cadre du cours. Je devais donc choisir quoi lui dire.

Finalement, je ne lui ai pas retiré de points pour ça, je ne me suis pas renseigné auprès de la professeur non plus pour éviter que ça lui retombe dessus. Par contre, je lui ai dit que certains enseignants risquaient de le faire. Je pense que c'était utile à dire si cet étudiant ne s'en rendait pas compte. D'un autre côté, si tous les enseignants réagissent comme moi, alors on continuera d'envoyer cette image que l'étudiant a fait quelque chose de mal, alors que ce n'est pas le cas.

Je me dis que, au moins si sa génération ne fait qu'entendre des avertissements, e rien de plus, ils ne les répèteront pas et ces interdits finiront par disparaître. Ce qui me fait peur, c'est le temps nécessaire à cette procédure.

Notes

[1] sous-entendu physique, la seule qui compte je suppose, puisque la seule qui peut être facilement vérifiée

[2] Idée qui me semble toujours étrange.

jeudi, décembre 29 2016

Ne pas critiquer ceux qui agissent.

Vous pourriez pensez que le billet qui suit a été causé par un événement précis. Ce n'est pas le cas. J'ai même voulu éviter de donner cette impression en laissant passer du temps entre un événement auquel ce billet s'applique et la publication de ce billet. Malheureusement, j'ai l'impression qu'il ne se passe jamais deux semaines sans que ce billet résonne avec une petite actualité. Et à un moment, il faut bien qu'il sorte.


Un autre[1] principe que j'ai depuis un moment, c'est de ne pas reprocher aux gens leurs manières d'agir pour une cause. Soit je suis en désaccord avec le but, et dans ce cas c'est pas la méthode choisit qui me semble pertinente à critiquer. Soit je suis en accord avec le but, mais dans ce cas, je préfère un petit progrès vers celui-ci que pas de progrès du tout. Bien sûr, si on agit ensemble, on peut discuter, débattre, de ce qui est le plus pertinent. Mais dans ce billet, je veux parler d'actions concrètes auxquels je ne participe pas.

Bien sûr, il peut m'arriver de penser connaître un moyen d'être plus efficace. Et parfois c'est vrai, si un travail manuel peut être remplacé par un programme informatique, c'est probablement utile de le signaler[2]. Mais parfois, je pense connaitre un moyen efficace par intuition. Et, n'ayant pas participé aux actions précédentes, ni au débat sur la prochaine action, je n'ai pas l'expérience qui me montre pourquoi un groupe à choisi telle action qui me semble contre-productive. Or, si je donne juste mon intuition, pensant savoir mieux que ceux qui ont réfléchi à un problème - je fais exactement ce que font tout ceux/celles qui expliquent à tel ou tel groupe qu'ielles serait plus écouté-e-s et mieux considéré-e-s s'ielles exprimaient leurs points sans action violentes (i.e. tag, grève, blocage d'un lieu ...) et sans s'énerver. Et en général, c'est pas quelque chose de très apprécié par ceux qui agissent, qui ont bien vu en général, quand ielles tentent juste de parler, personne ne s'intéresse à les écouter - à part peut-être des gens déjà convaincu.


Et je réalise qu'en fait, c'est très compliqué de respecter le principe mentionné plus haut. Difficile de ne pas reprocher aux gens leurs manières d'agir. Si tant est que je le respecte vraiment. Ainsi, j'ai commencé un billet sur Les Funambules[3], un groupe de musique dont la totalité des chansons traitent d'homosexualité. Parce que pas mal de points m'ont génés. Mais je ne publierait pas ce billet, c'est contraire au principe situé plus haut. Après tout, il font aussi un très bon boulot, il suffit pour en être convaincu d'écouter discuter le public qui sort du concert.

Pour être plus précis, je n'aimerai pas participer à ce qui a poussé le vidéaste Pouhiou à arrêter de publier sur youtube. Parce que même si aucun être n'est parfait - et Pouhiou demande les retours constructifs pour s'améliorer - j'ai l'impression que leur envoyer tant de critiques a des conséquences néfastes. Si ceux qui tentent d'agir globalement dans la même direction que nous s'arrêtent, ceux qui restent et continuent de s'exprimer publiquement seront ceux qui n'en ont rien à faire des critiques. C'est à dire ceux qui seront ouvertement LBGTphobes. Ou «pas LGBTphobe, mais...».

Remarquez que je viens de critiquer les gens qui critiquent. Et ces gens là, qui critiquent Pouhiou[4], c'est pas des gens qui disent que l'homosexualité c'est le mal. Certains aimeraient juste qu'il n'y ait pas {insérer ici une faute qui pour une personne semble énorme, et qu'une autre aurait pas remarqué}. Ou alors que, quand quelqu'un parle de son cas, il précise systématiquement que ceci n'est pas un cas général, parce que ça pourrait donner une vision déformé de l'ensemble des gens partageant une caractéristique précise. Je vais donner un exemple précis. Pouhiou dit aimer qu'on lui fasse remarquer s'il tient un propos sexiste, car ça lui permet de s'améliorer et de ne plus le refaire. J'ai vu des gens, bashant Pouhiou, en citant cette phrase et en commentant que ça montre qu'il serait fier d'être sexiste. Et que c'est une position d'homme privilégié, qui peut se permettre de ne pas s'intéresser à ne pas être sexiste par lui même. Sauf que, autant on peut se former par soit-même, lire, se renseigner - et j'ai peu de doute sur le fait que Pouhiou l'ai fait. Autant je ne vois pas, dans une société qui n'est pas égalitaire, comment il serait possible d'avoir 0 biais. Et en particulier comment s'améliorer sans retours extérieurs sur les petits biais. Peut-être que mon sexisme me cache une explication évidente, mais je ne comprend pas comment vouloir des retours pour s'améliorer en envisageant qu'on puisse encore être sexiste, soit pire que ceux qui disent «je ne peux pas être sexiste, la preuve: {Insérer un argument exonérant de tout ce qui sera fait dans le futur qui semblerait sexiste}»


Vu que je critique ceux qui critiquent, ça montre encore que mon principe est dur à appliquer. Après tout, je n'ai pas mis d'exception à mon principe pour dire «je ne critiquent pas les actions, sauf si les actions sont de critiquer.» D'autant que je comprend la finalité de ceux/celles qui critiquent. Lutter contre les stéréotypes, les fausses images, sur les groupes auxquels ielles appartiennent. Et ça peut aussi passer par le fait d'éviter les associations d'idées. D'éviter d'entendre répéter ce qui est le préjugé classique - qui correspond effectivement à une partie de la population, mais qui cache le reste de la population rarement représentée.

Mais, mon principe. Et ce que j'ai marqué plus haut, m'indiquent tous les deux que critiquer les créations pas parfaite n'est probablement pas quelque chose qui permettra d'atteindre le but recherché par nos actions. Sauf qu'en fait, je n'ai clairement pas de certitude absolu. Juste une intuition, qui vaut bien celle de ceux/celle qui critiquent virulament.

Précision

Je m'en vais donc préciser mon principe, suivi d'un exemple pour illustrer la nouvelle version du principe. Le principe est de ne pas critiquer les GENS qui agissent, ni même les GROUPES de GENS qui seraient facilement identifiable à partir d'une action. C'est à dire que critiquer des gens disant du mal de quelqu'un sur le web, c'est vague. Alors que si je disais «tout ceux qui ont fait l'action de mettre un préservatif sur l'Obélisque», ça serait trop précis. Même s'il n'y a qu'une action et pas de nom[5].


Pour prendre un exemple récent. C'est à dire il y a plusieurs semaines, mais j'écris lentement. Le ministère de la santé et des affaires sociales a sorti 4 affiches, montrant deux hommes se câlinant, avec un texte décrivant la relation entre ces deux hommes. Tel que «Coup de foudre / coup d'essai / coup d'un soir» et «Avec un amant, avec un ami, avec un inconnu». Et finalement, en bas, se trouve un texte disant «Les situations varient, les modes de protection aussi. Sexe entre homme: trouvez vos moyens de protection sur sexosafe.fr »

Ces affiches ont étés énormément critiquées. En particulier par des membres de groupes traditionnels tels que la manif contre tous. Je ne parlerai pas des actions de la manif contre tous. Elles sont surement trop efficaces: la PMA pour toutes les femmes ne passera pas sous Hollande. Ils jugeront peut-être ne pas être assez efficace: le mariage pour tous est passé. Mais dans tous les cas, si quelque chose me gène, ce n'est pas la manière d'agir mais le but recherché. À la place, je vais plutôt parlé ici de ceux qui répondent aux attaques de ces affiches. Mais avant, je vous redonne un peu de contexte.

Pour la première fois, je vois des gens que je connais défendre les affichages publicitaires. J'ai du mal à imaginer l'impact qu'auront ces affiches. Parce que j'ai du mal à croire que des gens auraient oublié de se protéger sans l'affiche, et y pensent grâce à elle. À part à la limite s'ils fournissent ces affiches pour les mettre dans les lieux où ces gens ont besoin de se protéger. Mais si le ministère met ces affiche dans les chambres à coucher, des gens risquent de râler pour cette invasion de leur intimité. Mais, admettons que ces affiches soient utiles. Ou que le site soit utile et que l'affiche fasse vraiment connaître le site.

La raison principale pour laquelle ces affiches sont attaqué, c'est... En fait c'est pas clair parce qu'il n'y a pas une voix unique expliquant au nom de tous le problème avec ces affiches. Par exemple, on peut facilement imaginer que les messages de ces affiches renforcent l'association mentale: gay = obsédé sexuel. On peut aussi imaginer que certains regrette cette association. Peut-être que les gays soient mieux acceptés dans la société - qui est supposé voir l'acte sexuel d'un mauvais œil en général. Peut-être parce que ça invisibilise les gays ayant envie d'une histoire d'amour comme dans les romans.

Bon, je vais pas être naïf, Laurent Ronssin, membre de la Manif Contre Tous, qui peint par dessus une affiche, ne le fait sûrement pour aucune des deux raisons que j'ai proposées ci-dessus. Cependant, il a peint les textes. Lui demander s'il a des problèmes avec deux hommes s'enlaçant ressemble légèrement à de la mauvaise foi. Peut-être a-t-il des problèmes avec ça, mais ce n'est pas ce que semble montrer la photo ou il ne cache que le texte. Notons d'ailleurs qu'il ne barre pas TOUT te texte. Les indications ministérielles en bas restent. Il barre la partie relative au sexe. Ces trois courtes phrases, commençant par «avec». Trois phrases qui sous-entend une action sans dire laquelle. C'est bien que ça ne dise pas laquelle, parce que, quelqu'un qui ne connaît pas déjà la chose, n'aura rien appris avec ce texte. Tout comme le sapin de la concorde n'aura évoqué autre chose qu'à ceux qui connaissaient déjà cet autre chose[6]. Et puis ça tombe bien que le mot avec soit vague, puisque «les situations varient».

Aparté. C'est moi ou la phrase «les situations varient» est hypocrite ? En regardant le site, on dirait que l'acte sexuel ne comporte que la pénétration entre mec cis ? Pas une seule mention de question de relation gay avec un homme trans. Ou de relation sans pénétration sur ce site. Dommage, j'aurai espéré mieux quand j'ai vu plusieurs journaux parler de prévention LGBT. (Remarquez, le L, même avec de l'imagination, il m'échappe totalement)


Une autre personne avait critiqué ces affiches en demandant comment il les explique à son enfant de 8 ans. Plusieurs réponses ont été proposées. Dont au moins une sérieuse. Et beaucoup en ce moquant ou en insultant. Et j'ai encore du mal avec ceux qui répondent à ces derniers. Par exemple, plein de gens mettent en relation cette pub et une myriade de pub sexiste. Disant que beaucoup de pub mettent en avant le corp de la femme plus que le produit mis en promotion. D'autres compare avec «marié au premier regard», l'émission de M6 proposant de marier des gens qui ne se sont jamais rencontré qui formeront des bons couples grâce à une méthode «scientifique». Bref, de mettre ensemble deux inconnus, qui accepteront théoriquement le devoir conjugal.

Si j'étais hypocrite je pourrais dire que: si ça se trouve, il a aussi du mal avec ces pubs et cette émission. On ne sait pas s'ils les apprécient(J'aurai tendance à supposer que, les groupes de plus d'une personne ont sûrement un avis distinct. Et qu'on pourra trouver des gens s'énervant contre ça. D'autres qui n'y font pas attention. D'autres encore qui apprécient. Et que ça va être compliqué de faire des statistiques plus précises). Cependant, cette remarque serait hypocrite, parce que s'il a choisi de montrer cette affiche de prévention et pas les autres affiche, cela montre que cette affiche a un problème que les autres non pas. Mais cette affiche n'est pas spéciale uniquement parce qu'il y a deux hommes s'enlaçant. Encore une fois, cette fois ci, le texte lui même fait directement référence à «la chose». On ne peut plus prétendre qu'on ne fait plus appel à l'imagination du public visé. Alors que quand vous voyez une femme dénudée à côté d'un produit en vente, on peut prétendre que c'est juste pour mettre une utilisatrice avec le produit. Certes, cet argument ne passe pas les statistiques, qui montrent une représentation fort différente des hommes et des femmes dans les publicités. Mais tant qu'on ne fait pas une analyse détaillée, on peut prétendre que c'est celui qui regarde la pub qui y met une interprétation qui n'y était pas à la base.

