Une petite réflexion sur les IMS pour quelques classe partageant nos idées.

Quand on intervient dans les établissement, on revient sur certaines idées que beaucou d'élèves[1] ont. Par exemple: en voyant les gens, on voit leurs orientation sexuelles. On leur demande donc de deviner celle des intervenants. Puis on explique que; puisqu'ils ne sont pas capable d'être tous d'accord entre eux, ça ne se voit pas vraiment. On fait aussi lister les clichés homme/femme; et quand ils discutent, ils voient qu'entre leurs différentes familles, il y a des rôles genrés qui sont différents d'une famille à l'autre de leur classe. Ce qui parfois les surprend. Histoire de dire que ce n'est pas une telle évidence que les rôles soient biens définis.

Mais parfois, il y a des classes où la grande majorité des élèves qui s'expriment sont déjà avec nous. Soit qu'ielles se renseignent avec le net; que beaucoup de gens sont ouvert sur le fait qu'ils sont LGB ou T (le dernier étant bien plus rare, mais pas inédit) et en parlent à leur classes. Il me semble donc que ces exercices sont moins utiles. Ma question est donc: que faire à la place ? Que faire de l'heure 50 qu'on a avec ces élèves. J'ai quelques idées en vrac:

Parler du coming out plus en détail

Il y a un billet entier à ce sujet.

Comment les discriminations naissent

Passer plus de temps à expliquer comment une discrimination peut se mettre en place socialement sans qu'on ait besoin d'un grand méchant qui soit responsable de tout ce qui est subit. Ce qui nécessite clairement qu'on soit formé à ce sujet; parce que si je commence à avoir pas mal d'anecdotes au fur et à mesure de mes lectures, je n'ai rien de construit à ce sujet.

Pour l'instant, il y a deux exemples que j'utilise souvent, pas que ça soit les exemples les plus importants, mais c'est les plus simple à expliquer rapidement. D'une part le marketing genré. Si une fille a eu un tricycle rose et un petit frère. Si le petit frère récupère le tricycle rose, il se fera probablement moquer. Donc il y a le choix entre être moqué ou acheter un second tricycle[2]. Bref, il y a des intérêts qui ne sont pas forcément évident avant qu'ils nous soient signalés. Le second exemple que je reprend souvent, concernant la différence de salaire, c'est les bonus. Si statistiquement, les clients vont moins faire confiance à une vendeuse/conseillère qu'à un vendeur/conseiller, alors à compétence égale, il y a moins de vente/dossier traité; donc un plus petit intéressement. Autrement dit, il n'y a pas besoin d'une règle explicitement sexiste, ou un unique manager super sexiste pour que la différence apparaisse.

Bien sûr, ces exemples se conjuguent à d'autres discriminations. Mais ces exemples, c'est histoire de montrer une direction, à défaut d'avoir un tout cohérent.

Inclusivité

Il y a quelques fois des élèves qui semblent avoir des demandes sur comment être inclusif, ou sur comment aider à diminuer les discriminations. Quoi faire comme action. Je doute que ça soit une bonne idée de parler de ça. Finalement peu d'élèves se montrent intéressés. Mais ça pourrait quand même valoir le coup de le tenter, histoire de voir la réaction. Peut-être aussi histoire de faire boule de neige. En effet, une action est d'autant plus efficace que elle a des échos. C'est bien pour ça que j'écris au sujet depuis des IMS depuis des années; parce que des gens m'ont dit que ça les a poussé à ce bouger. Ici, le but n'étant pas de recruter pour notre assoce, mais d'être plus globale que ça.

Encore une fois, ça nécessiterait une grosse réflexion avant de mettre ça en place. En effet, les règles d'inclusivités, ne sont pas évidentes et rarement formalisée. Pire, quand deux personnes les formalisent, elles sont souvent contradictoires. Pour prendre un unique exemple: dans la dernière classe, on expliquait que, quand des membres de notre associations se présentent; non seulement on donne son prénom, mais on donne aussi son pronom, et/ou les pronoms/accords qu'on souhaite voir utiliser[3]. On rajoute aussi que tout le monde se plie à la même règle, parce qu'on ne veut pas avoir une règle différente selon que ton genre soit binaire ou non; selon que tu ressembles à ce que la société attend de ton genre ou non. Simplement, même une règle comme ça, qui est sensé aider les non-cis, n'est pas unanimement appréciés par les personnes non-cis; et je ne verrai pas donner comme règle quelque chose qui n'est pas apprécié par certaines personnes que c'est sensé aider.

