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Minorité › Intervention en milieu scolaire

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vendredi, mai 19 2017

Que répondre aux élèves demandant pourquoi il y a de l'homophobie

Une question revient souvent cette année; qui était assez rare quand j'ai commencé les Intervention en Milieu Scolaire (IMS). «Pourquoi certaines personnes n'aiment pas les homos», «pourquoi il y a des homophobes», «pourquoi certains disent que c'est contre-nature»... Ce billet ne s'intéressera qu'au point de vue des interventions, sans quoi ça pourrait être un bouquin entier, et j'ai pas les compétences pour ça. Même si certains s'y sont essayé.

Question fort compliqué, surtout si on veut y répondre:

  • De bonne foi,
  • Sans donner l'impression qu'on partage les arguments des gens qui n'aiment pas les homos,
  • Ne pas faire référence à des notions de sociologies que les élèves, même avec quelques mois de SES, n'ont pas (et moi non plus),
  • En considérant à la fois les raisons donné par les LGBTphobes mais aussi les vrais raisons qu'ielles ne révèlent pas nécessairement,
  • En utilisant cette question pour aller vers des sujets qu'on aurait de toute façon eue envie d'aborder.
  • En considérant toutes les facettes des LGBTphobies, c'est à dire: la peur, le rejet, la haine et le dégout.

Bref, je propose pas une réponse définitive, mais une piste de reflexion à compléter. Tout le monde est invité à commenter, expérimenté en IMS ou pas.


Selon moi, il vaut mieux commencer par demander aux élèves s'ils ont des pistes de réponses. Parce que de base, il vaut toujours mieux pousser les élèves à échanger entre eux; nous, nous sommes là pour compléter. Certaines des pistes suivantes sont facilement trouvées par les élèves, d'autre moins. Je commence par des critères liés aux discriminations en général.

Influence du milieu

La réponse la plus évidente, c'est parce que dans ton milieu, tout le monde est LGBTphobe. Il n'est pas facile de remettre en question tout ce qu'on dit dans ton milieu, et tu peux très bien avoir répété ce qui est une évidence autour de toi sans y avoir vraiment réfléchi. C'est pour ce genre de cas que les IMS, passer 1h50 à discuter de ce sujet, peut être utile. Les élèves changeront leurs comportements ou non, mais en tout cas, ils auront eux l'occasion de réfléchir à leurs actes.

Éviter de se remettre en question

Pour résumer, ce qu'on dit peut ressembler à: «vous pouvez aimez les hommes, les femmes, votre genre peut évoluez au cours de la vie, n'être pas forcément celui assigné à la naissance». Si les gens l'entendent comme ça, ça peut demander beaucoup d'introspection, et ça peut être douloureux. Il peut être beaucoup plus simple de nier totalement que ces notions existent ou soient acceptable, ce qui évite d'avoir à s'interroger sur soi-même. À considérer que des proches puissent être concerné. C'est quelque chose qu'on remarque beaucoup quand les élèves insistent pour nous faire savoir qu'il n'y a pas d'homo de leur religion, ou qui ont la même origine qu'eux. Et qu'ils ont des réactions plus vives quand la vidéo de témoignages montre des LGBT croyant ou d'une origine similaire à la leur.

La nouveauté

C'est bête à dire, mais la nouveauté créé des réactions très fortes. C'est dur et dangereux de faire des comparaisons, mais je vais quand même tenter. En France, il est traditionnel de manger escargots et grenouilles, ce qui est un sujet d'amusement ou de dégout dans bien d'autre pays. Réciproquement, des gens ayant déjà mangé de l'escargots s'imaginent mal manger des insectes, pourtant ça se fait aussi. Dans tous les cas, avec un peu de bonne foi, on peut réaliser que ce qui dégoutte n'est donc pas l'acte intrinsèque. Peut-être est-ce sa nouveauté, ou la réputation qu'on s'est animeaux dans notre subconscient. Si quelqu'un n'a jamais vu deux hommes ensemble ou deux femmes ensemble, la nouveauté peut causer des sensations fortes. Ce qui n'est pas un reproche, on ne peut pas controler les sensations qu'on ressent. Le souci étant d'agir à cause de ses sensation, de faire savoir aux gens qu'ils te dégouttent.

En particulier, certains disent être dégoutté par tous les couples qui s'embrassent; mais pourtant ne vont exprimer ce dégoût qu'envers des couples homos. On peut remarquer ici une différence de traitement. Si on était dans une société ou personne ne s'embrassait en public, alors ça nous semblerait totalement acceptable de reprocher aux couples homos de le faire. Mais à partir du moment où on voit beaucoup de couple hétéro s'embrasser, ça serait injuste de l'interdire aux couples homo. La demande n'est pas de pouvoir s'embrasser en soit, c'est d'avoir un traitement similaire. C'est d'ailleurs pour ça que, systématiquement, si un-e élève dit être dégouté de voir un couple homo s'embrasser, on lui demande s'iel est dégoutté de voir un couple hétéro s'embrasser.

L'option par défaut

Cis-hétéro, c'est ce qu'on pense de quelqu'un qu'on ne connaît pas. En fait, on ne le pense pas, tellement c'est évident. Beaucoup de texte, de documents, d'activités, sont adaptée uniquement à ce cas. Ainsi, un formulaire informatique demandant aux homme le nom de leur épouse, et aux femme celui de leur époux. Beaucoup de danses codifiée ont des rôles masculins et féminins.

Un exemple personnel montrant une difficulté dans une activité banale: Disons que tu vas à un cours de danse, où tu sais que des potes vont pour draguer, et passer du temps physiquement proches de personnes du genre opposés. Disons en plus que, officiellement, ce n'est pas un lieu de drague, même si l'on remarque officieusement[1] que beaucoup de danseurs finissent en couple. Donc, qu'il y a en pratique, un rapport entre la pratique de la danse, et l'attirance romantico-sexuelle.

Puisqu'on définit rarement que «gay» par : «garçon qui aime danser avec les garçons», il n'est pas évident que, parce que t'es gay, tu veuilles danser avec un mec. Pourtant, si on suit le but officieusement admis du cours de danse, qui est d'augmenter les chances de se trouver quelqu'un-e, alors c'est assez cohérent de préférer t'approcher de mecs. Peut-être pas de mecs du cours de danses, mais au moins de savoir quoi faire pour pouvoir danser avec eux. Pour ça, il faudra soit trouver un mec connaissant le rôle dévolu usuellement à la cavalière, ce qui limite encore plus tes choix de partenaires de danses. Soit il faut apprendre le rôle féminin. Pour apprendre le rôle féminin, il faut trouver des cavaliers acceptant de danser avec toi, il faut te faire remarquer parce que, si les paires de danseurs changent régulièrement, les cavaliers n'auront pas le réflexe de venir te proposer. Certains pourraient refuser par hétérosexualité, même si, officiellement, cette orientation n'empêche en rien le fait de danser avec un homme.

Tout ça pour dire, il n'y a pas vraiment eu de personnes homophobes dans cette histoire. Pourtant, il y aura quand même eu un rejet des personnes homos. Du moins de celles qui ne sont pas capable, par elles-même, de trouver comment adapter les normes courantes à son cas. Si quelqu'un demande pourquoi il y a de l'homophobie, ce n'est probablement pas une personne homophobe. Cet exemple est assez pratique, parce qu'il peut permettre de montrer à ces élèves ce qu'iels peuvent faire, en pratique, pour aider les gens à être effectivement intégrés.

L'homophobie

La religion

Certaines personnes prétendent que leurs rejets est lié à leurs croyances, celles de leurs entourages, de leurs familles. Aborder ce sujet nous permet d'indiquer qu'il y a des croyants LGBT. Il y aussi des gens ayant une vraie connaissance des textes ne partageant pas l'interprétation majoritaire, acceptant les LGBT.

Mais surtout, on peut signaler que ce sujet apporte des réactions plus vives qu'envers les gens qui ne mangent ni kasher, ni halal, qui mangent de la viande le vendredi... Bref, le fait que selon certains, ce soit interdit n'explique pas totalement la lutte contre nos droits. E puis, il y a aussi des athés homophobe, c'est trop simple de tout rejeter sur certaines catégories précises de la population, parce que, peut-être, ils sont plus visible; ou en tout cas plus montré du doigt quand on parle de certains sujets jugé comme rétrograde.

La contagion

Cette idée fait souvent rire. Je pense qu'une personne hétéro, sûre de son hétérosexualité, aura du mal à imaginer que deux jeunes qui leurs parlent deux heures peuvent les faire devenir homo. Cependant, certains ont réellement peurs qu'on soit là pour les convertir, ou convertir leurs camarades de classes, ou leurs enfants. Un argument plus courant est: si l'enfant est élevé par deux hommes, deux femmes, ou qu'il voit des homos dans son entourage, ça va le pousser à devenir homo.

Cette idée est d'ailleurs assez efficace. En effet, quand des gens ignorent totalement qu'il y a pleins de manières de vivre sa vie, ils ont plus de chance de se conformer à ce qu'on attend d'eux. Beaucoup de gens sentent tôt qu'ils ne sont pas comme les autres, sans savoir précisément pourquoi, sans savoir s'ils sont seuls dans leurs différences. Pouvoir parler à d'autres ayant eu des expériences similaires peuvent aider les gens à se découvrir, à s'accepter. Une élève nous a dit qu'on «tentait» ses camarades de classes. Je suppose que ce n'est pas faux, si quelqu'un sent déjà différent, on pourra pousser quelqu'un a assumer des choses qui, sinon, resteraient cachées. Là vraie question n'est donc pas la contagion, mais de savoir si on accepte que les autres, ses camarades de classes, ses enfants, puissent découvrir d'autres gens qui leurs ressemblent, ou si on préfère leurs cacher les gens qui leurs ressemblent, afin qu'il reste dans le chemin qu'on attend d'eux[2].

Les clichés

Beaucoup d'élèves connaissent uniquement les LGBT via la télé. En particulier via les émissions de télé-réalité. En discutant un peu, on réalise que, quand ils s'imaginent qu'un pote est gay, ils pensent que ce pote se transformera et deviendra comme les gens qu'ils ont vu à la télé. Sans vouloir insulter les candidats de télé-réalité, c'est tout à fait légitime de dire que ce n'est pas des gens avec qui j'aimerai être ami; je ne pense pas qu'on s'entendrait spécialement bien. Je souhaite que ces gens aient des amis, ils vivent comme ils veulent, simplement, c'est pas mon monde.

On répond donc aux élèves que si un pote devient homo, en fait, ça l'empêchera pas de continuer à jouer au foot, aux jeux vidéos, comme avant. Indépendamment des questions LGBT; c'est un bon moment pour rappeler que la télévision déforme. En général, c'est assez clair pour les jeunes de lycées de banlieue; puisqu'ils voient bien que leurs banlieue ne ressemblent pas à ce que la télé montre quand elle dit «La Banlieue».

La drague

Beaucoup de gens semblent penser que les homos vont forcément les draguer. Ça peut être assez gênant, j'en conviens. Mais d'abord, tous les homophobes ne sont pas irrésistibles. On suggère aussi à quelqu'un, éventuellement dragué par une personne de son genre, de répondre la même chose que si un membre du genre opposé les draguait, et qu'ils n'étaient pas intéressé. Dire «non».

S'ils s'imaginent que la personne insistera forcément, sera lourde, on peut déclarer que, dans ce cas, ce n'est pas de l'homophobie, mais de la lourdophobie. Et qu'on reproche à personnes de ne pas apprécier les gens qui harcèlent... Et qu'il serait intéressant de savoir pourquoi ils pensent que les gens vont les harceler. Peut-être qu'ils projettent ce que eux feraient aux gens qu'ils draguent.

Les soupçons

Si tu protestes contre les blagues homophobes, si t'as des amis homos, tu peux être soupçonné d'être homo. Je considère qu'il n'est pas homophobe de ne pas vouloir être soupçonné d'être homo. Après tout, ça signifie simplement que tu ne veux pas être la cible de moquerie, d'humiliation, de gens qui s'éloignent de toi. Un bon moyen pour qu'on ne soupçonne pas d'être homo, c'est de montrer ton homophobie. Quelque chose que beaucoup d'homos ont fait.

Bien sûr, si tu as entendu que «tous les homophobes sont des homos refoulés», il vaut mieux éviter de se montrer homophobe. Mais, c'est relativement rare que cette pensée soit majoritaire dans certains milieu.

L'acte sexuel

Il est assez courant que les gens à qui ont parle d'homosexualité pensent qu'on leur parle de l'acte sexuel qu'ont deux hommes ou deux femmes. Des gens peuvent être dégoutté en imaginant cet acte; mais on ne ne leur demande pas de l'imaginer. Et puis, quand on parle de mariage, on parle d'acte administratif, de préparation, d'inviter plein de gens. L'homophobie peut arriver dès que deux hommes ou deux femmes se tiennent la main, ce qui compte difficilement comme un acte sexuel. Même que il y a des gens qui se sont donné la main sans jamais coucher ensemble !

En IMS, c'est assez simple de leur dire: ça fait une heures qu'on discute, vous avez bien remarqué que ce n'est pas le cas. Et c'est pour éviter cette confusion qu'on dira juste «homo» et pas «homosexuel».

Lutter contre le penchant naturel de tout le monde

Cette cause est peut-être une légende urbaine. Je la met plus par souci d'exhaustivité que par son intérêt pédagogique. Quelques personnes pensent que tous les gens sont principalement attiré par les gens de leurs genre. Et s'il faut interdire l'homosexualité, c'est bien parce que sinon, tout le monde serait en couple homo, et la terre serait dépeuplé.

La réponse est à peu près évidente: si on écoute les gens, qu'on fait confiance aux gens, on se rend bien compte que beaucoup de gens sont attiré par le genre opposé. Il n'y a pas de raison de craindre un dépeuplement de la terre. Une augmentation du nombre de gens ayant tenté une aventure homosexuelle, c'est probable, mais ça n'empêche personne d'aller avec des gens du genre opposé.

La biphobie

Cette section va être particulièrement courte, car je connais peu d'exemple de biphobie qui ne soit pas, de base, de l'homophobie. Encore moins d'exemples qui soient pertinent dans le cadre d'une intervention avec des lycéens.

L'insatisfaction des bis qui n'ont qu'un-e partenaire

Pas mal de gens semblent penser que un-e bi-e veut nécessairement des partenaires des deux genres, et ne peut être heureuse sans ça. Je n'ai honnêtement aucun doute que de tels personnes existent; sur plusieurs milliards d'humains, c'est probable. Ce n'est cependant pas le cas de tou-te-s les bi-e-s. On peut faire la comparaison avec les préférences physiques. Certain-e-s peuvent préférer les blond-e-s, brun-ne-s, roux-ses, rasé, ou bien tous les apprécier. Ces dernier/ère-s n'ont pas besoin de sortir avec des gens de toutes les couleurs de cheveux pour autant.

Le soupçon de mensonge

J'ai cru comprendre que les bi-e-s sont souvent accuser de mentir. Soit pour faire plus sexy, plus ouverts. Soit pour éviter de devoir assumer son homosexualité. C'est certains qu'il y ait eu des gens faisant l'un ou l'autre, mais ce n'est pas parce que certains auraient mentis que tous seraient des menteurs. Outre le fait qu'on puisse aussi dire bi pour simplifier, quand on se rend compte que les règles qui régissent nos désirs sont plus complexes que ce que les mots usuels permettent d'exprimer.

Homo uniquement

Certains lieux sont, en pratique, réservés aux homos. Que ça soit des bars/associations/boites, ou que ça soit des groupes de potes. Si un-e bi-e est habitué à cet endroit, tant qu'il a un copain/elle a une copine, elle découvrira qu'elle en est exclue le jour où il a une copine/elle a un copain. Ou alors il faut le cacher, ou au moins ne pas venir avec lui/elle. Il y a un certains nombres de témoignage de gens, dans un groupe de pote homo, qui ont perdu ce groupe de pote le jour où ils/elles sont sorti avec quelqu'un du genre opposé. Où on lui fait savoir que ce nouveau copain/cette nouvelle copine est une trahison du groupe.

La transphobie

Le piège

Beaucoup de gens pensent que les personnes trans cherchent à les tromper, à les piéger. Et, puisqu'iels n'aiment pas être piégés, se montrent violent quand ils le découvrent - histoire de se venger, si on peut dire. J'ai quelques pistes de réponses, mais aucune ne me semble pertinente.

La plus évidente des réponses c'est qu'il n'y a aucun piège; une femme trans est vraiment une femme, un homme trans est vraiment un homme. La personne disant ça est simplement intolérante. C'est malheureusement un peu court comme réponse.

La deuxième réponse possible est de se référer à l'apparence de n'importe qui, ignorant la question de transidentité. Dire que quelqu'un peut choisir son apparence pour lui/elle-même, que quelqu'un, en choisissant son look, ne pensera pas forcément à tous les gens qui le/la verront. On peut se sentir mieux si on se plait, sans forcément chercher à plaire à quelqu'un d'autre. Malheureusement, c'est assez dur à dire au lycée, où on sait que le jugement que les uns porte sur les autres à énormément de poids. De manière plus générale, si quelqu'un sait que les risques d'agression changent en fonction de l'apparence, alors cette personne aura du mal à totalement ignorer cette pensée au moment de décider de son apparence.

Une autre réponse, c'est que les gens qui se sentent piégé se «piègent» eux même. S'ils ne considéraient pas les gens comme des proies potentielles, des gens qu'il faut forcément draguer, alors ils n'auraient même pas pu être piégé en premier lieu. L'avantage est que ça permet de passer sur les notions de harcèlement, savoir si on peut être ami avec quelqu'un-e qu'on pourrait aussi envisager de draguer.

Pour finir, avec toute la transphobie, si une personne veut en piéger une autre, ça serait quand même une manière super dangereuse de tendre un piège. En supposant que vous valiez le coup d'être piégé.

Les luttes contre le sexisme

Ceci est un argument que je n'ai jamais entendu en classe, mais qui existe. Pour lutter contre le sexisme, il est nécessaire d'avoir des visions claire de qui est oppresseur et qui est opprimé. On peut même entendre que le genre n'est défini que comme un système d'oppression et que la définition même de femme c'est un membre de la catégorie opprimé par des hommes.

Certains n'ont pas de problème à faire rentrer les trans dans cette analyse du monde; pour d'autres les trans et non-binaires sont incompatible avec cette analyse. Ce qui pousse à des réactions transphobes et/ou NBphobes. Je ne rentrerai pas dans les détails, parce que ça devient un débat assez technique et théorique, que je ne maitrise pas le débat; ça évitera donc qu'on me signale trop de bêtise.

Notes

[1] C'était beaucoup moins officieux quand la police verbalisait les hommes dansant ensemble. Mais on parle d'une autre époque, peu pertinente pour cet argument.

[2] Je fais, malheureusement, des phrases aussi longue que ce paragraphe. Après, je demande si j'étais compréhensible, souvent les élèves répondent oui, et ça me surprend.

dimanche, avril 30 2017

Que dire aux élèves partageant déjà nos idées

Une petite réflexion sur les IMS pour quelques classe partageant nos idées.