Si l'on considère effectivement qu'il ne faut pas parler de la chose sexuelle. En tout cas pas en parler à des enfants de 8 ans. Alors la question de ce père me semble honnête. La question peut révéler plein d'autres souci, sur l'éducation des enfants, le rapport aux corps, la manière dont ils réagiront lors des premiers amours s'ils ne savent pas quoi faire pour faire la chose sans risque. Mais le nom de ces problèmes, c'est slut-shaming, c'est pas homophobie. Et c'est une autre raison pour laquelle j'ai beaucoup de mal avec beaucoup d'arguments contre l'homophobie. Parce que se concentrer uniquement sur l'homophobie, et vouloir tout lui relier, ça évite d'autres questions qu'il serait importantes de traiter.


Je crois que j'ai beaucoup digressé. Là où je voulais en venir par ce long exemple, c'est que j'ai beau être en désaccord profond avec ceux qui se moquent d'une question. Avec ceux qui insultent ce peintre amateur en lui collant des raisons qu'il n'a pas lui même déclaré. Je n'ai jamais été donné ces arguments à qui que ce soit individuellement. Pas que par flemme. Aussi par respect du principe évoqué plus haut. Je crains que des gens partageant globalement les mêmes idées que moi soient de très mauvaise foi. Mais je ne suis pas sûr qu'ils ne soient pas plus efficace pour les buts que je souhaiterai atteindre. Et dans le doute, je n'ai pas de raison de leur faire de reproche.

Notes

[1] Autre, parce que je parlais déjà d'un principe dans «Pourquoi avoir comme principe d'écouter les concernés»et «Vie privée des autres».

[2] Mon expérience me montre que, même si une dizaine de gens se plaignent d'un process fastidieux, faire changer le process est encore plus compliqué.

[3] Discloser: j'ai en ami facebook quelqu'un qui travaille avec eux. Mais vu que c'est un groupe de plus de 200 personnes, je sais pas trop ce qu'elle y fait.

[4] Disclaimer aussi: j'ai rencontré une fois Pouhiou, à geekopolis. Et je lui reste très reconnaissant d'avoir partagé à ses suiveur-se-s le docu-fiction sur les Interventions en Milieu Scolaire et la traduction de Khaos Komix.

[5] Et que je ne vois pas de raison de les critiquer.

[6] Si vous n'avez pas la référence, c'est franchement pas grave.

vendredi, décembre 23 2016

Trois étapes de la déconstruction

«Être déconstruit» est un drôle de terme. Je ne suis pas sûr de l'apprécier. Mais je ne lui connaît pas de meilleur équivalent. «Être déconstruit» veut dire, si je comprend bien, chercher à se renseigner, à écouter les gens qui s'y connaissent sur un sujet (au lieu des experts qui parlent de ce sujet à la 3ème personne), et adapter son comportement de façon à moins exclure des gens. J'entends souvent «déconstruit» sans préciser à quel sujet. Et j'ai l'impression que ça sous-entend que la personne qui l'entend connaît un ou des sujets importants, et qu'il est clair et sous-entendu qu'on sera déconstruit sur ce sujet précis. Ainsi, les gens que je fréquente l'emploieront pour parler de sexisme, de genre, d'orientation sexuelle. Mais je n'ai vraiment pas l'impression que les questions de handicap physique, de situation économique, d'éducation ou de handicap physique étaient vraiment prises en comptes quand quelqu'un était dit être «déconstruit».

J'ai l'impression - basé sur rien d'autre que mon expérience personnelle - que la déconstruction passe par 3 étapes. Je me demande s'il y en a plus, et comment les découvrir. Je prend l'exemple du veganisme pour commencer, je tenterai de monter que ça marche pour d'autres sujets en conclusion.

L'exemple.

Une amie est devenue végétarienne par accident. Après une semaine à ne manger que de la nourriture végé, bio, locale, elle a découvert qu'elle était dégouttée par la viande[1]. Et elle trouve que ce n'est vraiment pas pratique. Quand on mange à l'extérieur, à un pot, un buffet, chez des potes. Je lui ai donc souhaité, à moitié en rigolant, que ça ne s'aggrave pas, et qu'elle ne devienne pas véganne. À ce moment là, une inconnue m'interromps pour m'apprendre qu'on peut être véganne est vivre très bien, qu'il n'y a rien de mal à ça, et que je devrai respecter les choix.

J'ai alors pensé qu'il y avait trois moyen de répondre. Selon les trois étapes.

Le principe.

La première étape, c'est juste dire le principe. Bien sûr que je ne respecte les gens. Je suis vexé. Simplement, je me soucie de la santé de mon amie et me demande si elle a tout considérer. Sinon ça peut être dangereux.

Je caricature un peu. On pourrait même dire que c'est exagéré de mettre ça comme une première étape. Seulement, il faut au moins remarquer que la personne est d'accord sur le principe que «respecter les choix» est important. On peut très bien penser qu'on sait mieux que les autres ce qui est bien pour eux. Même qu'il y a des professions basés sur ce principe. Donc énoncer ce principe est déjà un (tout petit) premier pas.

Notons en passant que, aussi légitime que soit ma crainte pour mon amie, il y a quelques petits trucs que je n'aurai pas considéré si j'avais sorti la réponse mentionnée plus haut. Acceptons l'hypothèse farfelue que, après plusieurs jours/semaines à penser à ce sujet, elle n'avait pas considéré les idées qui me viennent en moins de 2 minutes de réflexions. Disons qu'un regard extérieur aide. Je ne suis probablement pas le premier qui ait eut cette pensée en moins de deux minutes. Donc ce que je lui dit, c'est à peu près certains que d'autres gens lui ont dit. SAUF SI j'étais la première personne à qui elle se confie, mais ça ne semblait pas être le cas ici.

Je ne suis plus dans le mauvais camp

La seconde étape, que je remarque, c'est d'être au courant des discriminations subies. Ne plus être à la 1ère étape et savoir que la 1ère étape n'est pas suffisante. Qu'un beau principe ne suffit pas.

Dans ce cas, je pourrait répondre: Cela fait deux ans que je suis en relation avec des végétarien-ne-s et végan-ne-s, que j'apporte des gâteaux vegans (et sans gluten) à certains événements pour ne pas mettre à part les ami-e-s de mes ami-e-s. Que je cuisine des repas entiers vegans pour que mes ami-e-s se sentent bien reçu chez moi et veuillent revenir. Et je ne cuisine plus de viande chez moi, même s'il m'arrive d'en manger quand on m'invite. Donc, même si je ne suis pas végétarien, je connais assez ce sujet pour ne pas avoir besoin d'une leçon.

En fait, je suis même vexé, après avoir fait tout ces changements à ma cuisine, de me prendre ce genre de remarque. Qu'on m'est soupçonné d'être à la première étape, voir même ne pas avoir franchi la première étape.

Savoir que les gens subissent réellement

La dernière étape est plus complexe à décrire. Je sais qu'il y a plein de gens qui vont remettre en cause le choix des végans. Selon le degré de curiosité VS trollage, Ça va des questions sur les protéines à des questions sur la souffrance des végétaux. Il y a même un bingo de l'argumentation omnivore[2].

Mais surtout, je sais aussi que la personne qui s'est incrusté dans la conversation ne me connaît pas. Elle n'a aucun moyen de savoir que je ne dis pas(plus) ce genre de chose. En prenant quelqu'un au hasard, elle a une tellement bonne probabilité d'être tombé sur quelqu'un se méfiant du végétarisme que sa réponse est totalement justifiée.

Cette troisième étape, pour moi, c'est donc de prendre conscience qu'on appartient - qu'on le veuille ou non - à un groupe. Et qu'en tant que membre de ce groupe, il n'est jamais évident qu'on est «déconstruit».

Autre exemple.

Comme je l'ai dit plus haut, ça marche certainement pour d'autres sujets que le veganisme. Typiquement, les questions de non-binarité/transidentité. Je donne probablement l'impression d'être au moins à la deuxième étape. J'en veux pour preuve qu'un(e?) ami(e?) est venu ce confier à moi qu'il(elle?) se posait des questions sur son genre. Ce qui, en tant que cis me parait surprenant. Mais qui signifie que, pour quelqu'un qui ne connaît pas de (groupe de) gens concernés par ces question, j'ai l'air assez sûr pour qu'il(elle?) puisse s'adresser à moi, en sachant que ça sera sans risques (pas répété, pas retenu conter lui(elle?)), et que je peux avoir des réponses pertinentes. (Ici, la réponse a été de le(la?) rediriger vers des gens qui se sont posé ce genre de questions, et qui seront sûrement mieux placer que moi pour donner des pistes de réponses.)

Par ailleurs, un jour, pour je ne sais plus quel raison, je disais «un homme trans». Quelqu'un m'a interrompu pour savoir si je voulais bien dire «quelqu'un qui déclare que son genre est homme» et non pas «une personne assignée homme à la naissance et qui a déclaré que ce n'était pas son genre». Et je crois me souvenir que j'ai été vexé. Parce que après tant d'années à faire des IMS, il serait honteux que je ne connaisse pas cette notion basique. Ce qui me montre que je n'étais clairement pas à l'étape trois à l'époque.

Maintenant, j'ai hâte - et un peu peur - de découvrir l'étape 4, si elle existe.

Notes

[1] J'ai ouï dire que ce dégoût est commun chez les nouveau/elles végétarien-ne-s, et qu'il finit par passer. J'ignorai que ça arrivait aussi à ceux/celles qui n'ont pas choisi de l'être.

[2] Chercher cette image m'a permis de découvrir que des vegans ont aussi un bingo pour les végétariens.

samedi, décembre 3 2016

Vie privée des autres

Un principe de base, sur internet comme AFK[1], c'est de ne pas poster d'informations sur les autres sans leurs consentements. Enfin, c'est la théorie, parce qu'il y a pleins d'exceptions. Le plus évident c'est quand ça relève de choses interdites et que vous voulez faire cesser, et qu'il n'y a pas de moyens plus respectueux de tout le monde que de partager l'information. Quand je me suis fait voler mon portefeuille, je n'aurai pas attendu la permission pour crier au voleurs[2]. Dans un cadre plus sympathique, je pense aussi aux compliments relatif à une action publique de la personne. Je ne vais pas demander la permission à Selkio et Ryku pour dire que leurs sagas mp3 sont géniales.

Et encore, il y a une exception à l'exception. Des gens ont des pseudonymes. Je dirai publiquement du bien de la personne, mais uniquement en utilisant le pseudonyme. Quand bien même je connaîtrait leur nom, dire du bien avec le nom c'est déjà à éviter. Pour éviter par exemple que les moteurs de recherches ne fassent le lien entre les deux appellations. Par exemple, j'ai une amie professeur, je crois qu'elle ne voudrait pas que ses élèves tombent sur les vidéos de notre troupes de théâtre ou de ses spectacles de cirques. Il n'y a rien de compromettant, ou d'honteux, mais professionnellement, ça pourrait gêner. D'où l'idée de faire attention même sans parler de trucs considéré comme aussi personnel que l'orientation sexuelle/romantique, l'identité de genre ou l'état médicale.

C'est pour ça que, sur ce blog, je met pratiquement tout le temps un-e ami-e, un-e copain/ine. Ou que je nomme les gens par des lettres... Bien sûr, il y a toujours le risque que les gens qui me connaissant et lisent ce blog connaissent une personne dont je parle. Donc j'essaye en plus de donner suffisamment peu de détails - ou alors des détails faux - pour que le lien avec cette personne ne puisse pas être fait, même par quelqu'un qui nous connaît. Sauf si bien sûr ce lecteur connaît non seulement cette personne, mais connaît aussi l'anecdote dont je parle.

Parfois, je peux avoir l'air paranoïaque comme ça. Ainsi, si A me demande le pseudo twitter de B, ou son téléphone, je n'irai pas le donner sans vérifier le consentement. Le plus simple étant même de dire à A que je vais passer son contact à B, afin que B réponde si B le souhaite. Si A refuse, ça justifie la suspicion.


Voici donc un exemple où ce principe m'a posé un vrai problème. Où je n'ai pas donné d'information, en me demandant quand même si je devrai en donner. Voici aussi comment j'ai choisi de le résoudre, avec ce qui était, je pense, le moindre mal. Dans l'exemple qui suit, les gens qui connaissent A et B peuvent deviner de qui je parle. Les autres ne devraient rien apprendre sur les gens concernés, donc ce billet respecte le principe édicté dans ce billet. J'espère.

Une personne A appartenait à un moment à un groupe G de pote. Il y avait un principe P qui était une évidence dans ce groupe. Ce principe est suffisamment fort pour que dire du que ce principe est mauvais puisse suffire à y perdre des potes[3]. Puis A a totalement changé. A a discuté avec des gens d'un groupe pensant que P est très mauvais et devrait disparaître. A m'a expliqué ses arguments en privé en me demandant de ne pas répéter ça[4], sachant très bien que ça ne serait pas apprécié. Plus tard, peut-être car A avait moins de doutes, A a publié ses propos sous un pseudo A'. Certaines personnes ignorant d'ailleurs que A et A' sont deux identifiant de la même personne.

Une personne B voit que A' dit du mal de P, presque que P est mauvais. Et B voit que A' et moi semblons nous connaître. Donc B[5] me demande des informations sur A'. Et là, se pose à moi un dilemme. Si je dis que A', c'est A, je révèle des choses sur A que A n'assume pas forcément publiquement. D'un autre côté, si je ne le dis pas, B risque de le découvrir quand A et B se croiseront. Et les conséquences mentales, et sur le morale, peuvent être assez fortes. Je décide pour l'instant de ne rien dire, basé sur le principe énoncé plus haut, sur la parole que j'ai donné à A. Je me base aussi sur l'idée que, soit A ne dira pas que «P est mauvais» avec des gens du groupe G. Soit que A n'ira pas refréquenter ce groupe.

