En général, quand j'écris un billet de blog, j'ai soit une question, soit une opinion. Là, j'ai deux avis contradictoires sur le même sujet. Est-ce qu'il faut être formé-e pour participer à une action ? Bien su, je parle de mon expérience de faire des interventions contre des discriminations, mais je pense que certaines réflexion se généralise. Je vais parler de LGBTphobie et sexisme, mais je suppose que ça se généralise facilement à d'autres sujets. Je précise aussi que je parle uniquement de formations théoriques ici, se renseigner sur les sujets dont on va parler, ainsi que sur les sujets liés. Il me semble aller de soit que des formations pratiques restent indispensable. Qu'on ne met pas un intervenant-e devant une classe sans qu'il ait observé des interventions, et sans qu'ils ne soit déjà intervenu avec un intervenant-e confirmé. L'échange entre intervenant-e-s, qui constitue aussi de la formation, est rapidement indispensable.

La formation théorique est une question vraiment importante, parce que un certains nombre de gens nous rejoignent en en pensant, plus ou moins, qu'il suffit de bonne volonté, de temps libre, de savoir que être *-phobe c'est mal. Et parfois aussi qu'il faut accepter de témoigner de son vécu... En tout cas, c'est ce que je pensais en commençant. Il devrait vous sembler clair que j'ai changé d'avis depuis.

Ça peut être dispensable

Je vais d'abord expliquer pourquoi la formation peut être parfois omise. Je vais séparer les gens en deux catégories, mon argument étant assez différent dans ces deux cas.

D'abord, il y a des gens qui n'aiment pas se former. Qui n'aiment pas lire, qui ne sont pas intéressé par les propos abstraits et théoriques. Je ne crois pas que ça les empêcheraient d'êtres de bons intervenant-e-s. Après tout, nous ne faisons pas un débat académique. Rendre certaines formation obligatoires nous priverait de ces intervenants. Si on leur laisse le choix: formez vous ou partez, il va de soit qu'ils sont libre de partir. D'ailleurs, j'ai vu beaucoup de gens venir au mag et jamais observer, ou bien observer et jamais intervenir, ou encore intervenir quelques mois puis partir.

Ensuite, il y a les gens qui aiment se former. Encore plus pour eux, être formé-e n'est pas indispensable. Pour une raison toute simple, c'est que plus on est formé-e, plus on se rend compte qu'on est ignorant-e. Le mieux est l'ennemi du bien, si seul les perfectionnistes pourraient agir, peut-être que les interventions seraient mieux. Mais elles seraient moins nombreuses.

Dans les deux cas, mon argument se résume a: Vu le nombre d'intervenant-e et le nombre de gens à former, j'estime que la quantité prime sur la qualité. Jusqu'à un certain point, ça s'entend, il faudrait pas d'une personne qui se mette à expliquer aux élèves que le terme de pédé n'est pas vraiment insultant, ou à expliquer aux enseignants qu'il est normal que cette classe soit homophobe quand on voit que les élèves sont insérer ici un mot raciste. (Inutile de vous dire que le type qui nous a fait ce coup là n'intervient plus avec nous !)

Pour l'anecdote, je ne me place moi même dans aucune des deux catégories. J'aime la théorie en général. J'adore lire. Mais quand je vais dans une librairie, je n'éprouve pas d’attirance pour les livres traitant de théorie sur les humains. Je préfère soit les théories mathématico-informatique, soit les histoires avec des humains.

C'est indispensable

Et maintenant, je vais expliquer pourquoi il est indispensable de se former.

D'abord, même en étant deux intervenants, nos vécus ne couvriront jamais tout ce dont il y a à parler. Il est extrêmement rare qu'on se retrouve avec homme et femme, trans et cis, pan, homo et a[1], racisé et non racisé.

D'ailleurs, on pourrait se demander ce que le dernier adjectif fiche ici, puisque le racisme n'est pas un sujet qu'on aborde en profondeur. Sauf qu'il arrive souvent que des élèves nous disent que «chez eux», dans «telle catégorie de population», il n'y a aucun homo. On a certes l'argument qu'on connait des homos de cette catégorie, mais c'est un peu court, comme réponse. Là vidéo de témoignage peut nous aider, vu que des gens concernés parlent d'eux-même, mais ça reste court comme réponse. La formation théorique commence à devenir indispensable pour avoir des choses pertinentes à dire. Par exemple, connaître Aboû Nouwâs, qui montre bien qu'il y a des siècles il y avait déjà au moyen orient des hommes parlant d'amour des hommes. Il peut aussi être utile de savoir qu'on trouve, en France entre autre, des gens qui ont décidé de quitter leur pays, entre autre pour ne pas avoir l'obligation de se cacher[2]. Quoi que ce ne soit pas trop de la théorie, vu qu'on a connu des gens concerné dans l'association. Et ensuite, on peut demander aux élèves d'imaginer ce qui serait arrivé si la personne avait révélé être homo avant de partir.