Quand on intervient dans les établissement, on revient sur certaines idées que beaucou d'élèves[1] ont. Par exemple: en voyant les gens, on voit leurs orientation sexuelles. On leur demande donc de deviner celle des intervenants. Puis on explique que; puisqu'ils ne sont pas capable d'être tous d'accord entre eux, ça ne se voit pas vraiment. On fait aussi lister les clichés homme/femme; et quand ils discutent, ils voient qu'entre leurs différentes familles, il y a des rôles genrés qui sont différents d'une famille à l'autre de leur classe. Ce qui parfois les surprend. Histoire de dire que ce n'est pas une telle évidence que les rôles soient biens définis.

Mais parfois, il y a des classes où la grande majorité des élèves qui s'expriment sont déjà avec nous. Soit qu'ielles se renseignent avec le net; que beaucoup de gens sont ouvert sur le fait qu'ils sont LGB ou T (le dernier étant bien plus rare, mais pas inédit) et en parlent à leur classes. Il me semble donc que ces exercices sont moins utiles. Ma question est donc: que faire à la place ? Que faire de l'heure 50 qu'on a avec ces élèves. J'ai quelques idées en vrac:

Parler du coming out plus en détail

Il y a un billet entier à ce sujet.

Comment les discriminations naissent

Passer plus de temps à expliquer comment une discrimination peut se mettre en place socialement sans qu'on ait besoin d'un grand méchant qui soit responsable de tout ce qui est subit. Ce qui nécessite clairement qu'on soit formé à ce sujet; parce que si je commence à avoir pas mal d'anecdotes au fur et à mesure de mes lectures, je n'ai rien de construit à ce sujet.

Pour l'instant, il y a deux exemples que j'utilise souvent, pas que ça soit les exemples les plus importants, mais c'est les plus simple à expliquer rapidement. D'une part le marketing genré. Si une fille a eu un tricycle rose et un petit frère. Si le petit frère récupère le tricycle rose, il se fera probablement moquer. Donc il y a le choix entre être moqué ou acheter un second tricycle[2]. Bref, il y a des intérêts qui ne sont pas forcément évident avant qu'ils nous soient signalés. Le second exemple que je reprend souvent, concernant la différence de salaire, c'est les bonus. Si statistiquement, les clients vont moins faire confiance à une vendeuse/conseillère qu'à un vendeur/conseiller, alors à compétence égale, il y a moins de vente/dossier traité; donc un plus petit intéressement. Autrement dit, il n'y a pas besoin d'une règle explicitement sexiste, ou un unique manager super sexiste pour que la différence apparaisse.

Bien sûr, ces exemples se conjuguent à d'autres discriminations. Mais ces exemples, c'est histoire de montrer une direction, à défaut d'avoir un tout cohérent.

Inclusivité

Il y a quelques fois des élèves qui semblent avoir des demandes sur comment être inclusif, ou sur comment aider à diminuer les discriminations. Quoi faire comme action. Je doute que ça soit une bonne idée de parler de ça. Finalement peu d'élèves se montrent intéressés. Mais ça pourrait quand même valoir le coup de le tenter, histoire de voir la réaction. Peut-être aussi histoire de faire boule de neige. En effet, une action est d'autant plus efficace que elle a des échos. C'est bien pour ça que j'écris au sujet depuis des IMS depuis des années; parce que des gens m'ont dit que ça les a poussé à ce bouger. Ici, le but n'étant pas de recruter pour notre assoce, mais d'être plus globale que ça.

Encore une fois, ça nécessiterait une grosse réflexion avant de mettre ça en place. En effet, les règles d'inclusivités, ne sont pas évidentes et rarement formalisée. Pire, quand deux personnes les formalisent, elles sont souvent contradictoires. Pour prendre un unique exemple: dans la dernière classe, on expliquait que, quand des membres de notre associations se présentent; non seulement on donne son prénom, mais on donne aussi son pronom, et/ou les pronoms/accords qu'on souhaite voir utiliser[3]. On rajoute aussi que tout le monde se plie à la même règle, parce qu'on ne veut pas avoir une règle différente selon que ton genre soit binaire ou non; selon que tu ressembles à ce que la société attend de ton genre ou non. Simplement, même une règle comme ça, qui est sensé aider les non-cis, n'est pas unanimement appréciés par les personnes non-cis; et je ne verrai pas donner comme règle quelque chose qui n'est pas apprécié par certaines personnes que c'est sensé aider.

Méta-règles

Puisqu'il peut être dur de donner des règles précises, on pourrait à la place donner des métas-règles. Expliquer d'où vient plus généralement les règles qu'on leur demande d'observer. Des idées qui s'appliqueraient dans des contextes plus générales que les LGBTphobies. Par exemple:

  • Si vous découvrez quelqu'un-e ayant une caractéristique peu commune, plutôt que de lui demander des détails sur cette caractéristiques, aller les lire sur le web. Il y a sûrement déjà des gens ayant écrit à ce sujet. Plus précisément, des propos de gens directement concernés, et pas de gens les jugeant ou se moquant d'eux. Et ça évitera à la personne que vous avez rencontré de devoir refaire une explication qu'iel a déjà sûrement fait plein de fois.
  • Ne pas généraliser ce que vous pensez savoir à toute personnes juste à cause d'une de ces caractéristiques.
  • Écouter les gens; s'ils disent avoir un problème depuis des années, ça sert à rien de vouloir tout de suite lui donner une solution: vous êtes sûrement plusieurs dizaines à lui avoir donner la solution à laquelle tu as pensé en 2 minutes.
  • Même si le désir de comprendre les choses, les gens, est naturel; il faudrait savoir accepter l’identité des gens sans la comprendre. J'ai un billet en brouillon à ce sujet.

Histoire de certaines discriminations

Si on sait comment tels groupes qui était extrêmement discriminé s'est retrouvé à être peu discriminé - par exemple les gauchers, ou les enfants de couples non marié - ça peut éclairer sur les discriminations actuels. Je suppose. Mais pour être honnête, j'y connais rien.

Introduire des nuances

Il y a beaucoup de règles que l'on donne comme absolue, et qui ne le sont pas. Simplement, dans la plupart des classes, on ne peut pas faire dans la nuance. Par exemple, dire de ne pas utiliser «pédé» comme insulte - même si c'est utilisé dans un cadre n'ayant aucun rapport avec l'homosexualité. Parce que beaucoup de jeunes supposerons que leur classe est homophobe s'ils entendent cette insulte employé à tout bout de champs. Resterons caché, n'oseront en parler à personne. Sauf que parfois, certains hommes aimant les hommes s'appellent pédé eux-même, ou les uns les autres. Quelqu'un qui voudrait aider à faire diminuer les discriminations et qui nous auraient écouter pourraient légitiment leur reprocher d'user ce mot. Dans ce cadre, il est utile de parler de «réappropriation de l'insulte», du fait qu'entre personnes qui se connaissent, qui sont concernées, dans un cadre clair, ça peut devenir acceptable.

Voir, on pourrait trouver des règles encore plus générales, telle que: si quelqu'un fait quelque chose d’apparemment contraire à l'intérêt d'un groupe auquel il appartient, commencer par chercher s'il n'a pas une bonne raison de le faire avant de lui expliquer comment il doit faire pour agir dans son intérêt... Ou au moins, chercher à comprendre pourquoi il fait ce qu'il fait; aller lui parler en questionnant, et pas en lui affirmant qu'il agit mal. Mais je suis sûr qu'on doit pouvoir trouver des contres-exemples, où cette règle serait une mauvaise idée.

Insister plus sur la biphobie

En général, on parle peu de biphobie. Parce que la majorité des cas de biphobie dont on pourrait parler sont des cas d'homophobie, ou très similaire. Par exemple, quand tel célébritée dit être bie, elle sera accusée de faire ça pour faire fantasmer son public; être à la mode. Mais finalement, on est très près de l'invisibilisation des lesbiennes. Cependant, dans une classe où l'on peut aller loin dans la discussion, on pourrait donner des exemples de biphobie dans les groupes homo. Par exemple, prévenir qu'il est courant que des anciennes lesbiennes, devenus bis, perdent leur groupes d'amis lesbienne le jour où elles sortent avec un homme. Où encore que certains gays refusent de sortir avec des bis. (L'inverse existe probablement, mais je n'en ai pas entendu parler). Pour résumer, parfois ces homos sont exclus par une partie de leur entourage; et puis parfois ils se retrouvent eux même à exclure d'autres gens.

Intersectionnalité

La dernière idée qui me vient, c'est l'intersectionalité. C'est à dire, expliquer comment plusieurs discriminations interagissent et ce renforce. Dans la vidéo qu'on passe, quelques personnes parlent de comment leurs origines/religions/couleur de peau interagit avec leurs vécus de LGBT. Mais encore une fois, on ne va pas très loin dans ce sujets. Et puis, l'intersectionalité avec les handicaps, les maladies mentales (est-ce que c'est parce que tu as fais une dépression/subit tel traumatisme que t'es devenu ce que tu es ?).

Notes

[1] et d'adultes

[2] Certes, on peut acheter d'occasion, revendre le premier... c'est pas la question.

[3] C'est souvent plus simple à retenir que les prénoms, car le nombre de pronom/règles d'accord est plus limité. En général, je retiens plus longtemps le pronom que le prénom.

mardi, avril 11 2017

Deux malaises en IMS

C'est assez étrange. J'en suis à ma 138ème IMS. Et j'ai réussi à être assez déstabilisé pour être mal à l'aise. C'est rare, et pourtant c'est arrivé deux fois en une journée.

Première anecdote

Pour la première fois, j'étais dans une classe où se trouvait deux personnes, d'apparences masculines, ouvertement en couple. «D'apparences masculines» n'est pas une précaution oratoire vide ici. Dans les questionnaire anonymes après débat, un-e élève a marqué que son genre est «genderfluid»(terme que l'on a pas introduit dans la discussion. On ne rentre pas dans le détail des différentes non-binarités.) Une autre a marqué «garçon à l'extérieur, fille à l'intérieure». Je ne serai pas très étonné qu'au moins un membre de ce couple était une de ces deux personnes.

Un détail était assez perturbant pour moi. J'avais plus l'impression d'avoir à faire un couple de série télé qu'à un vrai couple. Comme s'ils voulaient montrer qu'ils sont en couple. Ça me semblait surjoué. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu d'autres couples commenter le fait qu'ils sont en couple. J'y ai pensé lorsque, suite à une histoire de sac à dos, l'un des deux à dis à l'autre «Je t'aime, mais là t'es chiant». D'un autre côté, un couple d’apparence hétéro, j'y aurai sûrement moins prêté attention, et donc n'aurait pas remarqué que c'était surjoué. Et puis, il est possible que je me projette. Ne comprenant toujours pas ce que c'est sensé être, un couple, je pense qu'il m'arrive de tenter de jouer le fait d'être en couple, quand je suis avec une des personnes avec qui je suis en relation et avec d'autres gens.

Durant les interventions, on pose souvent une question: «Si vous avez un enfant, plus tard, et qu'il/elle vous dit être homo, comment vous réagiriez.» Il est rare que les classes soient en désaccord. Soit la majorité n'en a rien à faire pourvu qu'il soit heureux. Soit la majorité dit que c'est pas possible. Dans cette classe, la majorité n'en avait rien à faire. Sauf 2 ou 3 qui disaient qu'ils aimeraient pas du tout. Quelques minutes après, alors que ça a sonné, la personne en couple mentionnée plus haut me dit «si mon enfant est homo, si un jour j'ai un enfant, je crois que je pleurerai. Parce que je ne voudrai pas qu'il vive ce que j'ai vécu au collège.»

J'ai tenté de dire qu'on tente de faire avancer les choses, on peut espérer que ça sera différent. Ce qui était pas forcément le truc pertinent à répondre. Mais, malgré 137 interventions, il m'arrive encore de devoir improviser dans des situations imprévus. Et puis, j'ai repensé à ce qu'il a dit. J'ai pas eu tellement de détail sur ces années collèges. Mais visiblement, c'était pas cool. Et, étrangement, ça m'attriste énormément. Parce que ce n'était plus des histoires de groupes ou des statistiques, mais des propos personnel. Ce témoignage, ça m'attriste d'y repenser.

Types de bénévolats.

Cette anecdote illustre, je trouve, la raison pour laquelle parmi toutes les manières d'agir, je reste sur les interventions. Rien qu'au mag, il y a au moins deux types de bénévoles, si on laisse de côte le conseil d'administration. Il y a les intervenants (pour les écoles) et les accueillants. Même à l'époque où j'étais assez jeune pour fréquenter les permanences, je n'ai jamais voulu faire d'accueil. Parce que je n'ai jamais voulu être la personne qui a le premier contact avec les nouveau et les nouvelles, et qui risque donc d'en apprendre beaucoup sur leurs vies. Vies qui sont parfois assez complexes, par exemple à cause des LGBTphobies. C'est aussi pour ça que je pense que je ne tenterai jamais d'être bénévole au Refuge, et que je ne recueillerait pas de témoignages pour SOS homophobie. Je suis BEAUCOUP plus à l'aise face aux groupes que face aux individus.

Cette notion de discussion en groupe fait aussi que, quand un élève tient un propos homo/biphobe, je ne le prend pas pour moi[1]. La dernière fois qu'un élève m'a dit qu'il est normal de tuer les homos, ça ne m'a même plus touché.

Deuxième anecdote

Dans le même établissement, la 2ème IMS dure 3h30 au lieu de 2 heures. Une dizaine d'élèves intéréssé-e-s sont restés après la fin des cours. Une élève fait son coming-out non-binaire, xénogenre, mavérique, chat. Iel rajoutera otherkin plus tard. Si vous ne connaissez pas ces mots, ce n'est pas vraiment grave pour la suite du propos. Et sinon je vous encourage à chercher sur internet. Les textes de gens concernés me semblent mieux que ce que je pourrai écrire.

D'ailleurs, je ne connaissais pas le mot mavérique, et sur twitter, j'ai marqué «Mavérick». Une amie me donne la bonne orthographe. Une inconnue nous répond «cadavérique»[2]. Je soupçonne que cette inconnue m'a inclu dans les destinataires de la réponse parce que l'interface de twitter à changer récemment et que les nouveau «répondre à tous» ressemblent aux anciens «répondre à l'expéditeur».

Grâce à twitter, je suis au courant que certaines personnes s'intéressant aux questions trans n'apprécient pas du tout les xénogenre. J'ai d'ailleurs déjà parlé de comment cette information influe ma manière de traiter ces sujets en IMS. Je savais donc que si je déclarais aborder ces sujets en IMS, mon association serait qualifié de transphobe. Pour l'instant, de toute façon, la question ne se pose pas trop. On a seulement une heure 50 par intervention, et rarement le temps de traiter tout ce qu'on aimerait traiter. Donc rajouter le détail des différents genre non-binaire n'est pas à l'ordre du jour.

Ici, le sujet est différent. Un-e lycéen-ne déclare être mavérique(avoir un genre mavérique ?). Même si j'ignore quel précis contient cette réponse «cadavérique» (je ne me vois pas aller demander une explication de texte). Cependant, l'idée qu'un-e lycéenne soit qualifié-e avec ce mot là me met franchement mal à l'aise. Je sais que la notion de mavérique gène certaines personne. Par exemple parce qu'elle ressemble à des arguments sorti par des personnes transphobes. Sauf que là, je ne parlais pas de la notion de mavérique en générale, mais de l'identité d'une élève. Donc j'ai l'impression que ce cadavérique s'applique aussi directement à cet élève.

Encore qu'honnêtement, je sais pas pourquoi je suis si mal à l'aise. D'une part, la personne concernée n'a pas connaissance de ce court échange. Et qu'en plus, vu ce qu'iel m'a raconté de ces actions militantes, iel a déjà remarqué que cette part de son identité déplaisait. Et iel a subit pire lors d'actions contre la manif contre tous[3].

Apparté

Je profite de cet anecdote pour partager une question que je me pose. Je serai quand même intéressé par avoir une méthode qui me permet de déterminer si quelque chose est un genre ou non. Je sais bien que cette méthode variera d'une personne à l'autre, mais quand certains me disent qu'il y a plus que les deux genres officiels ET qu'il y a des choses qui ne sont pas un genre, alors ça semblerait une information pratique à avoir.

Notes

[1] Je ne prend pas les propos transphobe pour moi, mais ça, c'est sûrement car je suis cis.

[2] Je ne met pas de lien, car mon but est pas d'envoyer d'éventuelle lecteur/trice-s répondre à cette personne.

[3] Je ne rentrerai pas dans les détails, ça risquerait de rendre la personne identifiable.

jeudi, avril 6 2017

Dire en IMS comment faire son coming-out

Mon premier souvenir relatif au coming-out (co) des élèves, c'était une classe de 4ème. Un élève y fit un co bi, dans l'indifférence de sa classe. Quelqu'un a demandé s'il avait bien entendu, et c'est tout. J'ignore si c'est lui ou pas, mais sur un questionnaire après débat, quelqu'un a suggéré qu'on parle de coming-out à l'adolescence.

Récemment, une personne a demandé des conseils pour faire un CO. En particulier, iel demandait comment expliquer ce que c'était qu'être non-binaire. En effet, faire un CO concernant un mot qui n'est pas connu rend le mot plus complexe à faire. Ce jour là, j'ai enfin compris pourquoi «comment faire son CO» n'est pas un sujet qu'on aborde. Quand bien même ça a été quelque fois demander. Ou plutôt, on donnait des témoignages, par vidéo ou directement en face à face. Mais c'est tout.

Contrainte pratique

La première raison pour laquelle je n'ai pas l'habitude de parler de la manière de faire son CO, c'est tout simplement le manque de temps. On a déjà du mal à dire tout ce qu'on veut dire. On n'est donc pas en recherche de propos à rajouter. Encore moins si ce n'est pas des propos où l'on sait exactement ce qu'on doit dire.

Et puis, cette question n'est pertinente que pour les gens qui sont/seront en situation de devoir faire un CO. Ça serait étrange de tenir un propos qui laisse de côté une grande partie de la classe. En général, on tente d'avoir un propos qui soit pertinent pour les gens en questionnement aussi bien que pour les LGBTphobes.

Pire, si on leur dit «voilà comment faire votre CO», on sous-entend qu'il y a des gens qui devront faire un CO dans la classe. Qu'il y a probablement, statistiquement, des LGBT parmi eux. Et souvent, les fois où l'on fait ça, la première réaction des élèves est de chercher à savoir qui est homo. Ce qui est probablement stressant pour quelqu'un qui n'aurait pas encore fait son CO. À la place, on dit qu'on ne cherche pas à savoir les orientations sexuelles des gens. Ce que n’entraîne pas de soupçon, vu qu'on répond souvent ça aux élèves quand ils nous disent qu'ils sont hétéro. Bref, dire aux gens comment faire un CO demanderait à ce qu'on dise officiellement: il y a peut-être des LGBT ici.

