Cas concret de questionnement sur l'action pertinente en milieu féministe

Petit exemple de réflexion qui me trotte dans la tête, pour savoir quel conduite tenir en milieu que je suppose féministe.

Une autrice que j'apprécie particulièrement à fait une conférence, puis dédicasse, dans la librairie féministe indépendante parisienne[1]. Chose exceptionnelle pour moi, je suis dans un milieu où, à première vue, les hommes sont en minorité.

Le début de la conférence consiste en un échange entre la libraire et l'autrice. Puis une lecture d'un extrait de l'œuvre. Enfin, vient le moment des questions du public. Il y eu quelques petites questions, puis s'en vint un grand moment de silence. La libraire nous pousse à parler. Après tout, l'autrice est venu à Paris pour cet échange. Avoir peu de question, c'est assez courant dans les conférences scientifiques. À ma connaissance, c'est bien plus rare quand un groupe de fan se déplace. Et je doute que des gens soient monté à l'étage de la librairie par hasard, donc nous devions bien être plusieurs dizaines de fans sur place. La libraire demande alors si, en tout cas, on avait des remarques, des choses auxquels nous ont fait penser les textes qu'on a déjà lu d'elle.

J'ai bien une remarque qui me vient en tête. Qui me semble un peu drôle, sans forcément être l'anecdote du siècle. Mais qui donne un exemple de comment ce texte se relie à une expérience que j'ai vécue. Je songe à la partager, parce que parler, ça peut pousser d'autres à parler, des gens qui auraient eu peur de briser le silence. Et parce que j'imaginais que, si je me déplaçais dans une autre ville dans un événement qui m'est consacré, je prendrai assez mal que personne n'intéragisse. Bref, qu'il valait mieux cette anecdote plutôt que rien du tout. Au moins pour l'autrice et l'organisatrice.

D'un autre côté, j'avais déjà posé la première question. Et j'avais aucun doute sur le fait que, si la personne demandant le plus la parole est un des rares hommes présents, ça ne pourrait pas manquer d'être remarqué comme un exemple du fait qu'on monopolise la parole. Indépendament de mon genre, j'ai tendance à parler beaucoup, donc c'est quelque chose auquel je dois faire attention. Qui plus est, dans une librairie féministe, je m'attend à ce que certaines personnes prennent mal le fait que, malgré qu'ils soient en minorité, les rares hommes prennent une part importante de la parole. C'est déjà ce qu'il y a partout ailleurs, ça serait agaçant de le voir dans ce lieu qui serait théoriquement plus safe.

Ou peut-être que personne ne se disait ça, et que je projetais sur ces fans des discours que j'ai entendu dans des milieux plus militants. Finalement, j'ai donné mon anecdote. Ça a relancé la discussion un peu. Personne ne m'a fait de remarque. Puis l'autrice est passé aux dédicaces. J'ignore si c'est bien fait, ou une erreur, ou autre. Non pas que ça soit bien important. Je doute qu'à part moi, grand monde s'en souvienne, et j'irai pas faire perdre du temps à l'autrice pour lui demander.

Note

[1] J'aime pas donner des noms, mais franchement, ici, ça va pas être dure de trouver de qui je parle.

Commentaires

1. Le jeudi 26 avril 2018, 09:15 par Athreeren

Si personne ne parle, qui est-ce que tu pousses au silence ? Il est parfaitement possible que les femmes présentes aient hésité à parler parce que la société les en décourage, mais si personne n'est en train de parler et qu'il n'y a pas d'autres mains levées, je ne vois pas le problème. En fait, s'il y a un manque de questions et que la tienne n'est pas pertinente, ça peut encourager les autres, qui vont se dire que la question qu'elles hésitaient à poser n'est pas si mauvaise en comparaison (à condition que ta question ne soit pas longue. Poser des questions longues dans ce genre d'événement est vraiment impoli).

Je pense que c'est donc un cas où tu t'es comporté en allié : tu as tenu compte de ton privilège pour rendre une situation difficile plus agréable pour un groupe de femmes.

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