Plus tard, A me demande le pseudo twitter de B. J'explique à A le principe mis plus haut et que je préfère donner à B le pseudo A', libre à B de l'utiliser ou non. Je transmet aussi la demande à B, qui me donne l'autorisation de donner son pseudo B' à A. Notons que donner le pseudo implique que A est prêt à assumer auprès de B ses propos posté sous le pseudo A'. Je me permet donc enfin de prévenir B, en lui conseillant d'aller voir le compte twitter A' avant de voir ce que B doit choisir de faire.

Je rajoute donc un «trigger warning» au cas où. Parce que ce message est potentiellement désagréable pour B (comme ça l'a été pour moi et pour quelques potes qui sont au courant qui ont vu le changement d'opinion de A).


J'ai l'impression d'avoir utilisé la moins pire des solutions, en fonction des possibilité que j'avais à chaque moment. Mais j'apprécie pas. En devenant intermédiaire, j'ai l'impression de m'être lié au message «P est mauvais». Message que je ne partage pas du tout.

Et j'ai peur qu'en tout cas, émotionnellement, signaler le propos puisse avoir créer une sensation désagréable sur le moment. Je rationalise en me disant que ne pas avoir signalé le propos puisse créer une sensation encore plus désagréable à B plus tard. Mais je me dis aussi qu'une inaction aurait peut-être été plus simple, et je n'ai pas de certitude qu'elle n'aurait pas été mieux.

Notes

[1] Away From Keyboard, bref, en dehors d'internet.

[2] Mais les portes du métro ont ceci de sympathique qu'elles se referment et sont opaques. Donc même en sentant la main dans ma poche, impossible de voir qui me vole.

[3] Dire «P est mauvais» n'est pas équivalent à «dire du mal de P». Il reste parfois possible de critiquer les détails, l'implémentation. Mais pas de remettre en cause l'existence même de P.

[4] Je l'ai déjà écrit, je déteste avoir des secrets. En général je préfère refuser de l'entendre. Donc, soyez poli, commencez par me prévenir que c'est un secret, et ne m'imposez pas ça après coup.

[5] qui n'est pas un autre identifiant de A et A'. Sous l'hypothèse qu'une même personne ne peut avoir deux corps différents.

lundi, novembre 21 2016

Vous pouvez probablement agir

Une de mes plus grandes fiertés en tant qu'intervenant, sans compter les interventions elle-même, c'est quand quelqu'un me dit que je l'ai poussé à agir. C'est arrivé plusieurs fois, dans mon association ou ailleurs. En particulier grâce au témoignage sur les IMS en audio, mais aussi parce que j'en parle régulièrement sur twitter. De plus, des gens me contactent plus régulièrement. Souvent des gens loin de Paris, donc j'ignore s'ielles se sont lancés. C'est une des raisons pour laquelle, depuis des années, je continue de communiquer autour des interventions en milieu scolaire et pour adultes.

Et si ce billet réussit aussi à convaincre quelqu'un d'agir, j'en serai ravi[1]. Je présente donc trois moyens d'agir.

Attention. Je ne dis pas que tout le monde peut agir. Je sais que certains tiennent se discours, ignorant les privilèges qui vont bloquer d'autres gens. Je ne dis pas non plus que agir est réservé à certains gens. Bref. Je tente juste de donner des indications qui pourraient aider, sans vouloir vous diriger. Et encore. Si quelqu'un trouve que ça ne sert à rien d'agir pour un autre but que la révolution totale mettant fin aux cause de la totalité des injustice du monde, ou si quelqu'un pense qu'on ne peut rien faire, que rien ne change jamais, alors je n'ai aucun conseil à apporter.

Enfin, si quelqu'un agit pour avoir l'air d'une bonne personne[2], alors mes conseils risquent d'être assez mauvais. En effet il est plus simple de se vanter de conséquence directe que de conséquence indirecte de ces actes.

Les arguments auxquels je répond

Cependant, dans mon entourage, on me dit rarement qu'on n'agit pas par manque d'argent, de moyen de locomotion, ou parce que ça ne sert à rien d'agir si ce n'est pour tout soigner d'un coup. J'entends plutôt des «je n'aurai pas le courage/l'énergie.» Ou encore, «je ne supporterai pas de me prendre ça en face». Je suis probablement en cause d'ailleurs, puisque je parle plus souvent à ces gens des deux fois où des élèves m'ont expliqué qu'il serait normal de tuer des homos, donc de me tuer, plutôt que des classes banales ou amicales.

En bref, j'ai l'impression qu'une partie des remarques que j'en-tend sont due au fait que quand on s'imagine quelqu'un qui agit, on imagine: -les actions de AIDES, des FEMEN, des manifs avec gaz lacrymo et matraque.
-Ou alors quelqu'un qui va en face des gens[3], qui répond aux arguments, qui se prend des remarques déplaisantes, qui va parfois lutter pour se faire entendre.
Même que pour certains, c'est la partie «sexy» de l'activisme, c'est ce qui montre qu'une action a vraiment eu lieu. Les réactions à l'action prouve qu'il y a une raison d'agir.

Papier

Mais agir ne se résume pas à ce que j'ai mentionné plus haut. La plupart des associations ont une trésorerie à tenir, de la paperasse à remplir, des demandes de subventions à faire. Et souvent c'est les gens qui viennent pour l'action qui se retrouvent à faire ça. Tout simplement parce qu'il n'y a personne d'autre pour le faire. Vous pouvez donc avoir une action très concrète et sans vous exposer à des «ennemis». Vous pouvez libérer du temps pour le terrain à ceux qui veulent le terrain. Il vous suffit de venir aider à faire la partie interne. Ça, SMBC l'a dit bien mieux que moi. Et les savants fou créant les gadgets des super héros l'ont compris depuis longtemps.

Bien sûr, c'est sûr que vous risquez de moins pouvoir vous venter que moi, que vous recevrez moins d'admiration que les gens sur le terrain, et que vous ayez moins d'anecdotes à raconter en société. Mais si le but est d'être utile et pas d'avoir l'air utile, je pense que mon conseil est bon.

Créer et traduire

Bon, le dernier conseil s'adresse à des gens qui n'ont pas de phobie administrative. Donc un deuxième conseil.

Beaucoup de groupes de gens ne sont pas représenté dans les médias traditionnels. Voir même pas ou peu sur internet. Beaucoup de sujets sont majoritairement représenté par des clichés, ignorant totalement la réalité. C'est encore plus vrai sur l'internet francophone, qui est forcément plus petit que l'internet anglophone à cause de la taille de la population ayant accès au réseau. Et il ne faut pas oublier que beaucoup de gens ne parlent pas plusieurs langues, en particulier chez les jeunes. Donc, créer un contenu artistique représentant les questions qui nous tiennent à cœur, et les faire connaître, c'est déjà agir. Dans mon cas précis, j'ai traduit Fur-Piled et Khaos-Komix, des bd homo et LGBT respectivement, et par des retours que j'en ai eu, je sais que ça a aidé des gens. C'était pour moi un engagement ne me demandant pas de quitter mon domicile, c'est fort appréciable.

Traduire demande moins de temps et de talent que créer. D'autant qu'il n'est pas indispensable que la traduction soit parfaite pour être utile. Mais si vous pouvez créer, ça peut être encore plus sympathique à faire. Que ça soit une bd, une chaîne youtube régulière, des vidéos, des histoires, ou des blogs. Notons aussi que vous n'êtes pas obligé de vous exposer, montrer votre visage ou parler de votre vie. Vous pouvez parler de sujets qui vous tiennent à cœur sans vous mettre en avant.

Un des meilleurs exemples récent que je vois étant C'est ça l'histoire. On ignore d'où parlent les créateurs - à part qu'ils sont vegans et anarchistes. Mais ça reste un contenu très engagé, sur des sujets peut traité habituellement et très drôle - ce qui ne gâche rien.

Agir par des actions non sujettes à controverse

Bon, la dernière proposition demande certaines capacités. Rien qu'un blog, ça a l'air simple, c'est juste du texte. Si on a internet, on peut en ouvrir un sur word press ou tumblr sans rien payer. Mais être capable de produire un contenu qui intéressera certaines personnes, qui soit à peu près clair, réussir à coucher ces idées, dans un langage compréhensible, peut être complexe. Surtout si l'on n'est pas doué en orthographe, où on peut avoir l'air «enfantin»[4], et donc être décrédibilisé auprès de certains.

Voici donc une 3ème proposition d'action. Qui demande moins de créer soit même, et moins ennuyeux que la paperasse. Et encore une fois, une action ou presque personne ne s'opposera à vous. En fait, cette proposition est assez bête à écrire. Il s'agit d'agir pour des associations et des causes ne prêtant pas sujet à débat.

Par exemple, il est rare que des gens soient pour l'illettrisme. Il y a des associations qui luttent contre l'illettrisme. Et des bénévoles prenant de leur temps pour aller aider des gens à apprendre à lire. Je pourrai dire de même pour l'aide au devoir, l'usage des ordinateurs, ou l'enseignement du français. Et a priori, dans tout ça, il n'y a pas la violence directe qui peut effrayer. Bien sûr, on peut regretter que ce soit des bénévoles qui s'engagent. On peut regretter que c'est actions soient nécessaires. On pourrait espérer que l'état engage autant de gens que nécessaire pour mener ces actions de manière permanentes. Mais comme je disais en introduction de ce billet, je n'ai aucune idée de comment faire un changement globale et définitif.

Il y a même moyen de mêler vos actions à vos passions. Comme ceux qui font des actions pour faire découvrir et apprécier la programmation et/ou les sciences aux lycéens[5]. Ainsi l'École normale supérieure a une association qui s'adresse aux lycéens volontaires de lycées qui envoient peu d'élève faire des études avancés. Si on aime enseigner, voir naître une passion et l'aider à se développer peut être une sensation géniale.

À titre personnel, j'estime que remplir Wikipédia de contenu inédit et correct est aussi une manière d'agir. Ça peut être du contenu scientifique, histoire d'aider les futurs étudiants ou chercheurs voulant trouver ce qu'est un ensemble rationnel ou une structure de donnée purement fonctionnel. Mais ça peut aussi être du contenu niveau lycée, pour aider les lycéens à comprendre les sujets rajoutés récemment aux programme.

P.S.

J'aurai bien donner un 4ème moyen d'agir, donner de l'argent à une association défendant un but qui vous tient à cœur et qui justifie de son usage efficace. Mais j'ai rien à dire dessus.

Notes

[1] Un ravissement mitigé si j'apprends que la personne s'engage dans une association NBphobe par exemple.

[2] Et pour moi, tant que ça augmente le nombre d'action positive, c'est une raison totalement acceptable d'agir

[3] Au sens propre ou figuré. Répondre sur twitter, c'est déjà faire face aux gens. Le web n'est pas déconnecté du monde réel. Et la présence de gens défendant des idées est importante, pour ne pas montrer aux autres personnes qui ont les mêmes idées qu'elles sont seules. Que les *phobe n'ont pas de contradicteurs.

[4] Comme m'a dit un pote récemment

[5] On admettra dans ce billet que faire naître des passions et ouvrir un plus grand nombre de choix d'études sont des actions positives.

mardi, octobre 25 2016

Mots de passes des conversations

Il y a un truc qui me parait surprenant. Qui est certainement évident pour beaucoup de gens comprenant comment les relations humaines fonctionnent. J'ai l'impression, depuis quelques temps, d'avoir découverts des mots de passes qui débloquent automatiquement des conversations que je n'avais jamais auparavant.

  • S'il m'arrive de mentionner la notion de harcèlement de rue, de dire que c'est probablement plus simple pour moi d'être dans la rue tard, vu que je suis un homme, il y a quasi-systématiquement une femme pour partager un témoignage à ce sujet.
  • Depuis un moment je dis «ma copain» ou «mon copine», quand j'alterne les genre pour parlier d'iel. Je n'avais jamais vu autant de gens me disant être non-binaires. Parfois, plus rarement, trans.
  • Si je dis «mes copains/ines», je découvre que tout le monde à automatiquement une opinion sur le fait d'avoir plusieurs personnes. Bon, pour le coup, parfois, je me passerai très volontiers de ces opinions sur l'« infidélité ».
  • Quand je dis, au sujet des intervention en milieu scolaire sur les LGBTphobies, que c'est LGB ET T et qu'on passe un moment sur les quatre lettres, quelques personnes me disent être trans - alors que je ne leur demande jamais et plus de gens encore me disent avoir un-e ex/copain-ine/frère/sœeur... trans. Et souvent aussi le fait que des lieux supposé être LGBT les ont ignorés/pas inclus.
  • Si je dis que je suis informaticien, je découvre que plein de gens ont des soucis avec leurs ordis et aimeraient de l'aide. Donc, ce mot de passe j'évite.

Alors, par contre que si je dis que je suis mathématicien, en général, j'ai principalement la réaction de me faire changer de sujets.


Je parle de mot de passe, parce que, dans tous ces cas, je ne demande rien. Je ne demande pas aux gens de me raconter la dernière fois que des gens ont eu des gestes déplacés envers elles. Et, cela est probablement évident, je demande encore moins aux gens s'ils/elles sont trans.

Je me demande quel mot de passe il reste à découvrir.

samedi, octobre 15 2016

Pourquoi avoir comme principe d'écouter les concernés

Ce billet était un morceau d'un autre billet, que j'espère sortir avant mardi 18 octobre. Mais ce passage est devenu tellement gros que j'ai préféré en faire un billet à part. Et ça m'ennuie parce que j'ai l'impression de ne dire que des choses totalement basiques[1] et que ce billet sera peu intéressant.