Enfin, admettons qu'on brise cette règle et qu'on leur dise comment faire un CO... ça resterait très dur sans savoir à qui on s'adresse. Le CO est assez différent en fonctions des familles, par exemples. Donc ça nécessiterait presque qu'on puisse interagir avec la personne qui pense à faire un CO. Et donc que la personne ait déjà fait son CO à la classe. Ce qui rend déjà la discussion moins utile. En fait, la seule solution que je vois serait une solution en tête à tête. C'est possible au local du MAG, avec les accueillants. Même qu'on leur dit comment nous trouver. Mais, pour l'instant, je ne vois pas mieux.

Pas de solution

Et puis, la deuxième raison pour laquelle je ne parle pas de la manière faire son CO, elle est encore plus bête que la première.

On ne dit pas comment faire son CO, parce que, malheureusement, on n'a pas de solution. Il n'y a pas de technique[1] pour que ça se passe bien. En particulier, si ça se passe déjà mal, on a pas de solution pour que ça s'améliore. Plus précisément, il y a peut-être des techniques qui, statistiquement, font que ça se passe mieux avec tel méthode que tel autre méthode, mais on ne les connaît pas. J'ignore même comment un scientifique, en science humaine, ferait pour quantifier ces techniques. Bon, on peut conseiller de dire au parent de voir Contact, une association de familles de LGBT. On peut leur dire que parfois, ça se passe bien. Mais ça va pas très loin.

On peut aussi dire que certain-e-s, même si ils/elles ont du couper les ponts avec (une partie de) leurs familles, déclarent s'être créé une nouvelle famille, au MAG ou ailleurs. Mais c'est assez négatif. Ou plutôt, c'est positif du point de vue de quelqu'un déjà dans une situation très négative. Mais de la part de quelqu'un qui ignore comment le CO se passera, c'est très négatif.

En fait, la réponse cohérente de quelqu'un qui veut/doit rester avec sa famille, s'il/elle suppose la famille homophobe, c'est de cacher la part de son identité qui serait rejeté. Sauf que c'est très dur d'être caché. Personnellement, il me serait contre-intuitif de conseiller ça à quelqu'un. Je dirai même que «tu dois rester cacher» est un ordre tellement mal vu que des gens pourraient probablement nous qualifier d'homophobe - pas forcément à tort - si on conseillait ça. Ce n'est que récemment que j'ai compris ce qui, selon moi, était la moins pire réponse à apporter. Je répète ce que j'ai déjà écrit, et que j'ai récemment dit à un-e élève. On n'a pas de réponse. On ne te dis pas que tu dois le dire ou le taire. On te dit juste qu'il y a des risques, et que c'est à toi de décider si, pour toi, ça vaut le coup de les prendre ou pas, par rapport à ce que ça peut t'apporter.

Certains élèves comprennent cette dernière phrase. Je ne suis pas sûr que tous les élèves à qui on s'adresse ait assez de maturité pour la comprendre. Malheureusement, c'est quand même à lui/elle de faire son choix, puisque maturité ou pas, c'est pas ce qui empêche un parent de mal traiter son enfant.

Alors, comment on fait

Malgré tout ce que j'ai dit plus haut, je pense que la question reste pertinente. Il faudrait probablement en discuter entre intervenants. Je propose ici quelques pistes de réflexions en vrac. Une liste des méthodes les plus classiques.

  • D'abord, déterminer quel est ton but. Est-ce simplement que tout le monde sache que tu es LGB ou T ? Indiquer aux autres homo/bi que tu l'es, et donc qu'ils peuvent te draguer ? Pouvoir tenir la main de ton/ta copain/ine en public sans surprendre les gens ? Demander aux gens de te parler avec le prénom/genre qui te conviens ?
  • En fonction du premier point, déterminer qui doit être au courant ? Et aussi à qui ces gens là le répéteront, car ça reste rarement un secret.
  • Déterminer aussi quels sont les conséquences probables. Histoire d'anticiper, prévoir un plan B si ça se passe mal.
  • Déterminer la manière de le dire ? Certain-e-s font une annonce à leur classes, d'autres portent un arc-en-ciel et attendent qu'on leur disent pourquoi. D'autres encore - c'est mon cas - en parlent comme si ce n'était pas un sujet important. Et vont directement agir comme si tout le monde savait qu'on était potentiellement LGBT[2]. Et directement dire que tel personne, de notre genre, nous plait. Ou parler de soit du genre désiré, même si ça va surprendre des gens.

Notes

[1] J'ai eu envie d'écrire: pas d'algorithme.

[2] Honnêtement, je connais très mal le sujet T, ou NB, donc je ne sais pas à quel point ce propos est pertinent.

vendredi, mars 24 2017

Faut-il être formé pour participer à une action

En général, quand j'écris un billet de blog, j'ai soit une question, soit une opinion. Là, j'ai deux avis contradictoires sur le même sujet. Est-ce qu'il faut être formé-e pour participer à une action ? Bien su, je parle de mon expérience de faire des interventions contre des discriminations, mais je pense que certaines réflexion se généralise. Je vais parler de LGBTphobie et sexisme, mais je suppose que ça se généralise facilement à d'autres sujets. Je précise aussi que je parle uniquement de formations théoriques ici, se renseigner sur les sujets dont on va parler, ainsi que sur les sujets liés. Il me semble aller de soit que des formations pratiques restent indispensable. Qu'on ne met pas un intervenant-e devant une classe sans qu'il ait observé des interventions, et sans qu'ils ne soit déjà intervenu avec un intervenant-e confirmé. L'échange entre intervenant-e-s, qui constitue aussi de la formation, est rapidement indispensable.

La formation théorique est une question vraiment importante, parce que un certains nombre de gens nous rejoignent en en pensant, plus ou moins, qu'il suffit de bonne volonté, de temps libre, de savoir que être *-phobe c'est mal. Et parfois aussi qu'il faut accepter de témoigner de son vécu... En tout cas, c'est ce que je pensais en commençant. Il devrait vous sembler clair que j'ai changé d'avis depuis.

Ça peut être dispensable

Je vais d'abord expliquer pourquoi la formation peut être parfois omise. Je vais séparer les gens en deux catégories, mon argument étant assez différent dans ces deux cas.

D'abord, il y a des gens qui n'aiment pas se former. Qui n'aiment pas lire, qui ne sont pas intéressé par les propos abstraits et théoriques. Je ne crois pas que ça les empêcheraient d'êtres de bons intervenant-e-s. Après tout, nous ne faisons pas un débat académique. Rendre certaines formation obligatoires nous priverait de ces intervenants. Si on leur laisse le choix: formez vous ou partez, il va de soit qu'ils sont libre de partir. D'ailleurs, j'ai vu beaucoup de gens venir au mag et jamais observer, ou bien observer et jamais intervenir, ou encore intervenir quelques mois puis partir.

Ensuite, il y a les gens qui aiment se former. Encore plus pour eux, être formé-e n'est pas indispensable. Pour une raison toute simple, c'est que plus on est formé-e, plus on se rend compte qu'on est ignorant-e. Le mieux est l'ennemi du bien, si seul les perfectionnistes pourraient agir, peut-être que les interventions seraient mieux. Mais elles seraient moins nombreuses.

Dans les deux cas, mon argument se résume a: Vu le nombre d'intervenant-e et le nombre de gens à former, j'estime que la quantité prime sur la qualité. Jusqu'à un certain point, ça s'entend, il faudrait pas d'une personne qui se mette à expliquer aux élèves que le terme de pédé n'est pas vraiment insultant, ou à expliquer aux enseignants qu'il est normal que cette classe soit homophobe quand on voit que les élèves sont insérer ici un mot raciste. (Inutile de vous dire que le type qui nous a fait ce coup là n'intervient plus avec nous !)

Pour l'anecdote, je ne me place moi même dans aucune des deux catégories. J'aime la théorie en général. J'adore lire. Mais quand je vais dans une librairie, je n'éprouve pas d’attirance pour les livres traitant de théorie sur les humains. Je préfère soit les théories mathématico-informatique, soit les histoires avec des humains.

C'est indispensable

Et maintenant, je vais expliquer pourquoi il est indispensable de se former.

D'abord, même en étant deux intervenants, nos vécus ne couvriront jamais tout ce dont il y a à parler. Il est extrêmement rare qu'on se retrouve avec homme et femme, trans et cis, pan, homo et a[1], racisé et non racisé.

D'ailleurs, on pourrait se demander ce que le dernier adjectif fiche ici, puisque le racisme n'est pas un sujet qu'on aborde en profondeur. Sauf qu'il arrive souvent que des élèves nous disent que «chez eux», dans «telle catégorie de population», il n'y a aucun homo. On a certes l'argument qu'on connait des homos de cette catégorie, mais c'est un peu court, comme réponse. Là vidéo de témoignage peut nous aider, vu que des gens concernés parlent d'eux-même, mais ça reste court comme réponse. La formation théorique commence à devenir indispensable pour avoir des choses pertinentes à dire. Par exemple, connaître Aboû Nouwâs, qui montre bien qu'il y a des siècles il y avait déjà au moyen orient des hommes parlant d'amour des hommes. Il peut aussi être utile de savoir qu'on trouve, en France entre autre, des gens qui ont décidé de quitter leur pays, entre autre pour ne pas avoir l'obligation de se cacher[2]. Quoi que ce ne soit pas trop de la théorie, vu qu'on a connu des gens concerné dans l'association. Et ensuite, on peut demander aux élèves d'imaginer ce qui serait arrivé si la personne avait révélé être homo avant de partir.

Mais revenons sur les sujets qui concernent directement nos interventions. Prenons la notion d'a-(romantisme/sexualité). Pourvu que l'intervenant-e ne soit pas a lui/elle même dans cette catégorie, et que son/sa co-intervenant-e ne soit pas non-plus a(romantique/sexuel). Que peut-iel dire ? Répéter ce qu'iel a observé dans d'autre IMS. Sans forcément bien comprendre, en déformant ? Pour avoir une chance de ne pas dire de bêtise, une formation plus théorique commence à devenir indispensable. En particulier, parce qu'il est utile de se rendre compte qu'il y a plein de cas différents. Déjà, des gens asexuel sans être aromantique, ou le contraire. Et puis des gens asexuels qui détestent l'acte, et d'autres qui n'ont pas envie mais qui n'ont rien contre non plus. Je dirai même plus, même si on connait une personne a, on peut parler de cette personne, mais ça ne sera qu'un cas particulier. Et même une personne a qui aurait pas lu des témoignages d'autres gens ne sauraient pas forcément que son cas n'est pas une généralité. Je suppose qu'il vaut mieux généraliser un peu trop que de ne pas en parler. Dire que ce mot existe permettra aux gens potentiellement concernés d'aller se renseigner, savoir quel mot taper dans son moteur de recherche favori. Mais si on peut éviter de dire que «Les asexuels sont ceci/cela», ça peut être bien aussi.

Certain-e-s lecteur/trice[3] auront peut-être remarqué que tout le paragraphe précédent s'applique aussi aux homos, aux bis... Par exemple, pour ces groupes là aussi, on peut faire la différence entre orientation romantique et orientation sexuelle. Pourtant, tout le monde ne se fait pas cette réflexion par ellui même. En effet, il y a des gens pour qui les orientations sexuelles et romantiques correspondent, et qui n'ont pas besoin de se poser cette question. De même, ça peut être utile de savoir que le mot homo ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Pour certain-e-s, c'est une identité, quelque chose de fondamental pour elleux. Pour d'autres, c'est juste la constatation qu'iels ont surtout été attiré par des gens de leur genre.

La théorie est aussi indispensable dès qu'on nous pose des questions non personnelles. Par exemple, pourquoi telle célébrité à décidé de dire qu'iel est homo ? Sans forcément connaitre la réponse pour tous les homos célèbres, ont peut se rendre compte qu'un petit nombre de raisons reviennent. Et ce n'est pas forcément évident si on ne les a jamais lues. Disons qu'on nous demande si on peut «redevenir hétéro». L'idée peut nous sembler absurde, à première écoute. Ou bien quelconque, puisque les gens évoluent avec le temps. Il peut être pratique d'avoir un peu lu sur les «gay camp», et autres traitement médicaux, pour montrer à quel point l'idée peut aussi être dangereuse.

Parlant d'idée dangereuse, il y a des règles qui ont des exceptions. Sans théorie, c'est dur de les justifier. Par exemple, dire «pédé» est considéré comme quelque chose de négatif, à ne pas faire. Mais quand quelqu'un nous dit qu'un pote se décrit lui-même comme pédé, il me semblerait impensable de lui dire que son pote à tort. Il faut donc pouvoir parler de la notion de réappropriation de l'insulte, expliquer pourquoi, dans certains cas, la règle habituelle ne s'applique pas, mais qu'il faut y faire attention. En général, ça leur parle si on parle avec des termes que les gens racisés peuvent employé entre eux, mais qui seraient raciste si des nons-racisés l'employaient. De même, si on parle de cliché. Certain-e-s intervenant-e-s tiennent à dire qu'en général, les clichés sont faux. Qu'il y a plein de lesbiennes non butchs et de gay non efféminés. C'est quelque chose de très naturel à faire, puisque beaucoup de jeunes en questionnement se disent «je ne peux pas être homo, je ne ressemble pas à ce que la télé me montre des homos. Je refuse d'être ça, ils/elles sont ridicules !» Donc, il est indispensable de rassurer ces jeunes et de leur dire «si t'es gay, ça veut pas dire que tu seras comme ces candidats de télé réalité», qui d'ailleurs sont des comédiens à qui on a demandé d'exagérer. Mais il faut de la réflexion pour réaliser qu'il faut aller au delà. Aider des gens en rejetant d'autre n'est pas acceptable. Il est rare que dans une classe, quelqu'un revendique le droit de ne pas se conformer aux normes de genres attendus. Mais si quelqu'un souhaite ou souhaitera le faire, c'est important qu'il n'entendu pas que même des gens LGBT sous-entendent que c'est quelque chose de mal. Et que ça serait une raison de moquerie légitime. Important qu'iels sachent que l'association est un lieu où, s'iels on pourront être de la manière qu'iel considère être vraiment elleux-même sans se cacher. Donc, très important, quand on dit que la plupart des homos ne respectent pas les clichés, de rajouter que certains homos respectent les clichés - tout comme certain-e-s hétéro respectent les cliché homo - et que ça n'est pas moins acceptable. Que si on leur dit ça, ce n'est pas pour leur dire qu'ils ne doivent pas l'être, juste pour leur dire qu'ils ne se transformeront pas en ce cliché s'ils assument être homo.

Notes

[1] Aromantique/asexué. Sans attirance.

[2] Vous pouvez lire le dernier tétu, qui parle de ce sujet. Disclaimer, je suis «ami facebook» avec le nouveau rédacteur en chef de Tétu.

[3] En supposant votre existence

samedi, octobre 22 2016

Évolution des Intervention en Milieu Scolaires

C'est ma sixième année à faire des interventions en milieu scolaire. J'ai été plutôt absent l'an dernier, pour cause de fin de thèse. Ci-bien qu'à la réunion de rentrée de cette année, je ne connaissais plus grand monde. Et je réalise un truc génial: quand moi je vois tout le chemin parcouru, eux ils voient ce qui reste à faire. Si je me dis qu'on a énormément progressé, certains jeunes se disent qu'on est encore loin et ont des idées pour aller plus loin. Je ne les verrai peut-être pas toutes, car elles prennent parfois du temps à mettre en place et je finirai par atteindre l'âge limite de l'association.

Ça me donne en tout cas envie de faire un petit récapitulatif des différences entre le souvenir que j'ai des IMS en 2012, quand j'ai commencé, et celles de 2016.

Les changements

Les intervenants

Le responsable en 2012 avait plutôt un mode de pensée qu'on peut qualifier d'assimilationniste. C'est-à-dire, il nous était fait comprendre qu'on nous conseillait d'être d'apparence plutôt standard. Ce n'était pas dit explicitement, mais c'était le cas de tous les intervenant-e-s et je ne pense pas que faire autrement aurait été bien vu. Le message était vraiment que nous ne sommes pas différent-e-s et indistinguable. Aujourd'hui, des intervenant-e-s aux cheveux colorés sont courant-e-s. Personnellement, j'ai gardé cette vision de mes débuts et je sais que je m'assure d'avoir une barbe symétrique[1] et que mes cheveux cachent mon écarteur.

Nous avons eu deux intervenants hétéros. À ma connaissance, on n'en a plus aujourd'hui.

Il y a eu un intervenant trans avant moi. Un autre qui a pensé faire des interventions, mais qui, à ma connaissance, n'en a jamais fait. Puis aujourd'hui, une bonne moitié des intervenants sont non-binaires. Ce qui a été la cause du départ d'au moins une intervenante qui n'arrivait pas à se faire au fait que notre responsable soit appelé par deux prénoms et que le fait que certains le genrent parfois au masculin, parfois au féminin, devenait trop compliqué pour l'intervenante.

Les élèves

Le responsable de mes débuts commençait ses IMS par l'assertion: « on va supposer que tout le monde dans la classe est hétéro». Aujourd'hui, on dit simplement qu'on n'est pas là pour savoir qui a quelle orientation sexuelle. Mais on ne suggère pas que les élèves doivent nous donner la leur. Par contre, on continue de supposer, en s'adressant aux élèves, que leur genre et celui qu'on leur assigne automatiquement en les voyant. Je me demande si un jour, dans certaines classes, on fera comme on fait dans l'association: on demandera aux gens de donner leurs pronoms[2]. Ça semble mal parti, car la plupart des nouveaux/elles de l'association ne comprennent pas la question,et mettent un moment avant d'intégrer qu'il faut dire cela lors du tour des prénoms qui nous aide à nous connaître. Et si les nouveaux/elles intervenant-e-s ont du mal, alors les élèves en auront bie plus.

En 2013, les élèves étaient persuadé-e-s qu'on était là à cause du débat du mariage pour tous. En 2014 c'était encore à cause de la Manif Contre Tous.

J'ai l'impression que depuis l'an dernier je tombe plus régulièrement sur des élèves qui ont entendu le mot pan. Par contre, je ne vois pas d'évolution dans les classes quant aux nombres de CO/d'élèves déjà ouvertement homo/bi. Toujours pas vu d'élèves ouvertement non-cis.

Durant l'IMS

La vidéo de témoignage de membres de l'association a changé deux fois. On est passé des VHS au dvd puis aux clefs USB. Et surtout, on a rajouté «pan», des trans et des non-binaires. On a supprimé la partie sur le PACS. Et considérablement changé la partie sur le mariage, puisque ce n'est plus un rêve lointain pour ceux/celles qui le veulent, mais quelque chose de possible, qui reste pourtant sujet de débat.

Nous parlons de genre en IMS. Quand j'ai commencé, je n'en avais jamais entendu parler. Un peu plus tard, c'est devenu un sujet dont certains parlaient s'ils avaient le temps, mais qui était souvent ignoré. Maintenant, on refait presque systématiquement le bonhomme pain d'épice.

