C'est assez étrange. J'en suis à ma 138ème IMS. Et j'ai réussi à être assez déstabilisé pour être mal à l'aise. C'est rare, et pourtant c'est arrivé deux fois en une journée.

Première anecdote

Pour la première fois, j'étais dans une classe où se trouvait deux personnes, d'apparences masculines, ouvertement en couple. «D'apparences masculines» n'est pas une précaution oratoire vide ici. Dans les questionnaire anonymes après débat, un-e élève a marqué que son genre est «genderfluid»(terme que l'on a pas introduit dans la discussion. On ne rentre pas dans le détail des différentes non-binarités.) Une autre a marqué «garçon à l'extérieur, fille à l'intérieure». Je ne serai pas très étonné qu'au moins un membre de ce couple était une de ces deux personnes.

Un détail était assez perturbant pour moi. J'avais plus l'impression d'avoir à faire un couple de série télé qu'à un vrai couple. Comme s'ils voulaient montrer qu'ils sont en couple. Ça me semblait surjoué. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu d'autres couples commenter le fait qu'ils sont en couple. J'y ai pensé lorsque, suite à une histoire de sac à dos, l'un des deux à dis à l'autre «Je t'aime, mais là t'es chiant». D'un autre côté, un couple d’apparence hétéro, j'y aurai sûrement moins prêté attention, et donc n'aurait pas remarqué que c'était surjoué. Et puis, il est possible que je me projette. Ne comprenant toujours pas ce que c'est sensé être, un couple, je pense qu'il m'arrive de tenter de jouer le fait d'être en couple, quand je suis avec une des personnes avec qui je suis en relation et avec d'autres gens.

Durant les interventions, on pose souvent une question: «Si vous avez un enfant, plus tard, et qu'il/elle vous dit être homo, comment vous réagiriez.» Il est rare que les classes soient en désaccord. Soit la majorité n'en a rien à faire pourvu qu'il soit heureux. Soit la majorité dit que c'est pas possible. Dans cette classe, la majorité n'en avait rien à faire. Sauf 2 ou 3 qui disaient qu'ils aimeraient pas du tout. Quelques minutes après, alors que ça a sonné, la personne en couple mentionnée plus haut me dit «si mon enfant est homo, si un jour j'ai un enfant, je crois que je pleurerai. Parce que je ne voudrai pas qu'il vive ce que j'ai vécu au collège.»

J'ai tenté de dire qu'on tente de faire avancer les choses, on peut espérer que ça sera différent. Ce qui était pas forcément le truc pertinent à répondre. Mais, malgré 137 interventions, il m'arrive encore de devoir improviser dans des situations imprévus. Et puis, j'ai repensé à ce qu'il a dit. J'ai pas eu tellement de détail sur ces années collèges. Mais visiblement, c'était pas cool. Et, étrangement, ça m'attriste énormément. Parce que ce n'était plus des histoires de groupes ou des statistiques, mais des propos personnel. Ce témoignage, ça m'attriste d'y repenser.

Types de bénévolats.

Cette anecdote illustre, je trouve, la raison pour laquelle parmi toutes les manières d'agir, je reste sur les interventions. Rien qu'au mag, il y a au moins deux types de bénévoles, si on laisse de côte le conseil d'administration. Il y a les intervenants (pour les écoles) et les accueillants. Même à l'époque où j'étais assez jeune pour fréquenter les permanences, je n'ai jamais voulu faire d'accueil. Parce que je n'ai jamais voulu être la personne qui a le premier contact avec les nouveau et les nouvelles, et qui risque donc d'en apprendre beaucoup sur leurs vies. Vies qui sont parfois assez complexes, par exemple à cause des LGBTphobies. C'est aussi pour ça que je pense que je ne tenterai jamais d'être bénévole au Refuge, et que je ne recueillerait pas de témoignages pour SOS homophobie. Je suis BEAUCOUP plus à l'aise face aux groupes que face aux individus.

Cette notion de discussion en groupe fait aussi que, quand un élève tient un propos homo/biphobe, je ne le prend pas pour moi[1]. La dernière fois qu'un élève m'a dit qu'il est normal de tuer les homos, ça ne m'a même plus touché.

Deuxième anecdote

Dans le même établissement, la 2ème IMS dure 3h30 au lieu de 2 heures. Une dizaine d'élèves intéréssé-e-s sont restés après la fin des cours. Une élève fait son coming-out non-binaire, xénogenre, mavérique, chat. Iel rajoutera otherkin plus tard. Si vous ne connaissez pas ces mots, ce n'est pas vraiment grave pour la suite du propos. Et sinon je vous encourage à chercher sur internet. Les textes de gens concernés me semblent mieux que ce que je pourrai écrire.

D'ailleurs, je ne connaissais pas le mot mavérique, et sur twitter, j'ai marqué «Mavérick». Une amie me donne la bonne orthographe. Une inconnue nous répond «cadavérique»[2]. Je soupçonne que cette inconnue m'a inclu dans les destinataires de la réponse parce que l'interface de twitter à changer récemment et que les nouveau «répondre à tous» ressemblent aux anciens «répondre à l'expéditeur».

Grâce à twitter, je suis au courant que certaines personnes s'intéressant aux questions trans n'apprécient pas du tout les xénogenre. J'ai d'ailleurs déjà parlé de comment cette information influe ma manière de traiter ces sujets en IMS. Je savais donc que si je déclarais aborder ces sujets en IMS, mon association serait qualifié de transphobe. Pour l'instant, de toute façon, la question ne se pose pas trop. On a seulement une heure 50 par intervention, et rarement le temps de traiter tout ce qu'on aimerait traiter. Donc rajouter le détail des différents genre non-binaire n'est pas à l'ordre du jour.

Ici, le sujet est différent. Un-e lycéen-ne déclare être mavérique(avoir un genre mavérique ?). Même si j'ignore quel précis contient cette réponse «cadavérique» (je ne me vois pas aller demander une explication de texte). Cependant, l'idée qu'un-e lycéenne soit qualifié-e avec ce mot là me met franchement mal à l'aise. Je sais que la notion de mavérique gène certaines personne. Par exemple parce qu'elle ressemble à des arguments sorti par des personnes transphobes. Sauf que là, je ne parlais pas de la notion de mavérique en générale, mais de l'identité d'une élève. Donc j'ai l'impression que ce cadavérique s'applique aussi directement à cet élève.

Encore qu'honnêtement, je sais pas pourquoi je suis si mal à l'aise. D'une part, la personne concernée n'a pas connaissance de ce court échange. Et qu'en plus, vu ce qu'iel m'a raconté de ces actions militantes, iel a déjà remarqué que cette part de son identité déplaisait. Et iel a subit pire lors d'actions contre la manif contre tous[3].

Apparté

Je profite de cet anecdote pour partager une question que je me pose. Je serai quand même intéressé par avoir une méthode qui me permet de déterminer si quelque chose est un genre ou non. Je sais bien que cette méthode variera d'une personne à l'autre, mais quand certains me disent qu'il y a plus que les deux genres officiels ET qu'il y a des choses qui ne sont pas un genre, alors ça semblerait une information pratique à avoir.

Notes

[1] Je ne prend pas les propos transphobe pour moi, mais ça, c'est sûrement car je suis cis.

[2] Je ne met pas de lien, car mon but est pas d'envoyer d'éventuelle lecteur/trice-s répondre à cette personne.

[3] Je ne rentrerai pas dans les détails, ça risquerait de rendre la personne identifiable.