Une militante m'a récemment demandé pourquoi je donnais tant d'importance à la parole des concernés. Concernés par n'importe quoi d'ailleurs: surdoué, trans, non-binaire, neuroatypique, sexisme, handicap[2], racisme. C'est pour moi un principe générale et je ne ferai pas le détail ici. À part pour des exemples. Je dirai juste que je ne met pas homo/bi dans le lot, vu que c'est un des très rare sujet de discrimination où je suis concerné.

Pourquoi je déclare avoir le principe d'écouter les concerné ? Ce qui est une excellente question. Parce que je n'y avais pas tellement réfléchi et que c'était devenu une telle évidence pour moi que, une fois que j'ai accepté que la question n'est pas ridicule, je me suis rendu compte qu'il était dur d'y répondre.

Car d'autres n'écoutent pas.

Tout d'abord, j'écoute les concernés parce que s'il y a bien un truc qui revient sans arrêt dans les témoignages, c'est la dénonciation du manque d'écoute. Les gens qui devraient les aider, leurs familles, les associations, beaucoup minimisent leurs problèmes. Beaucoup disent que c'est passager. Qu'ielles font «ça» pour se faire remarquer. Que ça passera tout seul. Que c'est à cause de l'adolescence, des hormones, des mauvais-e-s ami-e-s.

Ce genre de témoignage, je l'ai lu aussi bien par des trans, par des neuroatypique, par des surdoués, par des polys. Et même par des femmes qui dénoncent tel ou tel forme de harcèlement, alors même qu'on pourrait naïvement s'attendre à ce que cette population, qui n'est pas minoritaire, ait assez de poids pour être écoutée et cru. Bref, j'ai tant de fois lu l'horreur que c'est de ne pas être écouté que j'ai vraiment peur de faire ça aussi. Ce qui signifie peut-être que je surcompense un peu en écoutant trop, ou trop littéralement. Mais c'est un risque que je suis prêt à prendre

Car ielles savent mieux leurs intérêts

Ensuite, j'écoute les concernés parce qu'ils savent ce qu'ils ressentent et vivent. Des choses que je ne peux pas savoir. Que je n'ai pas de raison de penser qu'ielles mentent. Et même, j'ai des raisons de penser qu'ielles ne mentent pas. Puisque ces gens seront peu écoutées, mentir ne serait même pas efficaces pour grand chose. Je les écoute aussi parce que si des gens ont publié[3] sur ces sujets, ont peut penser qu'ielles y ont réfléchis. Que les mots sont pas sortis au hasard d'un générateur aléatoire de texte. Je sais d'expérience qu'écrire des idées peu courante peut être coûtant en temps et en énergie. Je n'ai pas de raisons que les gens témoignant de leur situation dépensent tant d'effort pour quelque chose qui n'est pas important. Ces gens peuvent utiliser des connaissances amassé avec le temps ou l'expérience pour arriver à des conclusions qui m'auraient échappées. Pour finir, ces gens auront des discours qui sont vraiment dans leurs intérêts à elleux. Si je ne les lisais pas et ne cherchait pas à écouter les concernés, mes raisonnement, aussi logique qu'ils soient, ne chercheraient à défendre que mes intérêts à moi. Mes intérêts pourraient parfois converger avec des intérêts à elleux parfois, et parfois non. Ou parfois, je pourrai penser qu'il me semble voir une convergence, et que lire des concernés qui dénonce cette prétendue convergence me ferait me rendre compte que je m'étais trompé.

Pour garder le même exemple. Dans le débat entre celleux qui acceptent les non-binaires/xénogenre[4] et celleux qui les rejettent, j'aurai tendance à prendre le partie de celleux qui acceptent. Mais c'est clairement dans mon intérêt, puisque j'ai des amis/relations non-binaire/xénogenre. Et que même les trans non non-binaire[5] que je connais sont - à une exception près - du côté qui acceptent les non-binaires. Bref, défendre un autre point de vue me créerait clairement des problèmes avec des proches. Mais cet argument n'implique pas qu'il soit une bonne chose d'accepter autant les non-binaires que les trans. Donc je me cherche à lire des propos de personnes trans, avec qui je suis en principe en désaccord, pour comprendre pourquoi et ne pas garder ce point de vue porté uniquement par mon intérêt.

Et là, je me dis que j'ai de la chance que mes proches soient, en général, du genre à comprendre que si je dis «ça n'implique pas qu'ils ont raison» ça ne signifie aucunement «ils ont tort» mais juste que je ne suis pas d'accord avec l'argument.

Parce que même s'ielles se trompent, je n'ai pas de raison de supposer que je me trompe moins.

Tel que j'ai compris l'argument qu'on m'a opposé, les gens oppressés ne savent pas par miracle l'action à mener pour mettre fin à l'oppression. Ça, c'est à peu près évident, il suffit de voir le nombre de mouvements qui ont échoués, qui ont été réprimés, récupérés, pour réaliser qu'un mouvement ne réussit pas simplement car David à affronter Goliath. Parfois Dolorès Ombrage réussit à rester à Poudlard, et même que le roman racontent comment elle a démasqué le grand vilain Dumbledore.

Simplement, même si la personne concerné par une oppression va proposer une solution qui échouera 99% du temps à faire avancer sa cause... je n'ai rien à proposer de mieux. N'ayant pas un point de vue neutre et la connaissance des véritables intérêts de tous les parties, je n'ai aucune raison crédible de penser que je saurai mieux que quelqu'un de concerné. Et ceci, même si je suis en désaccord avec la personne. Surtout si je suis en désaccord avec elle d'ailleurs, car c'est à ce moment là qu'il m'est nécessaire d'avoir un principe. Si mon principe me disait de n'écouter que les gens avec qui je suis en accord, et qui me semblent sensé, il ne servirait pas à grand chose.

Notes

[1] Basiques mais qui ont pris du temps à écrire/trouver, ce n'est pas contradictoire. Après tout, j'aurai du mal à parler d'énormément de notions de L1 de philosophie. Je pourrai peut-être faire un billet sur certaines. Aussi difficile que ce soit à faire, il n'empêcherait pas que le sujet soit basique.

[2] c'est probablement le sujet sur lequel il faut encore le plus que je me renseigne.

[3] Ce qui créé un biais très fort envers ceux qui sont capable de publier quelque chose, donc a priori excluant celleux qui sont informatiquement illettrés. Et aussi celleux qui n'ont pas communiqué assez pour que je découvre leurs textes. Mais je ne sais pas comment résoudre ce souci.

[4] Question: pourquoi ai-je voulu écrire exogenre ici ?

[5] Je n’emploierait pas ici le terme «trans binaire» car je sais que certain-e-s trans détestent ce groupe nominal. Prétendent qu'il est un non sens. Donc je fais quelques fois des périphrases. Même si j'avoue que je ne comprend pas en quoi le fait de se faire qualifier de «binaire» est plus insultant que se faire qualifier de «cis». Mais comme on m'a déjà dit à un sujet similaire, je suppose que c'est ma transphobie intégrée qui m'empêche de voir la différence.

samedi, juillet 9 2016

Ce que je n'écris ni ne partage

Il y a un mot-croisillon qui a beaucoup de succès en ce moment[1] [2]: #onVautMieuxQueÇa, Je suis bavard et pourtant je n'ai rien dit à ce sujet, ni ici, ni sur le site qui demande des témoignages. J'ai quelques petites contrariétés, comme le fait de devoir utiliser une partie des vacances d'été[3] pour préparer un cours[4] pour le 12 septembre. Mais franchement, rien de comparable à ce que je peux lire sur ce site. En fait, à part le fait que d'je ne sais jamais ce que je ferais en septembre avec plus de 3 mois d'avances, je trouve que j'ai un boulot vraiment génial !

Alors, certes, je ne parle pas de #onVautMieuxQueÇa. Mais ici, je parle parfois un peu d'activisme, des textes légèrement engagés sur des sujets très précis. En général, en rapport avec mes activités, ou avec ce que j'entend dans les milieux que je fréquente. Mais je n'aborde jamais la jungle de Calais, la loi travail, les attentats dans des pays qui ne font pas la une des journaux... Sur le blog, c'est pas vraiment surprenant, après tout, je n'ai rien à dire à ces sujets. Pas de réflexion personnelle. Je pourrai tout au plus répéter ce que je lis et m'indigner.

Mais sur les réseaux sociaux, je n'en parle pas non plus. Et non seulement je n'en parle pas, mais je ne partage rien, je retweet extrêmement rarement des choses non-drôles. Tout au plus je like sur facebook (sur twitter, mon like signifie juste que je veux garder le tweet avec un lien pour le lire plus tard). Parfois, je m'en sens un peu coupable, parce que si j'apprend tant de trucs en lisant ce que des amis[5] partagent, peut-être que mes amis seraient intéressé par des trucs que je trouvent intéressants.

Pour prendre juste un exemple, narrant des anecdotes d'intervention en milieu scolaire sur twitter, j'abordai la question des gay camp, ces colonies de vacances ou les parents mettent leurs enfants gays pour les faire redevenir hétéro. Numa Chassot, quelqu'un que je connais du monde de la saga mp3, et pour autant que je sache pas spécialement dans le milieu activiste LGBT, s'était étonné dans un tweet: «Wow. Y a pas beaucoup de gens qu'en parlent, c'est dommage. C'est pas normal que ça existe.» Donc j'ai probablement bien fait de partager un lien à ce sujet. Et je suppose que, cette remarque, marcherait pour tout un tas d'horreur que je lis, mais qui ne font pas la une des médias traditionnels. S'il n'existait qu'une dizaine d'horreur au monde, on pourrait déplorer que la 10ème soit ignorée. Mais vu le nombre d'injustices, il n'est juste pas possible de tout connaître. Et, pourvu qu'on ait envie d'agir, il est impossible d'agir pour toutes les causes.


Je ne sais pas pourquoi je ne partage jamais ces articles, ces témoignages, que je trouve captivant, et que j'aimerai que plus de monde connaisse afin que, le poid de la foule aidant, ces choses ne soient plus admise. Donc, je vais lister quelques raisons pour lesquelles je ne le fais pas. Sans savoir s'il y a une véritable raison dedans.

D'abord, il y a le fait que j'ai des doutes. J'ai toujours peur de partager un hoax. Je ne fais pas spécialement confiance aux journaux, ne serait-ce qu'à cause du nombre d'erreur que j'ai vu dans les rares articles où j'étais compétents. Et j'ai besoin d'une grande certitude, d'être vraiment totalement convaincu, avant de songer aller partager quelque chose. En particulier, quand il s'agit de témoignage d'une personne que je ne connais pas, car alors ma confiance repose sur la bonne foi d'un inconnu. Et même s'il y a plein d'inconnus de bonne foi, je soupçonne qu'il y a des tartufes. Il est bien trop simple de créer une histoire pour que personne ne s'en serve pour avancer leur agenda.

Et puis, j'ai un défaut, qui est horrible pour un prof. J'ai tendance à supposer que ce que je connais, tout le monde est déjà au courant depuis longtemps [6]. Après tout, les trucs important, je les vois passer et repasser, alors il n'y a pas de raison que la majorité des autres n'en aient jamais entendu parler.

Je crois que j'ai aussi peur des désaccord. Beaucoup des sujets que je pourrai partager sont polémiques. Et j'aurai énormément de mal à partager un article si je ne suis pas capable de le défendre contre des attaques construites. Pour prendre un premier exemple, j'ai récemment écrit un article sur la non-mixité, où je disais pourquoi ça m'avait semblé choquant, et pourquoi ça ne me le semblait plus. Mon propre article, j'ai eu du mal à le défendre, puisque la plupart des commentaires que j'ai reçu (sur facebook), n'abordaient pas l'article elle-même, mais la notion de non-mixité. Et pourtant, dans l'article, je ne prétend pas que la non-mixité soit une méthode efficace ou indispensable. Juste que ça me choquait moins qu'avant. Pour un autre exemple, un ami facebook partage régulièrement des articles du strass, le syndicat du travail sexuel. C'est typiquement un sujet à polémique. Et si, à priori, les opinions du strass me semblent en général assez argumenté pour me convaincre, et me dire qu'il y a des situations tellement choquantes qu'il est bon de les faire connaître. Je n'ai cependant pas cherché à me renseigner suffisamment sur les gens qui attaquent les idées du strass pour être certains de n'avoir pas laissé passer des failles importantes auxquels je ne pensais pas.

Un dernier point. J'aurai peur que, par ma faute, ces articles tristes tombent sous les yeux de gens pas prêt à lire ça. De rajouter une couche négative à quelqu'un qui ne va déjà pas bien. Dans l'absolu, je préfère que quelqu'un aille se renseigner par lui-même quand il est prêt à découvrir comment est une partie du monde; sauf que ce n'est pas possible de se renseigner partout. Ainsi, typiquement, moi-même, je sais que je n'avance dans le podcast cases rebelle que si je suis suffisamment en forme pour pouvoir encaisser les nouvelles horreurs que je vais forcément entendre.

Notes

[1] Ce qui vous donne une idée de combien de temps ce billet a été dans mes brouillons

[2] Je crois que j'insiste sur mes brouillons dans ces derniers billets, pour réaffirmer à un ami qu'il a tort quand il me dit que je ne me relis pas

[3] J'ai pas passé 3 jours sans écrire d'article/thèse depuis l'été 2014, autant dire que j'avais hâte d'avoir ses vacances

[4] le premier cours que je donne, la 1ère fois que je ne suis plus cantonné aux TD/TP

[5] au sens facebook, je ne le repréciserait pas ici. Et on peut dire que ce mot englobe les followers twitter.