De même, les mots asexuels/aromantiques sont apparus récemment. Avec réticences de certain-e-s qui trouvaient que ça commençaient à faire trop de mot pour les élèves, qu'on allait les perdre et qui ne voyaient pas l'intérêt[3].

Autour de l'IMS

Nous avons un « guide de l'intervenant ». Un document de quelques dizaines de pages, récapitulant tout un tas de choses que les intervenants doivent savoir. Tous les intervenants ne le lisent pas, je doute que ça soit un souci facile à régler. Mais pour ceux apprécient ce genre d'aide, c'est un allié précieux. Que ce soit pour le consulter en IMS sur un fait qu'on ne connait pas par cœur, ou pour trouver des idées.

Nous avons des formations aussi. Sur des sujets qui varient beaucoup. Trop peut-être, puisque j'ai rarement vu deux fois la même formation programmée, alors que je suis le deuxième plus vieux intervenant et que des formations fortes intéressantes de mes débuts n'ont pas été faites aux nouveaux/elles.

Nous avons des archives. Avant 2012, nous ne savons pas combien d'IMS on a fait, où, qui était nos contacts. Aucun système de transmission n'avait été mis en place par les responsables.

En apportant des gâteaux vegans à une réunion d'intervenant, je suis passé de « pourquoi vegan ? De toute façon, les bananes ne sont pas vegan », ah « cool ».


P. S.

Je ne veux pas dire de mal du responsable de mes débuts. Je dis des choses aujourd'hui considérées comme négative. Aujourd'hui, je sais ce qu'il restait à faire après lui. Je ne sais pas d'où il est parti. Il a peut-être fait un boulot énorme, sûrement même. Mais comme c'était là quand je suis arrivé, je le prenais pour acquis.

Cette remarque est d'autant plus évidente et importante pour moi que je vois le boulot gigantesque qu'a fait mon deuxième responsable. Créant un premier rapport sur les IMS, encadrant la mise en place du guide de l'intervenant et, il me semble, de la création des archives des IMS. Il s'est aussi bougé pour qu'on reçoive des formations sur des sujets précis (alors qu'on avait avant juste des discussions de groupes). Alors, je suis déçu, quelques années plus tard, de n'entendre plus du mal de lui. Et puis encore d'autres années plus tard, de ne plus rien entendre sur lui. Vu que, comme tous les anciens, il est inconnu des nouveaux.

En tout cas, je sais clairement que dans 6 ans, les gens diront autant de mal de nous. En particulier parce que, ce qui est nouveau, c'est qu'ils ont une trace de ce à quoi ressemblait une IMS qui se passe bien en 2015[4]. Et que si on commence déjà à me signaler certains défauts. Certaines choses où l'on peut honnêtement me dire « comment tu pouvais dire ça », alors il y en aura bien plus dans 5 ans ! Par exemple si l'idée défendue dans être monosexuel/romantique est sexiste[5] devient monnaie courante.

Notes

[1] Le reste du temps, elle est rasée sur le côté gauche uniquement.

[2] C'est-à-dire dire si la personne préfère avoir des adjectifs genré au masculin, au féminin, ou autre.

[3] Mon point de vue reste qu'ils n'ont pas à connaître tous ces mots. Mais qu'entendre l'explication peut aider ceux qui se retrouveraient dans la définition. Et combattre légèrement le fait que le sexe et les relations soient imposées comme étant un sujet qui permettra de juger de votre réussite dans la vie.

[4] J'ai une grande fierté, un-e intervenant-e m'a dit que c'était cette vidéo qui lui a donné l'envie de faire des IMS avec nous.

[5] Qui pour moi est une conclusion cohérente des axiomes aujourd'hui admis dans l'association.

mercredi, août 17 2016

Même si SOS Homophobie est une mauvaise association, rejoignez-nous.

Il est arrivé plusieurs fois que j'entende du mal de SOS homophobie. J'ai ici envie de prendre la défense de SOS homophobie. Ou en tout cas, la défense du fait de rejoindre SOS homophobie. Il arrive qu'on me contacte pour des renseignement sur les intervention en milieu scolaire. Si la personne n'est pas parisienne, je conseille de contacter la délégation de SOS Homophobie de leur région. C'est en général à ce moment là que j'entend ce que la personne a à nous reprocher.

SOS Homophobie a un certains nombres de qualités. Sa première selon moi est son rapport annuel, basé sur les témoignages recueilli de manière assez systématique. C'est très biaisé bien sur, puisque une augmentation du nombre de témoignage peut être causé par une augmentation de la notoriété de la ligne de témoignage, mais ça reste un outil drôlement pratique. De plus, SOS homophobie est une association avec une assez bonne notoriété, qui est consulté par des ministères et a donc une influence, certes limités, mais prise en compte, là où des décisions se prennent. Et elle a un réseau sur une grande partie de la France, ce qui permet aux non parisiens de bénéficier d'une expérience plus grande que l'expérience locale.


Bref, SOS Homophobie, tel que je vois cette association, a beaucoup de qualité. Elle a aussi des défauts, et certaines personnes m'ont dit qu'ils étaient tels qu'ils refusaient de nous rejoindre. D'abord, il y a, semble t-il, des désaccord à la tête de l'association. Et parfois le ou la présidente ne plait pas à tout le monde. Surtout que, en général, pour arriver à la tête d'une association de 1400 membres, la personne doit s’être fait connaitre dans le tissu associatif. Le principale reproche que j'ai entendu est que l'association est très gay/homocentrée. Le nom le laisse penser d'ailleurs, alors que le MAG jeunes LGBT a fait l'effort de changer de nom quand ils ont commencé à ne plus simplement être le Mouvement d'Affirmation Gays, SOS Homophobie a décidé de ne pas changer. J'ai oui dire que c'était parce que le nom est connu est qu'on perdrait en lisibilité dans le monde non LGBT.

Entre la participation à l'enquête sur la bisexualité l'an dernier, quelques communiqués de presse concernant les revendications trans, et des sections consacré à ces sujets dans le rapport annuel je trouve qu'il est assez discutable de dire que SOS homophobie, en tant qu'association, ne se consacre qu'aux homos. Même s'il est tout à fait possible de les trouver trop mou, par exemple dans les revendications concernant les trans.

De manière similaire, j'ai entendu reprocher la communication de l'association. J'ai déjà dit que je n'appréciai pas certaines choses.


Mais j'ai principalement entendu deux reproches, auxquels je vais tenter de répondre simultanément.

Tel que j'ai compris les témoignage que j'ai lu/entendu, cet impression d'homocentrisme viendrait surtout de conversation que mes interlocuteurs ont eu avec des membres de SOS Homophobie. Or, c'est certain que nous avons des membres qui ne sont pas au courant des problématique trans, ou bi. Je peux témoigner en avoir rencontré parmi les membres en période de formation. Je ne doute pas que sur 400 membres actifs il y ait des gens ayant fini la formation, validé, et pourtant moins au courant que ce qu'on pourrait espérer. Je dois reconnaître qu'il est bien plus compliqué de se souvenir, comprendre, et expliquer, les questions et problèmes que rencontrent des gens qui appartiennent à des groupes qu'on ne fréquente pas souvent. Un gay qui n'a pas de trans ou lesbienne dans son entourage n'aura pas autant le réflexe de penser à eux.

Le dernier point ennuyeux est que, dans l'état actuel de l'association, ni les non-binaire, ni les asexuel/aromantiques ne sont pris en compte, alors qu'il est facile de défendre que ces questions sont liés aux questions LGBT. Je précise que ces gens là ne sont pas refusé, ça serait un comble puisqu'il est totalement permis d’être membre en étant cis-hétéro. Quand je dis que ces groupes ne sont pas pris en compte, c'est que je n'ai, pour l'instant, pas vu ces groupes abordés dans les formations qu'on reçoit, ni dans le rapport annuel.


Ma réponse a ses deux remarques est que, si vous trouvez ces sujets importants, vous pourrez les abordez vous meme. Durant les formation que j'animai, en particulier avec des stagiaire BAFA, j'ai toujours placé ces notions. Je n'ai pas assez de réponse pour leur dire avec certitudes ce qu'un animateur devrait faire d'un enfant trans. Mais je leur ai demandé de jouer des situations en rapport avec cette hypothèse. J'ai aussi pris le temps de mentionner, avec les différentes orientations sexuel, les bi et les asexuels, et d'expliquer ce que c'est: les deux notion n'était pas clair pour tout le monde. Alors, peut-être qu'en parlant d'asexuels je sors du cadre officiellement considéré par le bureau de SOS Homophobie, mais personne ne me l'a reproché pour l'instant. J'ai déjà signalé qu'une idée lancé par un membre était trop binaire et exclurait ceux qui ne voudraient ni se classer en homme, ni en femme, et ça semble[1] avoir été bien pris. Les gens sont peut être ignorants, pas attentifs, mais s'ils prennent du temps pour agir, on peut les supposer de bonnes volontés.

J'encourage donc ceux qui trouvent SOS Homophobie trop homocentré à nous rejoindre. Parce que, dans nos activités, nous serons automatiquement moins homocentré si vous intervenez et y apporter votre point de vue non homocentré. Bien sur, si votre but est d’être dans une association parfaite, ça ne sera pas réalisé avec une si grosse association, une petite association permettra de s'assurer que ceux qui sont là partagent vraiment toute vos valeurs. Mais si le but est de contribuer à des actions, alors je pense que le choix de SOS Homophobie est raisonnable.

Et puis bon, 400 membres actif, c'est - malheureusement - pas si énorme que ça. Et on est découpé en secteur géographique et en commission (i.e. selon les activités auxquels on participe), donc vous n'avez probablement pas besoin d’être nombreux à vous investir dans un meme groupe pour pouvoir y avoir une influence qui mettra en avant les sujets que vous trouvez négligé, tout en bénéficiant des avantages mentionné en début de billet.


P.S., comme d'habitude, les propos tenus sur ce blog n'engagent que moi. Ils n'ont été ni validé, ni meme relu, par qui que ce soit de SOS Homophobie.

Note

[1] Après, je ne sais pas ce qu'ils ont dit dans mon dos.

mercredi, juillet 8 2015

Pourquoi je ne parle pas de queer en IMS

Un jour que je parlais d'IMS à quelqu'un, j'expliquais que nous faisions des interventions contre les LGBT, oubliant le mot phobie. Rectification faites, je rajoute dans la discussion qu'on parle d'autres sujets, tels que les A (agenre, asexuel, aromantique) et I (intersexe).

Un peu plus tard, j'entend cette personne dire à une autre que le parle de LGBTQIA+phobie. Ce sur quoi, mon côté pointilleux me force à l'arrêter[1]. Qu'est-ce que Q fait là ?

Dans ce sigle à rallonge, Q peut avoir deux sens. Dans certains endroit, c'est «questionning», ou «en questionnement». Mais c'est rare, et je n'ai jamais entendu parler de questionningphobie. Des associations peuvent le rajouter pour dire aux gens «vous êtes pas forcé de vous définir, de savoir exactement dans quel case vous êtes».

Mais le plus souvent, Q signifie queer. Et je ne parle pas de queer en IMS. Je crois qu'aucun élève ne m'en a jamais parlé, et nous n'abordons pas ce sujet. Ce qui pose la question: pourquoi on en parle pas.


D'abord, je ne parle pas de Queer car je saurais pas quoi dire. Avez vous lu l'article wikipédia queer ? Laissez moi vous citer le premier paragraphe:

Queer est un mot anglais signifiant « étrange », « peu commun », souvent utilisé comme insulte envers des individus gays, lesbiennes, transsexuels… Par ironie et provocation, il fut récupéré et revendiqué par des militants et intellectuels gays, lesbiennes, transsexuels, bisexuels, adeptes du BDSM, fétichistes, travestis, transgenres ou toute personne refusant la catégorisation du genre, de ses sentiments amoureux et/ou de sa sexualité. Ce terme est apparu à partir des années 1980, selon le même phénomène d'appropriation du stigmate que lors de la création du mot négritude. Il est utilisé comme titre de roman partiellement autobiographique par William S. Burroughs en 1953 (publication en 1985), qui y parle de son homosexualité.

Le premier paragraphe, c'est celui qui facilite la lecture en expliquant de quoi ça va parler de manière informelle... La suite est pire. Alors allez expliquer ça a des lycéens. À la réflexion, je serai bien incapable d'expliquer le concept de queer à qui que ce soit. D'autant que certains disent que le principe de queer est de n'avoir pas de définition.

Ensuite, je ne parle pas de Queer, car je n'ai vu personne le faire. D'ailleurs, c'est le Mag Jeunes LGBT, et pas Jeunes LGBTQ... d'un autre côté c'est pas LGBTQIA, et on parle de I et de A. Mais ça ne suffit pas comme argument, je n'ai vu personne parlé d'agenre ni d'asexuel la 1ère fois que j'ai rajouté ce mot en IMS, et ça ne m'a pas empêcher d'en parler.

Selon un ancien magueur, la question de rajouter Q au nom du mag a été posé en AG. Il était contre pour la raison suivante, que je reprend à mon compte pour les IMS: Queer, ça se choisit. On ne décide pas d'être homo, on décide de l'assumer ou pas, on ne choisit pas d'être intersexe, on nait comme ça, on ne choisit pas d'être trans, on choisit ce qu'on fait derrière selon les contraintes des avancées médicales et sociales. Par contre, Queer, c'est une revendication, c'est politique, c'est militant, la personne choisit - ou pas - de se dire queer et de s'approprier cette étiquette. Pour citer un billet récent, le Queer sera celui qui donne la mauvaise image. Le Mag ne lui est pas interdit, heureusement, mais ce n'est pas non plus la première personne visé par cette association. Et en tout cas, ce n'est pas du queer que nous avons envie/besoin de parler le plus en IMS.

Maintenant, si quelqu'un me lit, pense que je me trompe et a une idée qu'il hésite pas à la donner en commentaire au mag, car on a jamais assez d'intervenants.

Note

[1] ce qui est bête, je devrai laisser les gens me présenter sous un jour positif

samedi, mars 28 2015

Militant, poil au dent.

Il parait que je suis militant. C'est pas moi qui le dit, c'est Yagg: «Aujourd’hui ces huit BD ont été traduites en français par Arthur Milchior, un jeune militant du Mag Jeunes LGBT.»[1]

Ce billet dédié à une des deux personnes dont je parlais dans le billet précédant. Ça fait quatre ans que je fais des IMS, la 100ème[2] est prévu pour vendredi prochain. Elle a le recul que je n'ai plus, tout en partageant mes opinions, et ça fait du bien de discuter avec quelqu'un qui n'est pas la tête dans le guidon, qui ne fait pas les choses par habitudes mais peut dire ce qui la[3] turlupine.

Il y a une raison pour laquelle je ne me qualifie pas, ou rarement, de militant. Une raison moins profonde que celle pour laquelle je ne me qualifie pas de féministe. C'est l'étymologie, «militis: soldat». Je fais confiance à wikipedia, et même si c'est faux, il y a toujours la proximité avec le mot militaire. Dans ma tête, ce mot est accompagné d'images transgressive, je pense d'abord au plus médiatiques, que ça soit les Femen aujourd'hui, ou act-up. Ça peut aussi être des tags dénonçant l'inégalité combattue, les gréves lycéennes avec blocage d'établissements. Bref, dans mon imaginaire, militant, c'est un truc transgressif, et risqué, que ce soit administrativement ou physiquement.

Mon association est agréé par le ministère de l'éducation nationale et les 3 académies franciliennes, on entre en donnant parfois notre nom et/ou une pièce d'identité à la loge, avec l'accord de l'infirmier/ère, du/de la proviseur/e ou CPE, et on mange parfois avec eux dans la cantine de l'établissement qui nous est souvent[4] offerte. Parfois même le/la prof ou surveillant/e nous aide à garder le calme si la classe est trop agité. Autant dire que niveau transgression, je suis dans le négatif. Au pire, je sais théoriquement qu'il y a des parents d'élèves contre nous, à cause des «journées de retrait de l'école».

Bien sûr, ou hélas, ce n'est pas advenu tout seul. J'ai pu vivre ma vie de mes 17[5] à mes 23 ans[6] sans jamais me soucier de l'homophobie, grâce au travail de mes prédécesseurs. Je suis là pour la 4ème année dans les écoles, parce que des militants se sont battus pour que l'homosexualité ne soit plus considéré comme une perversion, car le Front homosexuel d'action révolutionnaire, les Gouines Rouges, et tellement d'autres associations, ont imposé la visibilité, ont lutté pour l'acceptation et ont milité pour des droits.

Aussi parce qu'il a 30 ans des gens se sont dit que pour être plus fort, mieux résister à l'homophobie, il vaut mieux être ensemble, et spécifiquement permettre aux jeunes de se retrouver, se soutenir et voir qu'ils sont pas seuls, donc on fondé le Mouvement d'Affirmation Gay, [7]. Et que je sais que des anciens d'il y a 15 ans nous on dit qu'ils en reviennent pas qu'aujourd'hui des dizaines et dizaines de lycées nous demandent de venir parler des homos[8] chez eux !


Relisons les deux derniers paragraphes. J'ai écrit «battus», «imposés», «lutté», «fort», «résister», «soutenir». Il y a une rhétorique guerrière qui vient naturellement et me déplaît. Parce que non, je ne me «bat» pas, la métaphore est fausse. Je n'ai jamais rien risqué en faisant ces IMS, j'ai entendu parler, une fois, d'un élève qui commençait à se montrer violent, donc d'une IMS qui a été écourté. C'est ma 4ème année et il y a plus de 100 IMS par ans, autant dire que même si j'en fais plus d'un tiers d'entre elle, ça reste pas grand chose. À la limite, le plus gros risque que j'ai eu l'impression d'avoir, c'est une prof qui est venu nous chercher en voiture dans une gare de RER en banlieue et dont la conduite jusqu'au lycée laissait à désirer.

Je ne suis même pas là pour imposer quoi que ce soit aux élèves, je ne lutte pas contre eux, même pas contre les élèves homophobes. Je discute avec eux. C'est tout, je parle. Des gens me font des tas de compliments quand je leur raconte les IMS, quand je répète des horreurs ou des choses mignonnes que j'entends. Mais en fait, je ne fais que ça, discuter avec des gens, pendant deux heures, avec de 8 à 35 inconnus. Parfois des inconnus très sympa, parfois en total désaccord avec moi, mais je ne fais que parler. Et ceux qui me connaissent savent que je suis très bavard. Alors si je peux faire une différence en discutant, tant mieux ! J’admets que parfois j'en ai marre de toujours parler du même sujet. Que, même si après tant de temps j'ai toujours l'impression de ne pas le maîtriser à fond, d'avoir des lacunes, parfois je me dit que ça serait cool de passer sur un autre[9]. Mais au fond, je me contente d'apporter mon vécu - parfois édulcoré -, des «faits», mes opinions, celles de l’association histoire qu'on soit d'accord et raccord entre nous, et les témoignages d'autres personnes que je répète, quand mon vécu n'est pas pertinent.

