Un truc me gène depuis quelques temps en Intervention en Milieu Scolaire (IMS). Parmi tous les mots dont je parle, il n'y a pas le polyamour. Même quand les élèves me donnent l'occasion de parles de ce sujet. Les intervenants rajoutent de plus en plus de mots dans les IMS. Tout le monde parle de LGBT, encore que j'ai connu des interventions à mes débuts sans que les trans soient évoqués. Ensuite se sont rajoutés d'autres mots, qui varieront un peu selon les personnes. Ainsi il y les intersexe, les asexuel, aromantique, androgyne, agenre, certains parlent aussi des pansexuels. Je ne parle pas de pan, car j'ai l'impression que la différence avec bi n'est pas claire en générale pour les élèves, déjà que elle n'est pas claire entre différents pan et différents bis.

Asexuel, aromantique, on passe assez vite dessus, en particulier car c'est le seul moment où la différence entre orientation romantique et sexuelle et faite. Donc si on pousse la réflexion, on passe dans: il y a du sexe sans sentiment. Et on revient sur l'amalgame qui consiste à dire que les homos ne pensent qu'au sexe. En effet, nous sommes pour la plupart homo/bi et qu'on parle de ça.


Tout ces mots concernent le genre, et le sexe, mais pas le nombre. Il peut arriver de dire un mot sur les familles monoparentale, en particulier soit pour dire «Dire que 2 femmes peuvent pas élever un enfant, ça implique que une ne peut pas. Pourtant il y a des familles monoparentales. Au contraire, à deux, c'est plus simples puisqu'elles peuvent se répartir les taches familiales.» Mais au delà de deux, on en parle pas.

D'abord, il y a la question de l'amalgame, comme plus haut. C'est le premier danger que je vois. Les gays ne sont pas forcément poly, et il y a des poly hétéro; j'en connais. On introduit déjà beaucoup de notion, je n'aimerai pas trop que ça se mélange. En plus, il y a la difficulté de faire comprendre que poly, c'est pas «tromperie», «coucher ailleurs», ni même «couple ouvert» c'est juste des sentiments pour plusieurs personne. Si l'explication vient d'un homo, y aura de nouveau cet amalgame qui est fait, entre homo et sexualité.


Ensuite, il y a le fait que je ne suis pas formé sur ce sujet. J'ai beau avoir été 3 fois au café poly, avoir lu à ce sujet, le vivre plus ou moins[1], je serai bien incapable de tenir un discours aussi réfléchi et construit que ceux que je peux tenir sur d'autres sujets. Donc pour l'instant, j'évite, m’emmêler les pinceaux devant les élèves n'aident pas ma crédibilité et n'apporte rien à aucun débat.


Et surtout, il y a que le polyamour s'approche de la polygamie. Et ce mot a une très mauvaise connotation. Au point que j'ai entendu un polyamoureux dire du mal de la polygamie. Ce qui étymologiquement signifie juste plusieurs mariages. Mais c'est associé à la domination masculine, car on entend plus parler de cultures où l'homme a le contrôle sur plusieurs femmes. Comme s'il n'y avait pas de sexisme dans les couples monogames. Cette notion est tellement encré que quand j'ai parlé de ça à quelqu'un, elle m'a sorti que c'était un manque de respect de la femme. Alors que je parlais de gens que j'aime[2], et que, étant quand même plutôt gay, je vois pas à quel femme je peux bien manquer de respect.

Une fois, un élève m'a sorti «S'il y a le mariage gay, pourquoi pas le mariage à plusieurs.» Intérieurement, je me disais oui, mais la CPE a été la 1ère à répondre:
«Non, c'est interdit.
-La loi peut changer.
-Non.
-On peut débattre.
-Si t'aimes pas ça, retourne dans ton pays.»

J'avoue, humblement, je n'ai pas su gérer. J'avais déjà vu du racisme/de la xénophobie, mais jamais en face des élèves. Si je parle de polyamour, j'ai peur de retomber sur cette réaction là, et je préfère éviter, garder le dialogue sur les autres sujets.


Accessoirement, je n'en parle pas, car c'est pas dans notre guide, ce n'est pas dans les sujets dont mon association a choisi de parler (pour l'instant ?), et je ne m'aventure pas loin des sujets sur lesquels l'association à une opinion officielle, histoire d'éviter qu'on se contredise. Je ne pense pas que tous les intervenants partagent mes opinions - le contraire serait d'ailleurs assez inquiétant, vu que ça voudrait dire que je n'ai aucune vraie opinion personnelle.

Si l'occasion m'était donné de faire des IMS sur ce sujet, j'aimerai beaucoup le faire. Une amie poly me disait récemment que ça viendra plus tard, chaque chose en son temps. Je n'aime pas l'idée de prioritiser. Souvent dire «il y a plus important», «ça attendra que ce problème soit réglé», c'est juste un moyen de lutter contre rien. Mais pour le coup, j'espère vraiment qu'elle a raison.

Notes

[1] plutôt moins que plus d'ailleurs

[2] plus ou moins, je simplifiais.