[6] à part pour mes créations, que je suppose que personne ne connaît.

jeudi, juin 30 2016

Être quelqu'un de bien malgré les contradiction du milieu

Pour une raison que j'ignore, ces derniers temps, quand me vient une idée de billet, un sujet sur lequel j'ai envie de partager un avis que je ne vois pas souvent écrit[1], je tombe peu après[2] sur un article pour l'illustrer. Ici, ça viendra d'un article partagé récemment par un proche - auquel j'ai pas compris grand chose j'avoue, mais qui contient le passage suivant:
«Une personne d’un groupe opprimé auquel on n’appartient pas subit une agression liée à sa classe sous nos yeux. Deux possibilités se présentent : on peut réagir, au risque d’être accusé-e de paternalisme ou, ayant pris en compte ce risque, on peut ne pas réagir et être taxé-e de …iste ou …phobe. Alors que faire ??? Si vous avez une solution qui vous permet de garder la cote dans le milieu, je vous tire mon chapeau.»

Je n'ai pas de solution. Et je m'en fiche. Oui, quand j'essaye de faire les trucs bien (tm), il y a des fois où aucune solution ne sera homologuée «bien», par ceux qui se permettent d'homologuer, et c'est pas grave. Et ce n'est même pas parce que «Pour se sortir de toute situation délicate, on invoquera sans coup férir le droit d’avoir des contradictions et de les assumer ! C’est d’une simplicité enfantine, il fallait y penser[3] !» Dernière précision, au cas où. JE m'en fiche. Je ne dis pas qu'il faut s'en ficher, ou même que j'ai raison de m'en ficher. Je dis juste que je m'en fiche. Et puis je dis aussi pourquoi je m'en fiche, mais ça c'est en conclusion du billet.


D'abord, il faut que j'entende par ce que je dis «bien». J'ai mis des guillemet, des «tm», parlé d'homologation, je dois l'expliquer. Plus jeune et longtemps, je ne m'étais pas vraiment posé de question sur ce qui était «bien», et à priori, différencier ce qui est bien de ce quî est mal semble assez évident. Par exemple, imposer la non-mixité selon des genres, par exemple, me semblait clairement mauvais - à part pour des raisons d'intimité ou de sport. Maintenant, j'aurai tendance à penser que ce n'est plus «mal», mais sans avoir de certitude à ce sujet.

Mais, parler d'homologation du «bien», aussi étrange que soit la formulation, n'est pas une moquerie de ma part. Cela cache une idée sérieuse. Étant donné que je n'ai ni le temps, ni l'envie de me renseigner à fond sur chaque sujet, je ne le fais pas. Alors à la place, j'accord ma confiance à quelques personnes et quelques sites. Confiance que je peux reprendre si je suis convaincu que ces sources se mettent à dire de véritable grosses bêtises. Mais que je ne reprend pas forcément si j'ai l'impression que parfois, je ne suis pas d'accord avec eux, mais qu'ils sont tous d'accord sur des trucs qui m'échappent. Je pourrai bien sûr imaginer que c'est moi qui ait raison, et qu'ils soient d'accord entre eux uniquement par un effet de conformité de groupe. J'y crois peu vu le temps que ces gens passent à débattre sur des points de détails qui parfois me paraissent peu signifiants. Et comme justement je ne connais pas le détail de ces débats, de ces luttes, des conséquences contre intuitives qu'il peut y avoirs, je ne pars pas du principe que je ne suis pas[4] plus intelligents qu'eux et accepte de suivre leurs jugement.

C'est exactement la même démarche que celle qui fait que j'accepte la physique quantique, alors que je n'ai en réalité aucune idée de comment il a été démontré que ce n'est pas n'importe quoi. Ça semble globalement accepté par la communauté scientifique, et même si ça me parait étrange[5], je l'accepte parce que je fais confiance à certains en qui j'ai choisi de croire, à défaut de me plonger dans les vrais explications et expériences.


Simplement, parfois, les gens en qui j'accorde ma confiance ne sont pas d'accord entre eux. Et si j'écoute les conseils de l'un, je déplairai à l'autre, car les demandes sont fondamentalement incompatible. Je vous donne deux exemples, le premier me concerne un peu, le second plus général[6].

Il m'a été plusieurs fois reproché, en commentaire sur mon témoignage d'IMS, ou même par des élèves, qu'on ne parle pas assez de transidentité. Et il y aussi des gens qui disent que les cis ne devraient pas débattre[7](entre nous, ou avec eux) des questions trans. Puisque la plupart des intervenants sont cis[8], on prend la place des personnes concernées. Il est d'autant plus grave que nous parlions à la place de personne concernées que, statistiquement, il arrive qu'on parle à des élèves non-cis. Or là, on arrive avec notre position d'autorité, et on leur parle de ce qu'ils sont. Pour résoudre ces deux contraintes, il y a une solution évidente: intervenir systématiquement avec des non-cis. C'est «évident» dans la théorie, car dans la pratique, il y a peu de non-cis qui sont prêt à intervenir avec nous[9]. Donc soit, nous, les cis, on se tait, et on pourra encore plus nous reprocher de laisser un pan de LGBT sous silence. Soit on parle de ces sujets, et on peut nous dire qu'on parlent à la place des personnes concernées. [10].

Maintenant un second exemple, avec une problématique plus général, «féministe» vs «pro-féministe»[11]:
Certain-e-s féministes expliquent - en résumé - qu'un homme «pro-féministe», est quelqu'un qui refuse de s'engager en se disant «féministe», et qui veut simplement se donner une bonne apparence en disant qu'il soutient, sans s'engager lui même. En général, il semblerait qu'une part importantes de ces personnes sont accusées d'être là surtout pour draguer les femmes féministes[12] et endormir les soupçons. Ou alors, si ce n'est pour draguer, c'est pour se faire connaitre, et, aidé par les privilèges d'hommes, se retrouver en avant dans ces associations, se faire du réseau, avec tout ce que cela peut apporter comme conséquence positive personnelle.

D'autres féministes expliquent qu'une personne «féministe» n'est pas uniquement quelqu'un qui a des bonnes intentions, c'est surtout quelqu'un qui mène des actions effective pour faire avancer la société dans le sens voulu par le mouvement. Et par ailleurs, les actions doivent êtres menées par les principales concernées, ici les femmes/non-hommes, et que pour ne pas voler la parole, un homme ne peut pas être féministe au sens fort du terme. À la place, il nous est proposé le terme «pro-féministe», pour dire «je vous soutiens, je suis avec vous, mais je reconnais que ce combat est le votre et je vous laisse la place».


Dans ces deux exemples, je sais que quoi que je fasses, il y aura des gens pour me reprocher. Ou en tout cas, que je lirai que ce que choisi n'est pas bien. Et souvent, ces gens auront des arguments raisonnable avec lesquels je suis globalement d'accord, pour m'expliquer que je me goure[13]. Et comme je dis dans l'intro de ce billet: je m'en fiche.
Oui, on me fait des reproches quoi que je fasse... et c'est tout. Je m'en fiche, car en vrai, ça n'a aucune conséquence. Ni sur moi, ni sur les autres d'ailleurs. Je prétend que ces actions sont faites dans un but, par exemple, celui de tenter de contribuer à baisser le tôt de mal-être, voir même de suicide, chez les (jeunes) LGBT+. Je prétend que ces actions ne sont pas faites juste pour avoir l'air «bien». D'autant plus que, concernant ces questions de ce qui est «bien» et «mal», je suis finalement mon seul juge[14], personne ne me donne de cookies ou de médailles, et personne ne peut donc me les retirer. Je pourrai me faire virer de mes associations, mais faudrait que je fasse de vrais grosses bêtises; ou alors que par miracle on se retrouve avec trop de bénévole pour le travail qu'on a a effectuer, et ça, je ne crois pas que ça soit possible.

Et enfin, quand bien même je considérerai que me faire reprendre et critiquer serait une conséquence négative en soit, quand bien même je serai dans une situation inextricable ou, quelque soit l'issue choisie, je suis critiquée... Et bien du haut de mes privilèges, je pourrai toujours dire que ça me donne un infinitésimal exemple de ceux que subissent les gens qui, pour cause de tel ou tel stigmate, se prennent à longueur de temps des exigences contradictoires, qui parfois leurs pourrissent sérieusement et considérablement la vie. Tout en gardant le privilège immense que je peux quitter cette situation à tout moment, puisque je suis le seul à m'imposer de tenter d'être quelqu'un de bien(tm).

Notes

[1] et j'envisage le fait que ça s'explique par le fait que cet avis soit simplement idiot

[2] sûrement parce qu'avant la soutenance de la thèse, les articles pouvaient rester plusieurs mois dans mon dossier brouillon

[3] toujours la même source.

[4] Avant relecture, j'avais oublié la négation. Concluez-en ce que vous voulez.

[5] It's human intuitions that are "strange" or "weird"; physics itself is perfectly normal.

[6] J'aurai bien eu un troisième exemple avec «les non-binaires» vs «Les gens qui considère qu'il faut supprimer le genre et donc détestent les non-binaires qui en rajoutent», mais ce débat serait beaucoup trop complexe pour être résumé dans ce billet. Outre le fait que j'ai un parti pris évident envers les non-binaires.

[7] ici le «débat» consiste principalement à leur expliquer qu'un homme trans, il faut lui dire monsieur. C'est loin des exemples donné par Melunaka dans son tweet. Mais c'est déjà un débat compliqué avec les classes.

[8] C'est moins vrai récemment

[9] Il serait intéressant de savoir pourquoi, mais ce n'est pas le sujet de ce billet

[10] C'est ce deuxième choix qu'on fait, parler à la place des personnes concernées, puisqu'on rapporte les témoignages de trans et qu'on répéte des informations qu'une associations trans nous ont communiqué et ont jugé intéressant qu'on passe aux élèves. Et donc parfois, sans le savoir,, on parle aux élèves de ceux qu'ils sont. Et on leur en parler parfois avant que eux-même sachent explicitement ce qu'ils sont. Avant qu'ils n'aient trouvé les mots à mettre dessus et avant qu'ils ne sachent que d'autres personnes partagent ce vécu.

[11] Moi j'ai choisi mon camp, je suis aucun des deux

[12] Si se dire «pro-féministe» servait uniquement à draguer, il me reste à comprendre pourquoi cette personne tiendrait à draguer des féministes, mais je suis trop loin de ces milieu là pour pouvoir saisir toutes les implications.

[13] et je me dirais «oui, tu as raison, mais», et je me trouve une excuse après le mais pour dire que ce que je fais est bien. Par exemple, je ne débat pas des questions trans. Ou plutôt, je n'en débat pas avec des trans. Je n'en débat pas pour décider pour les trans. Je n'en débat pas pour informer un public large (médias, conférence, chaîne youtube (et encore, là, je vais dire un «MAIS», j'ai parlé de ce sujet à la première nuit originale, mais pour ma défense, c'était pas prévu, et j'avais peur que personne de concerné ne soit présent et donne l'information qui me semblait indispensable d'être donnée)). Mais je ne refuse pas d'en débattre avec d'autres cis quand ma partie du débat consiste à donner des informations qui viennent elles-même d'associations trans, et qu'en plus ces information ne outent personne.

[14] Et de ce point de vue là, je suis envieux des croyants. J'ai l'impression que ça serait rassurant de se dire qu'il y a un vrai juge impartial à la fin.

lundi, mai 9 2016

Non-mixité

Si tu ne sais pas ce qu'est la non-mixité, ou si tu ne comprend pas pourquoi c'est nécessaire, va lire la non mixité pour les nuls et les autres avant de lire mon billet stp. Je ne connais pas la non-mixité en pratique, puisqu'en tant qu'homme blanc valide et cis, il y a peu d'endroit officiellement non-mixité qui me concernent. Il serait donc absurde que je tente de faire une introduction à ce concept, et je partirai du principe que tu as une idée de ce que quels sont ces avantages[1].

J'ai vu passer, sur twitter, facebook, beaucoup de gens se moquant de certains «fachos» qui disent du mal de la non-mixité. Qui disent que la non-mixité est illégitime, raciste/sexiste, illégale[2]. J'ai vu retweeter[3], un phrase du style : C'est totalement inconcevable pour les blancs de ne pas être partout ? Alors, j'ai envie de répondre: oui et non. Oui, ça a été inconcevable pour moi. Non, ça ne l'est plus. Mais j'ai envie d'expliquer pourquoi ça l'a été - sans me faire l'avocat du diable, juste en expliquant quel était le raisonnement que je faisais à l'époque. Et aussi un peu de dire pourquoi ce n'est plus inconcevable, ce qui a changé.

C'est un exercice dangereux, car, bien sûr, je risque de dire des bêtises sans m'en rendre compte. Et je ne peux prétendre représenter «les blancs», juste représenté mon moi passé. Il est aussi possible que je ne dise que des évidences pour tout le monde et que je réponde à une question purement rhétorique. Mais je suppose qu'il était possible que, pour certains, les réunions non-mixtes soient une telle évidence qu'ils ne comprennent sincèrement pas pourquoi des gens pourraient s'en offusquer. Et si ces gens sont un peu comme moi, et apprécient de lire un point de vue opposé au leur quand il est expliqué, alors je pense que ce billet peut être intéressant.


Dans la théorie - un lieu merveilleux, la théorie, en théorie tout fonctionne bien - tout le monde peut aller partout. Enfin, aller partout dans les pays auxquels on a accès, et si on a l'argent se payer le voyage ou l'entrée du lieu qui nous intéresse. Mais si je ne peux pas m'installer en Russie ou au Canada sans demander certaines autorisations aux consulats, ce n'est ni une question de genre ni de race, juste une question de symétrie, la même qui fait qu'un russe ou un canadien ne peut pas s'installer en France sans les autorisations requise par notre pays.