Mais j'arrive pas à me qualifier de militant, j'ai l'impression d'usurper un mot. Et si je comprend ceux qui s'énervent, et face à l'injustice c'est tout naturel, c'est pas ce que j'ai envie d'être ou de faire.

Notes

[1] Vous remarquerez que quand je parle d'actualité, que je vous sors un article, c'est avec un an et demi de retard.

[2] La 103ème aussi

[3] Oui, «la», le pronom variera, puisque la personne concerné est agenre.

[4] Il y a 2 exceptions, et j'ai toujours refusé de payer les cantines des écoles, faut pas pousser.

[5] Age où j'ai compris que j'étais gay

[6] Âge où j'ai commencé les IMS.

[7] Pour le coup, je brode, il y a un souci d'archive concernant le mag, disons que j'imagine que c'est à peu près l'idée.

[8] On parle des LGB et T, mais il est rare que les profs nous parlent d'autres choses que des homos.

[9] Je ne le fais pas, car l'intérêt de la discussion vient de la possibilité de témoigner. Il n'y a pas d'IMS sur le polyamour ou l'aromantisme, et je n'ai pas de témoignage a donner sur le racisme ou le handicap, je pense donc être là ou je suis le plus utile.

samedi, février 7 2015

Témoignage d'IMS

Eh, mais ça fait longtemps que j'ai pas mis les témoignages sur le blog. En voilà 7

Lire la suite...

mardi, décembre 9 2014

Présentation des IMS

L'ancien président du mag m'a demandé un témoignage sur les interventions en milieu scolaire, pour notre premier rapport. Finalement, il n'y est pas, mais sera normalement dans la magazette, journal de l'association. Voici donc le texte.


Salut lecteur. Je me présente sommairement, histoire que tu saches d'où je parle: Arthur, 26 ans, doctorant en informatique, traducteur amateur de webcomics homo: Fur Piled <www.liondogworks.com/fr> et lgbt: Khaos Komix <www.khaoskomix.f> (parce qu'ils m'ont aidé, et que je veux que les jeunes lgbt francophone puissent y avoir accès !). J'ai fait 72 interventions depuis 2012, dont deux tout seul, deux devant plus de 60 élèves, dont une avec une journaliste (des souvenirs qui marquent).

Je considère qu'une IMS s'adresse à 3 publics: les LGBTphobes, les indifférents et les jeunes LGBT/en questionnement. Le tout avec une unique discussion ! Mon but est de faire réfléchir les premiers, sans leur dire qu'ils ont tort, juste en tentant de leur faire prendre conscience que s'ils peuvent avoir des pensées homophobes – ressentir du dégout n'est pas interdit - les mots et les actes homophobes peuvent avoir des conséquences graves auxquels ils ne pensent peut-être pas. Pour les derniers, je veux leur dire ce que j'aurai aimé entendre à leur age (à la place du "t'es trop jeune pour savoir" que l'intervenante pour l'éducation sexuelle m'avait sorti). Il est important qu'ils sachent qu'ils ne sont pas seuls, que ce n'est ni grave ni anormal. D'ailleurs, on peut faire son coming-out, et vivre en étant lgb sans que ça créé le moindre souci.

Concernant les trans, je suis incapable d'apporter un témoignage personnel, et si grâce aux formations organisé par le mag et à mes lectures je suis relativement à l'aise pour discuter de ce sujet, on l'aborde rarement en profondeur. Cela est arrivé principalement avec quelques classes très lgbt-friendly. Cependant, j'estime que le minimum est de leur faire comprendre la différence entre "trans" et "travesti", deux mots trop souvent confondu par les élèves. C'est même un des deux points qui sont indispensable pour moi en IMS, avec la question "Si votre meilleur.e ami.e vous dis être homo, comment vous réagiriez ?", histoire qu'ils y aient réfléchi quand ça arrivera.

Les IMS ont eu deux effets sur ma vie. Vu que j'interviens beaucoup j'estime important de me former, et je me suis retrouvé à lires des blogs/livres que je n'aurai pas forcément lu sinon, que ça soit sur l'homosexualité dans l'histoire, dans le monde, ou même le sexisme. Et surtout, j'estime extrêmement important de partager les témoignages d'IMS, j'aimerai lire les pensée d'un intervenant en 2004, voir comment étaient les élèves à cette époque (je sais que les élèves de mon lycée était plutôt tolérant, - quoi que surpris de mon coming-out, mais ce n'est pas représentatif). Depuis près d'un an, je prend donc le temps de faire des témoignages, racontant le déroulé d'IMS, les choses les plus marquantes que j'y ai entendues, d'abord en léger différé sur mon compte twitter pour que ça soit partageable, puis remis en forme sur <www.milchior.fr/blog> pour que ça soit pérenne. Et vu les retours que j'en ai eu, ça semble vraiment intéresser des gens, au point que j'en parle plus que des mathématiques, qui sont pourtant ma grande passion (mais moins facilement compréhensible).

Je conclurai donc avec 4 témoignages d'IMS qui m'ont marqué: -Une classe tellement dissipé que des élèves confondaient encore "homosexuel" et "homophobe" après deux heures. -Un élève qui trouvait bien que dans certains pays on tue les homos, demandait pourquoi ce n'était pas le cas en France, et, à ma question "donc ça serait normal qu'on me tue car j'ai été avec un homme", sa réponse s'est fini par "en four nazi". -Dans une autre classe, intervenant avec un magueur que je rencontre pour la première fois, un élève nous demande "depuis quand vous êtes ensemble", -Et pour vraiment finir, mon meilleur souvenir: un garçon me demande "Vous n'avez jamais voulu essayer avec une fille", ma co-intervenante répond "Et toi, tu n'as jamais voulu essayer avec un garçon", il nous répond que "si", fait son CO en tant que bi, et sa classe de 3ème semble ne pas y prêter d'importance !

En espérant vous convaincre d'intervenir si vous ne le faites pas déjà,
Bonne continuation, Arthur Milchior

mercredi, mars 26 2014

IMS mars 2014

TW: homophobie, racisme. (Oui, je commence avec les triggers warning, j'aurai du le faire plutôt)
Bravo pour avoir fini ce billet, il était long.


Mardi: Le truc à lire avant de faire une IMS.

6 heures d'IMS. Et avant qu'on me pose la question, ouais, je veux un cookie. Vraiment. Mais si vous me payer en cookie, c'est encore du bénévolat ?
Sinon, cette nuit, j'ai rêvé que Link (oot adulte) et Tidus (FFX) étaient en couple. Google, pourquoi tu me trouve aucun fan art ? :(

Suite à un pb d'emploi du temps, une classe a eu une heure au lieu de deux, ils ont demandé à revenir pendant la pause déjeuner :)

J'aime quand les élèves se corrigent entre eux. Un gars signale à un autre qu'il confond "trans" et "travesti" sans qu'on intervienne.

Questionnaire après débat :"j'ai grandis avec deux femmes et je le vis très bien." (on a parlé d'homoparentalité)

"Vous croyez qu'on est...?" À l'unanimité l'autre intervenant est dit gay, moi plutôt bi. Donc cet hétéro fait "plus gay" que moi. (ça m'amuse la certitude de l'erreur, mais savoir si je "fais gay" ou pas, je m'en fiche.

"Quand vous insultez, c'est pour quoi ?
-Pour insulter" (Certes, mais encore. )

Comment vous réagiriez si un ami vous disait être homo. Un a un pote bi, sans souci. Un autre pose notre question au prof, marrant.

Commentaire après débat très positif, sauf que j'ai oublié de les noter. J'ai gardé "Arrêter d'être gay et une pédale. Débat de merde"


3ème changement de salle, 6ème heure, je veux mettre le dvd dans l'imprimante. Je crois que je fatigue.

C'est dur de faire comprendre à une classe pourquoi on vient leur parler d'homophobie, quand on en voit vraiment pas chez les élèves.

Là, j'ai donné des exemple de propos entendus dans d'autre lycée. Un élève:"Mais comment vous faites pour pas les frapper?
-Je parle"

Ben en fait, j'ai pas grand chose d'autre à dire aujourd'hui. Classes super cool, donc rien de vraiment remarquable ! À demain.


Mercredi:

Une journaliste de France Info nous a observé, et a interviewé des élèves. Mon nom est cité, mais on ne m'entend pas. Il faut dire que l'ims dans un auditorium ne facilite pas la prise de son, je ne pouvais pas avoir la journaliste qui gardait son micro sous moi.

Témoignage un peu plus long qu'hier
Caffouillage d'un prof, on se retrouve aussi avec la classe de la semaine prochaine. 60 élèves et une journaliste de France Info, c'est sportif. On les prend quand même, on peut vraiment pas dire à des lycéens, vous êtes venus au lycée à 8h30 pour rien, allez 2 heures en perm'.
"Qu'est-ce que vous connaissez comme source de discrimination?
-La différence." Ils sont géniaux, ça normalement c'est notre conclusion
Classe sympa, jusqu'à ce qu'on parle d'homoparentalité
"Il y a déjà des enfant élevés par deux pères
-C'est faux"

Après l'intervention, j'entend une fille dire qu'une autre est lesbienne dans la classe, et ne devrait pas le cacher. J'essaye de lui faire comprendre que, non, le coming-out n'est pas facile, et qu'elle savait peut-être pas que la classe acceptait bien.
Maintenant, des extraits de questionnaire après débats: "Faire venir des personnes homosexuelles"(on a pas dit qu'on l'était), "C'est étrange", "Je suis contre, mais je respecte leurs choix", "certains propos des personnes de ma classe m'ont étonnées"
"Je trouve ça pas bien car de se faire enculer, ça fait un peu de douleur" (comment il sait ?)"
"il y a beaucoup de bruit ce qui gène le débat qui est intéressant" Un jour, faudra nous expliquer comment faire taire des élèves
"Je respecte les gays/lesbiennes, même si je trouve ça bizarre"
"Je suis pour juste pour les bis et les lesbiennes, sinon le reste je suis contre." Ce qui est assez marrant, car une élève ne comprenait pas pourquoi on distinguait la lesbophobie de la gayphobie.
"Respectueuse au possible" et plus bas "L'homosexualité est contre nature et imorale. L'homme est fait pour être avec une femme" wtf?
"Tout le monde n'est pas obliger de les comprendre simplement de ne pas les dénigré", ça fait vraiment plaisir, c'est ÇA notre message!
"Ne pas venir à 8h30 du matin alors qu'on a pas cours, mais merci de nous avoir accueilli". Oh que je comprend, l'école est trop tôt.
"L'homosexualité, la bisexualité et la transidentité" ne me dérangent pas". Ça m'étonne car on parle de trans, je ne crois pas qu'on ait dit le mot "transidentité", donc elle doit le connaitre d'ailleurs.
"Je suis déjà tombé amoureuse d'une femme et me sentais concerné par ce débat. Je trouve que certaines personnes sont très peu ouverte"
"La sexualité qu'elle quel soit ne se contrôle pas." aille, je pense qu'il parlait de l'orientation, mais ça sonne plutôt "violeur" là.
Un dernier pour finir bien "Débat intéressant, rien à changer. Pas d'avis du moment qu'ils s'aiment", ça fait particulièrement plaisir. En effet, "pas d'avis" ça veut dire que c'est l'avis neutre, donc en fait celui de la majorité. Et ça confirme ce qu'est la majorité dans ce lycée.

2ème classe Définissez homo "une personne qui aime quelqu'un de son sexe". Définissez hétéro "une personne normale".
Quand on fait lister les orientation sexuelle, on a "homo, bi", et ensuite hétéro qui n'est pas vraiment une "orientation" pour eux
Un élève a visiblement confondu les termes androgynes et androïd. Ce qui a du lui rendre bizarre la discussion sur sexe vs genre.
Première fois qu'une élève nous parle de "Théorie du genre" d'ailleurs. Mais la question était pas clair, j'ai peur d'avoir mal répondu. Visiblement, pour elle, la théorie du genre existe pour avantager les FTM qui vont changer pour profiter du sexisme des hommes.
Il est possible que je n'ai pas retranscris fidèlement ça pensée, ça semblait assez confus.
Une élève demande comment les homos font pour draguer. Une autre répond, surprise "Ah, parce que les homos peuvent tomber amoureux ?!"
Un truc cool, la majorité des élèves comprennent que si un ami fait son CO, c'est parce qu'il lui fait confiance, que c'est flatteur. Même si y en a toujours certains qui pensent que c'est car son ami est amoureux de lui.
Et voilà, c'est fini pour aujourd'hui. Au programme: sieste et mathématiques.


Vendredi:

Un conte pour me préparer aux #IMS. Une jolie histoire de princes charmants (en anglais)

Le plus gros souci d'un élève, c'est que ça va faire bizarre qu'on dise "Monsieur et monsieur"

On essaye de définir et orientation sexuelle et identité de genre. Ça a été un peu un échec, une fille a compris que les trans sont bis

"-Si un-e ami-e vous disait être homo...?
-ça resterait mon ami sauf si c'est une fille."

"Les gens critiquent si on a un avis différent", j'aimerai vraiment savoir comment avoir une classe calme qui s'écoute...

Quel est votre avis sur les lgbt : "Je n'ai pas d'avis, je suis indifférent, ça n'me dérange pas, j'm'en fous." au moins c'est clair !

Très bizarre comme début d'intervention, un mec semble sous-entendre que son ami et homo, il ne nie pas mais lui demande de pas le dire.

Classe très dissipé. Mais ça fait quand même super plaisir de voir des élèves globalement d'accord avec nous.

Sur l'homoparentalité, les élèves contre, c'était parce qu'on se moquerait des enfants à l'école. D'autres élèves répondent en comparant cette situations aux enfants de mères célibataire, ça deviendra normal.
Bon sang, j'aime vraiment pas ce mot "normal". Mais difficile de reprendre dans ce cas là.*

Chose rare, je me retrouve à devoir parler de réappropriation des insultes. Visiblement pas facile à faire comprendre.

Des élèves d'#IMS disent que si un ami "devient" gay ça ira à condition qu'il lui "fasse" rien. Parce que si eux une fille leur plaît...?
L'avantage de cette homophobie c'est que ça introduit bien la discussion sur le consentement et le sexisme.
Parlant de sexisme et de norme, on parle du père qui a mis une jupe pour soutenir son fils de 4 ans. Réaction d'un élève: "cool" :)

Par contre, je suis vraiment furax, on a tellement perdu le contrôle de l'#IMS qu'on a pas réussi à dire un seul mot sur les trans. :( Mauvaise gestion du temps, trop de boucan, de questions des élèves. C'est la première fois depuis presqu'un an que ça arrive :(.


Mardi: Avec un lycée en grève, je peux vous dire que l'infirmière est très sympathique et qu'elle a du vrai thé dans son bureau. Et que un groupe de lycéen, ça peut faire beaucoup de bruit (et que c'est déprimant de se dire qu'on est un vieux, qui les voit depuis l'intérieure, depuis le côté des profs)


Mercredi: la grève à fini. Un excellent podcast pour préparer l'IMS.

Dans le bus, je tombe sur des lycéens de la semaine dernière tenant des propos sexiste. Bon, on fait pas de miracle non plus.

Visiblement on a eu des élèves venu à l'#IMS qui n'auraient pas du être dans cette classe. Bizarre. En moyenne les élèves sont timides mais vraiment intéressé, ça fait un mélange bizarre et épuisant.

On a été impressionné, on listait les insultes homophobe et un élève a remarqué tout seul qu'elle sont toute au féminin. Et il en a déduit directement que c'est lié au sexisme.

Quelque part, ça fait plaisir de voir une classe s'étonner de l'homophobie tellement l'idée que ça puisse exister leur semble "conne". Mon seul regret c'est que la pression de la classe empêche les pensées homophobes de s'exprimer et donc nous empêche d'y répondre.

L'avantage de secret story(sic) c'est que la définition d'intersexe ne les surprend plus trop, même s'ils disent "hermaphrodite". Et pourtant presque toutes les classes savent que les escargots sont hermaphrodites, qu'ils changent de sexe pour se reproduire. En général ça fait rire quand je demande si c'est pareil pour la reproduction humaine. Et c'est fait amicalement, c'est bien. :)

Truc sympa: les élèves qui font un détour pour te dire bonjour. Truc triste: j'ai l'age du prof de ce matin. (très mignon en passant)

En passant, je trouve twitter intellectuellement malhonnête. Ils RT beaucoup les propos homophobes, et pas les friendly. Ça déforme la vérité. Car sans nier que l'homophobie existe à l'école, il ne faut pas cacher les élèves qui nous soutiennent. Ça fait parti de la vérité d'aujourd'hui.


Vendredi, dernière IMS de ce lycée:

Abordant la peine de mort pour homosexualité, je découvre que le mot "lapidation" fait rire des élèves. :(

Vous pensez que je suis homo/bi/hétéro/ne savez pas ?
"Toi, pourquoi t'as cru que j'étais bi ?
-Car je sais pas, donc j'ai dis les 2."

Pour eux "l'orientation sexuelle se voit". Ils ne sont pas capable de se mettre d'accord sur ce qu'ils voient, mais si, ça se voit.

Les parents gay sont un problème, seul la femme sait s'occuper de l'enfant.Changer une couche est physiquement impossible pour l'homme.

La prof m'apprend que sur la fiche de début d'année du lycée, les élèves peuvent marquer garçon, fille ou autre. J'aime ce lycée !


Et pour finir, une classe dans un autre lycée:

Cette nuit, j'ai rêvé que je faisais une IMS à Poudlard. Ce qui est pourtant inutile, si j'en crois les fan fic.

(Un message caché en milieu de poste. Si vous avez lu jusqu'à la fin, c'est cool de le dire. Je sais jamais si j'écris pour rien ou si je suis lu. Et surtout j'aimerai savoir si c'est trop long/trop répétitif/trop court. Trop trash et directe ou si ça va. Si ça vous gène de lire ça aussi, car ça peut rappeler de mauvais souvenir à certains.)

Tout d'abord, il faut savoir qu'une IMS, c'est marrant à faire. Une IMS tout seul encore plus. Alors malade, la voix moitié éteinte, le portable laissé à la maison, devant une classe agité, laissez moi vous dire que c'était l'éclate ! (mais la moitié de ma voix habituelle suffit pour une salle de classe.)
Avec dvd de 16 minutes, vu une quarantaine de fois, j'ai passé plus de 10 heures devant le même reportage. J'en peux plus.

Quelques questions avant débat:
-Avez vous une question ?
-Si c'est pour danser, non, mais si c'est pour parler, ouais"
"Est-ce que cela les dégoutte ?" Les mentalistes, help. Qu'est-ce qui dégoutte, ou pas, qui ?
"Pourquoi il y a le mariage gai ?" "Qu'est-ce que ça fait ? et comment ça se fait de l'être ?"

L'homophobie me dérange pas, je suis là pour ça. Le racisme, ne pas croire qu'un-e arabe/noir-e peut être lgbt, j'ai plus de mal.