Mais revenons sur les sujets qui concernent directement nos interventions. Prenons la notion d'a-(romantisme/sexualité). Pourvu que l'intervenant-e ne soit pas a lui/elle même dans cette catégorie, et que son/sa co-intervenant-e ne soit pas non-plus a(romantique/sexuel). Que peut-iel dire ? Répéter ce qu'iel a observé dans d'autre IMS. Sans forcément bien comprendre, en déformant ? Pour avoir une chance de ne pas dire de bêtise, une formation plus théorique commence à devenir indispensable. En particulier, parce qu'il est utile de se rendre compte qu'il y a plein de cas différents. Déjà, des gens asexuel sans être aromantique, ou le contraire. Et puis des gens asexuels qui détestent l'acte, et d'autres qui n'ont pas envie mais qui n'ont rien contre non plus. Je dirai même plus, même si on connait une personne a, on peut parler de cette personne, mais ça ne sera qu'un cas particulier. Et même une personne a qui aurait pas lu des témoignages d'autres gens ne sauraient pas forcément que son cas n'est pas une généralité. Je suppose qu'il vaut mieux généraliser un peu trop que de ne pas en parler. Dire que ce mot existe permettra aux gens potentiellement concernés d'aller se renseigner, savoir quel mot taper dans son moteur de recherche favori. Mais si on peut éviter de dire que «Les asexuels sont ceci/cela», ça peut être bien aussi.

Certain-e-s lecteur/trice[3] auront peut-être remarqué que tout le paragraphe précédent s'applique aussi aux homos, aux bis... Par exemple, pour ces groupes là aussi, on peut faire la différence entre orientation romantique et orientation sexuelle. Pourtant, tout le monde ne se fait pas cette réflexion par ellui même. En effet, il y a des gens pour qui les orientations sexuelles et romantiques correspondent, et qui n'ont pas besoin de se poser cette question. De même, ça peut être utile de savoir que le mot homo ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Pour certain-e-s, c'est une identité, quelque chose de fondamental pour elleux. Pour d'autres, c'est juste la constatation qu'iels ont surtout été attiré par des gens de leur genre.

La théorie est aussi indispensable dès qu'on nous pose des questions non personnelles. Par exemple, pourquoi telle célébrité à décidé de dire qu'iel est homo ? Sans forcément connaitre la réponse pour tous les homos célèbres, ont peut se rendre compte qu'un petit nombre de raisons reviennent. Et ce n'est pas forcément évident si on ne les a jamais lues. Disons qu'on nous demande si on peut «redevenir hétéro». L'idée peut nous sembler absurde, à première écoute. Ou bien quelconque, puisque les gens évoluent avec le temps. Il peut être pratique d'avoir un peu lu sur les «gay camp», et autres traitement médicaux, pour montrer à quel point l'idée peut aussi être dangereuse.

Parlant d'idée dangereuse, il y a des règles qui ont des exceptions. Sans théorie, c'est dur de les justifier. Par exemple, dire «pédé» est considéré comme quelque chose de négatif, à ne pas faire. Mais quand quelqu'un nous dit qu'un pote se décrit lui-même comme pédé, il me semblerait impensable de lui dire que son pote à tort. Il faut donc pouvoir parler de la notion de réappropriation de l'insulte, expliquer pourquoi, dans certains cas, la règle habituelle ne s'applique pas, mais qu'il faut y faire attention. En général, ça leur parle si on parle avec des termes que les gens racisés peuvent employé entre eux, mais qui seraient raciste si des nons-racisés l'employaient. De même, si on parle de cliché. Certain-e-s intervenant-e-s tiennent à dire qu'en général, les clichés sont faux. Qu'il y a plein de lesbiennes non butchs et de gay non efféminés. C'est quelque chose de très naturel à faire, puisque beaucoup de jeunes en questionnement se disent «je ne peux pas être homo, je ne ressemble pas à ce que la télé me montre des homos. Je refuse d'être ça, ils/elles sont ridicules !» Donc, il est indispensable de rassurer ces jeunes et de leur dire «si t'es gay, ça veut pas dire que tu seras comme ces candidats de télé réalité», qui d'ailleurs sont des comédiens à qui on a demandé d'exagérer. Mais il faut de la réflexion pour réaliser qu'il faut aller au delà. Aider des gens en rejetant d'autre n'est pas acceptable. Il est rare que dans une classe, quelqu'un revendique le droit de ne pas se conformer aux normes de genres attendus. Mais si quelqu'un souhaite ou souhaitera le faire, c'est important qu'il n'entendu pas que même des gens LGBT sous-entendent que c'est quelque chose de mal. Et que ça serait une raison de moquerie légitime. Important qu'iels sachent que l'association est un lieu où, s'iels on pourront être de la manière qu'iel considère être vraiment elleux-même sans se cacher. Donc, très important, quand on dit que la plupart des homos ne respectent pas les clichés, de rajouter que certains homos respectent les clichés - tout comme certain-e-s hétéro respectent les cliché homo - et que ça n'est pas moins acceptable. Que si on leur dit ça, ce n'est pas pour leur dire qu'ils ne doivent pas l'être, juste pour leur dire qu'ils ne se transformeront pas en ce cliché s'ils assument être homo.

Notes

[1] Aromantique/asexué. Sans attirance.

[2] Vous pouvez lire le dernier tétu, qui parle de ce sujet. Disclaimer, je suis «ami facebook» avec le nouveau rédacteur en chef de Tétu.

[3] En supposant votre existence