Bon, il y a d'autres exceptions, je ne pouvais pas aller dans un autre collège que celui où la carte scolaire me mettait, mais c'était pareil pour les gens dépendant d'autres collèges, qui ne pouvaient pas venir dans le mien. C'était symétrique, et c'était une nécessité liée à un souci pratique de gérer je ne sais les 10 millions d'élèves de France. De même, je ne peux pas entrer dans les vestiaires des femmes, mais elles ne peuvent pas non plus entrer dans notre vestiaires. C'était encore symétrique et c'était aussi rendu indispensable par le besoin d'intimité[4]. Bref, l'important, c'est la symétrie.

Cette symétrie, c'est ce sur quoi la loi insiste de par la formulation des textes concernant les discriminations. Il n'est pas dit qu'il est interdit de discriminer envers les homos[5], il est juste dit, envers l'orientation sexuelle, réelle ou supposée. Il n'est pas dit qu'il est interdit de discriminer les femmes, mais en fonctions du sexe. Si un jour la discrimination se renversait et que les hommes ou les hétéros étaient les plus discriminés, ces groupes seraient aussi protégés par la loi. Et s'il y a des règles non symétrique, comme celles concernant le handicap, c'est qu'il y a de très fortes raisons intrinsèque qui laissent penser que cette discrimination ne peut pas se renverser.


J'ai un souvenir très précis qu'on m'ait expliqué qu'il était important de respecter les lois car ce sont les règles du jeu. Sinon, c'est comme si on essayait de changer les règles du jeu en cours de route, c'est pas juste pour les joueurs qui ne trichent pas. Ça fait longtemps que je réalise que l'héritage/l'argent familial est injuste[6], mais ces problèmes étaient indépendants de la couleur de peau ou du genre. S'il y a des restaurants dont le prix fait que seul des gens très riches peuvent se permettre d'y manger, il serait inconcevable qu'ils refusent de donner une table à quelqu'un à cause de sa couleur de peau ou de son genre, pourvu qu'il soit assez riche pour se payer le repas.

Mais justement, la symétrie que je réclamais plus haut n'est plus réclamée pour les questions de richesses. C'est tout le principe des impôts progressif et ISF qui font que les plus riches vont payer, non seulement plus en absolu, mais aussi en proportion. Le principe des bourses, des aides diverses, des cantines à taux variables, qui font qu'un coup de main sera donné aux moins riches - encore une fois, indépendamment des questions de genre ou de couleur de peau.

Dans cette logique là, déplorer que les chefs d'entreprise et les politiques soient majoritairement des hommes blancs me semblait aussi gênant que, par symétrie toujours, ceux qui dénonçait qu'il y aurait plus de voleurs chez les compléter avec la couleur de peau de votre choix. J'avais lu que la variable importante c'est qu'il y a plus de voleurs chez les pauvres, i.e. chez ceux qui ont besoin de voler pour (sur)vivre, que chez ceux qui ont déjà de l'argent. Et par symétrie, le problème concernant les patrons serait le fait qu'ils soient en majorité enfants de patrons.


Certes, je savais bien qu'il y avait quelques grands vilains racistes/sexistes, qui haïssaient et méprisaient les gens «différents», qui faisaient des cris de singe dans des stades de foot, qui battent leurs femmes. Mais, en quoi ça me concerne ? Moi même, je n'étais pas racistes. Qu'est-ce que je pourrai faire de plus ? À la limite, dire à quelqu'un que ce n'est pas correct d'utiliser une insulte raciste ou sexiste si jamais j'en ai le courage et que je l'entend dire devant moi.

À partir de ce moment là, où le monde est divisé entre raciste et non-raciste, j'aurais pu comprendre la non-mixité entre non-raciste. Ou entre non-sexiste. Mais rien ne permet de comprendre la nécessité de la non-mixité femme ou la non-mixité racisé. Ça n'aurait pas été inconcevable qu'il ait des réunions féministes[7] qui se retrouvaient sans homme, parce qu'aucun homme n'a eu l'envie d'y aller. Je ne pensais pas que les femmes soient moins objective, moins quoi que ce soit, et qu'elles aient besoin des hommes. Ce qui à l'époque m'aurait semblé inconcevable, c'est qu'il y ait interdiction à nous, hommes[8], d'y aller. De même qu'il m'était inadmissible de ne pas pouvoir me marier, même si je n'ai pas l'intention de le faire. Pour reprendre l'exemple des réunions de patrons, majoritairement homme blanc, ils sont peut-être non mixte de fait, mais si une femme racisée réussit aussi à devenir patron d'une grande boite, je n'imaginais pas de raison qu'elle ne puisse pas se joindre à ce groupe.


Ce dernier paragraphe est très manichéen, y a deux parties bien définis, en théorie. Et c'est lié une autre raison qui me faisait croire que la non-mixité était absurde. J'ai toujours connu les débats avec deux camps bien établi. Y a la gauche et la droite. Il y a les gens pour l'avortement et ceux contre l'avortement. On a fait des débats en Éducation Civique, Juridique et Sociale, et la classe se répartissait en deux camps. Je n'imaginais pas qu'il existe d'autres types de débats. Débattre entre gens d'accord, c'est refuser les idées des autres et se contenter d'entendre en boucle son opinion répété. Quelle est alors l'intérêt d'une discussion où tout le monde est d'accord ?


Ce billet a beaucoup utilisé le passé. Parce que je ne suis plus en accord avec les opinions que j'avais. Ce qui a changé depuis, c'est que j'ai la réponse à certaines questions que j'ai posé plus haut. Même si je suis sûr qu'il y a des tas d'autres arguments auxquels je n'ai pas pensé, mais le but de ce billet n'est pas de convaincre que la non-mixité c'est bien.

Qu'est-ce que je pourrai faire de plus ? Faire attention à ceux qui m'entourent, me dire que, statistiquement, si dans mon milieu professionnel, amical, associatif... il y a une grande proportion de gens similaires, ce n'est probablement pas un hasard. À titre personnel, accepter l'idée que le subconscient existe et qu'il peut être raciste/sexiste, car il a été dans une telle société, et que la bonne intention ne suffit pas à retirer tous les préjugés que la télé donne en montrant certaines personnes dans certains rôles.

Pour être un peu plus précis et reprendre la comparaison avec les jeux ci-dessus. Un jeu, c'est plus drôle de gagner quand on part à égalité. Or, des PNJ embêtent mes adversaires et pas moi. Je ne peux pas forcer les PNJ à m'embêter. Donc, si je veux un jeu équilibré, il faut une méthode pour contrebalancer l'action des PNJ. Forcément, ladite méthode aura un coût, et par équité, ça serait aux gens privilégiés de s'en acquitter.

En quoi ça me concerne ? Ça me concerne car il est probable que être blanc m'a aidé sur des tas de trucs sans que je m'en rende compte. Un exemple basique: je ne me prends pas d'insulte raciste. À la limite, j'ai eu UNE insulte xénophobe, quand j'étais au États-Unis et que des jeunes me reprochaient que Chirac ait posé son véto contre la guerre d'Irak. Mais rien que le fait que je sois capable d'avoir une anecdote sur cet événement marquant montre que ce n'est pas quelque chose qui m'arrive souvent.

De manière proche, si je porte la barbe[9], que je ne bois pas d'alcool, personne ne semble jamais avoir supposé que c'était pour des raisons religieuses. Donc ça me concerne car je n'ai pas à perdre de l'énergie à justifier mes choix.

Sinon, j'ai trouvé très rapidement une location à Paris, alors que j'ai entendu plusieurs propriétaires expliquer qu'ils refusent de louer à des gens de tel ou tel origine à cause de l'état où un locataire de cet origine a laissé l'appartement/parce qu'ils sont partis sans payer... Alors ça me concerne parce que le nombre de logement étant limité, j'ai augmenté la difficulté que les autres auront à avoir un logement.

Un exemple encore plus flagrant: je n'ai été contrôle qu'une fois par la police. Alors que je faisais un truc illégal[10], et je n'ai même pas eu d'amende. Et au vu des témoignages lus sur le contrôle au faciès, je doute qu'on ait tous une interaction aussi simple avec la police. Et donc en cas de problème je n'ai pas peur de porter plainte[11] ou de passer dire que j'ai perdu ma carte d'identité.

Quel est alors l'intérêt d'une discussion ou tout le monde est d'accord ? Tout n'est pas binaire. On peut être d'accord sur des grands principes, mais en désaccord sur des points qui ont l'air d'être des détails, mais qui sont néanmoins importants en pratique. Et puis, discuter entre gens ayant des bases communes permet d'aller plus loin, sans devoir ré-expliquer ces bases. Tout comme je fais mes conférences mathématiques pour des gens qui savent ce qu'est un raisonnement mathématique et pas pour les gens qui viennent dire «moi j'étais nul en math à l'école, ça sert à rien.»

Il y a bien sûr d'autres intérêts, mais ça reviendrait à expliquer les réunions non-mixte, ce que j'ai dit que je ne voulais pas faire, donc je ne vais pas m'amuser à répéter et déformer ce que j'ai lu ailleurs.


P.S. Je ne m'attende pas à ce que ce billet ait fait évoluer qui que ce soit sur la question de la non-mixité. Mais, j'avais lu sur un autre compte Twitter: Je n'écris pas pour faire changer les gens d'avis mais pour faire savoir à ceux qui pensent comme moi qu'ils ne sont pas seuls à le penser. Et cette phrase a été pour moi une Épiphanie, me faisant enfin comprendre pourquoi des articles féministes ne s'adressaient pas à un lectorat machistes.

Notes

[1] Pour le dire en langage militant, je vais tenter autant que possible d'éviter de prendre la parole des personnes concernées.

[2] Je suppose que ce dernier point reste défendable. Après tout, on peut arguer que la loi est mal faite et non pas que la non-mixité est injuste

[3] mais je n'ai pas noté le tweet à l'époque et je ne le retrouve pas

[4] qui perd du sens dans une monde non hétéro-centré, et qui est une horreur dès qu'on considère les non-binaires, voir les trans, mais à l'époque, je ne le voyais pas.

[5] La formulation «discriminer» est mauvaise. Après tout, selon la définition, en préférant un groupe de population, on discrimine ce groupe. Je ne sais pas comment dire «discriminer négativement» sans avoir une formulation lourde.

[6] Sans en tirer de conséquence pratique sur ma vie.

[7] Il semble que les comparaisons entre non-mixité racisée et la non-mixité femme pose problème. Néanmoins, je continuerai de la faire ici, car dans l'optique de ce billet, il n'y a pas de différence.

[8] Dire «nous» pour parler des hommes sera l'objet d'un prochain billet

[9] En vrai, j'ai perdu mon rasoir à Prague en octobre. J'ai jugé qu'il était trop cher de retourner le chercher, alors j'ai arrêté de me raser

[10] J'urinai contre un arbre dans la rue.

[11] Ce qui n'empêche pas de me prendre du victim-shaming et un refus d'enregistrer ma plainte - pour une infraction prescrite depuis, donc pas la peine de me dire qu'ils n'ont pas le droit de refuser.

samedi, août 15 2015

Ça ne m'intéresse pas

J'aimerai dissiper un malentendu que ce blog risque de donner.

Ce n'est pas parce que je parle de quelque chose ici que ça m'intéresse. Même si j'en parle souvent. Je vais dire la contraposé de cette phrase: je parle de choses qui ne m'intéressent pas. Et je fais pareil dans la vie de tous les jours.

Il y a des choses qui m'intéressent: le cirque, les cordes, faire des câlins, les mathématiques, la science-fiction, faire rire des gens, la saga mp3... et j'en parle autant que je peux. Ceci dit, je n'ai pas forcément grand chose à dire sur la moitié de ces sujets. Soit qu'il me semble que c'est évident, par exemple pour les câlins: on aime prendre quelqu'un dans ses bras, ou on aime pas, dans les deux cas, y a pas grand chose à dire de plus à ma connaissance. Soit je ne sais pas comment l'exprimer. C'est le cas des mathématiques, je n'ai pas d'idée de comment parler du côté passionnant de cet art.


Mais j'ai aussi énormément parlé de polyamour, d'homosexualité, de LGBTphobie, de genres... Alors, je vais être clair: ça ne m'intéresse vraiment pas. Le souci, c'est que même si ça m'intéresse pas, je m'y trouve confronté. Dans Le mot et l'ami, je parlais d'un vrai problème qui s'est posé à moi. Un problème lié à un sujet que je ne trouve pas intéressant, mais c'est pas parce qu'il ne m'intéresse pas que je peux ignorer le problème. J'essaye régulièrement avec la poussière, ça m'intéresse pas de faire la poussière, mais au bout d'un moment, j'ai pas le choix.

Bien sûr, je ne suis pas forcé de blogger. Mais mine de rien, ça m'aide de coucher mes idées par écrit. Et aussi de pouvoir derrière en discuter avec quelques proches à qui j'ai passé le billet. Donc je ne parle pas de ces sujets car ça m'intéresse, mais parce que c'est une étappe vers la résolution du problème mentionné. Ou au moins j'en ai l'espoir.a

Pareillement, l'homosexualité en tant que concept ne m'intéresse pas. Pas plus que de lire des ouvrages sur le cirque. Ce qui m'intéresse est de pouvoir pratiquer. Je ne m'y intéreses en fait que pour une seule raison: aider à s'accepter homo. D'abord, moi. Avoir lu Fur-Piled m'a aidé à accepter ça. Puis aider les autres, d'où la traduction de cette bd, car je ne connais pas d'équivalent en Français.

