Peacocking

À ma grande surprise, une connaissance m'a indiqué qu'en me rencontrant, il s'est demandé plusieurs fois si je peacockais. C'est à dire que j'utilisais une technique des pick-ups artiste (PUA) pour draguer, consistant à faire le paon, pour attirer l'attention. Sous-entendu: sans que cette apparence reflète ta personnalité, voir qu'elle te dégoutte, qu'elle soit choisie à des fins purement utilitaires.

Sa remarque m'inspire pas mal de réflexion et de questionnement.

Pour donner un peu de contexte, parlant de PUA, j'avais mentionné avoir lu The Game, sous les conseils d'un collaborateur y a une décennie, et que je n'ai vu dedans qu'une seule chose qui me semblait pertinente: s'habiller de façon très colorées et voyantes. Je me souviens que quand je regardais des photos de PUA, je les trouvais sexy. Aujourd'hui, je les trouve assez basique, mais comme je portais rien d'autre que mes vêtements de geek, leurs quelques accessoires basiques me semblaient super extravagants à l'époque. Bref, si ce propos en d'autre circonstance serait fort insultant, ici, il répondait très pertinemment à mon propos.

Quel est la limite de la définition du peacocking?

Que signifie s'habiller pour soit?

Comment tu différencies si ce que tu portes est pour plaire ou non? J'admet sans aucune problème, ni aucune honte, que les réactions des gens influent sur ce que je porte et comment je me présente.

Si la question est de savoir si je fais plus d'effort sur mon apparence quand je vais en munch ou soirée, j'imagine que la réponse est oui pour la majorité des gens. Si je suis chez moi, je suis en pyjama confortable l'hiver et en slip l'été, et quand je vais faire mes courses au super marché je met ce qui me tombe sous la main sans forcément chercher de cohérence stylistique.

Et encore, au marché dominicale, il m'arrive de faire un peu plus gaffe, car je revois les mêmes vendeurs, que certains autres clients finissent par me reconnaître et que le style a permis de commencer certaines discussions. Par exemple, il y a un mois et quelques, une personne en doc martens avec une ceinture au couleur du drapeau lesbien avait complimenté ma tenue en arrivant dans la fil d'attente du traiteur marocain. Si c'était pas mon tour, peut être que ma robe cool m'aurait permis de rencontrer une voisine queer.

La question me semble similaire à savoir si je cuisine pour draguer. J'admet tout aussi bien que s'il m'arrive d’amener en pic-nic, à port d'attaches, ou autrefois au café poly, des gateaux fait-maison, c'est entre-autre parce que les retours que je reçoivent indique que c'est plus apprécié qu'une barquette de cookie du super marché. Si j'étais resté chez moi, je n'aurai pas cuisiné autant de cookies, et probablement aucun cookie du tout. De même, si je ne savais pas que mes fréquentations ont pleins de vegans, ne mangeant pas de gluten, j'aurai pas forcément pris le temps de chercher les ingrédients pour une version vegan et sans gluten.

Quel serait mon look idéal?

Poussons la question à ses extrémités

Réciproquement, pourrait se poser la question de savoir si, à l'état de nature, sans interactions sociales, j'aurai le même style. Ma question est super mal posée, à l'état de nature s'il fallait que je créé moi même mes vêtements, la réponse serait simplement "non".

Si à l'inverse je ne m'impose aucune limite en terme d'apparence, je ne sais même pas pourquoi je me limiterais à deux bras, deux jambes, la forme humaine est super restrictive parmi tous les design de corps possible. Et même en restant un humain, je reste super limité par la faible quantité de vêtements qui existent sur le marché en version XXL. En particulier la quasi-impossibilités de trouver de tels vêtements en friperie à Paris.

Le besoin de tester et expérimenter

Je crois que la vraie question est de savoir si mon apparence actuelle est celle qui me plait. Et même là, je peux pas toujours répondre par la positive. J'expérimente depuis maintenant un moment. Je me souviens qu'il y a une décennie, quand j'ai commencé à tester des styles autres que le cliché geek, j'étais fort content de moi. Aujourd'hui, en revoyant ces photos, elles me déplaisent. Je suis content d'avoir commencé à explorer, mais j'aurai du aller bien plus loin. Similairement, il y a des photos où je me trouve magnifique aujourd'hui, je pense aussi que dans 10 ans, je les trouverai moches.

Et pour être franc, cette année encore, y a des expériences de styles, après juste une soirée je me dis que je remettrai jamais cette même tenue, que c'était vraiment pas ce que je voulais. Pourtant, je n'ai pas remarqué que les gens autours de moi réagissaient mieux (ou moins bien) quand je mettais une tenue qui me plait plus.

