Je ne comprend pas les discours éducatifs live sans interactions. Vraiment, plus je vieilli, plus ça m'insupporte. Ainsi, en master, j'ai décidé d'arrêter d'aller en cours, comme beaucoup de mes camarades de classes. Et mes notes se sont considérablement amélioré. Certes, il est possible que ça soit parce qu'en master j'avais le choix de mes cours et prenait les plus intéressants. Mais je pense que le fait de lire, aller à son rythme, revenir en arrière si besoin, c'est cool. Alors qu'avec un cours, on peut pas. Certes, on a pu noter le cours, ou avoir les notes de cours, mais le prof n'arrête pas de parler pendant qu'on cherche.

Je ne dis pas qu'il faut arrêter les cours, si ça aide certains, tant mieux. Mais je suis bien incapable de comprendre qu'ils soient obligatoire. J'espère que je m'en rappellerai quand(si ?) je serai responsable d'un cours, et que je m'assurerai que tout ce qui est au programme se trouve dans un document texte accessible aux élèves qui le veulent. Malheureusement, je n'ai enseigné qu'un seul cours, et je n'étais pas responsable de ce cours là, je n'ai donc pas pu appliquer ce principe.

Je ne dis pas qu'il faut arrêter l'enseignement en face à face. Parce que parfois, c'est pratique de pouvoir poser des questions. Je n'ai pas de doute sur l'utilité des travaux dirigés et travaux pratiques quand l'enseignant-e et l'étudiant-e ont une réelle interaction. Ou quand il faut du matériel que l'étudiant-e n'a pas à sa disposition chez lui. C'est le cas pour les sciences expérimentales ou l'art de manière évidentes. Mais ça peut aussi être le cas en informatique, au moins tant que les étudiants ne savent pas utiliser ssh, pour leur permettre d'avoir un ordinateur directement utilisable pour la programmation, sans avoir besoin de faire toute l'installation eux/elles-même.


Tout ça pour dire. Je déteste les conférences. J'ai l'impression d'être revenu à l'époque où j'étais en cours. Certes, personne ne me flique. Mais si mon labo à accepter de débourser plusieurs centaines d'euros pour m'y envoyer, je me sens quand même une obligation de présence. De même que je me sens une obligation de prendre les résidences étudiantes, le train le plus tôt, pour éviter d'augmenter la facture[1]. J'en profite pour signaler ce qui me semble être une incohérence. Le train de 20 heures est en général moins cher que celui de 14 heures. Ça peut arriver à faire une centaine d'euros de différence. Donc je prend souvent le train de retour super tard. Ce qui me force à diner sur le lieu de mission. Mais comme la mission est finie, le dîner au restaurant ne m'est pas remboursé. Donc, si je voulais vraiment éviter de débourser un restaurant, il faudrait que je fasse payer 100€ de plus au labo. Pas moyen de leur faire payer juste 85 € de plus, c'est à dire «train pas cher, et un repas supplémentaire».

Retournons sur les conférences. S'il est implicitement considéré qu'il est bon que je me tienne au courant des divers sujets qui intéressent les chercheurs aujourd'hui, et de comment ils avancent, le labo pourrait aussi bien m'indiquer que j'ai le devoir d'aller à la bibliothèque, et de feuilleter régulièrement les intros des papiers de quelques journaux de recherche. Ils y gagneraient beaucoup de sous, et j'aurai probablement l'impression de plus comprendre.

Sauf qu'en réalité, personne ne me demande d'écouter, personne ne vérifie si j'écoute ou comprend. Ce qu'on me demande c'est de publier. Histoire de montrer que le laboratoire a des gens qui font effectivement de la recherche, et améliorer les résultats d'évaluation du laboratoire. Et puisqu'en informatique, les publications sont mieux vues en conférence qu'en journal, il vaut mieux publier en conférence. Et pour avoir mon article dans les annales de la conférence, il faut que je sois à la conférence. Donc que j'y parle.