Encore une fois, traduire, à la base, ça ne m'intéresse pas. Mais ça m'intéresse que ça soit traduit, donc je m'y met. C'est comme passer le balais, ça m'intéresse pas, mais marcher sans avoir les pieds sales si. Et je sais bien que la plupart du temps, personne le fera à sa place[1].

Ensuite viennent plusieurs soucis. C'est quand même plus simple d'aider les gens à s'accepter s'il y a moins d'homophobie, donc lutter contre l'homophobie est l'étape d'après. Mais pour le faire efficacement, pouvoir répondre aux questions, je me trouve «forcé» à lire des ouvrages sur ce sujet, à me renseigner, et à fréquenter d'autres gens ayant ce but. Parce qu'en intervenant, on constate rapidement que son propre témoignage ne suffit pas.

Donc on rencontre d'autres gens, des gens parfois intéressé par ce sujet, car j'ai cru comprendre que pour les sociologues, l'humain est intéressant en soit. Mais plus j'en apprend, plus je réalise que y a pleins de nuances, partant parfois loin de ce sur quoi je voulais lutter au départ. Ce qu'on appelle l'intersectionnalité. Ainsi, j'en arrive naturellement à la biphobie, puis à ceux qui aiment au delà de deux genres, ou qui n'ont pas toujours eu le genre de naissance. Aussi au fait que l'homophobie ne se traduira pas de la même manière selon les milieux et les cultures, selon les genres ou les professions. Et qui si je veux répondre de manière correcte aux élèves sur ces sujets, je dois donc me renseigner un minimum sur le sexisme, la transphobie, la non binarité, le racisme, etc... un cercle sans fin.

Et puis, par ailleurs, ça ne m'intéresse pas, mais c'est une chance, il faut bien le dire, que ça puisse ne pas m'intéresser. Je parlais de sexisme; et bien pour un cas concret, le «harcélement de rue» m'intéresse pas[2]. Mais j'ai de la chance de ne jamais avoir à écrire dessus, car j'ai la chance de ne jamais y avoir été confronté. C'est pas 3 ou 4 compliment par des gens bourrés qui croient que cheveux long=femme, qui vont me faire dire que je connais directement ce sujet.

Donc c'est une chance de pouvoir ne pas être intéressé. Ça veut dire que je peux choisir ce que je vais décider d'attaquer comme problème, car aucun problème ne s'impose à moi. de même qu'à force de diminuer ma quantité de viande, je pourrai probablement devenir végétarien[3], et me mettre à militer dans une association végétarienne si ça m'amusait plus.


J'avais tenté de faire du bénévolat avec Talens, un programme à l'ens de tutorat de lycéen. Sauf qu'en regardant le programme, je comprenais rien à la physique de l'option math-physique. Ils semblaient partir du principe que tous les tuters scientifiques on fait de la physique après la terminale, (i.e. ont fait une prépa scientifique), donc j'ai abandonné dès la journée de présentation de Talens. C'est dommage car ça aurait pu être passionnant d'aider à faire avancer en maths des élèves intéressé, et faire découvrir l'informatique.

Eh bien, si j'avais pu faire le bénévolat avec eux, j'aurai pas fait d'intervention en milieu scolaire, et ce blog serait TRÈS différent.

Notes

[1] Toi qui te reconnaitras, tu me manques. Et pas que parce que tu as passé l'aspirateur quand je t'avais laissé seul chez moi.

[2] C'est très étrange à écrire, comme phrase.

[3] Le truc qui me retient vraiment, c'est quand je suis invité à manger, faire choisir un restau qui sert des plats végétariens/ou demander à l'hôte un plat spécial. Mais ça fait des mois que je n'ai pas cuisiné un plat de viande chez moi.

samedi, juillet 4 2015

Accepter ou pas.

J'ai écrit deux billets dont le fond me semble contradictoire: Le mag n'est pas un lieu safe. Et c'est tant mieux et Stonewall et celui qui donne une mauvaise image.

Dans le premier, je disais que c'est une bonne chose que des gens puissent être accepté même si intolérant - au sens où ils ne tolèrent pas certaines idées qui devrait pourtant être accepté dans le milieu où ils décident d'aller. En l'occurrence, qu'ils ne tolèrent pas ce qui donne une mauvaise image, et sortent de norme. Dans le second, je regrette que des gens se plaignent de ceux qui sortent de la norme. Ça peut sembler êtrange que je parle de norme quand je parle d'homo, qui par définition ne sont pas dans la norme hétérocentré. N'empêche que comme le disait Yagg récemment, même des conservateurs peuvent vouloir du mariage pour tous, car ça permet un retour à la norme qu'est le mariage.


Et c'est pour moi une grande question à laquelle je n'ai pas de réponse. Question que j'ai mis longtemps à formuler, parce que j'ai mis longtemps à voir les deux points de vue et à réaliser que j'aurai vraiment pas apprécié le jeune que j'ai été. Je m'explique.

J'ai découvert l'homosexualité... bon, d'abord, vient un film téléchargé sur kazaa, qui n'avait rien à voir avec le film que je voulais voir.

Puis plus tard via un site nommé «monchoix.net» (et non pas C'est mon choix... ). J'avais rédigé un témoignage, avec comme premier souci que: je n'ai pas choisi le titre. Et le titre qu'ils ont mis est un contre sens par rapport au texte du message. Là où je veux en venir, c'est que, j'ai été sur le forum. Et j'étais très mal à l'aise. Par des gens jouant à fond dans les clichés homo. En particulier un admin nommé «tante .... ».

Plus tard, j'ai découvert le mag. Je parle de 2005, donc rien à voir avec le mag que je connais maintenant. Où j'ai été acceuilli par quelqu'un d'éffeminé. Et je comprenais juste pas qu'on puisse le laisser acceuiller, car on devrait se douter que ça met mal à l'aise un jeune, quelqu'un qui au contraire aurait aimé voir qu'il y a autre chose que les clichés. Mais, ouf, heureusement, dans l'association, il y avait des gens non clichés, simplement, pas dans l'équipe qui gérait le mag.

Et là, j'aimerai bien croire au fait qu'on ne soit pas la même personne toute sa vie, car j'assume pas le paragraphe du dessus. Que ça soit moi qui l'ait pensé - et l'excuse de: c'était il y a 10 ans, ça ne me convient pas. Je trouve ce paragraphe horrible. Car quand je me met à la place de cet accueillant ben... ils vont pas lui dire «Désolé, tu vas pas accueillir, on est une assoce homo, mais faut être dans la norme. Si tu veux être bénévole, tu peux te contenter de nettoyer le mag quand il est fermé.»

Et ça se répète, encore et encore. Ce désir d'équilibriste de trouver une norme mais pas exactement la norme apprise par les disney, mais juste celle qui me fait. Le lieu safe pour moi. Mais comme disait Typhon en commentaire, «Sinon, comme disait Scott Alexander :
«One important feature of safe spaces is that they can’t always be safe for two groups at the same time. »


Toute honte bue, je maintiens que j'ai pensé ça. Je maintiens aussi que d'autres ont pensé ça. C'est même pour ça que certains regrettent que les seuls homos vu à la télé sont pratiquement que des clichés. En tout cas si on va dans les série/film/télé-réalité. Pas qu'il n'en faut pas, mais il faut aussi autre chose. Mais j'ai déjà écrit sur les représentations. J'ai beau tenté en IMS de dire «Ceci dit, il y a pas de problème à ne pas être «comme tout le monde», chacun est comme il veut. Normalement, y a aucun problème à ce qu'il y ait un ou deux efféminés dans le couple, y a rien de mal ! On dit juste que c'est pas une obligation. C'est pas vrai en général.», j'aurai probablement pas compris si on m'avait dit ça à 18 ans.

Il faut le dire, car il faut que des gens qui ne sont pas dans la norme d'expression du genre entendent qu'il n'y a pas de problème. Mais cette pétition de principe ne convaincra aucune personne qui n'est pas déjà convaincu. Et c'est ma question: qu'est-ce qu'on aurait pu/du dire à celui que j'étais il y a 10 ans. Existe-t'il un moyen d'être agréable pour ces deux groupes ? Parce que, si je suis pas capable de faire pour les gens comme mon moi du passé ce que je fais pour les jeunes homophobes, alors j'ai peur que mes IMS soient très hypocrite.

Et j'ai pas de solution.

vendredi, juillet 3 2015

Stonewall et celui qui donne une mauvaise image

Je commence à voir des tweets sur Stonewall, le film. Sur la réécriture de l'histoire.

Je suis pas historien, j'ai donc pas moyen de vérifier qui a raison. Pas vraiment de documents, de sources, pas moyen de vérifier la fiabilité des sources qu'on me montre. J'ai donc beaucoup de mal à discuter d'autre chose que du présent quand je parle avec des gens qui s'intéresse à ces sujets.

Pourtant, j'ai du mal quand je lis "vous n'avez pas de mémoire", pour justifier de refuser à un parti politique ou un syndicat d'aller à une gay pride/marche des fiertés. Car historiquement, on peut toujours remonter à un moment ou tel parti/syndicat ne voulait pas parler des questions LGBT, ou alors pour les criminaliser. J'avais vu sur le panneau de l'hômonerie un vieux tract syndicaliste regrettant la présence d'homosexuel dans le syndicats, qui sont des gens égoïste qui pensent qu'à leur plaisir, donc forcément bourgeois, au lieu de penser à repeupler la France après la guerre. Bref, si on avait vraiment de la mémoire, seul les groupes récents auraient le droit de marcher.

Ce qui ne veut pas dire qu'il faut accepter tout le monde. Il peut y avoir d'excellente raison de refuser un parti raciste - en fait, c'est une excellente raison en soit - mais la raison historique me semble être un argument fallacieux.


J'ai discuter récemment avec quelques personnes. L'une d'elle avait peur d'être un mauvais exemple pour les polyamoureux, car il tomberait dans plein de clichés (bi, kinky,...) et donnerait une mauvaise image. Ce à quoi, sans vouloir lui dire quoi faire, j'ai dit qu'historiquement, ça a été grâce à des gens donnant une mauvaise image que les droits des homos on pu avancer.

Les premiers militants, ceux et celles à l'origine de la gay pride - entre autre - , n'étaient pas les gens respectables, mais des gens qui étaient dans un bar, à priori pour passer un bon moment, s'amuser - ce à quoi sert un bar - c'était des trans, des drag-queens, des butchs... aussi des gens racisé, mal vue par la société raciste, des gens qui étaient déjà visible, ceux dont certains disent aujourd'hui[1] qu'il nous donnent une mauvaise image. Des gens, qui, quelque part, n'avaient pratiquement pas le choix, car déjà visible. Donc, si je transpose au contexte actuel, c'est pas grave de "donner une mauvaise image" des polys, ça empêche pas d'avancer sur ces sujets, et au moins, ça sera une première représentation, qui pourra aider ceux qui se reconnaissent plus dans ce genre de relation que dans les relations plus traditionnelles. Plus tard, d'autres images pourront être données.

Une autre personne de la discussion a répondu, pour longuement expliquer[2] que, non, la marche des fiertés, c'est pas un lieu pour drag-queens et pour s'amuser, c'est une manifestations et qu'elle se bat contre cette image qui empêche que la marche soit prise au sérieux.


Et ça m'énerve, car, factuellement, à part ma bonne foi, j'ai rien pour argumenter du fait que je dis pas de bêtise. J'ai pas de document historique ou d'article à lui faire lire en pleine discussion. Et ça m'attriste qu'elle rejette le problème sur ces gens "non respectable" au lieu de l'attribuer aux LGBTphobes.

Parce que, de toute façon, si c'était pas "eux" qui étaient les plus extravagants, ben... ça finirait par être "nous" les plus extravagants, et qu'on se prendrait les remarques que "ils" se prennent, parce que les intolérants seront toujours là et que ils vont pas "nous" dire "Ok, c'est bon, vous êtes un peu marginaux, mais vous, ça va". Or aujourd'hui "nous" pouvons aussi entendre "Eux, je les aime pas, mais toi, ça va, t'es pas comme eux". Ce qui fait que, paradoxalement, ces "eux" nous protègent, ils font paratonnerre, c'est parce qu'ils sont là que les intolérants ne déversent pas toutes leur haine contre "nous".

Je met des guillemets, car c'est pas clair qui sont "eux" et qui sont "nous". Par exemple, si je parle d'homosexualité, alors "eux", c'est les gays efféminé, maniéré... mais vu que dans la rue on me dit parfois "madame" depuis que j'ai les cheveux long, je ne sais pas définir est "nous". Mais pour donner l'exemple du jour où ça m'a marqué. J'étais allé au cirque, habillé plus bizarrement que d'habitude; j'avais décidé de mettre un sarouel[3], une chemise "médiévale" (qui ressemble au costume de Link, fermé par des lanières), et un tout petit chapeau de quelques centimètres de diamètre, avec une voile, acheté à geekopolis. J'étais avant passé chez mes parents; et ma mère dit que ce qui la gène, c'est le voile du chapeau. Or, honnêtement, même si c'est le voile le plus visible, je ne crois pas une seule seconde que s'il n'était pas là, elle n'aurait pas critiqué ce chapeau (qui est inutile, même si je le trouve joli), ou refait la critique qu'elle avait déjà sorti sur le sarouel. Encore une fois, c'est illusoire de penser qu'il suffit de faire comprendre aux plus visible d'arrêter d'être visible, puisqu'il y aura toujours un "plus visible", et que si le plus visible actuel disparaît, ça veut juste dire que ça sera son tour.


