Je ne supporte que difficilement qu'on me signale que j'ai changé. Que j'ai vraiment changé. Dire que j'ai changé de longueur de cheveux, c'est une platitude vu que je ne les ai pas coupé depuis 2011, pour moi ce n'est pas vraiment un changement. Dire que j'ai changé professionnellement, c'est certain, je ne suis plus étudiant mais doctorant, j'enseigne, je fais de la recherche, j'ai un bureau, un salaire, mais tout ça, c'était «prévu», c'est dans le cours normal des choses, la raison des études. D'ailleurs, ça, c'est pas «changer», c'est «progresser», de même que je progresse en cirque ou en musique en pratiquant.

Mais intellectuellement. J'ai du mal à supporter qu'on me signale que j'ai changé. Et pourtant, j'ai beaucoup changé depuis... Depuis longtemps. Par exemple, sur le physique, je ne comprenais pas ceux qui y faisaient attention, jugeant superficiel et ridicule d'y mettre temps et argent. Eh bien, les cheveux long, ça prend du temps, ça coûte plus cher en shampoing, après-shampoing... Et n'étant ni Samson ni Dixie Kong, ça n'a pas vraiment d'avantage. Donc en fait, les cheveux traduisent un vrai changement, puisque si je fais cet effort, c'est que j'y trouve un avantage. Je suppose.

Je vais prendre d'autres exemples, j'ai trouvé ridicule l'idée de faire un débat sur le mariage pour tous avec que des gens pour, ce qui a été fait par l'association homo de l'ens. À une époque je n'aimais pas le stand-up, partageant l'avis commun «Ils racontent leurs vies, qu'est-ce que j'en ai à faire de leur vie, je veux des histoires, des gags, de l'imaginaire, voir de l'artistique !».

Finalement, j'ai compris où j'avais tort, ou au moins une partie de mon erreur. Je trouvais qu'une bonne journée, c'était une où je n'avais pas besoin de sortir de chez moi, aujourd'hui, je me suis habillé alors que j'étais pas forcé, juste pour aller voir le nouveau one-man d'Alex Ramires[1].

Un dernier exemple, me pourquoi j'arrête d'aller dans un endroit. Si j'arrête d'aller à un endroit, c'est sûrement que j'ai finit par réaliser qu'il n'était pas pour moi, que je n'y avait pas ma place et que j'y ai perdu mon temps.


Eh bien, tout ça me fait me rendre compte qu'avant, j'avais tort. En tout cas que je ne suis plus d'accord avec celui que j'étais. Et comme je crois fondamentalement à l'unicité de la personne, je ne peux pas dire «c'était le moi d'avant qui avait tort», donc j'ai honte. J'ai vraiment honte. Qui pis est, je me sens parfois forcé de m'excuser, de justifier ce que je faisais/pensait avant, reconnaissant par là-même que j'ai été bête.

Qui pis est, si j'ai eu tort quand j'étais si sur de moi, peut-être, envisageons le, que aujourd'hui aussi, j'ai tort, sur des points que je ne soupçonnais même pas ! Et ça fait peur.


Pour résumer, et même si c'est ridicule car c'est le contraire de l'effet voulu: me dire «tu as changé», paradoxalement, même si c'est pour dire «tu as changé en bien», c'est le risque de me donner un sentiment de honte.

Note

[1] Que je conseille toujours, j'adore le côté grand enfant de cet humoriste !