En vrai, puisque le but est d'être publié, je pourrai bien ne pas venir, ne pas y parler, pour l'évaluation, ça ne changerait rien. Sauf que pour être publié, il faut s'inscrire à la conférence. Celle où je suis coûte 300 francs Suisses, environ 290€. Et encore, pour ce prix là, je n'ai même pas de copie papier des annales. Ce que je regrette beaucoup, vu que j'ai une grande affection pour le papier, et qu'avec un texte de moi dedans, je suis un peu attristé de ne pas l'avoir. (Mais je suis vraiment pas prêt à mettre cette presque centaine d'euros dans un livre, moi qui achète presque tout mes livres d'occasions).

Notons en passant, pour ceux qui ne connaitraient pas le monde de la recherche, vous avez bien lu. Pour être publié, il faut payer. Enfin, officiellement on paye la conférence, qui a certainement des frais, puisque durant trois jours on a des croissants, du café, du thé, ainsi que toute la logistique qu'il faut pour tenir des salles de conférences propres. Et puis, pour avoir une copie papier du livre où on est publié, il faut payer aussi.

Pour autant que je sache, les conférences ont deux avantages sur les journeaux. D'abord, elles sont plus rapide, alors qu'un article journal peut passer plusieurs années entre le premier envoi au journal et sa mise sous presse (et ceux, même si c'est une presse électronique, vu que certains journaux n'ont plus de versions papier, mais continue de publier le même nombre de page chaque années). Pour moi, cet argument n'a aucun sens. Rien n'empêche d'utiliser les méthodes des conférences: texte de taille limité, sans preuves, avec que les grandes idées; en faire une version journal, sans forcer les gens à bouger et payer. Après tout, si le but était vraiment d'avoir une bonne présentation, les referee devraient évaluer la présentation: l'orateur/trice filmé en train de répéter sa présentation. Mais la qualité d'un texte de 12 ou 15 pages n'indique pas si l'orateur/trice saura s'adapter au public de la conférence. Ou tout simplement si l'orateur saura s'exprimer dans un anglais à peu près compréhensible. Je ne dis pas un anglais soutenu et de grande qualité. Mais au moins assez articulé, et pas trop rapide, histoire que les mots puissent être saisis par les gens n'ayant pas l'habitude de son accent. Malheureusement, il y a beaucoup de talks où je n'arrive pas à suivre, non pas parce que c'est techniquement compliqué, mais parce que je ne comprend qu'un mot sur trois. Et encore, je le comprend car c'est un mot marqué sur les slides. (Si au moins tout était écrit sur les slides, je pourrai lire, mais il parait que ça ne se fait pas !) En fait, je ne reste dans la salle que pour une unique raison: que l'orateur/trice, ne parle pas devant une salle vide. Comme ça, par réciprocité, je ne parle pas non plus devant une salle vide.

Le deuxième avantage, c'est que ça permet aux chercheurs de se rencontrer. Il parait. Parce que, honnêtement, j'ai aucune idée de comment aborder un-e chercheur/se; je suis plutôt timide, pas sûr de bien respecter les conventions sociales - il n'y a pas de guides de bonnes manières en conférences. Et en général, quand je parle à un-e chercheur/se en conf, soit je le/la connaissais déjà (en personne, ou par son travail que j'ai lu et eu le temps de comprendre), soit parce que quelqu'un d'autre à initier la conversation; que ça soit une connaissance en commun ou parce que la personne vient me voir. À noter que, vu le nombre de gens que je vois autour de moi, poser sur leur ordinateur, pendant la pause café où je rédige ce morceau du billet, je ne suis probablement pas le seul à ne pas être là pour parler à des inconnus.

Note

[1] Et accessoirement parce que, comme les remboursements prennent parfois des mois à arriver, ça m'évite de creuser mon compte en banque de ces centaines d'euros.