La relation entre mon look et ma drague

Quand je cherchais à faire ce qu'il faut pour plaire, ce n'était pas nommé peacocking

En tout cas, c'est très marrant que mon extravagance actuelle fasse penser au peacoking. Parce que sur la première décennie où j'avais une vie sexuelle, je cherchais à fond à tenter d'imiter les clichés des canons de la beauté gay. Ça n'aurait jamais marché avec le surpoids. Mais il y a bien des années où je ne cherchais qu'à faire ce qu'il faut faire pour tenter de plaire, et ce n'est pas quand j'étais flamboyant.

Ceci dit, il y a pleins de clichés gays qui me plaisent toujours énormément, et que j'aimerai pouvoir performer. Et je n'ai pas de problème à dire que si j'ai arrêté d'aller dans des events branchées tenues de sport, si j'ai arrêté de mettre jogging et basket en soirée fétiche gay, ce n'est pas parce que cette tenue ne m'excite plus. C'est parce que je sais que j'y aurai absolument zéro succès et que j'évite de perdre mon temps, allant à la place en soirées où des gens aiment assez mon style pour me draguer.

L'optimisation ratée

Le plus déprimant, avec l'hypothèse que je peacocke, c'est que ça suppose quand même que je suis un des types le plus incompétent du monde. Si vraiment, je tentais d'optimiser mes interactions dans l'unique but d'avoir des meilleures partenaires sexuelles, et que je ne n'avais pas réussi à me faire une seule nouvelle relation en munch en un an, ça serait pitoyable. Et encore, les dernières fois que j'ai fais du SM avec des gens rencontrés en Munch, c'est parce qu'une amante en commun nous a proposé un plan à trois, c'est même pas quelqu'un qui m'a dragué ou que j'ai dragué.

Et si globalement je ne peux pas me plaindre de mon ensemble de partenaires - d'ailleurs certain·e·s sont tellement cool que je leur ai dit "je t'aime" - j'aime à croire que si je cherchais à optimiser, j'aurai quand même pu trouver quelqu'un qui s'y connait en shibari, en flogging, et qui accepte que je sois son partenaire, histoire de quitter le rôle de service-top.

Montrer que je peacocke pas (?)

L'auteur de la remarque avait indiqué que seul moi peut savoir si je peacocke ou non. Je conclurai pas ce qui me semble le meilleur argument contre cette hypothèse.

Est-ce que je ressemble à ceux qui peacockent?

J'ai d'abord cru que le meilleur argument consisterait à comparer les conseils donner par les PUA et mon style. Cependant, je ne trouve finalement aucuns site ou vidéos en ligne à ce sujet qui ne soient pas, soit visiblement généré par IA, soit des parodies, soit la dénonciation des PUA. J'ignore si cette communauté est aujourd'hui morte ou juste derrières des paywall que je ne franchirai pas.

Cependant, si le style que je me suis créé ces dernières années provenaient de tentatives de suivre un exemple, provenaient de l'application des conseils d'un PUA, j'ai sincèrement envie qu'on me dise de qui il s'agit. Mon style est loin d'être aussi unique ou extraordinaire que ce que j'aimerai, mais il semble quand même peu courant. Et si quelqu'un avait un style similaire, mais en mieux, j'ai juste envie de pouvoir l'admirer, voir à quoi ça ressemblera!

Le premier changement que je ferai pour optimiser la drague

Finalement, mon meilleur argument pour ma défense, c'est que je me dis toujours cis. J'ai un look très queer, certain·e·s amant·e·s sont persuadé·e·s qu'en vrai je suis non-binaire.

J'ai vu une personne qui commençait à s'assumer comme trans voir des personnes ayant transitioné depuis longtemps mettre sa transition en doute, car iel était pas de gauche, ne connaissait pas les codes du milieu. J'en suis triste pour ellui. C'est d'autant plus injuste que je n'ai aucun doute que j'aurai plus de crédibilité qu'ellui en faisant semblant.

Il m'est arrivé plusieurs fois que des partenaires de kinks me proposent de les accompagner en soirée sans mec-cis; c'est même arrivé qu'une orga m'invite à un tel event en sachant que je suis cis car elle me fait confiance (yeak. C'est pas ce pourquoi les autres participantes ont signés. J'ai hésité puis refuser). Bref, je rate des opportunités. Et vu que la majorité de mes partenaires sont des gens qui m'ont été présentés par d'autres partenaires, j'ai toutes les raisons de penser que ça seraient des opportunités bien plus intéressantes que la moyenne.

P.S. Je réalise que si un jour je réalise être enby, je rendrai la transition sociale plus complexe, car ça serait aussi une preuve que je suis PUA. Vu que je doute que ça arrive et que je suis peu lu, c'est un risque que je suis près à prendre.

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