Et ce qui est dommage, avec ce film Stonewall; tout comme avec le film sur Harvey Milk avant, c'est que ça va donner une vision si parcellaire[4], voir déformé, que ça complexifiera encore la tâche de ceux qui ne veulent pas être "respectable" et qui continueront de se faire critiquer par ceux qui obtiennent des droits grâce à eux. En effet, ça donnera un argument à cette femme, qui m'a longtemps expliqué que je n'avais rien compris, puisqu'elle pourra naturellement me dire de voir ce film.

Notes

[1] J'ai écrit "certain", troisième personne, car moi je le disais hier. Désolay.

[2] Elle explique longuement. J'ai quand même eu le droit à 5 minutes d'explication de la part de cette personne, qui est prof, et qui tenait à me dire ce qu'était une intervention en milieu scolaire, car elle en a vu une, et que, eux, c'est des bénévoles !

[3] mauvaise idée pour les acrobaties, je l'ai appris ce jour là.

[4] sans vouloir remettre en cause l'oeuvre de Milk, d'autres activistes mériteraient un film et un intérêt comparable à celui qu'il a eu. Un film mainstream et pas réservé aux cinéclub et aux festivaux militants.

jeudi, juillet 2 2015

Reprendre des gens

J'ai, ces derniers temps, un problème que j'ai pas vraiment vu traiter dans les blogs de gens bénévoles/militant que je suis. Comme montré par sinfest, quand on commence à voir des discriminations, on les voit un peu partout, dans des trucs invisible à la majorité des gens. Et donc, que faire dans ce cas là ? C'est une question suffisamment problématique pour que ce billet ait traîné plusieurs mois dans mes brouillons avant que j'en sois satisfait.

Que faire quand quelqu'un a un propos problématique. Les deux extrémités sont:

  • Rien. C'est d'autant plus simple que j'ai quand même une situation ou elles ne s'appliquent pas à moi. Mais dans ce cas, pas d'IMS.
  • Signaler tout le temps et sans arrêt dès que je le vois. Mais c'est épuisant, pas forcément efficace, et surtout risque d'énerver tout mon entourage.

Alors voici ce que, à titre personnel, j'ai choisi comme compromis:


D'abord, ça devrait être évident, ne pas reprendre les gens concernés. Par exemple, ne pas expliquer ce qu'est la biphobie à quelqu'un de bi, d'autant que je suis principalement monosexuel[1]... sauf que, il y a des exceptions:
Parce que, après avoir été formé, je peux connaitre des chiffres ou des anecdotes que la personne bi n'a pas vécu, donc je peux lui donner des informations générales, tant que ça ne concerne pas son vécu à lui/elle. Lui dire comment ça se passe pour d'autre.
Un exemple tout bête, une fille rencontré récemment était lesbienne et est devenue bie. Elle s'est plain de la bisexualitéphobie, car 90% de ses potes lesbiennes on arrêté de lui parler. Je me suis permis d'être surpris par ce mot, car je ne connaissais que «biphobie» comme terme.

Et puis parfois, on ne sait pas que la personne est concerné. J'ai fait des avances à un garçon sympa et mignon. Il m'a dit, «désolé, je suis pas intéressé, je suis pas gay.», ce à quoi j'ai répliqué qu'il pourrait très bien être bi, c'est dommage de les oublier. Bah, en fait, il a juste voulu m'éconduire poliment, car il est bi.

Bref, j'ai expliqué la biphobie à des bis.


Dans le même style d'idée. En milieu safe il est souvent dit que l'on ne peut pas savoir ce qui relève de telle discrimination si on ne la vit pas. Typiquement, le harcèlement de rue, un homme n'a pas à dire «tu te fais des idées, t'es trop succeptible», car il ne se rend pas compte ce que c'est de le vivre[2]. Sauf qu'en pratique, c'est dur d'accepter aveuglément. Je m'en vais vous narrer deux anecdotes.

Quand j'ai découvert l'hômonerie, association LGBT de l'École normale supérieure, à la réunion de rentrée salle des actes, une belle salle de réception, un élève trans s'est mis à fumer. Un autre lui a demandé de sortir pour fumer. Il parait que c'est transphobe. Je vous explique le raisonnement: il fume pour se détendre, il est tendu à cause de la transphobie. Et là, des gens tente de faire partir un trans de la réunion LGBT. Ergo, c'est transphobe. Pour tout vous dire, je ne suis pas convaincu.

J'ai croisé dans la rue un homme noir et une femme blanche qui se criait dessus: «Arrêtez vos remarques sexiste
-C'est vous qui êtes raciste.
-Je ne vous permet pas de dire que je suis pas raciste, vous me dites ça car je suis une femme»,
etc... Ben, en vrai, j'ai aucune idée de qui était quoi, ni de la cause de l'incident. Mais je suis pas convaincu non plus que ça soit forcément ces questions là qui étaient en jeu.


Un cas où je signale systématiquement les problème, c'est quand je suis relecteur. Je ne sais pas pourquoi je relis, 3 fois sur 4, les gens tentent de m'expliquer ce que je n'ai pas compris et me disent que j'ai tort. Me demandent ce que je pense honnêtement et sont vexé quand je dis que je ne suis pas emballé.

Récemment, j'ai relu un texte qui parlait d'une belle femme «qui ferait tourner la tête à n'importe quel homme». Je me suis permis de signaler le côté hétérocentriste du truc. Ça me gène pas forcément, c'est une œuvre de fiction, ça a pas vocation à être parfaitement safe, c'est cohérent avec l'univers, l'intrigue et le style restent bon. Et, attention vous allez rire, ça m'empêche pas de lui corriger des fautes d'orthographe. D'abord, l'auteur m'a dit «n'importe quel homme hétéro ou femme lesbienne»[3] serait lourd. Et personne ne connait le mot «gynosexuel». Ceci dit, je crois qu'il a finit par reformuler.

Quelques mois plus tôt, un copain qui fait des vidéo youtube[4] en a écrit une sur le thème des LGBT. Qui j'espère sortira un jour, car elle est cool et que j'aime bien ce qu'il fait. Je lui fais quelques petites remarques, par exemple concernant les pans «comme le capitaine Jack Harkness». J'étais dubitatif, car certains disent que le capitaine est «omnisexuel», c'est donc pas évident. Et en plus, utiliser l'attirance envers les extraterrestre donne une image étrange des «pans» aux gens qui n'avaient jamais entendu ce terme avant. Mais c'est un détail.
Mais surtout, il parle de sexualité au lieu de parler d'orientation sexuelle. Or la sexualité réfère à la pratique, alors que l'orientation réfère à l'attirance. Et c'est un souci régulier, quand on pense aux LGB, les gens ayant des clichés pensent à ce qu'ils font au lit et pas à leurs amours, et le terme «sexualité» entretient la confusion. Son argument est qu'il est contre l'utilisation de nouveau terme, que ça stigmatise encore plus, et... j'ai pas tout compris. Quant à Jack, il y a des sources qui le disent «pan».
Bref, je sais pas pourquoi il m'a demandé de relire.


Enfin, il y a des cadres un peu limite, où je reprend plus épisodiquement. Par exemple, les gens qui emploient comme insulte des mots tels que «enculé» ou «elle est blonde». En général, je réagis pas, je fais juste un soupir... pour pas être lourd et énervant, ne pas tomber dans ce clichés des militants avec qui on ne peut rien dire. Sauf dans deux cas:

  • si on est dans un lieu qui a vocation à être safe. Par exemple, une personne qui nous formait pour les IMS utilisait «putain» pour se reprendre quand elle bafouillait. Je lui ai signalé que ça me surprenait. Quoi qu'on pense de la prostitution par ailleurs, qu'on soit pour sa légalisation, son abolition ou sans opinion, il me semble que à peu près tout les militants sont d'accord pour dire qu'il n'y a pas de raison d'insulter ces gens. «Macro» ou «trader» serait plus cohérent, comme interjection, au vu des convictions de la personne. Et que si on dit de ne pas utiliser «pédé» comme insulte je ne vois pas comment on peut accepter «putain». Dans les deux cas, déjà, il peut y avoir des gens concernés qui nous écoutent, c'est pas forcément visible. Et puis il peut y avoir des gens ayant comme proche quelqu'un qui fait ou a fait cette activité.
  • Si je suis avec quelqu'un qui tente d'être ouvert d'esprit et de ne blesser personne. Donc quelqu'un qui, je pense, va accepter et apprécier cette remarque pour ce qu'elle est, une manière de réfléchir sur ses pratiques et de s'améliorer, et pas un acte de censure. Bref, pour moi, reprendre quelqu'un, c'est lui faire implicitement un compliment, car je pense que c'est une personne ayant des valeurs que j'apprécie.

Notes

[1] attiré par un seul genre

[2] homme à cheveux long, rasé et androgyne, on peut avoir un début d'idée

[3] Et les bis ?

[4] C'est marrant de connaitre des youtubeurs. Ça relativise tout de suite ma joie quand je dis «l'ims a fait 2000 vues !»

mercredi, juin 17 2015

Comprendre les gens «normaux»

N a posté des commentaires très intéressant, encore que je ne suis pas sûr d'entièrement tout comprendre de son point de vue. Et je pense qu'un article ferait pas de mal en réponse. Quitte à faire un peu doublon avec Pourquoi ce blog.

Je me pose des question, signalant que de mon point de vue, des choses banales socialement m'apparaissent étrange. Et N a raison, je pourrai lire des livres, par exemple de psychologie, qui me permettrait de mieux comprendre les gens autour de moi.

Mais ça me fait réaliser un truc, quand je dis «les autres sont étranges» (de mon point de vue), c'est pas forcément que je cherche à comprendre les autres. C'est que je cherche à me comprendre moi. Or, ça prend du temps de réaliser ce qui différencie de la norme, de trouver là où l'on s'écarte. De mettre des mots dessus.


Prenons l'exemple des maths.

Je sais que beaucoup de gens n'aiment pas les maths. J'ai vaguement entendu pleins d'explications à cette cause. Pleins de propositions de remèdes. Et même pleins d'explications sur les manières de répondre à ce désamour.

Moi, j'aime les maths. Je pourrai probablement tenter un billet où j'explique pourquoi j'aime les maths. Mais en vrai, savoir pourquoi peu de gens les aiment, ça ne m'intéresse pas tant que ça. J'ai même des amis qui n'aiment pas les maths, qui sont pourtant des gens fort sympathiques.

En deuxième étape, je peux aller dans les détails, et dire que j'ai du mal en algèbre/analyse, que j'adore la logique et trouve que la combinatoire est magnifique. Mais ça, je peux le dire car on m'a exposé à tout ces sujets, que je les ai vu, et ait pu les tester. Je n'ai pas eu beaucoup de recherche à faire pour comprendre ça.


Comparons avec les relations humaines.

Pendant longtemps, je connaissais les notions de couple et de célibat. C'est pour moi une évidence qu'il m'est impossible d'être en couple, que c'est quelque chose qui, certes à l'air très sympathique, mais n'est pas pour moi. C'est comme la drogue(j'inclue l'alcool dedans), dans l'absolu, quand les gens qui aiment ça en parle, ça a l'air cool. Mais comme j'avais expliqué, pour moi, c'est non.

Ensuite, j'ai découvert les relations sans sentiment, ce qui augmente un peu les possibilités. Et seulement bien plus tard, j'ai découvert la notion de polyamour, et des gens qui se disent polyamoureux. Et là, ça a été une révélation. Et c'est quand même beaucoup plus simple de se rapprocher de gens qui ont une vision à peu près similaire de la relation. Quelque part, ça donne envie de parler de ce mode de pensée, pour toucher des gens, comme moi il y a un an, qui ne connaissaient pas, mais que ça pourrait intéresser. Et pour l'instant, je suis encore trop impregné du mode de pensée habituel (monoromantisme), pour être capable de m'exprimer clairement sans définir ces pensées par opposition à ce mode de raisonnement habituel. Après, c'est sûr que je pourrai être moins égocentrique, et au lieu d'écrire, juste vous dire d'aller lire la salope éthique qui semble être la référence du domaine (et que j'ai commencé en anglais).


Et similairement, y a encore pleins d'autre trucs que je trouve bizarre. Alors j'en parle. Peut-être pour dire à d'autre, qui seraient d'accord avec moi, qu'ils sont pas seuls. Peut-être pour qu'ils puissent me dire qu'il y a un mot pour ça, des écrit ou une communauté intéressé par ces sujets. Parce que si j'ai découvert si récemment la notion de polyamour, y aura sûrement encore pas mal d'autres notions passionnante qui me passent à côté juste par ignorance. Et c'est ça, ce à quoi j'ai envie de participer, et modestement de contribuer par ce blog. Alors bien sûr, je pourrai lire des livres qui expliquent pourquoi ce qui est majoritaire existe. Mais lire encore plus sur ces sujets, que je vois partout, ça m'intéresse vraiment pas. En tout cas, pas autant que des dizaines d'autres livres qui s'entassent chez moi, d'autres blogs qui s'entassent dans mes favoris.


Ceci dit, je tiens à être clair:

Je connais des gens qui aiment provoquer, choquer, qui vont faire exprès de sortir de la norme. L'exemple le plus frappant étant l'apparance. Puisque c'est le 1er truc qu'on voit de la personne. Mais je suis flemmard et n'ait pas spécialement l'envie d'être différent, car je sais que ça entraine dans la vraie vie des question, auxquels j'ai pas forcément l'envie ou les capacités de répondre correctement.

Néanmoins, je suis encore plus flemmard et n'ait pas l'envie de me forcer à rentrer dans la norme (quoi que cela signifie). Donc aussi surprenant que je sois, c'est pas exprès, ou pas pour vous. C'est juste pour moi.

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