Je ne vois pas trop pourquoi tu voudrais écrire un sketch à ma manière. Mais enfin, je te donne le schéma que j'utilise en ce moment. Parce que tout mes (3) sketchs finalisé, ainsi que ceux que je prévois de faire, sont basé sur le même schéma. Ce qui en soit ne me dérange pas, tous les sonnets ont le même schéma, ça n'empêche pas le style d'avoir eu du succès.

Introduction

D'abord, décider comment on se tient pendant le jingle/les applaudissements. C'est le premier contact avec le public qui ne me connait pas. Ça peut être, grave, sérieux, pour dire que ça va être un sujet important. Ça peut être scruter tout le public du regard, afin de signaler qu'on veut se connecter à lui...

En quelques phrases courtes, faire savoir ce dont on va parler. À ce moment là, on n'a pas encore vraiment établi de communication avec le public. On doit attirer leur attention pour qu'ils acceptent d'écouter. L'idéal, c'est à la fois de choquer, et de faire savoir qu'on sait que ça choque. Le choc garde l'attention, et dire que l'on saît que le choc existe évite d'installer de la distance.

Conclusion

Il semblerait que la règle soit de s'arrêter sur un éclat de rire. Je trouve ça triste, parce que je ne verrai jamais certains spectacles en entiers. Quand on arrive à une minute de la fin, si le public éclate de rire, l'humoriste s'arrête et salue. En effet, la dernière phrase du texte est certainement drôle, mais elle l'est peut-être moins que celle qui vient de déclencher cet énorme rire.

Comme je prétend avoir des idées, des informations, que j'ai envie de passer, je fais autrement. Je pense que, si le reste du sketch était bien, je peux me permettre de tenir l'attention du public une demi minute sans les faire rire. Essayer de passer une idée peu courante, enseigner un petit truc. Finir en disant que, finalement, ce sujet, c'est sérieux. On peut en rire, mais on peut aussi l'approcher de face, sans considérer qu'il ait quoi que ce soit de particulier. J'en veux pour preuve que, souvent, des spectateur/trice-s viennent me parler du sujet de mon sketch après. Soit ramener mon sujet à une expérience qui leur est personnelle. Soit me dire que c'est bien de parler de tel sujet. Quelque part, je trouve ça plus cool que quand on me demande si j'ai un spectacle, si on peut me voir quelque part. Parce que j'aime bien l'idée que le contenu passe avant ma personne.

Corps du texte

Ça, forcément, c'est le plus dur. Parce que la conclusion, il suffit d'avoir écrit son idée. L'introduction, c'est une phrase. C'est dur à trouver, mais c'est la base du métier d'humoriste. Le corps, il faut sélectioner parmi toutes les idées, faire un plan, et un tout cohérent. J'ai encore beaucoup de mal avec ça.

Mon but, plus précisément, c'est d'aller du début à la conclusion. À la fin de l'introduction, normalement, ils sont choqués. Ils sont sorti de leur habitude et ne savent pas ce qu'il y aura ensuite. Mon but après est de défaire ce choc, de garder le même sujet, mais en lui donnant l’apparence d'un sujet classique, d'un sujet dont on peut parler dans la vie de tous les jours. Simplement, le choc a attiré l'attention des spectateurs. La vie de tous les jours est moins captivante. Donc il faut que le cheminement de pensée soit assez rapide pour qu'ils n'aient pas le temps de s'ennuyer sur cette pseudo-vie-de-tout-les-jours. Il faut faire rire régulièrement, ou au moins les décontenancer. C'est à dire, rester dans la vie de tous les jours, et de temps en temps, faire un petit pas de côté pour dire: «ça ressemble à la vie de tous les jours, mais pas tout à fait, vous pouvez encore être surpris».

Ce dernier point, c'est clairement celui que j'ai le plus de mal à respecter pour l'instant.

Et le spectacle ?

Je ne sais pas comment je ferai quand j'aurai 50 minutes de sketchs. Car 10 sketchs de 5 minutes, 10 thèmes différents, ça fait énumération. Et de toute façon, je ne peux pas faire 10 introductions. Mais bon, ce problème, j'y réfléchirai plus tard.