Parlant d'handiphobie:
"-Il y a des aveugles homo ?
-Bien sûr, comme partout.
-Mais comment ils savent quel garçon leur plait ?
-Comme les hétéros".
Bon, décidément, j'aurai pas réussi à leur faire comprendre que "homo" concerne les fille aussi. Et les bis...

Une fille me dit que son père lui a dit qu'il préfère qu'elle revienne enceinte, à 15 ans, plutôt que lesbienne. Aoutch Par contre, elle pense qu'elle aurait le droit d'être bie, car ses parents auraient toujours l'espoir qu'elle ait un enfant J'explique que les lesbiennes ne sont pas stérile, PMA, coparentalité.. Bref, elle pourrait toujours avoir un enfant. Elle y croit pas.

Au moins avec une classe bavarde, ils se sont pas géné pour poser des questions, même perso. Par contre, pour écouter les réponses...
Ils veulent savoir pourquoi deux filles ont le droit d'être proche, de se toucher, alors que deux mecs, non. Dur de répondre.
"-ça fait quoi de coucher avec un mec?
-Ça fait du bien."
Je déçois toujours en parlant de câlin, d'embrasser. Ils veulent autre chose.
Cette dernière ligne est donc officiellement un appel à plan-câlin .

"-Pourquoi vous êtes homo ?
-Pourquoi vous êtes hétéro ?" une fille explique la beauté des mecs. Je suis d'accord et ça la surprend !
Ils tiennent absolument à connaitre mon type de mec. Je dis que j'aime bien les geeks. Qu'un mec avec un bouquin c'est attirant. (D'ailleurs je vais trop souvent aux "mot à la bouche")

Ils veulent savoir si aucune fille me plait, je dis que je trouve quelques très rares filles masculines jolie.
"Comme Justin Bieber?" (je n'ai pas réussi à avoir d'explication à cette phrase)
Je parle de ma copine en cm2, ma mère à gardé sa carte de st-valentin. Ça les fait rire. Et hop, je récupère leur attention 3 minutes.

Je n'aurai pas non plus réussi à leur faire croire qu'en couple d'homme (les filles, décidément, ils s'en fichent) il n'y en a pas forcément un qui fait la fille. Pourtant ils l'ont vu dans des reportages de W9, c'est pas de la téléréalité. Et puis, "ça se voit" qui fait la femme dans un couple, il y en a un qui a des manières. Je répète que, pas forcément. D'ailleurs, ils sont incohérent. Ça se voit, ils le savent, et pourtant me demandent si je fais la femme ou l'homme dans le couple.
J'essaye subtilement de passer de "faire la femme" au "rôle" de la femme, et au sexisme. Non, c'est le sexe qui les intéresse.
Certains ne croient pas que les femmes peuvent faire l'amour ensemble, je regrette vraiment de faire l'#IMS sans fille. J'explique donc que amour ≠ pénétration, parle de caresses... et me fait traiter de menteur.
Puis, j'ai l'air bien crédible après avoir dit que non, le faire entre garçon fait pas mal, si c'est bien fait. Comme pour les hétéro.

"Comment vous faites pour savoir si un garçon est homo, pour pouvoir le draguer." C'est totalement incroyable, pour eux, que je puisse dire à un mec qu'il me plait sans connaitre son orientation sexuelle. Et surtout qu'aucun hétéro ne m'ait frappé après que je lui ai dit ça. Beaucoup d'élèves disent qu'ils frapperaient, eux.
Bon, je peux vraiment pas leur reprocher, j'ai mis des années à le comprendre. Grâce à Nicolas Bacchus. Un grand chanteur.

"Embrassant un mec dans le métro, je me suis fait traité de pédé.
-Et vous l'avez frappé ?"
Mais pourquoi tant de violence ?

Une fille me remercie de faire ces intervention, car il y a dans cette classe peut-être de futurs homophobe. Pourquoi "futur" ?

Voilà, compte rendu fini. C'était long, pour une seule classe. Mais intéressé et très turbulente. (moins que d'habitude selon la prof, ce qui me fait être vraiment heureux d'enseigner à la fac en fait.)

Faites attention, ce billet est particulièrement long. Je suis beaucoup intervenu ce mois-ci.

dimanche, février 16 2014

IMS de février 2014

Février 2014, j'ai fait 8 interventions dans 3 lycées différents. Comme d'hab, vous avez ci-dessous un copié coller de ce que j'ai mis sur facebook, qui est lui même un copier-coller un peu mis en forme de ce que j'ai tweeté en léger différé. (Parce que quand je suis devant les élèves, je suis pas sur mon portable, mais j'ai toujours un crayon pour prendre quelques notes, certains pour vous, certaines pour le compte rendu pour le mag, et certaines pour un débrieffing avec l'autre intervenant)

4 février:

Allez, deux petites IMS aujourd'hui. J'étais crevé, je me suis fait plus de 2 heures de transports entre Créteil le matin et Champagne sur Seine l'après midi (ce qui est bête, vu qu'ils sont tous les deux aux sud-est de Paris), et les élèves étaient visiblement crevé aussi, certains dormaient littéralement sur leurs tables.
Franchement pas grand chose à raconter.
Sur un questionnaire avant débat, une question :" et si l'on ne sait pas ce qu'on veut dans la vie ?" ... je comprend pas la question.
Ça fait plaisir de voir à quel point les élèves savent que la télé ne représente pas la réalité. Malgré qu'on nous resorte les clichés question d'élève : "que pensez vous de l'IVG pour les homos ?" (Après vérification, elle a confondu IVG et PMA)

On leur demande de définir discrimination, on a eu : "faire la morale".
Et pour homophobie on a eu "la peur de devenir gay." Des élèves croient que des homophobes, des autres, pensent que c'est contagieux.
Question rituelle d'#IMS, si votre meilleur-e ami-e vous dit être homo, vous réagissez comment ? "Je le baise !"
Un autre lui signale que la réaction est absurde. "Non, mais je le frappe, je veux dire."
Quand on lui demande pourquoi, il ne sait pas. "Non, mais j'ai dit ça comme ça, sans réfléchir." (Ah ouais, ça va alors.)

La conclusion de mon dernier billet se vérifie encore. 2 filles se disent L ou B sur les questionnaires après débat, et là je réalise que j'ai grosso modo rien dit sur la biphobie. Gloups.
3 élèves de la première classe, un de la deuxième, nous ont demandé si on était en couple avec l'autre intervenant (réponse: non)

Ah et sinon, un autre lycée à annuler les interventions. Bonne nuit


11 février, début d'une semaine avec 6 IMS sur 3 jours, à côté de la recherche et des tp, et d'écriture... C'était une bonne journée d'#IMS, équipe pédagogique très sympa, dans un CDI, ma salle préféré ! Trois classe de plus en plus friendly.

Première classe, on nous a dit qu'elle était calme et sympa. Spoiler de l'#IMS : lol ! (Ça veut dire non)

Visiblement, dire qu'un arabe puisse être homosexuel les fait rire.
La classe était relativement calme la 1ere heure. Jusqu'à ce qu'un gars sorte : de toute façon, si je vois un homo, je le frappe. (rassurez vous, il m'a pas frappé, même quand à la fin de l' #IMS on a dit qu'on était gay.)
D'habitude on le dit pas en #IMS, mais comme ils croyaient pas que ça existait vraiment on a préféré dire qu'ils viennent d'en voir 2. J'ai jamais vu une classe aussi surpris que les intervenant d' #ims soient homo.

Une a peur que si elle se comporte pas en homophobe, ça encourage les gens à être homo.
On parle du Refuge, association qui accueille des jeunes lgbt mis à la porte car LGBT, un élève dit que s'il a un fils homo, il fera pareil, le frappera ou le laissera fuguer pour plus le revoir.
On demande à cet élève s'il trouverait normal d'être mis à la porte si ses parents aiment pas sa copine. Il répond que ça ne peut pas arriver car si c'était la cas il quitterait sa copine.

Questionnaire avant débat du lycée (différent de celui du mag), ça vous ferait quoi qu'un membre de votre famille soit homo ? Une élève commente : impossible, il n'y a que des femmes dans ma famille. (Et les lesbiennes alors ?)
Ça me fait penser, un jour je serai curieux de voir si : "comment vous réagissez si votre meilleur-e ami-e vous disait être homo" Aurait une réponse différente si on remplaçait "homo" par "bi". S'il y a des différence en lycée entre homophobie et biphobie.

Une élève est d'accord avec le fait de frapper. Tout se règle en frappant plus fort. La prof intervient en disant qu'elle passera l'information à ses parents pour améliorer ses résultats scolaire. A posteriori j'ai honte d'avoir trouvé la réponse drôle en fait j'ai aucun moyen de savoir si elle pas battu /n'a jamais été battue chez elle. Ce qui expliquerai son propos. On parle du plus grand risque de ce suicide. Ils considèrent que le suicidaire est faible et ça prouve que les homos sont faibles.

La prof leur demande s'ils croient qu'on peut vivre bien en ayant provoqué un suicide, en ayant du sang sur les mains. Une élève se rend compte que "ah ouais, elle a raison". J'aime bien cette prof de français


2ème classe: Beaucoup plus sympa.

Une vrai discussion et pas un cours, donc des questions inhabituelle aussi. Si on connaît des gays devenus hétéro par hasard.
Quand un élève dit que c'est pas grave d'être gay, un autre lui dit que ça veut dire qu'il est homo.
Un autre serait content d'avoir un ami gay. Nous avons des amies, et s'il traîne avec nous il pourra les draguer. Le même serait content qu'un gay le drague, ça voudrait dire qu'il est beau gosse.

"Je veux devenir gay, ça me gêne pas de le dire haut et fort." Malheureusement, ça discutait et j'ai pas eu le contexte de cette phrase

Difficile de faire comprendre que non "l'homophobie" n'est pas illégal. C'est juste une circonstance aggravante. Les pensées sont libre

Encore plus difficile d'être crédible en parlant de pénalisation de l'incitation à la haine, quand on entend tant de raciste/homophobe.

Questionnaire après débat :"je pense que c'est normal mais ça me dérange un peu car j'ai pas l'habitude."


Dernière classe super sympa, 1 unique propos homophobe: une insulte homophobe. Un mec qui insistait sur le fait qu'il est hétéro dit à un autre qui l'embête :"recommence et je t'encule". Ça a fait rire, il a pas compris pourquoi.
Je finissais par dormir debout mais les commentaire disent que c'est intéressant!
Ah et sinon, ça fait bizarre, ça ME fait TRÈS bizarre, d'entendre quelqu'un parler des Lascars Gays, même si c'était logique dans la conversation.

12 Février:

Questionnaire avant débat : On ne veut pas homosexuelle en France." (Sic), "Chez moi il n'y a pas sa !!!" (Re sic), "Je ne vous conseille pas arrêtez Arrêté ça svp." , "Dieu a crée un homme pour une femme." Mathématiquement, c'est le "un" qui me laisse perplexe.

Le témoignage DVD :"Je suis croyant et je crois en dieu, je le vis très bien" et visiblement rigolo pour cette classe.
Étonnamment la classe a été sympa, il est possible qu'on nous ait donné les questionnaires avant débat d'hier. Par exemple "comment les homos peuvent draguer ?" Bonne question, vraiment ! (si quelqu'un à la réponse, merci de la mettre en commentaire)

Très joli discours de la Cpe sur la lutte contre les inégalités, le petit plus que ce lycée leur apporte en plus par rapport à d'autre.
J'aurai pas du mettre le t-shirt à l'envers, ça fait perdre du temps quand ils veulent le déchiffrer.

J'ai dit avoir fait mon coming-out à ma femme, au lieu de dire ma mère. Bizarre comme lapsus. Très.

C'est dur de parler de la difficulté des premiers coming-out, c'est trop vieux pour moi. Mes co sont sans soucis maintenant. Oui, on continue de faire des coming-out toute la vie, ne serait-ce qu'en draguant ou en parlant de vie de couple à des nouveaux amis.


Début de deuxième IMS, un élève dit et répète "ils ont rien compris à la vie." On n'en saura pas plus, on saura pas pourquoi.
"Je peux vous poser une question ?" Ben oui, on est là pour ça !

Certains ont entendu que les homophobes sont des homos refoulés, et montrent l'élève forte gueule homophobe du doigts. Il aime pas. Je précise qu'on décourage ce comportement, et que si ça des homos ont été homophobe et se sont rejeter, ce n'est pas une généralité.

"Qu'est-ce qui vous plait chez un homme ?" Visiblement "le sourire" n'était pas la réponse qu'il attendait à la question.
"Vous êtes en couple ? - Pour l'instant non. - Rassurez vous, ça viendra ." Elle est gentille (mais ça m'intéresse pas)

Parlant du taux de suicide des 15-25 ans, ils disent que c'est parce qu'ils connaîtront l'homophobie toute leur vie. Alors que les vieux n'ont plus longtemps à la supporter. C'est rare que je me retrouve à parler d'homophobie en maison de retraite j'avoue que je ne maîtrise pas bien le sujet, mais je peux au moins dire qu'il n'est pas anodin.

Bref, 2ème classe très sympa.(j'aime quand ils font le parallèle homophobie/racisme)


14 février:

Un tout petit compte rendu d'#IMS cette fois-ci, puisque je n'ai eu qu'une unique classe de troisième, très sympathique.

Je me demandais s'ils croiraient qu'on parlerait d'homosexualité car c'est la St-Valentin (mais non). (On parle aussi de trans, mais c'est moins lié aux questions d'amour)

Questionnaire avant débat, l'un dit que son avis sur l'homosexualité change selon que c'est une fille ou un gars.

On nous dit "hermaphrodisme", on répond intersexe. On dit que dans certain pays on attend quelques années, que l'enfant choisisse. Je suis incapable de répondre à une question sur la manière dont l'enfant vit avant le choix, pour les vestiaire par exemple.
J'ai l'impression que ces notions, et celles de trans, les choque moins que les lycéens. Marrant.

Très calé niveau étymologie c'est impressionnant. "homo"="même", "philie"="aimer", "phobie"="peur". D'où une question super intéressante que je m'étais jamais posé. Pourquoi zoo/nécro/pédo PHILIE(amour) alors que homo/bi/hétero SEXUEL?

Un élève questionne sur la zoophobie, si ça existe et pourquoi on le met pas avec homophobie/xénophobie/racisme/sexisme.
On parle de consentement et d'inégalité dans la relation, contrairement à une entre majeur(sexuellement) humain. On me répond que chez les mâles, on peut parfois voir le consentement, j'ai abandonner le sujet, j'avais plus d'idée de réponse. J'ai rarement été aussi mal à l'aise, surtout que la cpe nous a dit que les profs étaient pas chaud pour l'IMS (d'ailleurs, c'est pas des mots que j'aurai eu envie d'écrire sur mon blog/facebook)
En fait, ils étaient plus aimable après qu'avant, ça semble leur avoir plus/les avoir convaincus. Cool

Question compliqué "est-ce qu'être homophobe c'est mal ?" (indice: répondre "oui" ça fait pas un débat. Répondre "non" non plus) On a défini l'homophobie: peur, haine, rejet, dégoût. Parler d'actes homophobes(harcèlement), de ses conséquences (suicides) et fait la comparaison avec le racisme/sexisme/handiphobie... enfin, comme d'habitude quoi. Et on lui a reposé sa question. Et comme d'hab', on finit par dire qu'on contrôle pas les pensé, être dégoutté c'est pas "mal". Agir en homophobe, insulter... si.
On fait lister les actes homophobes. Insulte, frapper, regards. Un élève rajoute "la loi", avec comme exemple l'interdiction de se marier. D'autres lui disent que maintenant on peut. Il répond qu'il parlait d'autre pays aussi, comme en Russie. (Il aurait pu parler de PMA ici, sinon, mais c'est déjà génial en #IMS)

Certains croient qu'être homo c'est un choix. Ça c'est classique. Mais les arguments et réactions sont inhabituelles. En gros, pour une élève, "on peut aimer tout le monde", et on peut choisir d'aimer que les gars/filles. Je ressors un arguments classique, après les listes des actes homophobes, ça serait "bête" de choisir d'être homo et de risquer ça. On me dit que si je trouve que c'est "bête" d'être homo, je dois être homophobe. J'ADORE cette classe !

Questionnaire après débat. On nous dit qu'on devrait plus parler de sexisme. (c'est vrai, à ma décharge en 1h15 on manque de temps !)
Le même élève écrit qu'on aurait du parler des blagues sexistes et des blagues homophobes. (point Uneheuredepeine atteint !)

Autre questionnaire: "Je les aime toujours pas, ça me dégoutte". (mais il coche que l'intervention était intéressante)
Un autre: "Est-ce que la tribadophobie et la gayphobie existe ? Pour votre prochain débat. une blague :" pourquoi faut-il préférer les bi aux gay(barré) homo ? -> parce qu'ils sont à moitié normaux."
Et un tout dernier commentaire après débat: "On aime un ♡ et pas un sexe."


Deux derniers mots, je suis conscient que ces billets de compte rendu manquent de lien. J'ai envie d'accuser le format de twitter, mais en fait, c'est surtout qu'il n'y a pas de plan, c'est une - longue - suite d'anecdote. Désolé si c'est illisible, je n'ai pas d'idée pour faire mieux.

D'ailleurs, ces témoignages ont pas mal de succès sur twitter, en tout cas si je m'en fie à la rubrique "connecter" qui m'informe du nombre de message retweeté, mis en favoris, et du nombre de fois où les gens me mentionnent, principalement pour dire aux autres de lire ce témoignages. En tant qu'auteur, j'avoue trouver ça presque déprimant, d'avoir plus de succès en répétant ce que disent les autres qu'avec mes créations.

lundi, février 3 2014

Moins d'IMS cette année

Finalement, je ferai peut-être moins d'IMS - Intervention en Milieu Scolaire - contre les LGBTphobies que ce que j'aurai imaginé. Et pas que grâce aux nouveaux intervenants qui me permettront d'en faire une plus petite portion. Mais des responsables d'établissements ont annulés la semaine dernière 9 interventions en milieu scolaire dans 3 établissements différents.

Dans un cas, l'intervention devait survenir suite à un gros cas d'homophobie, et le lycée a craint pour notre sécurité physique. Je suppose que j'apprécie l'annulation, j'ai aucune envie de me battre. Dans un cas, les parents ont retiré leurs enfants de l'établissement, donc ça sera reporté à un moment où les esprits se calmeront. Dans le dernier, c'est suite à la pression des parents et c'est définitivement annulé.

Je n'ai pas plus de détail que ça. Ça m'énerve. Bon, je me doutais que ça arriverai, je suis même surpris que ça ne soit pas arrivé plus tôt[1], l'année dernière par exemple. Vu les propos que nous tenaient des élèves, et vu ce qu'ils nous disaient sur leurs parents, je me doutais qu'il y avait un bon nombre à qui notre discours déplairait beaucoup. Mais ça m'énerve quand même. Et je ne sais pas explicitement dire pourquoi. D'où ce billet, pour noter les idées et tenter de l'analyser.