Méta-règles

Puisqu'il peut être dur de donner des règles précises, on pourrait à la place donner des métas-règles. Expliquer d'où vient plus généralement les règles qu'on leur demande d'observer. Des idées qui s'appliqueraient dans des contextes plus générales que les LGBTphobies. Par exemple:

  • Si vous découvrez quelqu'un-e ayant une caractéristique peu commune, plutôt que de lui demander des détails sur cette caractéristiques, aller les lire sur le web. Il y a sûrement déjà des gens ayant écrit à ce sujet. Plus précisément, des propos de gens directement concernés, et pas de gens les jugeant ou se moquant d'eux. Et ça évitera à la personne que vous avez rencontré de devoir refaire une explication qu'iel a déjà sûrement fait plein de fois.
  • Ne pas généraliser ce que vous pensez savoir à toute personnes juste à cause d'une de ces caractéristiques.
  • Écouter les gens; s'ils disent avoir un problème depuis des années, ça sert à rien de vouloir tout de suite lui donner une solution: vous êtes sûrement plusieurs dizaines à lui avoir donner la solution à laquelle tu as pensé en 2 minutes.
  • Même si le désir de comprendre les choses, les gens, est naturel; il faudrait savoir accepter l’identité des gens sans la comprendre. J'ai un billet en brouillon à ce sujet.

Histoire de certaines discriminations

Si on sait comment tels groupes qui était extrêmement discriminé s'est retrouvé à être peu discriminé - par exemple les gauchers, ou les enfants de couples non marié - ça peut éclairer sur les discriminations actuels. Je suppose. Mais pour être honnête, j'y connais rien.

Introduire des nuances

Il y a beaucoup de règles que l'on donne comme absolue, et qui ne le sont pas. Simplement, dans la plupart des classes, on ne peut pas faire dans la nuance. Par exemple, dire de ne pas utiliser «pédé» comme insulte - même si c'est utilisé dans un cadre n'ayant aucun rapport avec l'homosexualité. Parce que beaucoup de jeunes supposerons que leur classe est homophobe s'ils entendent cette insulte employé à tout bout de champs. Resterons caché, n'oseront en parler à personne. Sauf que parfois, certains hommes aimant les hommes s'appellent pédé eux-même, ou les uns les autres. Quelqu'un qui voudrait aider à faire diminuer les discriminations et qui nous auraient écouter pourraient légitiment leur reprocher d'user ce mot. Dans ce cadre, il est utile de parler de «réappropriation de l'insulte», du fait qu'entre personnes qui se connaissent, qui sont concernées, dans un cadre clair, ça peut devenir acceptable.

Voir, on pourrait trouver des règles encore plus générales, telle que: si quelqu'un fait quelque chose d’apparemment contraire à l'intérêt d'un groupe auquel il appartient, commencer par chercher s'il n'a pas une bonne raison de le faire avant de lui expliquer comment il doit faire pour agir dans son intérêt... Ou au moins, chercher à comprendre pourquoi il fait ce qu'il fait; aller lui parler en questionnant, et pas en lui affirmant qu'il agit mal. Mais je suis sûr qu'on doit pouvoir trouver des contres-exemples, où cette règle serait une mauvaise idée.

Insister plus sur la biphobie

En général, on parle peu de biphobie. Parce que la majorité des cas de biphobie dont on pourrait parler sont des cas d'homophobie, ou très similaire. Par exemple, quand tel célébritée dit être bie, elle sera accusée de faire ça pour faire fantasmer son public; être à la mode. Mais finalement, on est très près de l'invisibilisation des lesbiennes. Cependant, dans une classe où l'on peut aller loin dans la discussion, on pourrait donner des exemples de biphobie dans les groupes homo. Par exemple, prévenir qu'il est courant que des anciennes lesbiennes, devenus bis, perdent leur groupes d'amis lesbienne le jour où elles sortent avec un homme. Où encore que certains gays refusent de sortir avec des bis. (L'inverse existe probablement, mais je n'en ai pas entendu parler). Pour résumer, parfois ces homos sont exclus par une partie de leur entourage; et puis parfois ils se retrouvent eux même à exclure d'autres gens.

Intersectionnalité

La dernière idée qui me vient, c'est l'intersectionalité. C'est à dire, expliquer comment plusieurs discriminations interagissent et ce renforce. Dans la vidéo qu'on passe, quelques personnes parlent de comment leurs origines/religions/couleur de peau interagit avec leurs vécus de LGBT. Mais encore une fois, on ne va pas très loin dans ce sujets. Et puis, l'intersectionalité avec les handicaps, les maladies mentales (est-ce que c'est parce que tu as fais une dépression/subit tel traumatisme que t'es devenu ce que tu es ?).

Notes

[1] et d'adultes

[2] Certes, on peut acheter d'occasion, revendre le premier... c'est pas la question.

[3] C'est souvent plus simple à retenir que les prénoms, car le nombre de pronom/règles d'accord est plus limité. En général, je retiens plus longtemps le pronom que le prénom.