Mon premier souvenir relatif au coming-out (co) des élèves, c'était une classe de 4ème. Un élève y fit un co bi, dans l'indifférence de sa classe. Quelqu'un a demandé s'il avait bien entendu, et c'est tout. J'ignore si c'est lui ou pas, mais sur un questionnaire après débat, quelqu'un a suggéré qu'on parle de coming-out à l'adolescence.

Récemment, une personne a demandé des conseils pour faire un CO. En particulier, iel demandait comment expliquer ce que c'était qu'être non-binaire. En effet, faire un CO concernant un mot qui n'est pas connu rend le mot plus complexe à faire. Ce jour là, j'ai enfin compris pourquoi «comment faire son CO» n'est pas un sujet qu'on aborde. Quand bien même ça a été quelque fois demander. Ou plutôt, on donnait des témoignages, par vidéo ou directement en face à face. Mais c'est tout.

Contrainte pratique

La première raison pour laquelle je n'ai pas l'habitude de parler de la manière de faire son CO, c'est tout simplement le manque de temps. On a déjà du mal à dire tout ce qu'on veut dire. On n'est donc pas en recherche de propos à rajouter. Encore moins si ce n'est pas des propos où l'on sait exactement ce qu'on doit dire.

Et puis, cette question n'est pertinente que pour les gens qui sont/seront en situation de devoir faire un CO. Ça serait étrange de tenir un propos qui laisse de côté une grande partie de la classe. En général, on tente d'avoir un propos qui soit pertinent pour les gens en questionnement aussi bien que pour les LGBTphobes.

Pire, si on leur dit «voilà comment faire votre CO», on sous-entend qu'il y a des gens qui devront faire un CO dans la classe. Qu'il y a probablement, statistiquement, des LGBT parmi eux. Et souvent, les fois où l'on fait ça, la première réaction des élèves est de chercher à savoir qui est homo. Ce qui est probablement stressant pour quelqu'un qui n'aurait pas encore fait son CO. À la place, on dit qu'on ne cherche pas à savoir les orientations sexuelles des gens. Ce que n’entraîne pas de soupçon, vu qu'on répond souvent ça aux élèves quand ils nous disent qu'ils sont hétéro. Bref, dire aux gens comment faire un CO demanderait à ce qu'on dise officiellement: il y a peut-être des LGBT ici.

Enfin, admettons qu'on brise cette règle et qu'on leur dise comment faire un CO... ça resterait très dur sans savoir à qui on s'adresse. Le CO est assez différent en fonctions des familles, par exemples. Donc ça nécessiterait presque qu'on puisse interagir avec la personne qui pense à faire un CO. Et donc que la personne ait déjà fait son CO à la classe. Ce qui rend déjà la discussion moins utile. En fait, la seule solution que je vois serait une solution en tête à tête. C'est possible au local du MAG, avec les accueillants. Même qu'on leur dit comment nous trouver. Mais, pour l'instant, je ne vois pas mieux.

Pas de solution

Et puis, la deuxième raison pour laquelle je ne parle pas de la manière faire son CO, elle est encore plus bête que la première.

On ne dit pas comment faire son CO, parce que, malheureusement, on n'a pas de solution. Il n'y a pas de technique[1] pour que ça se passe bien. En particulier, si ça se passe déjà mal, on a pas de solution pour que ça s'améliore. Plus précisément, il y a peut-être des techniques qui, statistiquement, font que ça se passe mieux avec tel méthode que tel autre méthode, mais on ne les connaît pas. J'ignore même comment un scientifique, en science humaine, ferait pour quantifier ces techniques. Bon, on peut conseiller de dire au parent de voir Contact, une association de familles de LGBT. On peut leur dire que parfois, ça se passe bien. Mais ça va pas très loin.

On peut aussi dire que certain-e-s, même si ils/elles ont du couper les ponts avec (une partie de) leurs familles, déclarent s'être créé une nouvelle famille, au MAG ou ailleurs. Mais c'est assez négatif. Ou plutôt, c'est positif du point de vue de quelqu'un déjà dans une situation très négative. Mais de la part de quelqu'un qui ignore comment le CO se passera, c'est très négatif.

En fait, la réponse cohérente de quelqu'un qui veut/doit rester avec sa famille, s'il/elle suppose la famille homophobe, c'est de cacher la part de son identité qui serait rejeté. Sauf que c'est très dur d'être caché. Personnellement, il me serait contre-intuitif de conseiller ça à quelqu'un. Je dirai même que «tu dois rester cacher» est un ordre tellement mal vu que des gens pourraient probablement nous qualifier d'homophobe - pas forcément à tort - si on conseillait ça. Ce n'est que récemment que j'ai compris ce qui, selon moi, était la moins pire réponse à apporter. Je répète ce que j'ai déjà écrit, et que j'ai récemment dit à un-e élève. On n'a pas de réponse. On ne te dis pas que tu dois le dire ou le taire. On te dit juste qu'il y a des risques, et que c'est à toi de décider si, pour toi, ça vaut le coup de les prendre ou pas, par rapport à ce que ça peut t'apporter.

Certains élèves comprennent cette dernière phrase. Je ne suis pas sûr que tous les élèves à qui on s'adresse ait assez de maturité pour la comprendre. Malheureusement, c'est quand même à lui/elle de faire son choix, puisque maturité ou pas, c'est pas ce qui empêche un parent de mal traiter son enfant.

Alors, comment on fait

Malgré tout ce que j'ai dit plus haut, je pense que la question reste pertinente. Il faudrait probablement en discuter entre intervenants. Je propose ici quelques pistes de réflexions en vrac. Une liste des méthodes les plus classiques.

  • D'abord, déterminer quel est ton but. Est-ce simplement que tout le monde sache que tu es LGB ou T ? Indiquer aux autres homo/bi que tu l'es, et donc qu'ils peuvent te draguer ? Pouvoir tenir la main de ton/ta copain/ine en public sans surprendre les gens ? Demander aux gens de te parler avec le prénom/genre qui te conviens ?
  • En fonction du premier point, déterminer qui doit être au courant ? Et aussi à qui ces gens là le répéteront, car ça reste rarement un secret.
  • Déterminer aussi quels sont les conséquences probables. Histoire d'anticiper, prévoir un plan B si ça se passe mal.
  • Déterminer la manière de le dire ? Certain-e-s font une annonce à leur classes, d'autres portent un arc-en-ciel et attendent qu'on leur disent pourquoi. D'autres encore - c'est mon cas - en parlent comme si ce n'était pas un sujet important. Et vont directement agir comme si tout le monde savait qu'on était potentiellement LGBT[2]. Et directement dire que tel personne, de notre genre, nous plait. Ou parler de soit du genre désiré, même si ça va surprendre des gens.

Notes

[1] J'ai eu envie d'écrire: pas d'algorithme.

[2] Honnêtement, je connais très mal le sujet T, ou NB, donc je ne sais pas à quel point ce propos est pertinent.