D'abord, ça fait deux ans et demi que je me prend des remarques LGBTphobes régulièrement grâce à ces interventions, que je me fais traiter de menteur, parfois insulter, par les élèves. J'encaisse[2]. Je crois qu'en fait j'en veux aux établissement de ne pas faire de même. Sauf que moi, je me prend des petites tranches de deux heures, puis je ne revois plus les élèves. Eux ils doivent tenir des années avec les mêmes, donc c'est être de mauvaises foi que de leur reprocher de chercher le calme quand nous on n'hésite pas à mener des joutes verbales.

D'un autre côté, ce que j'ai toujours trop tendance à oublier, et qu'ils oublient peut-être parfois, c'est qu'on n'est pas là que pour convaincre les LGBTphobes de réfléchir. Ni même les gens qui ne sont ni LGBTphobe, ni LGBT-friendly. Les indifférents quoi. C'est bien, et c'est indispensable, qu'ils réalisent que les actes qu'ils peuvent imaginer sans conséquence, comme utiliser "pd" comme insulte, ne sont pas anodins. Tout ça, on le voit, on le sait, quand on intervient, et le personnel du lycée peut le voir aussi.

Mais bon, ok, même si c'est dommage de pas pouvoir en parler avec ces élèves., à la limite, j'ai l'impression qu'il n'y pas absolument urgence, et qu'il est vrai que cette discussion se passerait mieux dans un contexte plus détendu, ce que j'espère qu'on n'aura d'ici quelques mois.

Mais je suis aussi là, et je dirai même, surtout là, pour parler aux jeunes LGBT ou en questionnement. Je dis que j'ai tendance à l'oublier, car je le vois rarement. Statistiquement, la majorité des personnes concernés ne le disent pas, ou parfois nous le disent rapidement en sortant de la salle, en chuchotant pour que personne d'autre ne soit au courant. Je dirai même qu'on ne doit pas dire aux élèves qu'on veut parler aux LGBT de leur classe, car si on leur dit que statiquement il y en a 3 dans une classe de 30, ça vire à la recherche de "qui est le gay", explicitant les clichés qui leur font croire que tel ou tel personne est homo. (Ils ne cherchent jamais qui serait trans ou bi par contre)

Bref, on ne sait pas qui sait, on ne peut pas et ne veut pas savoir qui l'est. Mais ils existent et nous écoutent. Et c'est un sujet très important pour eux, encore plus que pour nous. Car dans certains cas, c'est une des rares fois où ils ont entendu dire du bien des LGBT, que ça peut aller mieux, et qu'il existe des endroit où se retrouver, (même si leurs parents sont contre) et où on peut découvrir qu'on n'est pas unique, ni même exceptionnel. - Parce que c'est une chose de vaguement savoir qu'il y a des LGBT quelques parts. C'en est une autre d'avoir une preuve constructive, d'en connaître, de les fréquenter. Et également de se dire qu'on peut trouver des gens de même orientation sexuelle, donc potentiellement trouvé un partenaire un jour[3]. Et donc, en pensant à cela, ça m'énerve, beaucoup, qu'on retire cette possibilité à ces quelques élèves, pour calmer un plus grand nombre. Encore plus si on leur a annoncé l'intervention et qu'on l'annule, car ça revient à leur dire « finalement, c'est pas important. » et pourtant si !

Bon, je m'arrête là, je me lève tôt demain matin, et je vais parler pendant 4 heures à deux classes différentes, avec 1h45 de transport aller. Et que ce billet est déjà trop long.

Notes

[1] De même que je suis surpris, malgré les quelques retweet/follower que mes comptes-rendu m'apportent sur twitter, je me sois pas encore pris de remarque homophobe en réponse à ces commentaires.

[2] Bon, ceci dit, j'ai pas de mérite à encaisser les remarques transphobes, quasi systématique.

[3] Merci de ne pas me signaler que je suis probablement en train de projeter mes souvenirs de lycées, le témoignage n'est pas unique

vendredi, janvier 17 2014

Premiers extraits de 2014

Voici, copié depuis facebook, ce que j'avais copié depuis mon quasi-live tweet, que j'avais copié des notes sur papiers que j'ai pris durant les interventions. Avec un peu plus de mise en page, des remarques en réponses à ce que d'autres m'ont dit en commentaire.

Au fait, je ne donne jamais le nom du lycée, parce que je doute que ça soit intéressant. De toute manière, dans un même lycée je peux trouver alternativement des classes lgbt-friendly et des classes lgbt-phobe, et bien sûr des entre deux.

Lundi, 6 heures d'intervention en milieu scolaire, avec des élèves plutôt homophobes dont 4 heures seul.

Enfin, pas seul, j'ai le soutien du prof pour la discipline, et parfois d'autres profs/proviseur qui viennent voir comment c'est par curiosité. J'étais déjà venu l'année dernière, lycée très sympa.

En passant, le son du lecteur dvd est pourri. J'en veux au Netophonix, sans eux je m'en serai même pas rendu compte !

Première intervention, correcte, rien à signaler, c'en était presque ennuyeux tellement c'était la routine. Ceci dit, avec "Oui mais pour la religion être gay c'est 3 fois pire que pas être marié." le chiffre 3 me laisse très perplexe.

2ème, avec une intervenante, là ça devient vraiment costaud.

À propos d'un témoignage du DVD : "Mais c'est choquant, une noire n'a pas le droit d'être lesbienne." Oui la fille, noire d'ailleurs, explique que c'est normal que les filles noires ont moins de droit que les blanches. Après vérification, ce n'est pas simplement que selon l'élève il n'y a pas de noire lesbienne - certain le pense, - mais que ça leur est interdit.

Selon une élève on peut savoir qui fait l'homme dans un couple homo: c'est la personne qui fait la demande en mariage. J'avoue que fallait y penser !

On parlait d'homoparentalités. "Je suis contre -pourquoi ? -Je ne vous dirai pas, vous ne serez pas d'accord." C'est pas faux.

Comme actes homophobes, par rapport aux tortures, les élèves préfèrent le meurtre, c'est plus humain.

Concernant un pays où être homo c'est 3 ans de prisons: "seulement ?!" Elle pense que ça doit leur faire plaisir, les mecs profiteront d'eux Et puis si on emprisonne les gays ensemble, ils pourront se mettre en couple. Et rester gay comme les dealer redealent en sortant de prison.

-Si vous avez un enfant qui vous dit être homo, vous réagissez comment ?
-je le met à la poubelle.
Une élève fait la remarque juste qu'elle ne peut pas se projeter et savoir comment elle réagira quand elle aura vraiment un enfant.

On parle du suicide de jeunes homos. Une élève dit, tout bas : "tant mieux".

Une élève croit qu'on ne peut pas être homo et croyant. Mais que c'est mieux être homo et pratiquant que juste homo. (Quel logique?)

Après l'intervention, une élève demande comment elle peut aller à la Gay Pride car ces parents veulent pas. Je sais pas quoi répondre.


Dernière intervention, de nouveau seule, devant une classe au début quasi-muette. -Et si un ami vous dit qu'il est homo ?
-Je lui parle plus, pas être contaminé
-homo c'est pas contagieux
-je veux pas avoir le sida

"Quel pourcentage de la population est homo, à peu près ?" Un élève répond 300.

Comment vous réagissez si votre enfant est homo ? 15 je le rejette. 1 ça fait rien et 1 je l'envoie au bled. Sur 22 élèves

Un élève explique que lui même s'il disait être homo, sa mère le jetterai dehors. Enfin le tuerai puis le jetterai dehors

Le même dit que s'il avait un ami gay, il le frapperai pour son bien. Par contre il déclare avoir un copain bi. Je comprend plus rien. Apprenant qu'on peut réaliser tard qu'on aime les hommes, il semble avoir peur de devenir gay. En même temps s'il dit vrai il finirait à la rue. L'occasion de placer un mot aux élèves sur Le Refuge.

La documentaliste me dit qu'un élève fait un exposé sur le yaoi pour le cours de Japonais et me demande conseil. Je me sens inutile là. Mais c'est l'occasion de reparler de Khaos Komix et Fur Piled, 2 magnifiques LGBdT traduites par votre serviteur.


Mardi, 8 heures dans le même lycée qu'hier, avec deux intervenantes différentes.

Première classe bien sympa... Un exemple sur un questionnaire avant débat: "Pourquoi les homosexuels sont-ils attirés par le sexe opposé ? Comment font-ils ? Pour moi les homosexuels sont considérés comme une race différente, ils ne font pas partir de notre espèces. Ce sont des animaux ces chieurs."

"Considérés vous les gays comme des humains ou des êtres vivants ?"[1] Ah une question de biologie sur le questionnaire avant débat. Je vous passe les 7 autres remarques sur les 21 questionnaires, ils sont similaire. #IMS. La matinée va être bien sympatoche...

Questionnaire après débat. Un élève veut amender la peine de mort pour qu'on soit brûlé vif.

Une élève trouve charitable de pousser les homos au suicide (pour leur éviter une vie de péché)

Un autre, plus sympa, dis qu'il payerait à un ami pdsexuel une proxenète (sic) pour lui montrer comment sont les femmes.

Sinon quand on a expliqué qu'en Russie ce qu'on fait serait passible de prison, ils veulent qu'on aille en Russie.

Un élève à déjà vu des homos dans le métro et leur a craché, dessus. Il insulte les homos en arabe, comme ça on sait pas ce qu'il dit.

Un élève à confondu filiation et fellation. Un croit que bi, c'est homme en été, femme en hiver

3 disent que c'est contre nature, 2 contre dieu, 2 que les homos sont des fous [2], et 4 parlent de tolérer, même si un précise qu'il faut du temps pour accepter.

Sinon un garçon a dit que l'autre intervenante, très jolie fille, lui a brisé le coeur en se disant lesbienne.

2ème IMS super bien passé, ça fait du bien. Dont un bi et un gay dans la classe.

Homo, bi, hétéro, on demande s'ils connaissent d'autres orientations sexuelle, une fille répond "pan" et l'a défini. Elle m'a bluffé !

Si,comme mon correcteur orthographique, tu ne connais pas ce mot, "pansexuel", google est ton ami. (et contrairement à ce que Asp Explorer m'a répondu, ça n'a rien avoir avec la panspermie, même si ça serait drôle)

Une élève demande si les bis sortent avec des bis uniquement. Il faut vraiment que je fasse plus gaffe à préciser et répéter régulièrement qu'un "couple homo" n'est pas forcément "un couple d'homo".

Parlant(tiens, j'ai écrit "parant" sur twitter) de filiation, une élève nous invente le principe de coparentalité sans connaître le nom ni savoir que ça existe.

"Pourquoi sortir avec un gay s'il est effeminé, sortez directement avec une fille ! Sauf si c'est pour..." elle ne finira pas sa phrase et pourtant posera la même question pour les lesbienne avec des godes...


Question rituelle : comment vous réagissez si votre meilleur-e ami-e vous dit qu'il ou elle est homo ? Quelques réponses inédites.:
Une fille aurait peur qu'un ami gay veuille lui piquer son copain. Après tout on parlait d'homme qui s'acceptent gay à 50 ans.
Une fille dirait à son amie "que dieu te guide" mais resterait avec elle car ça se fait pas de rejeter une amie. J'aime cette classe.
Enfin un mec dit qu'il demanderait son numéro de téléphone. Il comprend pas pourquoi la classe rit, on lui rappel que la question parle de leur meilleur ami, donc qu'il a sûrement déjà son téléphone. Et il rigole aussi.

On parle avec lui après l'#IMS, il est surprit qu'on parle de bipohobie car il est bi et ne connaît pas. Ça m'attriste de lui apprendre qu'il y a même des homo biphobes, lui donnant quelques exemples pratiques. Ça semble le décevoir.

Je fais une aparté, ce garçon m'a raconté rapidement quelques détails de sa vie privé, de problème qu'il a eu. Ça me confirme une chose que je sais depuis longtemps: Je ne veux pas être accueillant au mag. Ça ne me dérange pas - ou plus - de me faire insulté, d'entendre des horreurs homophobes. Mais voir ce jeune garçon qui vient se confier à moi et me raconter, même très rapidement, des problèmes qu'il a eu lié au fait qu'il aime les garçons, ça me met horriblement mal à l'aise. Je ne sais pas que dire, je ne suis pas formé à ça d'ailleurs. Je comprend totalement que pour un mec dans sa situation, ça peut faire du bien de savoir qu'il peut se confier et ne va pas se prendre de remarque homophobe ou quoi que ce soit de similaire en retour, mais c'est vrai que ça me met franchement très mal à l'aise.

Sinon, pas mal d'élèves viennent discuter avec nous après, nous disent merci, qu'ils ont appris des trucs intéressant, c'est cool.

Une nous demande si c'est normal de ressentir de l'attirance pour les filles sans vouloir faire plus. Je parle d'asexualité. J'espère ne pas m'être gouré en parlant de ça, je manquais de temps pour en savoir plus. Mais au moins je dis qu'il n'y a rien d'"anormal", qu'elle est pas seule et qu'il n'y pas de règle absolu dans ces sujet.

Sinon, comme l'intervenant ne "fait pas lesbienne" et qu'elle parle d'intervenants hétéro, ils se demandent si on est en couple.


Et maintenant l'après midi.

Questionnaire avant débat : oui, l'homosexualité est un signe de la fin du monde.

"Rien contre les lesbienne,mais les hommes il se font rentrer dedans,c'est sale et inhumain. Les pd qu'ils aillent se faire ---" les traits sont d'origine. Mais si je devine bien la fin de la phrase, je ne sais pas s'il est particulièrement logique ou particulièrement absurde.

Après débat, certains veulent qu'on parle plus de la religion, d'autre moins. Ça va être dur à faire.

3ème classe, on leur demande: si vous réalisez que vous êtes attiré par quelqu'un de votre genre, vous le diriez. 3 oui, 17 je sais pas, 19 non et 3 "je me suiciderai" (dont un: en fait non, mes parents m'auront tué avant)

15 sur 32 élèves pensent qu'on choisit d'être homo. Ce qui semble être grosso modo la proportion de la majorité des classes, sauf peut être des classes particulièrement tolérantes.

"Les homos c'est pas normal alors que vous prenez 1 homme, 1 femme, vous les mettez dans la forêts, ils vont se reproduire."

Un garçon demande si les gays sont aussi attirés par les garçons manqué, car lui est attiré par les filles et par les garçons efféminés.

On comparait le racisme, homophobie, handiphobie... "- Ça n'a rien à voir
- Pourquoi ?
- Ben, c'est différent.
- En quoi ... " ad. lib.
Bon, on finit par entendre que, sa couleur de peau, on peut pas la cacher. (On dit pas que c'est identique, mais que des causses et des conséquences se ressemblent. Rejet de la différence, discrimination, insulte...)

Dernière classe, franchement rien de spécial à dire, classe habituel. Juste une petite anecdote pour conclure.

Un gars : "Comment les gays font? C'est trop petit pour.." On lui parle de zone érogène, il dit qu'il n'en a pas car il est un homme.

Notes

[1] Orthographe d'origine, pour une fois c'est pas ma faute

[2] et non pas des folles

mercredi, janvier 15 2014

Commentaire sur les commentaires d'IMS

Voilà, j'ai repris les interventions en milieu scolaire. Cherche ce tag sur mon blog si t'as oublié ce que c'était. Je te ferai quelques compte rendu plus tard, cher blog.

J'aimerai partager deux commentaires auxquels j'ai pensé grâce à des échanges sur des réseaux sociaux.

Je donne - sur twitter d'abord, facebook ensuite, et enfin sur le blog - des extraits d'interventions. Mais je ne précise jamais que je donne les extraits les plus inhabituels, qu'ils soient marrant, particulièrement choquant, ou parfois très touchant. Un de mes buts avoués, c'est de partager l'expérience auprès de ceux qui n'interviennent pas, et d'avoir une trace pour ceux qui voudraient savoir comment les interventions étaient en 2013, car moi même j'aimerai bien savoir comment c'était en 2003. Sauf que ce but n'est finalement pratiquement pas atteint, puisque j’omets les anecdotes qui reviennent à presque toutes les observations, et qui seraient pourtant celle qui contiendraient l'information la plus objective que je puisse donner.

Il y a une solution simple, donner le compte rendu détaillé d'une intervention "classique". Sauf que, en omettant le fait que je ne peux pas légalement enregistrer les élèves et qu'une retranscription de 2 heures serait probablement trop ennuyeuse à lire, et à taper, et surtout en omettant le fait qu'elle serait incompréhensible car c'est parfois plus du brouhaha que du dialogue... bref en omettant tout ça, eh bien en fait aucune intervention n'est totalement classique, il y a toujours quelques remarques inédites, et quelques remarques qui viennent 9 fois sur 10, comme, «c'est pas naturel/normal». «Pourquoi vous avez choisi d'être homo?»... qui de temps en temps n'arrivent pas.

Pire, je réalise de plus en plus qu'il y a beaucoup de mauvaise foi dans mes témoignages. Surtout quand ils sont oraux, quand je parle des IMS et raconte des interventions aux copains. Je donne des histoires marrantes qui se sont produites, mais en fait je me moque. Déjà parce que je prêche un convaincu. Et puis, par exemple quand je "cite textuellement" un élève, c'est souvent pratiquement une moquerie de sa manière de s'exprimer, ce qui est de très mauvaise foi, venant de la différence d'age et de parcours entre un lycéen et moi, qui n'a strictement rien à voir avec le sujet de l'homophobie.

Et pourtant, il y a en plus des tas de remarques pertinentes, intéressantes, de point sur lesquels on accepte de ne pas être d'accord avec les élèves et où leur argument ne sont pas faux, mais j'en parle jamais, ou en tout cas très rarement. D'ailleurs je n'ai plus d'exemple qui me viennent en tête tout de suite, à part à la limite la religion, où je peux difficilement avoir un débat plus poussé que: "certains concilient foi et religion, et il y a même des association qui les réunit".

Ah si, j'ai un exemple, qui m'a bien pris 3 minutes à trouver. Le mot "normal". Quand un élève dit que «être homo c'est anormal», je leur demande ce que veut dire «normal». Et bien parfois, on a des définitions comme: «la majorité». Et bien un élève gaucher pour ne pas se contredire a dit que lui non plus n'était pas normal. Un autre avait définit «qui est accepté par tout le monde» et a accepté de reformuler «ce n'est pas normal» en «ce n'est pas accepté par tout le monde». Alors, certes, je ne connais aucun intervenant qui ira dire qu'être homo c'est anormal. Mais leur raisonnement est cohérent et on a rien à redire à leur conclusion, donc on la laisse. Et bien là, à part le côté provoc/limite mauvaise foi de certains élèves, ça me semble une discussion intéressante, réfléchie, mais pas forcément drôle, donc je n'en parle pas.

