Voilà, j'ai repris les interventions en milieu scolaire. Cherche ce tag sur mon blog si t'as oublié ce que c'était. Je te ferai quelques compte rendu plus tard, cher blog.

J'aimerai partager deux commentaires auxquels j'ai pensé grâce à des échanges sur des réseaux sociaux.

Je donne - sur twitter d'abord, facebook ensuite, et enfin sur le blog - des extraits d'interventions. Mais je ne précise jamais que je donne les extraits les plus inhabituels, qu'ils soient marrant, particulièrement choquant, ou parfois très touchant. Un de mes buts avoués, c'est de partager l'expérience auprès de ceux qui n'interviennent pas, et d'avoir une trace pour ceux qui voudraient savoir comment les interventions étaient en 2013, car moi même j'aimerai bien savoir comment c'était en 2003. Sauf que ce but n'est finalement pratiquement pas atteint, puisque j’omets les anecdotes qui reviennent à presque toutes les observations, et qui seraient pourtant celle qui contiendraient l'information la plus objective que je puisse donner.

Il y a une solution simple, donner le compte rendu détaillé d'une intervention "classique". Sauf que, en omettant le fait que je ne peux pas légalement enregistrer les élèves et qu'une retranscription de 2 heures serait probablement trop ennuyeuse à lire, et à taper, et surtout en omettant le fait qu'elle serait incompréhensible car c'est parfois plus du brouhaha que du dialogue... bref en omettant tout ça, eh bien en fait aucune intervention n'est totalement classique, il y a toujours quelques remarques inédites, et quelques remarques qui viennent 9 fois sur 10, comme, «c'est pas naturel/normal». «Pourquoi vous avez choisi d'être homo?»... qui de temps en temps n'arrivent pas.

Pire, je réalise de plus en plus qu'il y a beaucoup de mauvaise foi dans mes témoignages. Surtout quand ils sont oraux, quand je parle des IMS et raconte des interventions aux copains. Je donne des histoires marrantes qui se sont produites, mais en fait je me moque. Déjà parce que je prêche un convaincu. Et puis, par exemple quand je "cite textuellement" un élève, c'est souvent pratiquement une moquerie de sa manière de s'exprimer, ce qui est de très mauvaise foi, venant de la différence d'age et de parcours entre un lycéen et moi, qui n'a strictement rien à voir avec le sujet de l'homophobie.

Et pourtant, il y a en plus des tas de remarques pertinentes, intéressantes, de point sur lesquels on accepte de ne pas être d'accord avec les élèves et où leur argument ne sont pas faux, mais j'en parle jamais, ou en tout cas très rarement. D'ailleurs je n'ai plus d'exemple qui me viennent en tête tout de suite, à part à la limite la religion, où je peux difficilement avoir un débat plus poussé que: "certains concilient foi et religion, et il y a même des association qui les réunit".

Ah si, j'ai un exemple, qui m'a bien pris 3 minutes à trouver. Le mot "normal". Quand un élève dit que «être homo c'est anormal», je leur demande ce que veut dire «normal». Et bien parfois, on a des définitions comme: «la majorité». Et bien un élève gaucher pour ne pas se contredire a dit que lui non plus n'était pas normal. Un autre avait définit «qui est accepté par tout le monde» et a accepté de reformuler «ce n'est pas normal» en «ce n'est pas accepté par tout le monde». Alors, certes, je ne connais aucun intervenant qui ira dire qu'être homo c'est anormal. Mais leur raisonnement est cohérent et on a rien à redire à leur conclusion, donc on la laisse. Et bien là, à part le côté provoc/limite mauvaise foi de certains élèves, ça me semble une discussion intéressante, réfléchie, mais pas forcément drôle, donc je n'en parle pas.

D'ailleurs, je crois l'avoir déjà écrit, mais la position «il y a les bons (nous) et les méchants (les homophobes qui pensent pas comme nous)» est extrêmement plaisante. Elle a ses avantages, ça créé un esprit de groupe, et permet d'aider à se construire et s'accepter. Mais je ne l'aime pas (ça se voit, vu comment je la caricature), et elle n'est de toute façon pas compatible avec nos interventions. Donc parfois, ça m'amuse presque de donner raison à des élèves sur des points où je sais très bien que certains militants me tomberaient dessus à bras raccourcis. Typiquement, en intervention je refuse de qualifier d'homophobe ceux qui sont contre le mariage homo dans l'absolu. Dire qu'il y a des homophobe dans le lot oui, mais je ne dis jamais qu'ils le sont tous. Que par exemple, la question de savoir si l'enfant adopté pourrait grandir correctement est légitime, même si depuis le temps que ça existe on a déjà la réponse. Donc je n'irai pas dire homophobe, mais qu'il est utile de se renseigner.


Et maintenant mon deuxième commentaire. Vous excuserez j'espère l'auto promotion de compliment, mais je ne la fais pas juste pour me glorifier, au contraire. Sur facebook un ami me disait "Tu m'impressionnes beaucoup d'arriver a faire ça." et d'autres amis à l'occasion m'ont tenus des propos similaire. Là, comme souvent, je fais mon (faux) modeste «Bof, c'est ma 3ème année, et surtout c'est des actions très ponctuelles. Comparé à ... par exemple, c'est rien.» ce qui embraye sur une discussion sur la modestie/vantardise, et le rapport avec les IMS.

D'abord, ce que j'ai écris, je le pense. Les IMS c'est parfois épuisant (6 heures et 8 heures le lendemain, ça prend bien la tête), mais ça n'a rien de bien plus impressionnant que faire du bénévolat pour soutenir des lycéens en math comme beaucoup de camarade de classe ont déjà fait. À la limite, on a plus d'anecdotes à raconter, parfois plus d'opposition, et surtout les anecdotes sont compréhensible par tous et pas seulement par les matheux.

Sauf que je sais bien aussi que, tel que je le raconte, surtout tel que je le raconte déformé, ça fait impressionnant. Il faut ça pour que ça soit intéressant, et j'essaye d'être intéressant. Donc c'est presque ridicule de ma part de dire que ce n'est rien, car même si pour moi, une intervention n'est plus quelque chose de marquant, il est vrai que le fait de faire des intervention, que l'association en fasse, et que certains intervenant témoigne, ce n'est pas rien.

Et j'irai même plus loin, j'ai toujours été très vantard[1], pour autant que je m'en souvienne, ça n'est pas nouveau et ne semble pas changer. Je n'aurai pas le droit d'en parler, je ne me prendrai pas quelques compliments en retour, je ne suis pas sûr que je continuerai. Que le simple fait de "savoir que je fais un truc bien", si personne n'en était témoin, me suffirait. Je pourrai aller jusqu'à dire que c'est moins du bénévolat qu'une manière de me faire briller.

Et je trouve cette pensée très dérangeante.

Note

[1] Est-ce qu'on naît vantard, ou est-ce qu'on le devient? C'est normal ? On choisit d'être vantard?