D'ailleurs, je crois l'avoir déjà écrit, mais la position «il y a les bons (nous) et les méchants (les homophobes qui pensent pas comme nous)» est extrêmement plaisante. Elle a ses avantages, ça créé un esprit de groupe, et permet d'aider à se construire et s'accepter. Mais je ne l'aime pas (ça se voit, vu comment je la caricature), et elle n'est de toute façon pas compatible avec nos interventions. Donc parfois, ça m'amuse presque de donner raison à des élèves sur des points où je sais très bien que certains militants me tomberaient dessus à bras raccourcis. Typiquement, en intervention je refuse de qualifier d'homophobe ceux qui sont contre le mariage homo dans l'absolu. Dire qu'il y a des homophobe dans le lot oui, mais je ne dis jamais qu'ils le sont tous. Que par exemple, la question de savoir si l'enfant adopté pourrait grandir correctement est légitime, même si depuis le temps que ça existe on a déjà la réponse. Donc je n'irai pas dire homophobe, mais qu'il est utile de se renseigner.


Et maintenant mon deuxième commentaire. Vous excuserez j'espère l'auto promotion de compliment, mais je ne la fais pas juste pour me glorifier, au contraire. Sur facebook un ami me disait "Tu m'impressionnes beaucoup d'arriver a faire ça." et d'autres amis à l'occasion m'ont tenus des propos similaire. Là, comme souvent, je fais mon (faux) modeste «Bof, c'est ma 3ème année, et surtout c'est des actions très ponctuelles. Comparé à ... par exemple, c'est rien.» ce qui embraye sur une discussion sur la modestie/vantardise, et le rapport avec les IMS.

D'abord, ce que j'ai écris, je le pense. Les IMS c'est parfois épuisant (6 heures et 8 heures le lendemain, ça prend bien la tête), mais ça n'a rien de bien plus impressionnant que faire du bénévolat pour soutenir des lycéens en math comme beaucoup de camarade de classe ont déjà fait. À la limite, on a plus d'anecdotes à raconter, parfois plus d'opposition, et surtout les anecdotes sont compréhensible par tous et pas seulement par les matheux.

Sauf que je sais bien aussi que, tel que je le raconte, surtout tel que je le raconte déformé, ça fait impressionnant. Il faut ça pour que ça soit intéressant, et j'essaye d'être intéressant. Donc c'est presque ridicule de ma part de dire que ce n'est rien, car même si pour moi, une intervention n'est plus quelque chose de marquant, il est vrai que le fait de faire des intervention, que l'association en fasse, et que certains intervenant témoigne, ce n'est pas rien.

Et j'irai même plus loin, j'ai toujours été très vantard[1], pour autant que je m'en souvienne, ça n'est pas nouveau et ne semble pas changer. Je n'aurai pas le droit d'en parler, je ne me prendrai pas quelques compliments en retour, je ne suis pas sûr que je continuerai. Que le simple fait de "savoir que je fais un truc bien", si personne n'en était témoin, me suffirait. Je pourrai aller jusqu'à dire que c'est moins du bénévolat qu'une manière de me faire briller.

Et je trouve cette pensée très dérangeante.

Note

[1] Est-ce qu'on naît vantard, ou est-ce qu'on le devient? C'est normal ? On choisit d'être vantard?

mercredi, octobre 9 2013

Venez parler d'homo/trans phobie/sexualité aux élèves

Je vous ai beaucoup parlé des interventions en milieu scolaire du MAG. Celui-ci vient de lancer une campagne de recrutement, et maintenant qu'on est agréé on espère pouvoir parler à encore plus d'élèves. Mais pour ça il nous faut encore plus d'intervenant.

Pour information, il n'est pas obligatoire d'être LGBT pour pouvoir parler de questions LGBT, il suffit d'être intéressé.

Mieux, dimanche 13 octobre 2013 vous avez le temps d'aller à la séance d'information sur les IMS, et d'arriver à temps à l'ENS à 18h30 pour voir Mystérieux Meurtres Mortels.

dimanche, juin 2 2013

Mais c'est quoi ces lycées ?

Bonsoir, est-ce qu'il y a un homophobe dans la salle ?

Ça le fait comme début de sketch ? aujourd'hui je t'offre un petit résumé de ce qui s'est passé depuis le dernier épisode.

Le Mag s'est mis à citer des "perles d'élèves" sur ça page facebook. Si tu n'es pas amis avec le mag tu ne peux pas les voir, désolé pour toi. MAG, c'est Mouvement d'Affirmation Gay. En dehors de toute question de sexisme, je regrette que ça ne soit pas le mouvement d'affirmation lesbien. J'aimerai dire aux élèves "Bonjour, on représente le mal[1]".

CherryCoke s'est aussi mis à twitter des morceaux d'IMS. Et elle au moins utilise le même hashtag - pardon, mot-dièse - que moi. Je suis contagieux !

Et puis Nicole Ferroni en a un peu parlé, j'ai eu le droit à deux #ff [2] de sa part. Si vous ne la connaissez pas, Nicole Ferroni est une humoriste, et on lui doit une chronique géniale sur l'homo/arachnophobie où elle décrit en fait quelque chose qui ressemble à nos IMS.

Humoristiquement, j'adore son monde déjanté ! Mais je ne peux m'empêcher de me demander: je dois le prendre comment qu'une humoriste que j'admire me fasse un #ff pour autre chose que pour mon humour ? Ou alors, ça confirme ce que je pensais déjà, il faut que je prenne tout ça et en fasse un stand-up. D'où la question de début de billet.

Allez, on attaque les citations d'élèves.


Je commence par la citation qui m'a probablement le plus révolté: "Pourquoi vous aimez pas les femme ? Non mais allô quoi les homos réveillez-vous ! 2013 quoi !". Plus sérieusement j'ai eu "Comment comptez vous perpétuer l'espèce humaine dans sa vraie nature, c'est à dire un père et une mère et pas 2 pères ou 2 mères." mais heureusement aussi "pourquoi faut-il un débat alors qu'il ne s'agit que de gens qui s'aiment ?"

J'ai envie de faire une conjecture: le nombre de non-hétéro dans un lycée qui s'assument ne suit pas un processus de Poisson. J'ai vu au total 3 lycée où cet événement s'est produit. Un lycée où dans une classe très homophobe, une fille écrit "je suis bi, chut" sur le questionnaire après débat. Un collège où un jeune me demande si je n'ai jamais voulu essayer avec une fille - et quand l'autre intervenante lui demande s'il n'a jamais voulu essayer avec un garçon, il répond que si - et à la question de sa voisine, il a confirmé qu'il était bi[3]. Dans ce collège, j'ai aussi une bie le marquer sur le questionnaire[4] après débat, et une fille nous questionner sur le mag après le débat. Et enfin, mon dernier lycée avec un(e) trans (ancienne élève, et je ne sais pas quel est son genre), deux gays qui s'affirment dans deux classes différentes, 2 personnes qui se marquent "bi" sur le papier, une en personne après le débat, et une fille élevé par deux mères. Et malgré tout ça, on avait de vrais morceaux d'homophobie dans ces classes, ça m'a étonné, du style "mais si vous aimez les hommes, c'est que vous êtes une femme en fait".

On demande aux élèves s'ils savent ce que portaient les homosexuels sous le régime nazi. L'un propose "Un arc-en-ciel ?", c'est pas drôle, mais presque.

Tiens, encore des citations de questionnaires: "ça n'a rien changé, hétéro et fier de l'être", "aucun avis sur le débat car j'ai trois amis gay" (et comme répond CherryCoke: "Et moi j'ai 1 chat du coup j'ai aucun avis sur le végétarisme"), "je suis pour l'homosexualité" (je sais pas ce que ça veut dire en fait, mais ça semble bien :) ), et "je n'ai pas d'avis car c'est une abomination" (heureusement que l'élève n'a pas d'avis) "Je suis croyante, donc je ne juge personne"

On a des génies en biologie: En France, vous savez qui peut bénéficier de la PMA ?
Réponse d'un élève: uniquement les femmes.

Une élèves nous demande s'il y a aussi des homosexuels vieux. Ça me travaille, j'aimerai comprendre la logique de la question. Je vois trois possibilités et aucune ne me plaise:

  • les homosexuels meurent jeune
  • l'homosexualité est un phénomène récent
  • c'est un passage et on devient hétéro en vieillissant.

Je me moque, mais le pire c'est les questions pertinentes qu'on reçoit. On n'est pas préparé à y répondre. Par exemple, une élève a demandé s'il y a des animaux homo, on a dit que oui, elle a demandé s'il y avait aussi des animaux homophobe - et ça honnêtement je n'en sais rien. Un élève demande "comment on fait pour draguer un homme", et ça pour être honnête, je ne sais pas vraiment non plus. Et puis un en collège nous a dit qu'on devrait parler du coming-out à l'adolescence; il a totalement raison, mais je ne serai pas non plus quoi en dire.

Le dernier lycée était très geek; je l'ai d'abord vu grâce à une trousse Tardis. Et puis parce qu'un élève nous a demandé si les "trans" on parlait de transformer. Le même a d'ailleurs trouvé que "goudou"[5], ça fait nom de pokémon. Et je trouve qu'il a bien raison, même si je lui dois un fou-rire en intervention, ce qui ne fait pas sérieux ! Mais surtout, quand on leur a demandé les orientations sexuelles qu'ils connaissent on a eu "homo, bi, hétéro, extra", et dans la classe suivante quand on a listé les genres qu'ils connaissent, on a eu "masculin, féminin, extraterrestre".

-moi:Selon vous, est-ce qu'on peut reconnaître un homosexuel rien qu'en le voyant ?
-une élève: Oui, si ils s'embrassent. (C'est pas faux)

-moi:comment vous définissez l'homophobie
-un élève : être un bâtard. (ça m'a fait mal au coeur de le corriger)

Quand on parle de l'homophobie, on fait la comparaison avec le racisme, la xénophobie, le sexisme... et on demande aux élèves de nous lister les discriminations qu'ils connaissent. Pour la première fois j'ai eu "misanthropie".

-Moi: comment vous réagissez si un ami vous disait qu'il est homo
-Un élève: Je ferai une blague.
-Moi: Pourquoi ?
-L'élève: Pour le mettre à l'aise.
Moi, je finis par oublier que c'est dur de faire son coming-out au début. Il a bien fait de me le rappeler, me rappeler que ça peut faire stresser. Et ça fait vraiment plaisir de voir que certains y pensent et veulent bien réagir et aider :) !

Je finis par une perle d'une autre intervenante, qui a voulu expliquer la différence entre "sexe" et "genre". "Le genre, c'est le sexe qu'on a dans la tête". Ça ne m'a pas surpris que la classe ait rit !

Notes

[1] Heureusement, le nom complet se rattrape avec "Mag jeunes LGBT", mais quand on expense, ça donne "Mouvement d'Affirmation Gay jeunes Lesbienne, Gay, Bi, Trans"

[2] follow friday, la coutume où l'on dit à ses suiveurs qu'il faut suivre quelqu'un d'autre, en expliquant pourquoi il faut suivre cette personne

[3] Je trouve ça super mignon, à 13 ans, je savais même pas ce que mot voulait dire, et c'était cool de voir que personne ne réagissait

[4] le questionnaire demande ce qu'ils ont pensé de l'intervention et comment leur opinion a évolué, on ne demande par leur orientation, mais je suppose que parfois ça doit faire du bien de pouvoir l'écrire et le dire à quelqu'un

[5] on parle d'insulte homophobe pour les déconstruire, donc on leur demande de nous les citer

lundi, avril 1 2013

Intervention contre l'homophobie

Et encore un billet sur les interventions en lycée. Le dernier a même pas deux mois, mais comme j'en ai fait un certains nombre d'autres, j'ai de quoi raconter. J'ai juste peur d'être moins drôle que d'habitudes car les perles ne se renouvellent pas, et maintenant j'ai envie de partager aussi une partie du pire de ce que je vois.

Je commence avec le léger. On nous a demandé si le mag est le même que le "mag" des anges de la télé-réalité. Un autre élève croit m'avoir vu à la télé et m'a demandé si je n'ai pas fait The Voice. Et puis j'ai parlé de "code pénaux", on m'a appris qu'un élève a cru que c'était un code parlant de pénis.


Niveau biologie, j'ai eu beaucoup de surprise avec la notion de PMA. L'une demande s'il faut du sperme d'homme. Je n'ai pas osé demander par rapport à quel autre type de sperme (à moins que je fasse du cissentrisme et qu'elle pense au sperme que pourraient avoir certaines femmes transgenre, mais je doute).

Un autre demande si "médicalement assisté", c'est un médicament, s'il faut avaler quelque chose pour tomber enceinte.

Un troisième d'une classe différente demande si ça marche aussi pour que les gays tombent enceintes (sic).


Mais on n'a pas des discussion si construite partout. Dans l'une, on n'a pas progressé très loin, déjà car des élèves traitaient l'intervenante de menteuse quand elle disait qu'elle était lesbienne(moi je n'ai pas ce problème, il parait que ça se voit).

Dans une autre, une élève s'énerve et a les larmes aux yeux car on essaye de convertir sa classe à l'homosexualité. On explique bien sûr qu'on ne peut pas "convertir", qu'on ne la fera pas aimer les filles. Elle explique que, elle, non, elle n'aimera jamais les filles. Mais on pourrait peut être convertir des élèves plus influençable. Dans la même classe, sur le questionnaire après débat, je trouve un bon résumé de la discussion avec "Restez dans votre coin comme vous l'avez toujours fait n'essayé pas de changé le "monde" vous n'ête que des "homos" !!! ". Et le pire, c'est qu'elle pensera peut-être qu'on a converti quelqu'un, car un autre questionnaire contient "je suis lesbienne, chut"

Pour finir par le pire que j'ai eu, vendredi dernier:
Moi: "Être homo, c'est puni de peine de mort dans 7 pays".
Un lycéen: "Normal"
Moi: "Donc ça serait normal qu'on me guillotine car j'ai été avec un homme?"
Lui: "Normal"
Je ne comprend pas toute la suite du raisonnement, puis il nous parle des fours nazis. Mon tout premier point godwin ! (Mais à part ça, l'élève était très sympathique)

Dans la même classe, un élève a une argumentation imaginative pour défendre l'homophobie, en reprenant mes arguments pour défendre l'homosexualité. Il m'explique qu'on ne choisit pas d'être homophobe, j'explique qu'on choisit de proférer ou non des insultes, il m'explique que c'est comme l'homosexualité, on peut choisir ou pas de l'assumer, et que comme moi, il assume.

 

Je me répète, tout ça, c'était le pire de ce que je voyais. Il y a des classes où je ne vois (pratiquement) aucune homophobie. Mais c'est comme les trains qui arrivent à l'heure, on ne peut pas en parler. Quoi que... on a aussi des élèves qui sont content de cette IMS, et pas seulement car on leur fait sauter deux heures de cours.

On propose à une classe de compter le nombre de "pd" qu'ils entendent dans la journée au lycée. Un élève dit qu'il ne sait pas compter jusque là. Et dans certaines classes on avance vraiment.

Un élève dit qu'être homo c'est pas normal, on cherche à obtenir une définition de "normal", on obtient "majoritaire", et une fois reformulé en "les homo, ce n'est pas majoritaire", le problème semble avoir disparu. L'élève était même suffisamment cohérent - ce qui est rare - pour dire que comme il est gaucher, il n'est pas normal.

Et enfin, certains sont totalement à côté de la plaque. Sur le questionnaire, "quel est votre avis sur l'homosexualité" on a eu un "ça ne m’intéresse pas de le faire". Et un autre (ou le même d'ailleurs, le questionnaire est anonyme), nous avait expliqué que si un copain lui disait qu'il était homo, il s'éloignerait. Car si le copain le drague et qu'il le rejette, on pensera peut-être que ce rejet serait pris pour de l'homophobie[1].


Quand j'y pense, je trouve le principe des IMS assez magique. Pouvoir parler pendant deux heures à des homophobes. Alors que quand j'en croise dans la rue, ce n'est pas pareil du tout. Ce week-end, dans le métro, j'ai croisé un jeune homme, plutôt joli hélas, avec un pull "manif pour tous" (i.e. la manif contre le mariage pour tous), donc a priori homophobe. Je me suis contenté de le regarder et sourire, je crois que je l'ai mis mal à l'aise, ça ne lutte pas contre l'homophobie, c'est mesquin, mais c'est bien drôle. (Et ceux qui me connaissent savent que draguer des hétéros, c'est une seconde nature chez moi)

Note

[1] Je ne vous dit pas mon nombre d'ami hétéro et homophobe alors !

samedi, février 23 2013

Statistique et homophobie

Durant les interventions en milieu scolaire sur l'homosexualité, j'entend souvent "il y a de plus en plus d'homo". Ce qui est assez marrant dans la bouche d'un gamin de 15 ans qui n'a aucun moyen de constater cette augmentation par lui-même. On a souvent aussi un élève qui répond "non, c'est juste qu'ils s'assument plus"[1]. Et s'ils ne le disent pas, nous le disons.

Un cas particulier de cet argument est:
-Si l'on permet aux enfants d'être élevé dans un couple homosexuel, ça va l'influencer et il aura plus de chance d'être homosexuel[2].
-J'ai été élevé par deux parents de sexe différent. Pourtant je suis homo, donc à priori je n'ai pas été influencé pour ça.
-Ils ne le seront pas tous, mais peut-être que 90% le seront.
-La remarque est tout à fait pertinente, ça serait peut-être possible. Mais non. Ces couples existent déjà, on a pu faire des études, et il y a le même pourcentage d'homosexuels chez leurs enfants. Par contre, il y a moins d'homophobes. Mais même si la probabilité d'être homosexuel augmente en étant élevé par des parents homosexuels, pourquoi est-ce que ça serait un problème ?
-Si tout le monde devient homosexuel, c'est la fin de l'humanité

Là, on répond bien sûr qu'être homo ne signifie pas être stérile, et qu'avoir des rapports homos n'interdit pas d'en avoir des hétéros, les bis existent. Mais surtout, je vous livre ici la vraie réponse que j'ai envie de leur faire.

Si un enfant à 90% de chance d'avoir l'orientation sexuelle de ces parents, soit p la proportion d'homo a une génération[3] alors à la génération suivante la proportion est de p*0.9 +(1-p)*0.1=0.1+p*0.8. Le seul point fixe de cette équation est 0.5, donc même si tu as raisons, il n'y aura pas plus de 50% d'homosexuels. En supposant qu'à notre génération il y ait 10% d'homosexuels (ce qui est la statistique la plus généreuse que je connaisse) alors dans les prochaines générations il y aura 18, 24.4, 29.5, 33.6, 36.8, 39.5, 41.6, 43.3, 44.6, 45.7, autrement il faudrait de toute façon au minimum 10 générations pour dépasser les 45% d'homosexuels. Autrement dit, on a le temps de voir venir !

Notes

[1] Systématiquement à la troisième personne. Je me demande d'ailleurs comment faire si un lycéen s'assume homo dans la classe, ça ne m'est encore jamais arrivé

[2] au passage, j'adore que le lycéen emploie le mot "chance" ici !

[3] pour simplifier le calcul on suppose qu'il n'y a pas de bis, qu'un enfant a exactement deux parents et que le nombre d'enfant est indépendant du type de couple.

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